Jean de Brienne ( 1170 – ), également connu sous le nom de , est roi de Jérusalem de 1210 à 1225 et empereur latin de Constantinople de 1229 à 1237. Il est le plus jeune fils d'Érard II de Brienne, un riche noble de Champagne. Jean, initialement destiné à une carrière ecclésiastique, devient chevalier et possède de petits domaines en Champagne vers 1200. Après la mort de son frère, , il gouverne le comté de Brienne au nom de son neveu mineur (qui vit en Italie du Sud).

En 1208, les barons du royaume de Jérusalem proposent à Jean d'épouser leur reine, Marie de Montferrat. Avec le consentement de et du pape Innocent III , il quitte la France pour la Terre sainte où il épouse la reine et est couronné avec elle en 1210. Après la mort de Marie en 1212, Jean administre le royaume en tant que régent pour leur fille en bas âge, , lorsqu'un seigneur influent, Jean d'Ibelin, tente sans succès de le déposer. devient ensuite l'un des chefs de la cinquième croisade lancée en 1217. Bien que sa prétention au commandement suprême de l'armée croisée n'ait jamais été unanimement acceptée, son droit de régner sur Damiette (en Égypte) est confirmé peu après la chute de la ville aux mains des croisés en 1219. Il revendique également le royaume arménien de Cilicie au nom de sa seconde épouse, Stéphanie d'Arménie, en 1220. Après la mort de Stéphanie et de leur fils en bas âge cette année-là, Jean retourne en Égypte. La cinquième croisade se solde finalement par un échec (avec notamment la perte de Damiette) en 1221.

Jean de Brienne est le premier roi de Jérusalem à se rendre en Europe (Italie, France, Angleterre, León, Castille et en Allemagne) pour demander de l'aide pour la Terre Sainte. Il donne sa fille en mariage à l'Empereur du Saint-Empire en 1225, mais les deux hommes se brouillent rapidement, et Frédéric évince Jean du trône de Jérusalem. L'ancien roi passe alors au service du pape en administrant ses domaines en Toscane, en devenant le podestat de Pérouse et en commandant l'armée de Grégoire IX contre en 1228 et 1229.

Jean de Brienne retrouve une fonction prestigieuse en 1231 lorsqu'il est couronné empereur latin de Constantinople. La mort de Robert de Courtenay en avait en effet mis sur le trône , alors âgé de seulement . Les barons songent d'abord à confier la régence à Ivan Assen II, tzar des Bulgares, mais changent d'avis par crainte de ce dernier, pour porter leur choix sur Jean de Brienne, qui accepte, mais à condition d'être associé au trône, d'où son couronnement en 1231. Lors de son court règne, Jean de Brienne est assailli de toutes parts par le Second Empire bulgare et par l'Empire de Nicée, auxquels il résiste lors du siège de Constantinople en 1235. Tout à la fin de sa vie, il entre dans l'ordre franciscain avant de mourir en .

Jeunesse Origines familiales vignette|Le royaume de France en 1180.

Au , le comté de Brienne forme un ensemble plus ou moins homogène au cœur de la Champagne, à l'est de Troyes. Ce territoire centré sur la ville-château du même nom (actuellement Brienne-le-Château) bénéficie d'une situation favorable, du fait de la proximité avec l'ancienne voie romaine de Châlons à Langres, l'une des principales routes commerciales champenoises.

La maison de Brienne, fondée par au , gouverne le comté depuis la même époque sans discontinuer. Bien que de moindre importance que d'autres familles de la même région, la maison de Brienne appartient donc de longue date à l'aristocratie champenoise.

Au , les comtes de Brienne deviennent vassaux des comtes de Champagne, dont ils reconnaissent sans trop de problème la domination dans la région. Malgré cette soumission, les comtes de Brienne conservent une relative indépendance. Ainsi, lorsque quitte ses terres en même temps que pour participer à la troisième croisade, il le fait sous sa propre bannière, et en cheminant devant son suzerain.

