Joseph, surnommé Barnabé (forme francisée) ou Barnabas (forme translittérée du grec), est un juif, lévite dont l'action est liée à l'île de Chypre (Ac 4,36). Il tient une place importante dans les Actes des Apôtres, comme étant celui qui introduisit saint Paul auprès des apôtres à Jérusalem (Ac 9,27) et plus tard auprès des chrétiens d'Antioche. Il fut son premier compagnon de voyage et son chef de mission, avant leur séparation conflictuelle à cause de Marc.
Il est mentionné dans les Actes des Apôtres au chapitre 15, au sujet du concile de Jérusalem.
Bien qu'il ne soit pas l'un des douze Apôtres, l'Église catholique et l’Église orthodoxe lui donnent le titre d'apôtre, comme à Paul. Il figure dans les listes de saints et est liturgiquement commémoré le .
Éléments biographiques Sources bibliques Barnabé ne faisait pas partie du groupe des Douze. Par exception, les Actes des Apôtres lui attribuent le titre d'apôtre au sens large, comme à Paul, cf. : « Informés de la chose, les apôtres Barnabé et Paul déchirèrent leurs vêtements… ».
D'après le Nouveau Testament, Barnabé était l'oncle ou le cousin de Marc , fils d'une Marie ( et ). Conformément aux règles de l'Église primitive à Jérusalem, il vendit un champ dont il mit le montant de la vente à la disposition des apôtres (Ac 4,36-37). Selon Clément d'Alexandrie, il faisait partie des septante disciples de JésusEditrice Anselmiana, Studia anselmiana : Sacramentum, , 1980, ..
Barnabé est le chef de mission du premier voyage missionnaire dans lequel Paul et Marc l’accompagnent. Il est mentionné dans les Actes au chapitre 15, lors du concile de Jérusalem. Paul et Barnabé connurent un désaccord au sujet de la composition de leur équipe, lors du deuxième voyage apostolique de Paul. Barnabé voulait emmener Marc, contrairement à l'avis de Paul. Ils se séparèrent donc et formèrent deux équipes. Paul et Silas partirent pour la Lycaonie, tandis que Barnabé et Marc s'en allèrent évangéliser Chypre ().
Barnabas est également cité dans la Première épître aux Corinthiens (9,6-12) et dans l'Épître aux Galates (2,11-13).
Traditions extrabibliques vignette|gauche|190px|Saint Barnabé soignant les pauvres, par Véronèse, musée des Beaux-Arts de Rouen. Là s'arrêtent les données fondées sur des documents remontant au . La suite repose sur des traditions plus tardives.
Barnabé se serait rendu dans l'île de Chypre pour l'évangéliser. Selon une tradition constante et bien attestée dans l’Église (déjà mentionnée au V siècle et reprise dans la Légende dorée, les synaxaires orientaux et les historiens de Chypre), saint Barnabé fut martyrisé à Salamine (Chypre) vers l’an 61. La forme du martyre diverge selon les sources : pendaison ou crémationActes de Barnabé, 23, trad. Enrico Norelli, dans Écrit Apocryphes Chrétiens t. 2, Gallimard, 2005, , le texte n'est pas clair pour savoir si le corps a été brûlé une fois mort ou encore vivant ou lapidation Alexandre de Chypre, Laudatio Barnabae, 539-541, éd. Peter Van Deun, CCSG 26, )..
Ses disciples (dont Marc) récupérèrent secrètement son corps et l’enterrèrent dans une grotte à l’ouest de Salamine, en plaçant sur sa poitrine un exemplaire de l’Évangile selon saint Matthieu que Barnabé avait lui-même copié, certaines versions de la tradition disent même qu’il s’agissait du texte original écrit de la main de Matthieu lui-même Alexandre de Chypre, Laudatio Barnabae, 724-676, éd. Peter Van Deun, CCSG 26, p. 114-116..
