La croix de saint André est une croix dont la forme est à rapprocher de celles d'une lettre X, majuscule comme minuscule, et d'un chiffre romain X.
Son nom provient de la forme ou disposition de la croix qui aurait été utilisée, selon la tradition chrétienne, pour supplicier saint André, l'un des douze apôtres de Jésus de Nazareth et un frère de l'apôtre Simon-Pierre considéré quant à lui comme le premier pape, ultérieurement.
Cette croix est parfois appelée aussi croix décussée et sautoir en héraldique. La croix de Bourgogne est une croix de saint André particulière.
La croix de saint André est présente dans la culture de nombreux pays européens voire au-delà, dans l'art religieux, la symbolique identitaire de pays, de régions ou de forces politiques, dans la vie pratique.
Par analogie de forme, ce symbole désigne, dans des ouvrages de génie civil ou des bâtiments à colombage, un assemblage de deux pièces croisées qui assure une meilleure rigidité au panneau et permet, au moyen de la triangulation, d'éviter le roulement, la déformation du treillis ou de la charpente.
La croix de saint André, instrument du martyre d’un apôtre André, le premier apôtre appelé par Jésus dans l'Évangile selon Matthieu, 10,2), est allé prêcher dans la Mésie pour la première fois. Son passage n'avait pas plu aux Romains qui le firent crucifier sur place.
D'après les évangiles apocryphes : « il est dit qu'il avait refusé que ses nombreux adeptes le sauvent pendant la nuit en leur disant de partir en appeler d'autres. Lors de son crucifiement, de nombreuses personnes sont venues l'écouter plusieurs dizaines d'heures, jusqu'à sa mort. »
Selon la tradition, sous l'empereur Néron, la croix sur laquelle saint André a été supplicié était en forme de « X », la « crux decussata », ce qui a donné le nom de « croix de saint André ».
En fait, cette tradition ne s'appuie sur aucun texte. Ce crucifiement sur une croix transverse a pu être imaginé en pendant à celle de Pierre, son frère, crucifié la tête en bas sur une croix droite.
Thème de l’art religieux La croix du martyre d’André en forme de X apparaît pour la première fois au et devient son attribut iconographique. Au , un vitrail (cathédrale de Bourges) affecte à André une croix latine à branches droites. Cette croix en X majuscule est rarement associée à André avant le , et c’est surtout l’art bourguignon qui l’a développée.
Symbole identitaire L’apôtre André ayant été choisi comme saint patron par plusieurs princes européens, la croix de saint André devint un symbole de l’identité de plusieurs monarchies, nations, régions, armées ou forces politiques européennes. Cette dimension identitaire se traduisit par la confection de drapeaux militaires mais aussi par une utilisation domestique, certains habitants d'un pays utilisant la croix de saint André pour manifester leur attachement à leur identité comme en Franche-Comté par exemple. Par la suite, il fut également utilisé par des mouvements politiques comme le carlisme.
France Bourgogne vignette|redresse=0.5|Croix de Bourgogne.
Les ducs de Bourgogne adoptèrent saint André comme saint patron. Saint André devint ainsi le patron de l’ordre de la Toison d’or et celui des États bourguignons. Le cri d’arme des ducs de Bourgogne était « Montjoie Saint-André ». Un étendard à croix de saint André fut adopté par les armées du duc de Bourgogne à l’époque de Jean sans peur.. À la suite du rattachement du duché de Bourgogne à la couronne de France, leurs héritiers Habsbourg conservèrent le symbole de la croix de saint André, toujours utilisé au début du par l’armée espagnole. Sous les Habsbourg d’Espagne, le drapeau à croix de saint André fait office de symbole de la monarchie catholique et est utilisé aussi bien en Espagne, qu’en Amérique, aux Pays-Bas ou en Franche-Comté.
vignette|redresse=0.5|alt=Drapeau militaire de l’État bourguignon sous le règne de Charles le Téméraire|Drapeau militaire de l’État bourguignon sous le règne de Charles le Téméraire
On appelle croix de Bourgogne une croix de saint André rouge dont les branches sont écotées sur fond blanc. Cet emblème se blasonne ainsi : « d’argent au sautoir écoté de gueules ». On le retrouve sur les drapeaux des armées du duc de Bourgogne puis sur ceux de ses héritiers espagnols. La croix de Bourgogne est une forme particulière de croix de saint André, mais les deux termes ne sont donc pas synonymes.