Les rares conflits auxquels prennent part les comtes de Brienne les opposent surtout à des établissements religieux. Dans les années 1080, est par exemple excommunié à la suite d'un conflit l'opposant à l'abbaye de Montier-en-Der.. , quant à lui, s'oppose à plusieurs monastères champenois, ce qui nécessite l'intervention de la papauté.

Ces conflits avec des établissements monastiques n'empêchent pas la maison de Brienne d'acquérir une certaine renommée au cours du avec ce que Guy Perry qualifie de . participe à la première croisade avant de se rendre en Terre Sainte en 1114, participe à la seconde, tandis que le fils de ce dernier, , participe à la seconde en tant que jeune homme puis à la troisième en tant que seigneur (il trouve d'ailleurs la mort sous les murs de Saint-Jean-d'Acre en 1191). De plus, la belle-mère d' était petite-nièce ou demi-petite-nièce de , comte d'Édesse.

Récits d'un ménestrel de Reims La jeunesse de Jean de Brienne est globalement méconnue, dans la mesure où il n'est que le benjamin de sa famille. Ainsi, il n'est jamais cité dans les actes de son père, contrairement à ses frères. Une source, cependant, permet de connaître partiellement ses premières années : un texte globalement peu fiable écrit à Reims vers 1260., supposément par un ménestrel, et publié en 1878 par Natalis de Wailly sous le titre de Récits d'un ménestrel de Reims au .

Selon ce récit, le père de Jean, le comte Gauthier, souhaite que le garçon devienne clerc, contre la volonté de son fils. Le jeune homme s'enfuit donc pour trouver refuge à l'abbaye de Clairvaux auprès d'un oncle maternel. Là, il est enlevé par des chevaliers, qui, frappés par sa noble allure, entendent en faire l'un des leurs. Après être entré au service du seigneur de Châteauvillain, Jean se distingue lors de tournois. Son père refuse toutefois de lui donner des terres, ce qui lui vaut le sobriquet de . C'est finalement l'écho de ses prouesses chevaleresques qui aurait valu à Jean de Brienne de devenir roi de Jérusalem en 1210 et d'être couronné à Beyrouth.

Les historiens modernes accordent peu de foi à ce récit, entaché de nombreuses erreurs. Le nom du père du personnage principal ainsi que son homonymie avec le véritable Jean sans Terre sont les plus frappantes. De plus, Jean n'avait pas d'oncle maternel à Clairvaux, n'avait jamais servi les seigneurs de Châteauvillain et n'avait pas été couronné à Beyrouth. Malgré tout, Guy Perry concède que les Récits d'un ménestrel de Reims ne sont pas une totale invention : Jean de Brienne a bien un oncle (paternel cependant) qui est dignitaire ecclésiastique, est effectivement devenu un chevalier renommé dans les tournois champenois et est véritablement très proche des seigneurs de Châteauvillain. La jeunesse de Jean de Brienne peut donc être en partie extrapolée à partir de cette source.

Naissance et formation culturelle La naissance de Jean de Brienne a parfois été placée en 1148., mais James Michael Buckley a toutefois démontré en 1957 qu'une telle datation était impossible, à cause de tous les problèmes qu'elle soulevait. Cette erreur repose sur le témoignage de Georges Acropolite, un historien byzantin qui rencontre Jean de Brienne à la cour de Constantinople en 1231 et le décrit comme âgé . Georges Acropolite n'a cependant que lorsqu'il voit Jean de Brienne, d'où son erreur de presque une génération qu'il est d'ailleurs le seul à commettre parmi ses contemporains. En se basant sur les travaux de James Buckley, les historiens actuels, Guy Perry en tête, placent plutôt la naissance de Jean de Brienne aux alentours de 1170–1175, étant donné la date du mariage de ses parents (1166) et les dates de naissances de ses frères aînés (estimées aux alentours de la fin des années 1160).