En 488 (ou 478 selon certaines sources), l’archevêque de Constantia-Salamine (aujourd’hui Famagouste), Anthemios, reçut en songe la révélation de l’emplacement du tombeau sous un caroubier. Les fouilles confirmèrent la vision : on trouva le corps incorrompu de Barnabé avec, sur sa poitrine, le manuscrit de l’Évangile de Matthieu. Ce manuscrit fut porté à l’empereur Zénon à Constantinople ; cette découverte permit à l’Église de Chypre d’obtenir définitivement son autocéphalie (indépendance) lors du concile de Chalcédoine et après. La tradition la plus ancienne et la plus répandue (attestée notamment par Théodore le Lecteur, les Actes de Barnabé, la Légende dorée et de nombreuses sources chypriotes et françaises) affirme que cet évangile était écrit en hébreu (ou en « lettres hébraïques » ou « en langue hébraïque »). C’est précisément cette version hébraïque que les Pères (Papias, Irénée, Origène, Jérôme, etc.) disent que Matthieu avait rédigée en premier.
Le tombeau lui-même a fait l’objet de fouilles au V siècle (découverte officielle), puis le site est devenu le Monastère Saint Barnabé près de l’antique Salamine, aujourd’hui dans la partie nord de Chypre. Ce monastère a été transformé en musée archéologique et iconographique après 1974 ; le tombeau (une petite chapelle souterraine) est toujours visible et a été étudié archéologiquement. Le manuscrit, quant à lui, après avoir été conservé à Constantinople (on le mentionne encore au XI siècle dans la chapelle Saint-Étienne du palais), a disparu (probablement lors du sac de Constantinople en 1204 ou plus tard). Il n’existe donc plus aujourd’hui pour une étude directe.
Étymologie du surnom de Barnabé Le nom français Barnabé vient du grec (Barnabas), qui est lui-même une transcription de l'araméen בר נביא, bar neviyā (« fils de prophète »)..
Selon les Actes des Apôtres (4,36), le nom de Barnabé est un surnom que lui ont donné les Douze, qui l'ont appelé « Barnabas », en donnant à ce nom son équivalent grec : υἱὸς παρακλήσεως, huios paraklēseōs, expression qui signifie « fils d’encouragement » ou « fils de consolation »« Barnabas », Thayer-Strong.. Le s final est une hellénisation habituelle pour un nom propre masculin au nominatif.
Barnabé dans les Actes des Apôtres Les Actes des Apôtres évoquent Barnabé principalement lorsque Paul de Tarse se trouve avec lui. vignette|gauche|Carte du premier voyage missionnaire. Le texte occidental, tel qu'attesté notamment par le Codex Bezae, identifie Joseph Barnabas (c'est-à-dire Barnabé) à Joseph Barsabas (Ac 1,23).
Avant même l'apparition de Paul dans le récit, Barnabé est mentionné comme exemple de piété et de la communauté de biens de l'Église primitive, puisqu'il vend son champ pour en apporter le prix aux pieds des apôtres (4,36-37). Il se trouve donc à Jérusalem lorsque Saul y revient après un séjour de (c'est-à-dire la Nabatène). C'est lui qui .
vignette|Icône byzantine de saint Barnabé, fin du . Quelques années plus tard, Barnabé est par lÉglise de Jérusalem (Ac 11,22). Il va alors chercher Saul à Tarse et l'introduit dans la communauté d'Antioche (Ac 11,25-26), capitale de la Province romaine de Syrie.
Plus d'une année après, Barnabé dirige une mission d'évangélisation accompagné de deux auxiliaires, Marc (son cousin, probablement Marc l'évangéliste) et Paul. Ils embarquent à Séleucie et se rendent à Chypre. De là, ils embarquent pour retourner sur le continent, puis se rendent directement à .
Marc retourne alors à Jérusalem et Barnabé assisté de Paul effectue ce que la tradition chrétienne appelle le premier voyage missionnaire de Paul (premier voyage estimé de 45 à 49), au cours duquel ils se rendent dans de nombreuses villes.
De retour à Antioche, la communauté de cette ville les envoie avec à Jérusalem . Ils assistent au Concile de Jérusalem.
Étant à nouveau retournés à Antioche, Paul et Barnabé se séparent de façon conflictuelle (Ac 15,37-39), à cause de l'attitude à adopter face à Marc. Après cette séparation, Barnabé disparaît définitivement des Actes des Apôtres. Son étape suivante est à nouveau l'île de Chypre, vers laquelle il se dirige, accompagné de Marc (Ac 15,39), alors que Paul quitte Antioche.
