Eugène Delahaye est un journaliste et essayiste français né le à Lille et décédé le à RennesArchives en ligne de l’état civil du Nord, commune de Lille, acte de naissance no 3246 avec mention marginale de décès, année 1881 (page 95/547) (Consulté le 9 mai 2014).

Biographie

Fils d'un pharmacien lillois, il est élève d'un collège de jésuites à Lille puis étudiant en droit à l'Université catholique de cette ville (surnommée « la Catho ») durant cinq ansEugène Delahaye, Quarante ans de journalisme, 1906-1946, Rennes, Imprimerie provinciale de l'Ouest, 1946, p. 15. Il a animé une petite revue d'étudiants catholiques, A la voile. Revue de la jeunesse catholique de la région du Nord, liée à l'ACJF ; il en est le secrétaire de rédaction à partir de , date à laquelle il applaudit les idées de Marc Sangnier car Eugène Delahaye, op. cit., p. 15, A la voile, 15 décembre 1903. Il a aussi été le secrétaire de la Conférence Jeanne d'Arc, un cercle d'étudiants catholiques qui réfléchissent sur des thèmes comme les droits des catholiques, la franc-maçonnerie, la famille, donnent des conférences et militent lors des électionsA la voile, 15 septembre 1902, E. Delahaye, "La conférence Jeanne d'Arc durant l'année 1901-1902", Ibid., 15 mars 1902. Enfin, il a été brièvement le secrétaire d'Alfred Reboux, directeur et propriétaire du Journal de Roubaix, un quotidien catholiqueEugène Delahaye, op. cit., p. 15. Concernant Reboux, cf. Almanach catholique de Roubaix, 1909, Site de la Société d'émulation de Roubaix, Jean-Paul Visse, La Presse du Nord et du Pas-De-Calais au temps de l'Écho du Nord (1819-1944), Presses Univ. du Septentrion, 2004.

En , à 24 ans, il s'installe à Rennes comme rédacteur du quotidien Le Nouvelliste de Bretagne dont le nouveau directeur est son , son condisciple du collège de jésuites et de « la Catho », Jules DassonvilleEugène Delahaye, op. cit., p. 16. Le quotidien vient alors de passer sous le contrôle d'un consortium de presse, La Presse régionale, contrôlé par des hommes d'affaires catholiques du Nord et fondé par Paul Féron-Vrau, qui a chargé Dassonville de diriger le quotidien. Dassonville nomme Delahaye rédacteur principal, rédacteur en chef, et enfin en 1913 directeur de ce quotidien catholique, organe officieux de l'Archevêché.

Il se marie en 1904 en BretagneArchives en ligne de l’état civil des Côtes d'Armor, commune de Lannion, acte de mariage no 34, année 1904 (Consulté le 9 mai 2014). Il est mobilisé durant la guerre de 1914-18 comme sous-lieutenant au d'infanterie. Il participe aux offensives et à la guerre de position, à Verdun, en Argonne, en Champagne. En 1916, il fonde et anime un journal pour son régiment, GrenadiaEugène Delahaye, p. cit., p. 52-65. Cantonné près de Nancy, Delahaye utilise l'imprimerie d'un quotidien nancéien de La Presse régionale, L'Eclair de l'Est, puis celle du Nouvelliste quand son régiment quitte la Lorraine. Il a su trouver des abonnés civils pour le financer, tels l'épouse de Raymond Poincaré, Aristide Briand ou Mgr Dubourg. Il envoie parfois à Dassonville, revenu à Rennes, des lettres du front, publiées dans Le NouvellisteDieu et Patrie, 11 avril 1915, Lettre de Delahaye à J. Dassonville. Alors commandant d'une compagnie, il est fait prisonnier en dans l'Aisne, interné au camp de Posen, puis rapatrié en .

Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en raison de sa conduite durant la guerre, en 1920L'Ouest-Eclair, 20 décembre 1920, Dossier de la Légion d'honneur d'E. Delahaye . Il est membre du comité de la section de Rennes de l'Union nationale des combattants (UNC) après la guerreL'Ouest-Eclair, 14 décembre 1922, Ibid., 13 novembre 1919. Il revient de la guerre aussi patriote qu'avant et hostile aux partis révolutionnaires - des militants d'extrême gauche le conspuent en 1922 lors d'une réunion nationaliste organisée par Le Nouvelliste avec Marcel Habert comme orateur -, et au rapprochement franco-allemandEugène Delahaye, op. cit., p. 109-113 et p. 124-132, L'Humanité, 23 novembre 1922, "Le fascisme à Rennes. Une magnifique réunion ouvrière". Il appelle en 1922 à la réhabilitation d'un soldat du fusillé en 1915L'Humanité, 7 mai 1922.

Il retrouve son poste au Nouvelliste, et tente de développer le journal, grâce à des concours sportifs, et notamment un raid hippique annuel. Il prend parti pour « l' union des catholiques »Albert Marty, L'Action française racontée par elle-même, NEL, 1986, , l'alliance des droites catholiques, républicaines et royalistes, en Bretagne. Il bataille contre le quotidien breton de sensibilité démocrate-chrétienne L'Ouest-Éclair, contre l'un de ses fondateurs et gérants, l'abbé Félix TrochuL'Ouest-Eclair, 20 juin 1920, "Une lettre de M. l'abbé Trochu", Ibid., 7 février 1920. Delahaye consacre plusieurs pages, assez nuancées, à l'abbé (, ) dans ses mémoires (p. 158-169), lui reproche sa , et rend hommage à la modération d'Emmanuel Desgrées du Loû (p. 159), directeur politique de l'Ouest-Eclair, qui sut (entre 1928 et 1930 en l'occurrence: cf. Jean-Claude Delbreil, Centrisme et démocratie-chrétienne en France: le Parti démocrate populaire des origines au M.R.P., 1919-1944, Publications de la Sorbonne, 1990, p. 89), contre La Vie catholique de Francisque GayL'Ouest-Eclair, 19 juin 1927 et contre le Parti démocrate populaire, sa stratégie électorale et ses thèses sociales et internationales (l'appui donné à la politique étrangère d'Aristide BriandDans ses mémoires, Delahaye fustige le rapprochement franco-allemand tenté par Aristide Briand - (p. 130, et p. 154) - mais aussi par Marc Sangnier), notamment à l'occasion de la candidature de Léon Daudet, directeur de l'Action française, dans le Maine-et-Loire, même s'il se défend de faire campagne pour l'Action française : L'Action française, 26 juin 1925, "Revue de presse", Ibid., juillet 1925, Charles Maurras, "Un témoignage vrai et juste de M. Eugène Delahaye", Ibid., 2 juillet 1925, Léon Daudet, "Une question nettement posée".

Il milite aussi contre la franc-maçonnerieL'Ouest-Eclair, 11 janvier 1928, "La réunion de lundi soir à l'Eden". Ses articles sont publiés dans des brochures antimaçonniques. La première, fondée sur des documents obtenus de la Presse régionale, a été diffusée à cent mille exemplaires. La seconde, Reportages dans les loges maçonniques, est fondée sur des papiers obtenus d'un maçon qui cherchait à se vengerEugène Delahaye, op. cit., p. 148-151. Il participe évidemment au combat des catholiques contre la politique anticléricale du Cartel des gauchesDavid Bensoussan, "Le réveil des catholiques bretons (1924-1926)", Vingtième siècle, revue d'histoire, 1998, vol. 57, n° 1, L'Ouest-Eclair, 24 décembre 1924, "La défense religieuse",La Croix, 14 janvier 1925, "La résistance s'organise", Ibid., 11 mars 1925,Ibid., avril 1925.

Il est récompensé par l'Église qui le fait chevalier de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en 1925L'Ouest-Eclair, 7 juillet 1925. Delahaye est l'un des orateurs en 1927 d'un congrès des unions paroissiales, présidé par le cardinal Alexis-Armand Charost, archevêque de Rennes (1921-30) et soutien de DelahayeEugène Delahaye lui rend hommage dans ses mémoires, p. 137-147. Il y annonce l'attachement des catholiques au Saint-Siège et au pape Pie XI, qui pourtant a condamné l'Action française en 1926-27La Croix, 5 mai 1927.

