La rébellion tyrolienne est un soulèvement contre-révolutionnaire. de paysans de la province du Tyrol contre le royaume de Bavière, vassal de l'Empire français. Vaincu en 1805, l'empire d'Autriche cède le Tyrol à la Bavière ; cependant, la politique anticléricale et centralisatrice du nouveau régime provoque l'hostilité de la majeure partie de la population tyrolienne. En 1809, soutenus par Vienne, les paysans se rebellent. Menés par Andreas Hofer ils remportent plusieurs victoires et repoussent plusieurs offensives françaises et bavaroises avant d'être finalement vaincus au bout de plusieurs mois.
Le Tyrol Le Comté de Tyrol est une possession des Habsbourg depuis 1363, il dispose d'une Diète, (où sont représentés quatre ordres ; la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et la paysannerie) qui administre le pays et d'un capitaine de province, chargé du pouvoir judiciaire, de la défense du pays, de la religion catholique et des libertés de la province. L'autorité autrichienne est représentée par le gouverneur, nommé par l'empereur.
À la fin du , le Tyrol compte , dont 4 % appartiennent à la noblesse et au clergé, 17 % à la bourgeoisie et 78 % à la paysannerie. Le niveau de vie de la province est plutôt aisé, le servage y est aboli depuis plusieurs siècles, 40 % des paysans sont propriétaires de leurs terres. La région de Landeck avec la vallée de l'Inn est la plus pauvre, les vallées de l'Adige et de l'Eisack en revanche sont prospères. La population est essentiellement germanophone mais compte un quart de locuteurs italiens ainsi qu'une minorité de Ladins.
La population tyrolienne demeure très attachée au catholicisme, marquée par la présence des jésuites pendant le ainsi que par la sécularisation de la principauté épiscopale de Trente et de Bressanone annexées par le comté en 1803. Elle s'oppose aux réformes libérales, anticléricales et centralisatrices du Joséphisme, politique initiée par l'empereur Joseph II du Saint-Empire, qui pousse le pays au bord de la révolte. Cette politique prend fin sous les règnes de Léopold II et François II.
Les guerres révolutionnaires
300px|thumb|left|Entraînement des tirailleurs (Schützen) tyroliens, huile sur toile anonyme.
Depuis un édit daté de 1511, les Tyroliens sont autorisés à porter des armes à feu, mais tous les hommes âgés de sont tenus de former une milice en cas d'invasion étrangère. Celle-ci est levée pour la première fois en 1703 où elle repousse les troupes françaises et bavaroises à Pontlatzer Brücke près de Landeck, pendant la guerre de Succession d'Espagne. À la suite de ce succès, ce système de milice se développe au Tyrol, les hommes âgés de 18 à 40 sont mobilisables dans les compagnies de tirailleurs (Schützen), et ceux de en réserve, dans la milice territoriale (Landsturm). Ils sont tenus de s'entraîner au tir tous les dimanches, élisent leurs capitaines et ne peuvent être déployés en dehors du Tyrol.
Les milices sont levées de nouveau à partir de 1796, à la suite de la campagne d'Italie. En 1797, les Tyroliens affrontent les Français commandés par le général Joubert et les battent à Cembra. À partir de 1799, Ils adoptent une sorte d'uniforme après que certains de leurs miliciens aient été capturés et fusillés par les Français. D'abord disparates, ils se généralisent par la suite, avec un col vert, un brassard et une cocarde verte et blanche. En 1799, lors de la seconde campagne d'Italie, les milices sont à nouveau engagées sur la frontière suisse.
L'occupation bavaroise thumb|left|300px|Le Tyrol en 1808. En 1805, pendant la guerre de la troisième coalition, des troupes autrichiennes sont déployées au Tyrol, sous les ordres de l'archiduc Jean, le plus jeune frère de l'empereur d'Autriche François . Mais après la victoire de Napoléon à Ulm, les troupes françaises menées par le maréchal Ney entrent au Tyrol en novembre. Sur ordre de l'empereur, l'archiduc Jean doit abandonner le pays. Les Français écrasent les miliciens tyroliens à Scharnitz mais sont durement malmenés au col de Strub, néanmoins tout le territoire est occupé en novembre. Dans une proclamation l'archiduc Jean promet à la population que l'Autriche reviendra libérer le Tyrol.
