Jacques FoccartIl est autorisé par décret du à modifier son nom patronymique de « Koch-Foccart » en celui de « Foccart »., né Jacques Koch-FoccartLa famille Koch est autorisée en 1868 à ajouter à son nom patronymique celui de « Foccart » et à s'appeler ensuite « Koch-Foccart ». le à Ambrières-les-Vallées (Mayenne) et mort le à ., est un homme d'affaires et un homme politique français.
Ancien résistant, gaulliste historique, il a mené diverses activités commerciales avant de devenir secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974 sous le général de Gaulle puis sous Georges Pompidou, devenant un personnage central de cette politique qui sera désignée plus tard sous le nom de « Françafrique ».
Considéré comme un des hommes de l'ombre du gaullisme, il utilise toutes les méthodes pour contrôler ou étouffer l'opposition. Il s'emploie à être l'influent ami des chefs d'État, recourant aussi aux méthodes les plus brutales, comme celles du SAC.
Biographie Origines familiales et enfance Jacques Foccart naît en Mayenne en 1913. Il est le fils de Guillaume Koch-Foccart (1876-1925) et d'Elmire Courtemanche de la Clémandière, une béké guadeloupéenne issue d'une famille très fortunée. Son grand-père, Louis Koch-Foccart (1840-1916) est conseiller d'arrondissement conservateur du canton d'Ambrières-les-Vallées (1877-1892 et 1898-1910).
Jacques Foccart grandit dans le château du Tertre mayennais jusqu'à l'âge de 3 ans alors que ses parents sont repartis en Guadeloupe. En 1916, son père, revenu en France pour la mort de son propre père, emmène son fils avec lui en Guadeloupe. Il a 6 ans lorsqu’il revient en métropole avec ses parents. Jacques Foccart conserve ensuite des liens forts avec cette colonie, devenue département d'outre-mer en 1946. Son père meurt l’année de ses 12 ans. Élève du lycée de l'Immaculée-Conception à Laval d' à , il entre dans la vie professionnelle comme prospecteur commercial chez Renault. Il est ensuite employé dans une société commerciale d'import-export qui traite avec l'outre-mer.
Seconde Guerre mondiale Après son service militaire effectué dans les , Jacques Foccart devient sergent de réserve. Il est mobilisé à la caserne Chanzy de Châlons-sur-Marne en comme sous-officier à l'état-major de l'aviation. Démobilisé en à Agen à la suite de l'armistice de juin, il regagne Paris.
Liens avec l'Organisation Todt En 1941, Jacques Foccart fonde avec une de ses relations de service militaire, Henri Tournet, une importante affaire d'exploitation de bois à La Forêterie, lieu-dit de la commune de Rânes (Orne). Pour la coupe de soixante hectares de bois, il fait travailler une équipe importante : le bois est en particulier destiné à la production du charbon de bois, carburant des véhicules à gazogène, indispensable pendant cette période de restrictions. L'entreprise travaille d'abord avec Citroën afin d'alimenter ses gazogènes, étend ensuite son domaine forestier avec cent hectares, achetés à un minotier à l’, puis avec l'achat d'une grande coupe de bois, vendue par le châtelain local Claude RichardClaude Richard est originaire de Lille. Il a connu Charles de Gaulle au cours Louis-de-Fontanes, rue du Bac à Paris, créé et dirigé par son père, Henri de Gaulle. Lors de sa visite à Rânes le , De Gaulle rencontre Richard..
À il commence, par l'entremise de Georges Desprez, à travailler pour les Allemands : deux convois sont livrés chaque semaine — grâce à des intermédiaires — à l'Organisation Todt, avec laquelle il a établi des relations commerciales.
En 1943, l'Organisation Todt suspecte Jacques Foccart, Henri Tournet et Georges Desprez d'escroquerieLa vie de Georges Desprez est ensuite émaillée de nombreuses escroqueries.. Foccart et son associé sont écroués en à Argentan et à Saint-Malo. Ils sont libérés après quelques jours de détention moyennant le paiement d’une caution le documentaire biographique L'Homme qui dirigeait l'Afrique. d'un million de francs de l’époque ; leur entreprise est en outre réquisitionnée.
