La Troisième République portugaise (en portugais : Terceira República Portugesa) est le régime politique qui se met en place au Portugal après la révolution des Œillets du , au moment du vote de la nouvelle constitution de 1976. Il s'agit d'un régime démocratique succédant au régime autoritaire d'António de Oliveira Salazar et Marcelo Caetano, lEstado Novo.

Processus révolutionnaire en cours

La période qui s'ouvre avec la chute de la dictature se caractérise par une constante instabilité et un risque de guerre civile qui dure presque un an : on désigne cette période sous le sigle PREC. Le pouvoir appartient dans un premier temps à la Junte de salut national qui forme un comité révolutionnaire chargé de gouverner le pays. De nombreuses mesures venant rompre avec le régime précédent vont être prises : une nouvelle constitution est élaborée, la censure interdite, la liberté d'expression garantie, les prisonniers politiques libérés tandis que les principales institutions de lEstado Novo sont dissoutes. L'indépendance est accordée aux colonies africaines tandis que le pays tente une ouverture qui le mènera à adhérer à la Communauté économique européenne (CEE) en 1986. Durant cette période, le président de la République est d'abord António de Spínola à compter du , puis Francisco da Costa Gomes, élu à compter du , après la démission de Spínola. Il aura deux Premiers ministres, Vasco Gonçalves, jusqu'au , qui, limogé, est remplacé par José Baptista Pinheiro de Azevedo. Le , Spínola tente un coup d'État mais échoue ; il est exilé au Brésil le 15. Une semaine plus tard, le groupuscule d'extrême-droite Armée de libération nationale (Exército de Libertação de Portugal, ELP) tente lui aussi un coup depuis Madrid mais est désamorcé « Exército de Libertação de Portugal (1975) », sur Politipédia..

Un des deux moments les plus troubles de cette période de transition se déroulent d'abord en , quand le Groupe des Neuf (Grupo dos Nove), soit neuf officiers militaires modérés, publient un manifeste (intitulé Aliança Povo/MFA. Para a construção da sociedade socialista em Portugal) soutenant la cause des socialistes ; puis, le , échoue une tentative de coup d'État organisée par des groupuscules d'extrême gauche. Cependant, ce coup sera dénoncé par Gonçalves comme étant selon lui une provocation montée de toutes pièces par des para-commandos diligentés par le Groupe des Neuf, soldats qui bombardèrent entre autres Radio Renascença, d'obédience catholique, et ce dans le but de diviser le pays et de créer un climat d'insécurité Hugo Gil Ferreira et Michael W. Marshall (1986), Portugal's Revolution: Ten Years On, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, ..

En résumé, durant cette période, trois forces politiques sont en présence : les conservateurs-libéraux : au sein du corps militaire révolutionnaire de la Junte, représenté par Costa Gomes et Spínola, ainsi que dans le MFA par . Les civils qui en font partie sont des politiciens membre de l'''Ala Liberal, groupe qui siège à l'Assemblée nationale (Assembleia Nacional) et appelle à une transition vers la démocratie ; parmi eux on trouve Francisco Sá Carneiro et Francisco Pinto Balsemão. les socialistes : réuni au sein du Parti socialiste portugais, en faveur d'une social-démocratie similaire au modèle européen dominant à cette époque, et ayant pour leader Mário Soares. les communistes : groupe favorable peu ou prou à la création d'un État proche des membres du Pacte de Varsovie. Au sein du MFA, certains militaires soutiennent cette cause tel Otelo Saraiva de Carvalho, tandis que le Parti communiste portugais est dirigé par Álvaro Cunhal.

Premier gouvernement constitutionnel Après une année de troubles pendant laquelle le pays semble hésiter sur la voie à suivre, celui-ci se donne finalement un cadre démocratique : la nouvelle Constitution est adoptée le et des élections libres sont organisées. Ramalho Eanes est élu président de la République au suffrage direct le . Le premier gouvernement constitutionnel est formé le sous l'autorité de Mário Soares.

