Le français de Franche-Comté désigne la variante régionale du français parlé en Franche-Comté (tournures et vocabulaire). Celle-ci a été influencée par le franc-comtois (parlé au nord de son territoire) et l'arpitan comtois (parlé au sud de son territoire).
Accent
L’accent franc-comtois reste l’un des fondements identitaires d’une région encore très attachée à ses particularismes et une marque de reconnaissance des Francs-Comtois entre eux. Il diffère des accents voisins en particulier alsaciens et suisses, mais il se caractérise par la distinction entre les voyelles courtes et longues, tache et tâche se prononcent différemment: [taʃ] et [tɑːʃ], faite et fête se prononcent différemment: [fɛt] et [fɛːt]. Une élision du « e » muet (Besançon devient B’sançon, Vesoul devient V’zoul), tandis que le « o » final fermé devient un « o » ouvert (gâteau se prononce [ɡɑˈtɔ]). Le <r> est guttural et roulé [ʀ]. Autre caractéristique, la présence de sons mouillés en particulier le « l » prononcé souvent comme un « y ». L’accent est particulièrement fort dans le Haut-Doubs popularisé par la Madeleine Proust. Outre Laurence Sémonin créatrice de ce personnage, Lilian Renaud (chanteur) et Florence Baverel-Robert (sportive et consultante) également natifs du Doubs ont un accent très marqué. Dans le Jura, le parlé se rapproche de l'accent suisse romand ; Robez-Ferraris énonce les caractéristiques suivantes :
Cet accent fut longtemps combattu et considéré comme une mauvaise prononciation associée à des mœurs rurales qualifiées de retardées et archaïques. En 1755 Brun publie à Besançon l’Essay d'un dictionnaire comtois-françois non pas dans un but linguistique mais avec l’objectif affiché d’aider ses compatriotes « à réformer leur langage »Idem, . Elle qualifie la prononciation comtoise de pesante et niaise et recommande le dépaysement des jeunes générations comme seule manière de corriger ces défautsIdem, .
Au contraire de cette démarche, Charles Beauquier analyse l’accent en ces termes.
Idem, .
Toutefois l’accent a sans doute mieux survécu que le français régional ou la langue franc-comtoise; au contraire, Louis Pasteur, à une réunion de « compatriotes » à Paris en 1883, s’exprimait en ces termes :
Un français régional diversifié
La Franche-Comté, une région aux multiples influences
Jeau-Paul Colin résume l'espace franc-comtois comme une région ouverte sur des espaces culturellement et géographiquement hétérogénes :
Des régionalismes spécifiques
Un parler jurassien tourné vers la Suisse romande
Dans le Jura et le Haut-Doubs les régionalismes sont communs aux régions voisines de Suisse. Pour Gaston Tuaillon il existe donc un régionalisme commun à la Suisse romande et au Jura, ainsi il ne s’agit pas d’helvétisme dans le français régional du Jura mais plutôt de l’appartenance à une communauté linguistique communeRobez-Ferraris J., Particularités du français parlé dans la région de Morez, Haut-Jura. Éd. Ellug, 1995, . Ainsi des deux côtés du Jura on utilisera la préposition "sur" au lieu de la préposition "en" (ex. : sur Suisse au lieu de en Suisse). L'échange permanent entre frontaliers, la recolonisation du Jura par des Suisse après la guerre de Dix Ans, a largement contribué au développement d'un continuum linguistique.
Un parler du Nord de la Franche-Comté soumis aux influences germaniques
L’appartenance du Territoire de Belfort à l’Alsace jusqu’en 1871 ainsi que la souveraineté allemande sur Montbéliard a influencé profondément le lexique du comtois et du français régional local. Si la plupart des mots d’origine germanique sont spécifiques à Montbéliard, on les retrouve dans une moindre mesure diffusé dans toute la Franche-Comté. L’annexion de l’Alsace-Lorraine, en 1871, a favorisé l’émigration de population alsacienne dans le Nord de la région.