Ultérieurement, la police judiciaire de Rouen enquête sur la possible implication de Jacques Foccart et d'Henri Tournet dans l'assassinat de François Van Aerden, ancien agent consulaire de Belgique au Havre, qui aurait été témoin d'un trafic entre leur entreprise et un officier de l'Organisation Todt. En l'absence d'éléments matériels probants, le dossier est classé sans suite..
Résistance
En 1942 Jacques Foccart prend contact avec la Résistance sur sa terre natale en Mayenne. Adjoint de Régis des PlasDti « Sylvain », membre de l'ORA. pour le réseau Action Plan Tortue pour la zone Centre et SudOrne, Sarthe, Mayenne, Calvados et Manche., il structure le réseau Action-Tortue Foccart avec un poste de commandement à Rânes et un centre de liaison à Ambrières-les-Vallées en Mayenne.
Le nom de Foccart est évoqué, en 1953, par le SRPJ de Rouen comme étant lié à deux énigmes criminelles datant de 1944, l'affaire François Van Aerden à Rânes et l'affaire Émile Buffon à Joué-du-Plain.
Pendant une fuite à Paris, il crée le sous son propre nom une affaire dont l'objet est « commission-importation-exportation ». Ce commerce prend le nom de « Safiex » le , et reste ultérieurement la base de l'activité professionnelle de Jacques Foccart.
Libération Il prend part à la bataille de Normandie avec son groupe de résistance en harcelant les Allemands. Traqué à nouveau, il se replie en Mayenne avec deux aviateurs américains qu'il conduit à la rencontre des avant-gardes de l'Armée française de la Libération. Entre la mi-juillet et fin , il rejoint une division américaine et devient commandant.
À la libération de Paris, Jacques Foccart intègre les services de renseignement de l'État : la Direction générale des études et recherches (DGER, futur SDECE) dirigés par Jacques Soustelle, un gaulliste historique. Il dirige un temps à Angers la militaire où il succède au commandant Jean-François Clouet des Pesruches.
Missions spéciales
Jacques Foccart participe à l'opération Vicarage, dans le cadre de la . Il indique avoir rejoint l’Angleterre au mois d'. pour y rejoindre les services spéciaux alliés avec le grade de lieutenant-colonelSon unité est connue sous l'acronyme SAARF. Son objectif est la libération des camps de prisonniers et de concentration..
Selon son biographe Pierre Péan, c'est en fait en que Jacques Foccart participe à cette opération. Pour Pierre Péan, Jacques Foccart navigue entre l'Ouest de la France et Paris, avant d'être affecté le à la Compagnie de services de la DGER, et les services spéciaux qui deviendront la SDECE. Il se démène jusqu'à la fin de pour récupérer sa caution d'un million de francsAinsi que les intérêts. que M. Courballée, patron de la « Société franco-belge de courtage et de gestion » avait prêtée pour permettre à Jacques Foccart et Henri Tournet de sortir de la prison de Saint-Malo le . Le remboursement de la caution est effectué par l'État sous le maintien du secret absolu des activités de Foccart et Tournet entre l'automne 1942 et le À l'automne 1942, il établit des relations commerciales avec les occupants allemands par l'entremise de Georges Desprez, livrant deux convois de bois chaque semaine à l’organisation Todt. Parmi les témoins oculaires de ces activités, François Van Aerden, Pohl et Emile Buffon ont disparu. Georges Desprez est en 1944 au camp de Dora. Les archives de Saint-Malo sont brûlées. Les documents dans l'Orne ont disparu.. Le paiement est effectué par l'État le On trouve sa trace dans le Livre d'émission des ordres de paiement, secrétariat général du commissaire délégué à l'Administration des territoires occupés, bureau financier chargé des paiements hors budget. On peut y lire Numéro de l'ordre de paiement 55, en date du 18 avril 1945, pour le commandant Foccart de la caution versée par lui aux Allemands pour sa mise en liberté..
