Les Économiques (en grec ancien : ) sont un "Pseudo-Aristote" (oeuvre attribuée à tort par la tradition à Aristote) qui aborde des questions politiques et économiques. Elle est composée de trois livres, dont l'authenticité est sujette à débat.
Présentation
Contenu Les Économiques sont un ensemble de trois livres qui traite de questions économiques et politiques. Nicolas Oresme a présenté l'ouvrage comme un traité d'économie domestique, qui enseigne les manières . Il s'agit pour Aristote, , d'informer les hommes de la manière de .
Les Économiques sont le deuxième plus ancien ouvrage conservé de la littérature grecque portant sur l'économie. Xénophon avait précédemment consacré un traité à l'administration des domaines agricoles et de la famille sous le nom d’Économique ().
Historique de publication Les Économiques nous sont parvenues, pour les deux premiers livres, en grec ancien. Le troisième nous est seulement parvenu dans des traductions en latin médiéval. Une partie du deuxième livre est peut-être un fragment issu d'un autre traité d'Aristote, désormais perdu, appelé Sur la richesse.
Des trois livres, l'authenticité du premier est la plus assurée. Il est proche parfois par certains sujets traités de l’Économique de Xénophon, mais a aussi d’importants points communs avec la Politique d’Aristote, où on trouve d’ailleurs un passageAristote, Politique, Livre VII, chap. X, 1330 a 31-33. qui semble annoncer le texte sur la liberté à offrir aux esclavesÉconomique, Livre I, 3, 1344 b 12..
On considère depuis les travaux de Gérard Vossius que les deux derniers livres sont apocryphes. Diogène Laërce ne connaît que le premier livre des Économiques, et ces derniers sont écrits dans un style différent. Certains experts, comme Hoefer, soutiennent toutefois que si le livre nous est bien parvenu , mais que la différence de style des derniers livres n'est pas un argument suffisant pour remettre en doute l'authenticité. La plupart des experts contemporains attribuent l'ouvrage à un étudiant d'Aristote, ou à son successeur Théophraste.
Le livre III, conservé seulement en latin, traite des rapports de l'homme et de la femme dans un couple, et apparaît donc comme un complément des chapitres 3 et 4 du livre I. Dans certaines éditions latines, il est inséré entre les livres I et II.
Résumé Livre I Chapitre 1 : différence entre l'économie domestique et politique Aristote se propose d'emblée de distinguer la science politique et la science économique. La première traite de l'organisation de la cité, tandis que la deuxième traite de l'administration de la propriété domestique. L'autre différence fondamentale tient au décideur : tandis que le gouvernement est (), l'administration domestique est le fait d'un seul ().
Il existe un art pour fabriquer et organiser toute chose. Il en va ainsi de l'art de la fabrication de la lyre, comme l'art de la fabrication d'une constitution d'un État. La science économique se propose de trouver des règles qui permettent .
L'auteur rappelle que la cité est naturelle. Elle se définit comme une agrégation de , qui doivent suffire ().
Aristote soutient la thèse de l'antériorité de l'économie sur la politique. En effet, l'objet étant toujours antérieur à l'instrument qui l'a créé, la science économique est nécessairement antérieure à la science politique.
Chapitre 2 : des parties de la famille, l'homme et la possession Aristote aborde la composition du domaine. L'économie domestique a, parmi ses objets, les devoirs de la femme, et doit . Il s'agit aussi de régler l'agriculture, premièrement, et les industries, deuxièmement. Le philosophe fait grand cas de l'agriculture, qui est , et croît grâce à la terre.
Le travail de la terre a un effet positif, qui est de contribuer . Contrairement aux métiers d'atelier, qui rendent le corps chétif, l'agriculture rend l'homme .
Chapitre 3 : des devoirs du mari et de la femme L'union de la femme et de l'homme est l'association () la plus naturelle qui soit. Cela est dû à ce que, naturellement, le mâle et la femelle ont chacun besoin l'un de l'autre. Chez les autres animaux, l'association se font par l'instinct, et a pour objectif . Chez les animaux plus intelligents, on trouve, en plus, les manifestations d'un attachement réciproque : l'homme et la femme , et cela est surtout vrai pour l'homme§ 3 et 4..