Dès la fin du mois les troupes françaises sont relevées par les troupes bavaroises. Le , l'Autriche vaincue à Austerlitz signe le traité de Presbourg. Le Tyrol est rattaché au royaume de Bavière, vassal de Empire français. Le roi Maximilien de Bavière promet que la constitution du Tyrol sera respectée, cependant le nouveau régime devient rapidement impopulaire. D'une part les impôts augmentent de 20 % et l'application du blocus continental appauvrit le pays. En , le Tyrol est officiellement supprimé et divisé en trois départements. La Diète, les charges de capitaine de province et de gouverneur sont supprimées. Le pouvoir civil est tenu par le commissaire de la Cour Arco, cependant ce dernier jugé trop modéré, est remplacé par trois autres commissaires ; Maximilien Lodron, Georg von Aretin et Johann von Welspeg, chacun à la tête d'un département. Des fonctionnaires venus de Bavière sont envoyés au Tyrol afin d'en faire un pays bavarois.
Cependant la première cause de mécontentement est la politique religieuse anticléricale de la Bavière. Plusieurs fêtes religieuses sont interdites, ainsi que les pèlerinages et les processions, le but étant d'améliorer le niveau de vie des paysans en augmentant le nombre des journées de travail. À partir de 1807, de nombreux couvents sont fermés et leurs biens saisis. Le clergé proteste, de nombreux prêtres refusent d'obéir, plusieurs sont arrêtés par la police et exilés. L'année 1807 voit la formation des premiers groupes de conjurés.
La même année, la Bavière lance une campagne de recrutement afin d'augmenter ses effectifs militaires. Un bataillon de volontaires est d'abord formé, cependant 300 hommes sur 900 désertent lorsqu'ils sont envoyés en Bavière. En , le gouvernement bavarois décide de lever au Tyrol pour un service de six ans, les appelés sont tirés au sort par les dés, mais presque tous les jeunes conscrits prennent la fuite et partent se cacher dans les montagnes..
Le , la Bavière adopte une nouvelle constitution, les trois départements tyroliens perdent leurs lois particulières et sont traités comme tout département bavarois.
La préparation de l’insurrection Consciente de l’impopularité de l’occupation bavaroise dans le Tyrol, l’Autriche multiplie les contacts avec la province à partir de l’année 1808. Très attaché au Tyrol où il est très populaire, l’archiduc Jean défend le projet d’une insurrection du pays appuyée par une entrée des troupes autrichiennes..
Trois conjurés, Franz Nessing, Peter Huber et Andreas Hofer se rendent à Vienne en afin d’exposer la situation de la province, ils réclament des troupes, des munitions, une bonne intendance et le rétablissement de la constitution tyrolienne. Le , ils repartent pour le Tyrol avec des fonds pour organiser les compagnies.
Le plan de l’archiduc Jean est approuvé par l’empereur François malgré l’opposition de l’archiduc Charles et de l’impératrice Marie-Louise à un soulèvement populaire. L'insurrection est fixée pour le avant d’être reportée en avril. Les conjurés, des aubergistes majoritairement, s’attachent alors à organiser les groupes d’insurgés, à choisir des chefs dans tout le Tyrol. Seul le Trentin, au sud, semble moins disposé à l’insurrection. Des tracts sur la guerre d’Espagne et la guerre de Vendée sont distribués par le clergé afin de servir d’exemple.
La police bavaroise a de forts soupçons, certains conjurés, dont Hofer, sont identifiés, mais elle sera prise de court par les événements. Seulement bavarois commandés par le général Kinkel forment alors la garnison du Tyrol.
L’insurrection tyrolienne et l’offensive autrichienne
upright=1.2|thumb|left|La rébellion, huile sur toile de Franz Defregger, 1900.
