Les Arts Décoratifs sont une institution culturelle française réunissant musées, lieux d'enseignement et bibliothèque autour de l'art de vivre, des arts décoratifs, du design, de la mode et du textile, de la publicité et du graphisme.

Connue jusqu'en 2005 sous la dénomination d'Union centrale des arts décoratifs (UCAD), elle a été fondée en 1882 par des collectionneurs et des industriels désireux de mettre en valeur les arts appliqués en créant des liens entre industrie et beaux-arts pour . Reconnue d'utilité publique quelques mois après sa création, l'association remplit des missions de conservation de collections publiques, de diffusion culturelle, de soutien à la création, d'éducation artistique et de formation de professionnels.

Les différentes composantes des Arts Décoratifs sont installées sur trois sites à Paris : au 107, rue de Rivoli, les ailes de Rohan et de Marsan du palais du Louvre abritent le musée des Arts décoratifs (collections d'arts décoratifs, mode et textile, publicité) et la bibliothèque des Arts Décoratifs ; au 63, rue de Monceau, se trouve le musée Nissim de Camondo ; au 266, boulevard Raspail est installée depuis 1988 l’école Camondo (appellation née d'une implantation antérieure dans les communs de l'hôtel Camondo), spécialisée dans le design et l’architecture d’intérieur.

Les Ateliers du Carrousel, ateliers de pratique artistique, sont présents sur ces trois sites.

Statut Organisme privé doté d'un statut d’association loi de 1901 reconnue d’utilité publique, les Arts Décoratifs sont liés à l'État par une convention renouvelée périodiquement. Ses collections appartiennent à l'État. Le financement est mixte : 47 % de son budget provient de ses ressources propres. Le conseil d'administration est majoritairement composé de représentants du secteur privé.

Historique

Les Expositions des produits de l'industrie et les Expositions universelles qui se succèdent au suscitent les rivalités. La France, convaincue de sa supériorité artistique sur les autres nations, se trouve confrontée au progrès prodigieux de l’industrie anglaise, bien décidée à combattre l'industrie française sur son propre terrain : celui de l'art. Cette volonté britannique est d'ailleurs très ancienne, elle prend sa source dès le milieu du , sensible sur le terrain de la gravure et de la céramique.