Jean de Brienne est donc le dernier fils du comte et d'Agnès de Montfaucon.. Il a trois frères aînés : Gautier, Guillaume et André, ainsi qu'une sœur cadette, Ida. Comme c'est couramment le cas dans les familles nobles de l'époque, destine son dernier fils à une carrière ecclésiastique et l'envoie dans un monastère. Même si son parcours n'est pas connu, Jean n'y reste pas assez longtemps pour prononcer ses vœux, et, au plus tard au milieu des années 1190, il est de retour à la cour de Brienne, peut-être à la faveur de la mort de son père, survenue en 1191 en Terre sainte au cours de la troisième croisade. Le comté de Brienne passe à cette occasion à . Jean est mentionné pour la première fois dans une charte de 1192 (ou 1194) émise par son frère, ce qui semble indiquer qu'il est alors présent à sa cour.

De son passage dans un monastère, Jean de Brienne garde au cours de sa vie un certain goût pour la poésie, qui est alors un passe-temps en vogue dans la noblesse champenoise, comme le montre l'exemple du comte de Champagne , surnommé . Quelques chansons en français écrites par Jean sont éditées au . ainsi qu'un poème en italien écrit vers 1220 et intitulé Donna, audite como., qui est à la fois une preuve de sa maîtrise de cette langue et l'un des premiers exemples de littérature en italien, avec le Cantique des créatures, de François d'Assise.

Premières expériences guerrières Lorsqu'il commence à apparaître dans les actes de son frère, Jean de Brienne n'a rien du noble déshérité décrit dans les Récits d'un ménestrel de Reims. En tant que frère du comte de Brienne, il fait partie de la haute aristocratie champenoise et est lui-même le seigneur de plusieurs terres : Trannes, Jessains, Onjon, Pel et Der. C'est également à cette époque que Jean affirme ses compétences martiales, notamment au travers de tournois dans lesquels il se fait remarquer. Il semble d'ailleurs bénéficier de prédispositions naturelles à la chevalerie, puisque lorsqu'ils le verront plus tard dans sa vie, les chroniqueurs Salimbene de Adam et Georges Acropolite seront frappés par sa grande taille et sa force, deux caractéristiques qui font que Jean de Brienne était décrit comme beau.

Le véritable baptême du feu de Jean intervint en 1196 contre , cousin des rois de France, comte de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre. À court d'argent, ce turbulent seigneur avait entrepris de piller ses vassaux pour se renflouer.. Guillaume de Brienne, frère de et seigneur de Pacy-sur-Armançon, dont les terres relèvent de la suzeraineté de Courtenay, refuse de le laisser faire et entre en rébellion. Le comte de Brienne lève une armée pour aller aider Guillaume, et Jean prend part à la campagne. La fratrie ravage la vallée de la Cure, assiège sans succès Vézelay. puis brûle une poignée de villages avoisinants, ce qui pousse à renoncer à ses ambitions.

Régent de Brienne Régence de Gautier III

vignette|Sceau de , comte de Brienne.|alt=Gravure en noir et blanc montrant Gautier III en armure et à cheval, sur sa main droite est perché un faucon.

Jean de Brienne émerge réellement sur la scène politique tout au début du , lorsque son frère délaisse le comté de Brienne pour porter plus loin ses ambitions. En effet, Gautier épouse en 1200 Elvire de Lecce, fille du roi Tancrède de Sicile et de Sibylle d'Acerra. Cette dernière vient alors de s'échapper de Sicile, conquise par l'empereur en 1194 à la suite de la mort de Tancrède.. Sibylle d'Acerra trouve le soutien de Philippe-Auguste, qui offre son appui à qui voudra aider Sibylle et sa fille Elvire. C'est finalement qui épouse en Elvire de Lecce et hérite donc de ses prétentions sur le royaume de Sicile.. Dans la foulée, Gautier quitte la Champagne pour Rome et laisse l'administration du comté de Brienne à son frère Jean. Gautier ne revient sur ses terres que brièvement à l'été 1200 avant de repartir combattre en Italie, où il va mourir en 1205, après avoir été capturé par Diépold d'Acerra.