Barnabé dans le roman pseudo-clémentin Les écrits pseudo-clémentins n'associent pas Barnabé à Chypre mais à deux autres lieux : Les Reconnaissances indiquent que le , anonyme dans les Homélies, qui convainc le futur évêque Clément à Rome en lui exposant , est en fait BarnabéReconnaissances, I, 7-11, trad. Luigi Cirillo et André Schneider, dans Écrits apocryphes chrétiens t. 2, Paris, Gallimard 2005, .. Les Homélies associent Barnabé à Alexandrie où il réside lorsque le futur évêque Clément le rencontre alors qu'il arrive de RomeHomélies, I, 9-13, trad. André Schneider, dans Écrits apocryphes chrétiens t. 2, Paris, Gallimard 2005, ..
Hormis le lieu de rencontre, les deux récits sont quasiment parallèles. Or, selon l'opinion majoritaire des chercheurs actuels, les deux formes du roman pseudo-clémentin dépendent d'un « écrit de base » dont la reconstruction ne fait pas consensus au sein de la communauté scientifique, au point que l'existence même de cet écrit de base est encore soumise à discussionFrédéric Amsler, « État de la recherche récente sur le Roman Pseudo-Clémentin » dans F. Amsler et al., Nouvelles intrigues pseudo-clémentines - Plots in the Pseudo-Clementine Romance : Actes du deuxième colloque international sur la littérature apocryphe chrétienne, Lausanne - Genève, 30 août - 2 septembre 2006 (Publications de l'Institut Romand des Sciences Bibliques 6), Prahins : Éditions du Zèbre, 2006, p. 30-38.. La question de savoir la version alexandrine ou la version romaine de la mission de Barnabé est celle présente dans cet écrit de base ne fait pas non plus l'objet de consensus Joseph Verheyden, « Presenting Minor Character in the Pseudo-Clementine Novels : the Case of Barnabas » dans F. Amsler et al., Nouvelles intrigues pseudo-clémentines - Plots in the Pseudo-Clementine Romance : Actes du deuxième colloque international sur la littérature apocryphe chrétienne, Lausanne - Genève, 30 août - 2 septembre 2006 (Publications de l'Institut Romand des Sciences Bibliques 6), Prahins : Éditions du Zèbre, 2006, p. 253..
La fonction principale de Barnabé dans le roman est de servir d'intermédiaire entre Clément et Pierre, présentant le premier au second, comme dans les Actes des apôtres il introduit Paul auprès des apôtres. En outre Barnabé présente dans le roman pseudo-clémentin, par son opposition à des philosophes païens, des similitudes avec la figure de Paul dans les Actes. Au bout du compte, Clément et Barnabé permettent au rédacteur du roman pseudo-clémentin « d'éliminer » Paul comme figure majeure du christianisme primitifJoseph Verheyden, « Presenting Minor Character in the Pseudo-Clementine Novels : the Case of Barnabas » dans F. Amsler et al., Nouvelles intrigues pseudo-clémentines - Plots in the Pseudo-Clementine Romance : Actes du deuxième colloque international sur la littérature apocryphe chrétienne, Lausanne - Genève, 30 août - 2 septembre 2006 (Publications de l'Institut Romand des Sciences Bibliques 6), Prahins : Éditions du Zèbre, 2006, p. 256-257., ce qui constitue une marque supplémentaire de son anti-paulinismeLuigi Cirillo, « L'antipaolonismo nelle Pseudoclementine. Un riesame della questione », dans G. Filoramo et C. Gianotto, Verus Israel : Nuove prospettive sul giudeocristianesimo - Atti del Colloquio di Torino (4-5 novembre 1999), Brescia : Paideia Editrice, 2001, p. 280-303.. vignette|160px|Paul et Barnabé, appelés à l'apostolat par le Saint-Esprit, Ambrosius Francken I (), musée royal des Beaux-Arts d'Anvers, Belgique. Ainsi le roman pseudo-clémentin se distingue des Actes des Apôtres sur deux points majeurs : il ne relie pas Barnabé à Paul et ne le lie pas à Chypre.
Œuvres attribuées à Barnabé Selon le De Pudicitia de Tertullien (20), Barnabé serait l'auteur de l’Épître aux Hébreux Voir Erik de Boer, « Tertullian on “Barnabas' Letter to the Hebrews" in De pudicitia 20.1-5 », Vigiliae Christianae 68.3 (2014), ., théorie aujourd'hui abandonnée.