Contrairement aux êtres qui sont seulement instinctifs, l'homme et la femme font des enfants , et non . Ainsi, lorsqu'ils sont vieux, les parents reçoivent l'aide de leurs enfants. Cela permet de perpétuer : quoique le nombre passe, .
Comment le rôle de l'homme et de la femme est-il défini ? Aristote répond : par la divinité, par la nature. Ainsi, (). Le premier est caractérisé par le courage, l'autre par la crainte. Ainsi se divise la gestion de la demeure : l'homme , la femme . Le père doit s'assurer du développement physique des enfants, et la mère, du développement moral et de l'éducation.
Chapitre 4 : devoirs du mari envers la femme Il est nécessaire, selon l'auteur, qu'il y ait des lois qui protègent la femme et . Cela est aussi à l'avantage de l'homme, car ces lois assurent qu'il ne lui sera fait aucun tort. Le mari ne doit jamais commettre un adultère. La femme, elle, doit .
Aristote cite un vers d'Hésiode, selon lequel .
Chapitre 5 : comment il faut faire usage des esclaves Ce livre est dédié aux esclaves§ 5.. L'homme est le premier, le meilleur, le plus nécessaire et le plus éminent des biens acquis. Les esclaves que l'on achète doivent être dévoués. Il en existe deux sortes : les intendants, et les ouvriers.
Le maître doit avoir un rapport juste avec l'esclave en étant ni trop sévère, ni trop indulgentÉconomique, Livre I, 3, 1344 b 4-6.. Il doit donner () aux esclaves, ainsi qu'. Il ne faut pas faire boire trop d'alcool à ses esclaves, pour des raisons de santé.
Aristote rappelle que, comme tout un chacun, les esclaves . Le bon maître récompense ainsi le mérite de chacun. .
Aristote partage l'opinion de Xénophon, qui conseille de loger esclaves hommes et femmes séparément, pour éviter les naissances contre le vœu du propriétaireÉconomique de Xénophon, § IX, 5, et Économiques d'Aristote, livre I, § 5.. Le motif est qu'il revient moins cher d’acheter un esclave que de l’élever ; en outre, l’accouchement met en danger la vie de la mère esclave, et le bébé n’est pas assuré de survivre jusqu’à l’âge adulte.
Chapitre 6 : de l'économie et de l'intendance de la maison Aristote distingue quatre espèces d'économes, parmi lesquels ceux qui , ceux qui savent les biens, etc.
L'auteur soutient qu'il est nécessaire de mettre en œuvre les pratiques économiques courantes dans l'Attique que sont le marché : , car .
Les maîtres doivent ne pas se montrer insouciants, car alors . Chacun doit être soumis à la surveillance du mari, et pour certaines activités, à celle de la femme. Le maître doit dans tous les cas donner l'exemple en se levant plus tôt et en se couchant plus tard que les domestiques.
Plusieurs critères entrent en ligne de compte dans l'acquisition de propriétés foncières. Selon Aristote, . Dans le cadre de la cuisine, il faut suivre la coutume des Lacédémoniens, qui est que .
Livre II
Première partie La première partie du livre II, brève, est d'ordre théorique. L'auteur définit d'abord les qualités de l'administrateur économique : il doit ; ; être ; et . Il ne doit manquer d'aucune de ces qualités.
Après cela, l'auteur distingue quatre sortes d'« économies ». Il y a l'administration économique « royale » (), l'administration économique « satrapique », c'est-à-dire celle des provinces (en grec ancien, ), celle de la Cité (aussi appelée « politique », du grec ), et l'administration « privée » (), celle de la demeure. Ces quatre sortes d'administration de l'économie se distinguent par leur niveau, du plus grand (le royaume, c'est-à-dire l’État) au plus petit (la demeure, lieu de l'économie privée).