Franche-Comté La croix de Bourgogne fait partie de l’héritage bourguignon légué à la Franche-Comté après la chute des ducs-comtes de Bourgogne. Lorsque les guerres du opposent la France et la Comté (alors dernière terre bourguignonne), cet emblème antifrançais est fréquemment arboré par les patriotes comtois. Son utilisation est même courante dans un cadre plus officiel et il n’est pas rare de la rencontrer, seule ou aux côtés du lion d’Othon (sur le sceau du Parlement de Dole, par exemple).
Louis XIV souhaitait conquérir la totalité des anciens États bourguignons, en s’appuyant sur ses droits de descendant des ducs de Bourgogne qu’il tenait de sa mère et surtout de son épouse. C'est pourquoi il attribua à son premier petit-fils, né en 1682, le titre de « duc de Bourgogne ». La Franche-Comté avait été conquise en 1668 et restituée par le traité d’Aix-la-Chapelle. Les Francs-Comtois tinrent à affirmer leur fidélité au roi d’Espagne et pour ce faire ils fabriquèrent des plaques de cheminée où figurent l’écu de la Comté, entouré par le collier de la Toison d’or, accompagné de C couronnés, initiales de Charles II d'Espagne, et de croix de saint André écotées prises dans des briquets qui supportent aussi le bélier de la Toison.
C’est certainement pour répondre à cette plaque qu’on en fabriqua d'autres, sans doute dans le duché, où l’on voit la croix de Bourgogne écotée, placée derrière le briquet d’où pend le bélier, accostée de deux cailloux d’où sortent des flammes, le tout accompagné de trois fleurs de lys et de trois L.
Louis XIV décida de prendre pour lui cette croix devenue l'emblème par excellence de la maison d'Espagne. En 1668, il créa un régiment de Bourgogne, d'infanterie, et une compagnie de chevau-légers de Bourgogne, ensuite « gendarmes de Bourgogne ». Le régiment de Bourgogne, et plus tard le Royal-Comtois, eurent sur leurs drapeaux la croix de Bourgogne. Il en fut de même des régiments de milice levés en Bourgogne et en Franche-Comté. Les « gendarmes bourguignons » avaient sur leur étendard une grande croix de Bourgogne et quatre petites, plus des sautoirs sur le tablier des timbaliers, les fontes de pistolets .
Les propos suivants de l'historien comtois Jules Chifflet (1615-1676) commentant l'utilisation de la croix de saint André par des unités de l'armée royale française illustrent particulièrement bien l'attachement des Comtois à ce symbole de leur identité :
Gascogne alt=Union Gascona, drapeau de la Gascogne|vignette|redresse=0.5|Union Gascona, drapeau de la Gascogne.
Ce drapeau serait apparu à l'époque du pape Clément III pour réunir les Gascons lors de la troisième croisade (XIIe siècle), mais aucune preuve de cette allégation n'a jamais été trouvée. La chronique de Roger de HovedenChronica magistri Rogeri de Houedene. Vol. 2 / ed. by William Stubbs, 1868-1870, p.335 - http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50282q/f442.image, souvent invoquée comme preuve de la création de ce drapeau, ne mentionne que les croix prises par les croisés de trois nations : les Français (une croix rouge), les Anglais (une croix blanche) et les Flamands (une croix verte), mais comme d'autres drapeaux de croisade sont attestés par ailleurs, on ne saurait conclure abruptement à partir de cette source unique.
Ce drapeau montre la croix de Saint-André. On note la correspondance avec le saint patron de Bordeaux. La couleur rouge peut correspondre à celle du royaume anglais, qui administra une partie de la Gascogne du 12ᵉ au milieu du 15ᵉ siècle, le rouge étant aussi la couleur prédominante dans l'héraldique des pays gascons. De plus, l'alliance du blanc et du rouge était fréquente dans l'emblématique du royaume de Navarre et, avant, dans le domaine vasconien.
