La bataille de la Martinique est un affrontement naval secondaire de la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique. Il se déroule le devant Fort Royal de la MartiniqueFort-Royal correspond aujourd’hui à Fort-de-France, chef-lieu de la Martinique. et oppose une escadre anglaise de treize vaisseaux commandée par Hyde Parker aux trois vaisseaux de La Motte-Piquet qui couvre l’entrée dans le port d’un important convoi venu de France. L’attaque anglaise est contenue, ce qui assure le sauvetage d'une large partie du convoi et confirme les talents manœuvriers de La Motte-Picquet auxquels rend hommage son adversaire.

Le contexte : la stratégie de la guerre des convois La guerre d'indépendance des États-Unis n’oppose pas seulement de grandes escadres qui cherchent la victoire décisive, mais comporte aussi un important volet économique : tous les pays engagés dans le conflit cherchent à protéger leurs voies commerciales en essayant par ailleurs de couper celles de l’adversaire pour ruiner ses affaires. C’est ainsi qu'est mise en place ce que les historiens appellent la « stratégie des convoisLes Espagnols y ont recours depuis les débuts de la conquête des Amériques, c'est-à-dire le . C'est pour l'Espagne une pratique courante afin de protéger les flottes chargées des trésors des « Indes », alors que les Néerlandais, les Français et les Anglais ne font usage des convois qu'en temps de guerre Jean Meyer, dans . Voir aussi .. » Elle n'est pas nouvelle car elle est utilisée lors de tous les conflits navals depuis le . Les navires de commerce, pour éviter les interceptions, se forment en convois qui traversent l’Atlantique sous l’escorte des navires militairesCôté français, le ministre de la Marine Antoine de Sartine a rendu la pratique du convoi escorté obligatoire depuis le 22 février 1779. Les autorités ont hésité presque un an, à cause de la pression des armateurs préférant naviguer librement sur des « routes patrouillées » qui se sont révélées impossibles à surveiller, d'où de lourdes pertes marchandes .. Les gros convois profitent des départs des grandes escadres pour naviguer sous leur protection directe, mais les petits ou moyens groupes de marchands ne bénéficient la plupart du temps que d’une petite escorte de quelques navires de guerre, le plus souvent des frégates. Ses escortes légères sont suffisantes pour se protéger des corsaires, mais il en va tout autrement en cas de rencontre avec une importante force ennemie, ce qui est le cas ici.

À l’automne 1779, une escadre anglaise aux ordres de Hyde Parker stationne sur l’île de Sainte-Lucie, capturée l’année précédente et que les Français n’avaient pu reconquérir. Sainte-Lucie fournit à la Royal Navy un excellent mouillage pour surveiller Fort Royal de la Martinique, base qui accueille de son côté l’essentiel des escadres et les convois qui arrivent de FrancePendant toute la guerre d’Amérique, la Martinique est le centre névralgique des opérations de la flotte française dans les Antilles ou à destination des côtes américaines (Christian Buchet, in .. La fin de l’année approchant, les opérations navales sont presque achevées : l’escadre du comte d'Estaing, qui a mené la guerre pendant deux ans dans la région, a pris le chemin du retour après l’échec du siège de Savannah (octobre), ne laissant que quelques vaisseaux dispersés dans les Antilles françaises. Quant aux forces de Hyde Parker, qui attendent l’arrivée de Rodney pour la campagne de 1780, elles sont au repos avec des équipages à terre et des réparations en cours pour certains naviresInformation tirée de la version anglaise de l’article sur le combat de la Martinique..

Trois vaisseaux français face à treize anglais thumb|Protection du commerce. C'est l’une des missions de la Marine royale, pendant tous les conflits du . thumb|Vue de Fort Royal de la Martinique, vers 1750. Le combat se passe devant l’immense rade, le feu des batteries terrestres soutenant l’action des vaisseaux.

Le , vers , le HMS Preston (50 canons), qui stationne dans le chenal entre les deux îles, fait le signal indiquant qu’une flotte inconnue est sur l’horizon. Il s’agit d’un convoi de 26 navires marchands et de ravitaillement arrivant de Marseille et qui cherche à atteindre la Martinique. Il n’est escorté que d’une seule frégate, l’Aurore, de 32 canons.. Son chef, le marquis de La Flotte, s’approche sans méfiance car une fausse information lui a laissé croire que Sainte-Lucie a été reprise par les Français.. Parker réagit immédiatement et fait appareiller 5 vaisseaux qui se portent au devant du convoi alors que celui-ci est en train de s'engager dans le chenal au sud de la Martinique. Le convoi, sous la pression anglaise, se fractionne en deux tronçons : nombre de navires sont capturés alors que d’autres préfèrent s’échouer.. Côté français, la division navale qui stationne à Fort Royal est au repos, ses équipages dispersés à terre. Aucune frégate n’est en patrouille, ce qui explique aussi que le convoi ait été repéré d’abord par les Anglais. Enfin alerté, on bat le rappel des hommes qui s’embarquent aussi vite que possible. Sur les 7 vaisseaux de la division, quatre sont totalement désarmésLes quatre vaisseaux désarmés sont le Magnifique, le Dauphin Royal, le Diadème et l’Artésien. Les trois autres vaisseaux sont l’Annibal, le et le Réfléchi .. On ne dispose donc que de 3 vaisseaux, alors que Hyde Parker, qui a fait appareiller toutes ses forces, aligne maintenant 13 navires de guerre. Le combat s’annonce perdu d’avance, mais La Motte-Picquet, qui commande les forces françaises est un rude combattant doublé d’un excellent manœuvrier..