L'administration de l'économie de l’État (du royaume) est celle qui offre la plus grande puissance (une ). Celui qui gère l'économie de l’État doit s'occuper de la gestion de la monnaie, du commerce (importations et exportations), ainsi que des dépenses publiques. La gestion de la monnaie exige de . Le choix des produits que l'on importe et que l'on exporte est aussi capital. Celui qui gère l'économie de l’État doit, enfin, savoir . La gestion de l'économie d'une province est ce à quoi le gouverneur de la province fait face. Il doit gérer les revenus de la province, qui viennent du foncier, des , des , de l'impôt direct, de celui sur les troupeaux, et, enfin, de la taxation des capitaux et des produits industriels. La Cité, elle, gère principalement la taxation locale, à travers les produits du commerce, de l'impôt sur les jeux, ainsi que les transactions journalières. L'administration privée, enfin, remarque l'auteur, , parce qu'elle n'a pas un but unique. Comme la terre et les travailleurs sont restreints, .
Deuxième partie La seconde partie, bien plus longue et d'ordre historique, est un recueil assez décousu d'anecdotes. Elles rapportent des expédients des États aux abois pour se procurer de l'argent.
L'auteur raconte l'histoire de Cypsélos, tyran de Corinthe, qui avait annoncé aux habitants que s'il devenait maître de la ville, il consacrerait à Jupiter tous les biens des Corinthiens. Une fois au pouvoir, il ordonna un recensement des richesses, et saisit chaque année un dixième des richesses. Au bout de dix ans, .
Les habitants de Byzance, eux, parce qu'ils n'avaient pas l'argent pour rembourser leurs dettes, ont mis en place des politiques radicales : ils ; ; . Ils augmentèrent ensuite les impôts, obligeant . Ils élargirent la citoyenneté à ceux qui n'étaient issus que d'un seul parent citoyen. Enfin, ils , et mirent en place un contrôle des changes. Comme les habitants n'avaient, à la fin, toujours pas les moyens de rembourser leur dette, . Ainsi, devinrent encore plus riches.
L'auteur raconte qu'un gouverneur d'Égypte, appelé Evœsès le Syrien, fit pendre des hauts dignitaires lorsqu'il apprit qu'ils comptaient lancer une insurrection. Il dit aux familles des pendus qu'ils avaient été mis en prison, et qu'il fallait rembourser leur dette pour qu'ils soient libérés. Après .
Livre III
Chapitre 1 L'auteur définit ce qu'est une bonne femme. Elle doit être la maîtresse de sa maison, et surveiller tout ce qui s'y passe en fonction de règles prédéterminées. Elle ne fait entrer personne sans que son mari ne le sache, et doit fuir la rumeur, qui . Elle doit exercer un contrôle sur les sommes dépensées lors des fêtes, sommes qui doivent avoir été approuvées par le mari. Elle doit être sobre dans ses habits et ses bijoux.
Une femme doit obéir son mari, ne pas s'impliquer dans les affaires publiques, et ne pas s'occuper d'arranger le mariage de ses enfants. La femme montre sa force dans l'adversité, où elle doit rester auprès de son mari.
Chapitre 2 L'homme doit suivre des règles de vie similaires pour traiter sa femme de manière juste. La femme d'un homme a promis de faire de lui son partenaire pour la vie et de procréer. Les enfants portent par ailleurs le nom du père comme de la mère. Les parents doivent éduquer leurs enfants afin que les enfants connaissent leurs devoirs envers leurs anciens. Il faut les traiter de manière juste pour être traité de manière juste. Une fois adultes, les enfants soutiendront leurs parents lorsque ces derniers seront dans un âge avancé.
La meilleure manière d'honorer une femme vertueuse est d'être mariée à un homme qui lui est loyal, et qui n'aime pas d'autre femme. Si un homme est loyal, alors la femme sera loyale elle-même. Dès lors que l'homme commet un adultère et fait engendrer un enfant d'une autre femme, l'enfant adultère aura autant de droits que les enfants légaux, la femme perdra son honneur, et l'enfant bâtard ne l'aura jamais.
Chapitre 3