En , la guerre de la cinquième coalition commence. Dans la nuit du 8 au , à minuit, une armée autrichienne de et 17 canons entre au Tyrol. Cette force, divisée en neuf bataillons, est sous les ordres du lieutenant-général Jean-Gabriel du Chasteler, qui est secondé par les généraux , Marshall et Buol. Au matin, les Autrichiens entrent dans la ville de Lienz où ils sont accueillis en libérateurs par la population. Une autre colonne forte d'un régiment et deux bataillons commandés par le lieutenant-colonel Taxis attaque depuis Salzbourg. Harcelés par les premiers groupes d’insurgés, les Bavarois évacuent Bruneck sans parvenir à détruire le pont derrière eux. Le , Brixen est assaillie par les tirailleurs tyroliens mais les Bavarois sont secourus par les d’une colonne française commandés par le général Bisson. Les Franco-Bavarois évacuent ensuite Brixen et se replient sur Innsbruck, au nord. Mais en chemin, ils sont attaqués par les paysans qui capturent 200 Bavarois de l’arrière-garde. Une deuxième colonne française commandée par le général Lemoine, qui devait suivre celle du général Bisson, préfère alors se replier vers le sud, sur Trente.
Le , Hofer bat les Bavarois à Sterzing et s'empare de la ville. Les Tyroliens l'évacuent quelques heures plus tard, à l'annonce de l'arrivée de la colonne Bisson. Mais les Franco-Bavarois ne s'attardent pas et poursuivent leur route sur Innsbrück. Le , les hommes de Hofer peuvent reprendre possession de Sterzing sans difficulté. Pendant ce temps, les campagnes des environs d’Innsbrück se soulèvent et le prennent d’assaut la capitale du Tyrol. Les Bavarois se rendent, mais certains sont exécutés sommairement. Le , à l'aube, les et du général Bisson arrivent aux portes d’Innsbrück et trouvent la ville aux mains des insurgés. Encerclé et constatant que ses hommes sont épuisés après avoir été continuellement harcelés en chemin par les embuscades et les éboulements provoqués par les Tyroliens, le général Bisson se rend. Ainsi en seulement quatre jours de combats, français et bavarois ont été faits prisonniers par les Tyroliens. Le , Martin Teimer prend la tête des insurgés d'Innsbrück. Le même jour, Hall en Tyrol est prise par Speckbacher et sa garnison capturée.
vignette|upright=1.2|Le père Joachim Haspinger au combat avec les paysans insurgés, huile sur toile de Mathias Artaria, 1842, musée d'Histoire de l'art de Vienne.
De son côté, l’armée impériale autrichienne poursuit sa progression depuis l'est du Tyrol. Le , elle entre dans Brixen et Sterzing. Chasteler envoie également trois bataillons au sud. Le , les Autrichiens atteignent Innsbrück où la population leur fait un accueil triomphal. Presque tout le Tyrol est alors repris par l'Autriche. Josef von Hormayr et Anton von Reschmann prennent la direction de la province, les fonctionnaires bavarois sont arrêtés ou expulsés et des compagnies de tirailleurs sont organisées. Quelques jours après, le lieutenant-colonel Taxis lance les premières incursions en Bavière, où des réquisitions à la limite du pillage sont effectuées.
Au sud, le général français Baraguey d'Hilliers occupe Trente à la tête de mais il doit regagner l’Italie après la défaite du vice-roi d'Italie Eugène de Beauharnais à la bataille de Sacile. Les Autrichiens marchent alors sur le Tyrol italien où l’insurrection a été plus faible. Le , ils rattrapent les Français de Baraguey d'Hilliers à Volano, où une bataille indécise a lieu. Les Français poursuivent ensuite leur retraite vers l'Italie et les Autrichiens prennent Rovereto, achevant ainsi la reconquête du sud du Tyrol. Fin avril, les Bavarois ne contrôlent plus au Tyrol que la forteresse de Kufstein, assiégée. L’empereur d’Autriche fait alors publier le manifeste de Schärding où il annonce son intention de rattacher le Tyrol à l’Autriche.