Pour Contejean, la région de Montbéliard garde la trace d'une vieille présence de germanisme dans la langue parlée que ce soit au niveau du français régional, du comtois et même des patronymes :
Notes : Ce glossaire est issu des études de BeauquierBeauquier Ch. Vocabulaire étymologique des provincialismes usités dans le département du Doubs. Lafitte Reprints, Marseille, 1983 (réimpression de l’édition de Besançon, 1881) et ContejeanContejean Charles (1824-1907). Glossaire du patois de Montbéliard. Impr. de H. Barbier, 1876 Français régional Allemand baour (rustre, grossier) de l’all. bauer (paysan) betchelle (craquelin) de l’all. Bretzel (idem) boucotte (blé noir) de l’all. bush weisen (farine froment) brimbelle (myrtille) de l’all. brombeere (idem) brique (morceau) de l’all. brechen (casser) catoufle (pomme de terre) de l’all. Kartoffeln (idem) chantzer (obéir sans répliquer) de l’all. schanzen (être rudement mené) chepagne (empan) de l’all. Spanne (idem) chetrique-nodeule (macaroni) de l’all. strick-nudel (corde-nouille) chiffer (se gratter la tête) du bas all. Schirfen (gratter, écorcher) chouquener (frisonner) de l’all. schuckere (frisson) craffe (force) de l’all. kraft (idem) crôgue (cruche) de l’all. Krug (idem) crompîre (pomme de terre) de l’all. grundbirne (poire de terre) se fouetrer (se gorger de nourriture) de l’all. futter (doublure) frelore (perdu) de l’all. verloren (perdre) graibussener (gratter) de l’all. Graben (creuser) graibeusse (écrevisse) de l’all. Krebs (idem) guéguille (crotte) de l’all. kegel (boulet, petite boule) guinguer (jouer du violon) de l’all. geige (violon) ioutre (juif) de l’all. Iude (idem) joume (mousse) de l’all. geifer (écume) kalifersténe (imbécile) de l’all. kann nicht verstehen (je ne comprends pas) pâchenée (fessée) de l’all. Patsch (idem) petteleur (mendiant) de l’all. Betteler (idem) rechtringuer (endimancher) de l’all. Striegeln (nettoyer) recotser (vomir) de l’all. Kotzen (idem) riter (courir) de l’all. reiten (aller à cheval) ribe (moulin à broyer le chanvre) de l’all. reiben (frotter) schlaguer (battre) de l’alsacien schlagen (idem) schlitter (glisser en traineau) de l’all. schlitten (idem) schmequer (paraitre bon au gout) de l’all. Schmecken (idem) schnébergue (mauvais tabac) de l’all. Schneeberg (idem) tache (poche) de l’all. Tasche (idem) trage (passage) de l’all. Tracht (idem) valter (tourner) de l’all. Waelzen (idem) vendeler (vagabonder) de l’all. wandeln (voyager) vouiner (pleurer) de l'all. Weinen (idem)
Des influences lexicales venus d'autres espaces linguistiques
Dans une moindre mesure l’italien, le hollandais (héritage de la période bourguignonne ?) et l’espagnol (héritage de la période espagnole) ont influencé le parler local. Voici quelques exemples : péquignot (petit) : de pequeño en espagnol (idem) aria (difficulté, embarras) : de l’italien (air) faiviôle (haricot) : de l’italien fagiolo (idem) chercher Rogne (chercher querelle) : de l’italien rogna (embêtements) aidiaisse (pie): de l’italien gazza (idem) varloupe (prostituée) : du hollandais weer loop (qui va et vient, coureuse)
Français et français régional Le français classique influence le français régional de deux manières : d'abord en s'imposant sur les langues régionales. Il contribue à franciser la graphie mais aussi la prononciation des régionalismes. D'autre part le lexique régional est également largement influencé par des mots français qui se manifestent soit de manière déformée, soit par des faux-amis.