Le convoi, qui serre la côte au plus près, s’approche de l’immense rade de Fort-Royal, appelée à l'époque le « Cul de Sac Royal » (il faut contourner l’île pour y entrer lorsque l’on arrive d’Europe)Voir la carte de la Martinique ci-dessous dans la galerie.. La frégate l’Aurore, qui s'est placée en queue, se bat déjà vigoureusement. La Motte-Picquet décide de fermer la rade aux forces de Hyde Parker en s’appuyant sur les batteries côtières de la pointe des Nègres et du fort Saint-Louis (au nord), de l’îlot à Ramiers et du cap Salomon (au sud). La Motte-Piquet engage ses 3 vaisseaux au centre de la rade, étant lui-même en tête sur l’Annibal (74 canons), bientôt suivi du Réfléchi (64) et du (64) qui ont eu plus de mal a rassembler leurs équipages, ou . Le nom des vaisseaux donné par ces deux auteurs qui semblent s'être copié l'un sur l'autre comporte une curieuse erreur : le Réfléchi est remplacé par le Dauphin Royal de 70 canons, navire présent dans l'île mais désarmé. Cette variante, qui ne change pas grand chose au combat même si elle en brouille la précision, est inexpliquée, d’autant qu’il s’agit d’auteurs récents. La correction se fait facilement en consultant les ouvrages anciens qui donnent tous la même liste de vaisseaux, comme celui de , souvent repris et résumé, ou . On ne connait pas non plus hélas, la composition exacte de l'escadre anglaise qui n'est détaillée par aucun auteur, de langue anglaise comme française.. La manœuvre est loin d’être facile car les Français se retrouvent presque contre le vent, contrairement aux Anglais et au convoi. L’Annibal, engagé le premier, dégage rapidement la frégate l’Aurore et 8 marchands. Quand les deux autres vaisseaux arrivent, la petite division navale se retrouve face à 7 des 13 vaisseaux de Hyde Parker. Le combat, très vif, est mené à portée de mitraille puis de fusilInformation donnée par Georges Lacour-Gayet qui ne fournit pas de plan du combat, pas plus que les auteurs de langue anglaise. Les cartes données par , et ) montrant les 13 vaisseaux anglais en ligne de file devant les trois vaisseaux français sont donc totalement imaginaires… et fausses.. L’Annibal, à contre-bord de l’arrière-garde anglaise, est soutenu par la batterie de l’îlot à Ramiers et échange les coups les plus violents avec le (74). Le Réfléchi bataille seul au centre et le Vengeur affronte l’avant-garde de Parker avec le renfort des canons de la pointe des Nègres et du fort Saint-Louis. La canonnade, fort longue, est suivie par une foule considérable qui se masse sur le rivage. Le combat s’achève peu avant , lorsque Hyde Parker fait cesser le feu et profite de la nuit pour s’esquiver sur Sainte-Lucie.

Le bilan : le convoi en grande partie sauvé avec une lettre de félicitations anglaise

Les trois vaisseaux rentrent criblés de boulets et les voiles en lambeaux. Côté anglais, on compte de multiples avaries dont 2 vaisseaux démâtés. Les pertes anglaises se montent à 150 tués et blessés, dont le capitaine du HMS Conqueror, emporté par l’une des dernières bordées. Les pertes françaises ne sont pas connues avec précision mais sont peu importantes. Le convoi, sauvé pour plus de moitié, entre dans Fort Royal. Dix des 26 transports ont été capturés par la Navy et quatre se sont échoués. Les cargaisons ne sont cependant pas perdues : des norias de chaloupes récupèrent munitions et marchandises avant d’incendier les épaves. Les auteurs français comme Jean-Claude Castex et Guy Le Moing affirment dans leurs ouvrages récents que le convoi est sauvé en totalité ce qui est encore une erreur de leur part, due semble-t-il à un résumé trop rapide du combat. L’auteur de la version anglaise de l’article ne parle que de neuf navires de transport capturés par la Navy mais confirme les quatre qui se sont échoués, sans citer avec précision ses sources, lesquelles semblent provenir d’un ouvrage ancien d’Alfred Mahan.. Quelques jours après l'engagement, Hyde Parker, impressionné par les manœuvres de La Motte-Picquet, se fend d’une lettre de félicitations qui mérite d’être citée :

Ce courrier admiratif restera justifié jusqu’à la fin du conflit, puisque La Motte-Picquet va accomplir avec succès toutes ses missions d’escorte au point d’apparaitre comme l’un des meilleurs officiers français de la guerre d’Indépendance américaine.. Trois mois plus tard, avec 4 vaisseaux, il repousse encore une fois une division anglaise qui veut s’en prendre aux marchands qu'il protège et saisira en 1781 un énorme convoi anglais richement chargé avant de terminer la guerre invaincu alors même que Versailles, qui tarde à reconnaitre ses talents, ne lui a jamais confié le commandement d'une grande escadre. Quant à Hyde Parker, il ne rencontrera plus La Motte-Picquet et ne jouera qu’un rôle secondaire lors de la campagne de 1780. Il rentrera en Europe en 1781 pour combattre contre les Provinces-Unies (bataille de Dogger Bank) sans d'ailleurs voir la fin de la guerre, puisqu’il disparaitra en 1782 dans un naufrage sur la route des Indes..

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Notes et références

Voir aussi Sources et bibliographie

en français . .

en anglais

Articles connexes Histoire de la marine française Histoire de la Royal Navy Alliance franco-américaine France dans la guerre d'indépendance des États-Unis Révolution américaine

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