À noter que dans le tome 14 de La Grande Encyclopédie, publiée en France de 1886 à 1902 par Henri Lamirault, on peut lire que : La recherche de l'origine de ce drapeau reste une question ouverte. La question est plus détaillée sur la page Gascogne.
Espagne Emblème de la monarchie, de l'armée et des vice-royautés espagnoles vignette|upright|Armoiries du roi Juan Carlos d'Espagne. Lorsque Philippe le Beau, fils de Marie de Bourgogne, devint par son mariage roi de Castille sous le nom de Philippe , il introduisit la croix de Bourgogne en Espagne. Par la suite ses successeurs, rois d'Espagne de la maison de Habsbourg, se voulurent les héritiers des ducs de Bourgogne. On vit donc sur leurs étendards la croix de Bourgogne, en particulier sur ceux des Tercios. Le drapeau à croix de Bourgogne flotta donc en Espagne mais aussi dans les vice-royautés d'Amérique et dans leurs autres possessions comme les Pays-Bas ou la Franche-Comté.
Au , les Bourbons introduisirent le drapeau à bandes verticales rouges et jaune qui supplanta peu à peu le sautoir bourguignon. Au début du , celui-ci continue d'apparaître sur les drapeaux de certaines unités de l'armée espagnole et sur l'étendard personnel du roi comme sur ses armoiries, distinctes de celles de l'État (les armes sont les mêmes mais dans un cas, elles sont posées sur la croix de Bourgogne, dans l'autre, elles sont entourées des colonnes d'Hercule).
Emblème du mouvement carliste Les carlistes, royalistes espagnols qui se réclamaient de l'héritage historique de la monarchie espagnole, en particulier dans sa dimension de décentralisation antérieure à l'accession au trône des Bourbons, adoptèrent comme signe de ralliement la croix de Bourgogne. Celle-ci remontait aux rois de la maison de Habsbourg, descendants des ducs de Bourgogne.
Les carlistes ayant participé à la guerre civile espagnole aux côtés du général Franco, ils furent contraints par ce dernier d'intégrer le seul parti autorisé par son gouvernement, la FET de las JONS. Dès lors, le drapeau à croix de Bourgogne devint un symbole officiel du régime franquiste et il flotta à côté du drapeau national et du drapeau de la Phalange espagnole. Les partis politiques se réclamant du carlisme ont repris la croix de Bourgogne après la fin du régime franquiste.
Drapeau du Pays Basque vignette| Drapeau basque. Le drapeau basque ou ikurriña intègre une croix de saint André verte. Le , au 22 de la rue Correo de Bilbao, Sabino Arana fonda la société « Euskeldun Batzokija ». Lors de la cérémonie d'ouverture fut présentée la première ikurriña, qui avait été dessinée pour l'occasion par Sabino et Luis Arana. Il le décrivit d'ailleurs dans son article La bandera Fenicia : « Le fond de notre drapeau est rouge, comme le fond de l'écu [de Biscaye], la croix blanche du drapeau est la croix blanche de l'écu et le Jaun-Goikua [Dieu] de la Devise, la croix verte de saint André représente par sa couleur le chêne de l'écu et les lois de la patrie. »
L’ikurriña est généralement expliquée comme suit : la croix de saint André verte représente le chêne de Guernica, symbole des fors de Biscaye, c’est-à-dire de la liberté multiséculaire des Basques ; la croix blanche, qui figure aussi sur le blason de Biscaye, représente le catholicisme ; le fond rouge représente les Basques.
Ce drapeau est aujourd'hui le drapeau officiel de la communauté autonome du Pays Basque en Espagne depuis le statut d'autonomie de 1979. Son utilisation officielle dans la communauté de Navarre est sujet à polémiques, puisqu'elle a été interdite par la loi des Symboles de Navarre en 2003. Au Pays basque français, il n'a pas de caractère officiel, mais son utilisation par les institutions est relativement courante.
Tenerife vignette|Drapeau de Tenerife.