Il quitte Le Nouvelliste en 1928, à la suite d'un avec Jules Dassonville, portant sur les rapports entre les catholiques, le Parti démocrate populaire et l'Action française, et après les élections législatives qui ont vu dans l'Ouest ce qu'il nomme la entre le PDP et les gauches, qui a provoqué la défaite électorale de députés sortants monarchistes. Pourtant, il n'appartenait pas à l'Action française et la majorité du conseil d'administration (11 membres sur 13) le soutenait. Dassonville lui a offert de demeurer à son poste, mais il a décliné l'offre car il aurait été surveillé par un nouvel administrateur-délégué ecclésiastique : Eugène Delahaye, op. cit., p. 170-180, L'Action française, 13 juillet 1928, "Revue de la presse. A Rennes". L'archevêque de Rennes Charost, dans une lettre publiée par Le Nouvelliste, affirme que la personne de Delahaye n'était pas en cause et que les responsables de la rupture étaient le marquis Baudry d'Asson, vice-président du conseil d'administration du Nouvelliste, et ses amis, du fait de leur intransigeance à l'égard du PDP. Parallèlement, l'abbé Trochu a traduit Delahaye devant l'Officialité de Rennes pour protester contre L'Ouest-Eclair, 26 juin 1928, "M. l'abbé Trochu répond à M. Delahaye.

Delahaye fonde alors aussitôt, en juillet de la même année, l'hebdomadaire La Province, soutenu par de nombreux aristocrates intransigeants et par des membres démissionnaires du conseil d'administration du Nouvelliste comme le général d'AbovilleNotice de la BNF, Histoire des diocèses de France, Volume 1 By Jean Delumeau, Jean-Rémy Palanque, , David Bensoussan, op. cit. : analyse des 508 actionnaires de l'Imprimerie de la Province (50 % d'aristocrates, 5 % de clercs, dont l'évêque de Chartres, Mgr Harsouët). En 1922, le général d'Aboville, alors président du comité de défense des intérêts catholiques du Morbihan, prônait l'union entre tous les catholiques, et s'opposait à L'Ouest-Eclair, comme Delahaye : L'Ouest-Eclair, 4 mai 1922, "A propos des élections cantonales". Le nouveau périodique s'installe au premier étage du de la rue d'Orléans. Il a bénéficié de l'appui financier du marquis de Baudry d'Asson, qui a démissionné du conseil d'administration du Nouvelliste, et de François Coty, rencontré à Paris grâce au marquisIl a reçu 300 000 francs de Baudry d'Asson et de Coty : David Bensoussan, op. cit., p. 559, Eugène Delahaye, op. cit., p. 194-195. Delahaye rend hommage à Coty et au marquis de Baudry d'Asson dans ses mémoires, et lui fait dire: (p. 198). Il appuie l'action politique de Coty ; et les journaux de Coty citent en retour les éditoriaux et les campagnes menées par DelahayeLe Figaro, 25 décembre 1931, Ibid., 8 mars 1932, Ibid., 16 juin 1933, etc..

La ligne politique de l'hebdomadaire est celle que le Nouvelliste avait suivie jusqu'en : Eugène Delahaye, op. cit., p. 199. Il continue à combattre la franc-maçonnerie, ainsi que ; il écrit ainsi dans ses mémoires en 1946, après la Seconde Guerre mondiale donc et l'extermination des juifs européens, qu'il ne mentionne pas :

Delahaye a rédigé pratiquement seul son hebdomadaire, et bi-hebdomadaire à partir de 1932, sous différents pseudonymes. Des anciens du Nouvelliste l'ont suivi à La Province, comme son ami Billmann, qui était secrétaire général du quotidien. Il a accueilli cependant des collaborateurs comme Antonin Féron, Emile Bergeron, un des orateurs des Jeunesses patriotes, très hostile à l'école publique, Michel Mêmes, Henri Callé, Henri de Gouyon, Georges Croblanc, Jean Le Trécorrois, un religieux qui fit campagne contre le PDP, jusqu'à ce que l'épiscopat lui interdise de publier dans La ProvinceEugène Delahaye, op. cit., p. 211. Sur Le Trécorrois et son livre contre le PDP, Les déviations du parti démocrate populaire: Revue apologétique, Avril 1932.