Gaulliste indiscutable, à l'automne 1944, il est au bureau de la Mission des liaisons de l'inspection des arméesCet organisme a été créé pour pallier la disparition de l'Inspection générale de l'armée., dirigée à Paris par Jacques Chaban-Delmas. Rejoint par Tournet, il mène des missions spécialesPierre Péan cite comment des volontaires sont recherchés pour exécuter Soleil, un FTP installé à Angers, et qui devait prendre la tête des FFI chargés de réduire la poche de Royan. Il est mort peu de temps après dans un accident de voiture. en compagnie de celui-ci, Clouet des Pesruches et Lebert.
Démobilisé le , il lance son affaire d'import-export spécialisée dans les produits antillais, tout en conservant son exploitation forestière, et est employé dans l'administration au ministère du ravitaillement.
Entrée en politique Jacques Foccart soutient Jacques Soustelle, « parachuté »Comme à la même époque, et au même endroit : Robert Buron. en Mayenne, en 1945. Il est candidat de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) sur une liste composée de trois résistants : Jacques Soustelle, Francis Le Basser et lui-même en troisième position. Seul Soustelle est éluPour Robert Buron, le laïcisme de Jacques Soustelle et de Francis Le Basser n'avait rien de provocant, mais enfin il suffisait à leur retirer la confiance des milieux catholiques et, par ailleurs, les laïcs avaient encore la possibilité, soit de s'affirmer plus franchement avec la liste de Camille Lhuissier..
Il devient un des hommes de confiance du général de Gaulle, chargé de missions politiques essentielles et délicates. Entre 1947 et 1954, par exemple, il est responsable de l'implantation du RPF aux Antilles et en Guyane où il effectue plusieurs déplacements et noue de solides amitiés dans les milieux politiques de ces départements d'outre-mer. Il publie pendant une dizaine d'années, d' à , un bulletin hebdomadaire (puis bimensuel) envoyé aux adhérents du RPF installés outre-mer..
Dans le secteur de l'import-export, il entretient de nombreuses relations dans les milieux d'affaires implantés dans les colonies. Il siège à partir de 1950 à l'Assemblée de l'Union française à Paris. Il y défend les intérêts des colons et s'oppose à l'idée d’autonomie pour les colonies françaises d'Afrique.
Sous la République, il est membre du conseil national, puis secrétaire général adjoint, puis succède en 1954 à Louis Terrenoire comme secrétaire général du RPF, le parti politique créé par de Gaulle, où il travaille activement au retour du chef de la France libre au pouvoir. Il s'occupe des questions africaines au RPF dès 1954. Il est un des organisateurs de l'Opération Résurrection.
Membre fondateur du SAC avec Achille Peretti et Charles Pasqua, il est comme principal responsable de l'assassinat de Robert Boulin en (notamment dans le téléfilm Crime d’État de 2013), avec l'éventuelle complicité de collègues du SAC et de Jacques Chirac ; la la crainte que Robert Boulin, alors ministre de Valéry Giscard d’Estaing, dévoilât un certain nombre de dossiers sur le financement du RPR.
thumb|285px|La tombe de Jacques Foccart au cimetière de Luzarches (Val-d'Oise).
« Monsieur Afrique » Le contexte : la stratégie politique de la France et du bloc occidental Avec l'indépendance de l'Algérie en 1962, la France perd l'exploitation du pétrole saharien. Charles de Gaulle, pour qui il n'y a pas de grande puissance sans indépendance énergétique, décide donc de se tourner vers les pays de l'ancien Empire colonial français en Afrique noire, qui regorgent de richesses minières et pétrolières. L'exploitation de ces ressources, qui s'effectue sur des cycles longs de 5 à entre la découverte des gisements et la mise en service de l'exploitation, requiert dans les pays concernés une authentique stabilité politique si bien qu'est décidée une politique de soutien très active aux dirigeants particulièrement francophiles et dociles de ces pays devenus indépendants de la France en 1960.