1852 : le Comité central des artistes et des artistes industriels réunit qui adressent un placet à Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, dans lequel ils affirment la fonction sociale de l'art qui ne peut pas être considéré comme un luxe inutile. Grâce aux progrès de l'industrie et à la mécanisation, l'art peut faire partie du quotidien des classes laborieuses. Il est nécessaire d'organiser cette osmose entre l'art et l'industrie en créant une École centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie et en organisant des exposition spéciales pour les artistes industriels et la création d'un musée consacré aux beaux-arts industriels. 1864 : un groupe d'industriels conduit par Amédée Couder, Jules Klagmann et Ernest Guichard décide de fonder au 15, place Royale (aujourd'hui place des Vosges) à Paris, sur le modèle du South Kensington Museum (actuel Victoria and Albert Museum), l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie. En quelques mois une collection est constituée et un « musée-école », doté dès l'origine d'une bibliothèque, est créé. Il occupe alors deux salles d'un hôtel particulier. 1865 : la première exposition de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie intitulée comme les suivantes « Musée rétrospectif » se tient au palais de l'Industrie des Champs-ÉlyséesUnion centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie, Exposition de 1865. Palais de l'industrie. Musée rétrospectif, catalogue d'exposition, J. Lemer, Paris, 1865 (en ligne sur le site gallica.bnf.fr).Alfred Darcel, « Musée rétrospectif » dans L'Illustration du , . 1875 : l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie installe son musée et sa bibliothèque 3, place des Vosges. La bibliothèque comprend alors un fonds d'ouvrages anciens et modernes ainsi que de nombreux échantillons de textiles et de papiers peints mis à la disposition des artistes, industriels et ouvriers. Le musée et la bibliothèque sont ouverts gratuitement de à et le soir de à , pour permettre aux ouvriers d'y venir à la sortie des ateliers. 1877 : l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie, qui a acquis une expérience unique en organisant plusieurs manifestations comme les « musées rétrospectifs », est concurrencée par l'annonce de la fondation d'une Société du musée des Arts décoratifs. Celle-ci, créée en , est placée sous la haute présidence du duc d'Audiffret-Pasquier, président du Sénat. Le Comité de patronage comporte des personnalités du monde de la culture et de la politique. 1878 : l'État concède à la nouvelle société le pavillon de Flore au palais du Louvre. 1879 : la société doit rapidement quitter ces lieux, affectés au service de la préfecture de la Seine jusqu'à la reconstruction de l'hôtel de ville. Elle trouve alors asile au palais de l'Industrie, aux mêmes conditions qu’au pavillon de Flore — pour un franc symbolique. La fusion des deux sociétés s’impose lorsque la Société du musée, désireuse de rendre périodiques ses expositions, se trouve en compétition avec les projets de l'Union centrale. L'Union centrale et la Société du musée des Arts décoratifs s'entendent, malgré leurs divergences d'origine et d'opinion : les fondateurs de l'Union centrale appartiennent au monde des industries, les initiateurs de la Société du musée sont des leaders politiques et mondains. 1882 : en mars, les deux structures fusionnent, donnant naissance à l'Union centrale des arts décoratifs (UCAD)Sylvie Acheré, « Transpositions du », dans .. La reconnaissance d’utilité publique eut lieu le suivantCode 75.000.1493 dans Liste des associations reconnues d’utilité publique, sur le site du ministère de l’Intérieur. Publiée le 8 avril 2008, mise à jour en juin 2009. Consultée le 13 mai 2012.. C'est alors en France la plus influente des associations artistiques. Homme politique en vue et ami de Manet, Antonin Proust en prend la présidence. Les leaders s'unissent dans la recherche d'un lieu où installer le musée et la bibliothèque. 1891 : le député Georges Berger prend la présidence de l'UCAD. Il s'entoure de Jules Maciet, nommé à la tête de la Commission du musée, et de Paul Gagnault, nommé conservateur du musée. Comme son prédécesseur, il s'attelle avec patience et détermination à l'installation du musée des Arts décoratifs quai d'Orsay puis, devant le refus définitif du Sénat, au pavillon de Marsan. Il revient sans cesse à la charge pour obtenir des galeries supplémentaires et gagne des travées sur le ministère des Finances. Il obtient les locaux qui s'étendent du pavillon de Marsan jusqu'aux guichets du Louvre, en face de la rue de l'Échelle. L'installation future s'impose d'elle-même : la nef centrale sera la « salle d'honneur » des expositions d'objets d'art moderne, les bas-côtés seront attribués à la bibliothèque, sa salle de lecture, ses réserves, les étages recevront les collections et les reconstitutions des « différents intérieurs décorés ». 1898 : une convention avec l'État concède à l'UCAD le pavillon et l'aile de Marsan du palais du Louvre, rue de Rivoli, pour une durée de quinze ans à dater de l’ouverture. Les travaux, les aménagements du bâtiment, les installations du musée sont à la charge de l'UCAD. À l'expiration de ce temps, les collections reviendront à l'État, ainsi que la propriété des travaux et aménagements, sans indemnités. 1900 : la Cour des comptes met plusieurs années à déménager les dossiers qui encombrent le pavillon de Marsan, compromettant l'ouverture du musée qui devait coïncider avec l'Exposition universelle de 1900. Cent mille liasses occupent encore les sous-sols en 1910. 1904 : ouverture de la bibliothèque des Arts décoratifs rue de Rivoli. 1905 : le , le président de la République Émile Loubet inaugure le musée des Arts décoratifs au sein du palais du Louvre, nouveau siège de l'union. 1906 : le musée accueille le deuxième Salon des artistes décorateurs et le fera jusqu’en 1922. 1911 : François Carnot prend la présidence de l'UCAD. Acquisitions et expositions se multiplient. 1920 : première échéance de la convention. 1927 : installation des cours d'art graphique et de reliure rue Beethoven. 1930 et 1932 : le musée accueille les expositions de l'Union des artistes modernes (UAM). 1935 : à la mort du comte Moïse de Camondo, le musée reçoit le legs de son hôtel particulier et de ses collections, constituant l'un des plus beaux exemples de demeure française du . 1936 : le , inauguration du musée Nissim de Camondo. 1938 : huit cents caisses contenant les objets les plus précieux du musée prennent le chemin de l'exil dans les châteaux de la Loire et ne réintégreront le musée qu'en 1944. 1944 : à l'enseignement de l'école de la rue Beethoven s'ajoute un cours de perfectionnement destiné à fournir des collaborateurs qualifiés aux maisons de décoration, qui deviendra l'école Camondo : une école d'architecture et de design. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Union centrale des arts décoratifs vit une activité accrue et une mutation sans précédent. Elle participe du renouveau muséal dans le paysage culturel de l’époque. 1949 : avec « Formes utiles : objets de notre temps » présentée fin 1949 par l'UAM, le pavillon de Marsan inaugure une série d'expositions de formes industrielles, dont l'aboutissement sera vingt ans plus tard la fondation du Centre de création industrielle (CCI). 1950 : au début des années 1950, la configuration des collections est la suivante : les collections du , y compris une petite salle 1925, entourent la nef réservée aux expositions temporaires. Dans les galeries des étages supérieurs, le circuit est chronologique, du Moyen Âge à l'Empire. L'étage sous verrière est consacré aux collections étrangères. À l'Orient musulman sont attribuées les salles du pavillon de Marsan, dont la hauteur sous plafond permet l’exposition des grands tapis de Perse et d'Anatolie. Le musée est devenu avec les années le lieu de prédilection des collectionneurs et des amateurs. 1951 : le musée crée un service éducatif qui propose des visites des salles du musée par époque et par technique, puis des cours d'histoire de l'art avec projections. 1953 : l'atelier des moins de , à l'origine des Ateliers du Carrousel, s’ouvre sous la responsabilité de Pierre Belvès, l'un des illustrateurs les plus célèbres des albums du Père Castor. 1966 : François Mathey devient conservateur en chef du musée des Arts décoratifs. 1969 : création du Centre de création industrielle (CCI) par François Mathey et Yolande Amic. 1974 : ce CCI est rattaché au centre Beaubourg — futur centre national d'art et de culture Georges-Pompidou. Sous la présidence de Robert Bordaz sont lancés les projets de nouveaux musées consacrés à la publicité et aux arts de la mode, la construction d'un nouveau bâtiment boulevard Raspail destiné à l'école Camondo et l’extension du musée des Arts décoratifs dans le Grand Louvre. 1978 : ouverture du musée de l'Affiche, rue de Paradis, rebaptisé en 1981 musée de la Publicité. thumb|Le musée des Arts décoratifs de Paris. 1985 : réaménagement du musée des Arts décoratifs rénové dans le cadre de la loi-programme des musées. Ouverture de deux galeries de collections du et des centres spécialisés (verre, jouets, papiers peints, dessins, textiles). Création du « comité pour Camondo » qui recherche les fonds privés nécessaires à la restauration des collections du musée Nissim de Camondo. 1986 : inauguration du musée des Arts de la mode dans le pavillon de Marsan, à la suite de l'alliance conclue en 1981 entre l'UCAD et l'Union française des arts du costume (UFAC). 1988 : installation de l'école Camondo boulevard Raspail.