Faux-amis. Français régional Français cassette petite casserole chèvre plaisanterie ravager s’agiter fébrilement graver gêner brique fragment aigles buseaffubler souffleter vigoureusement bonne femme sage-femmecolchique pissenlit bourrer fermer
+ Liste de régionalismes issus de mots français déformés par la prononciation locale (régionalisme de Besançon, xviie siècleidem, p.2) Français Français régional Français Français régional Français Français régional héberger aberger achis achis acquéreur acqreur halte alte amende amandre omelette amelette ameuter amuter araignée aragnée herboriser arboriser fil d’archal fil d’arechal balayer balyer banal bannal basane bazarne becfigue becfi beignets beugnets bienfaiteur bienfacteur berlue brelüe brûlé brule cacophonie cacaphonie câpre cape cataplasme cataplame salsifis cercifix civière ceviere châtaigne chatagne chènevis chenevais simagrée chimagrée chrétienté chretianté corridor colidor contenance continence coquille coquerille caporal corporal concombre coucombre copeaux coupeaux corbeau courbeau corvée courvée couvercle couvert accroire croire cueillir cuillir dartre darte dévider devuider dévidoir devuidoir délayer dilayer dorénavant dorsenavant écrevisse ecrivisse emplir empler emprunter empretter enfilé enfle amouracher emmouracher attablé entablé épeler épiller strapontin estrapontin éventail eventeil belle gueule bien facié fléau flo fossette foussotte femelle fumelle canif ganif garnement garniment girofle gerofle gonflé gonfle grill grille havresac habresac huissier hussier hyacinthe jacinte hibou ibou infirme infierme infirmité infiermité jatte jette linteau litaut lessive lissive hoquet loquet menuisier menusier grand-mère grande-mère grand-messe grande-messe mûr meur mûre meure mûrir meurir minois minoir émoulu moulu moquette mouquette moricaud mouriceau morilles mourilles morveux mourveux meugler mugler meute mute nèfle néple nuque nique narguer niarguer ouate ouëtte parapluie parepluie paravent parevent péter petter pindariser pintariser poireau poureau prieuré prioré presque prèque prêter prunter pleurésie purési (m) cancan quamquam rémouleur ramouleur râtelier ratelis rébarbatif rebarbaratif registre régitre enregistrer régitrer relever releuver reverdir renverdir renverser renvers revanche revange rehausser rôffer samedi sambedy saucière sauçoire saugrenu saugreneu sarcler sercler sérénade serrenade sournois sornois solder soudre sarbacane surbacane tarte tartre théière thétiere tilleul tillot tire-larigot torlorigot outil util veuf veuve vide vuide
Langues régionales et français régional thumb|upright|Charles Beauquier Les deux langues vernaculaires de Franche-Comté sont le franc-comtois de langue d’oïl et l'arpitan comtois (dialectes spécifiques du Haut-Doubs, des plateaux du Jura et du Haut-Jura, dialecte d’influence bressane dans la Bresse jurassienne et dialecte sauget). La Franche-Comté a de tout temps été francophone, toutefois le français représentait seulement la langue de l’élite, les deux langues régionales étant le parler quotidien du peuple que ce soit dans les villes ou dans la campagne. Le français régional appelé aussi provincialisme est issu de cette diglossie.
Selon Charles Beauquier :
Influence de la langue franc-comtoise (origine latine et langue d’oïl)
Le franc-comtois, de par sa proximité avec le français et sa continuité avec la langue latine a influencé un grand nombre de motsListes suivantes issues de l'ouvrage de Charles Beauquier cité plus haut.
Langue régionale Franc-comtois achatir (affriander) çhaiti (cajoler) affauti (affaibli) aifaiti (idem) arche (coffre) airtche (idem) avrillé (abrité) évri (abri) beugne (bosse) bugne (idem) campenotte (jonquille) campanotte (petite cloche) cancoine (hanneton) cancouenne (idem) charpine (panier d’osier) tchérpaigne (idem) cramaillot (pissenlit) cramoillot, cramiat (idem) gaichotte (jeune fille) baîchatte, gaich’notte (idem) échaille (écharde) étchèye (idem) entrioler (séduire) riole (plaisanterie, conte) enviecheler (mettre en tonneau) vaiché (tonneau) évaltonné (absent) évoul (idem) gravolon (frelon) gravalon (idem) hodieu (aujourd’hui) adjed’heû (idem) javiôle (cage) dgaiviôle (idem) larmier (soupirail) larmie (idem) maishui (maintenant) maisheu (idem) nailles (dragée) naiye (idem) nau (bassin) nô (idem) panner (essuyer) pannaie (idem) poêle (chambre à coucher) poiye, poiyat (idem) recheute (auvent) aichote (abri)
Influence de l'arpitan comtois