Ces années sont marquées par une situation économique difficile et par le retour des réfugiés d'Afrique (près de 700 000 personnes)Le Portugal-20 ans après la révolution des œillets. Yves Léonard. p. 42. Le gouvernement doit composer avec une majorité fragile et un Parti communiste fort. La question de la réforme agraire divise particulièrement la classe politique. Le gouvernement s'engage néanmoins dans une politique d'austérité tout en faisant appel au soutien international. Le , le pays pose sa candidature d'adhésion à la Communauté économique européenne (CEE).

Malgré l'aide internationale, la situation se dégrade encore. Les attaques contre le gouvernement viennent autant de la droite que du Parti communiste. Fin 1977, Soares sollicite un vote de confiance à l'assemblée. Le refus de cette confiance l'oblige à présenter sa démission. Soares parvient à former un nouveau gouvernement après un mois et demi de tractations avec le CDS. Le gouvernement tient quelques mois avant que les ministres de droite ne démissionnent le .

La décision de Soares de poursuivre sa mission sans remplacer les ministres démissionnaires provoque la réaction brutale du président : il révoque le Premier ministre. Par cet acte, Eanes pose la question de la nature même du régime : parlementaire ou présidentielLe Portugal-20 ans après la révolution des œillets. Yves Léonard. p. 46 ?

Sa décision de nommer par trois fois (de à ) un gouvernement d'initiative présidentielle semble faire pencher la balance du côté d'une présidentialisation du régime.

La poursuite de la crise et l'hostilité de tous les partis politiques à cet ascendant du Président sur la vie politique précipitent la chute de ces gouvernements. De nouvelles élections législatives sont organisées le .

Retour des conservateurs La coalition de droite l'Alliance démocratique, réunissant le PSD, le CDS et le Parti populaire monarchique, remporte les élections législatives et municipales de 1979. La coalition d'extrême gauche (APU) sort renforcée de ces élections au détriment du PS. Francisco Sà Carneiro est nommé Premier ministre. Il s'engage très vite dans une révision de la constitution visant à limiter le pouvoir du Président mais aussi à liquider certains acquis de la révolutionLe Portugal-20 ans après la révolution des œillets. Yves Léonard. p. 53. Il va sans dire qu'il trouve face à lui toute l'opposition de gauche ainsi que le Président.

Le gouvernement profitant d'une certaine embellie économique lance quelques réformes sociales. De nouvelles élections viennent soutenir sa politique. La présidentielle se préparant, la coalition espère également se débarrasser de Ramalho Eanes. Sà Carneiro déclare même refuser de rester à son poste si celui-ci est rééluLe Portugal-20 ans après la révolution des œillets. Yves Léonard. p. 54.

Eanes est pourtant réélu dès le premier tour malgré les graves dissensions avec le gouvernement. Sa candidature réussit à rallier toute la gauche. Trois jours avant, Sà Carneiro disparaît dans un mystérieux accident d'avion.

Francisco Pinto Balsemão le remplace. Son goût pour le compromis apaise le climat politique. Il poursuit néanmoins l'œuvre de Sà Carneiro et la constitution finira par être révisée en 1982 : le président perd de son pouvoir. Le régime prend résolument la voie du parlementarisme.

C'est en réalité au sein de sa majorité, qui le trouvent trop timorés, que Balsemão rencontre finalement le plus de difficultés. Il demande à démissionner () avant que Eanes ne lui demande de former un nouveau gouvernement.

Mais à nouveau la situation économique du pays se dégrade. Le gouvernement doit présenter un nouveau programme d'austérité. Son impopularité se traduit par un relatif recul de la coalition de droite aux élections municipales de 1982 qui amène Balsemão à démissionner encore une fois. Cette fois, le président décide de dissoudre l'assemblée.

Grande coalition Des élections législatives sont organisées le . Malgré la victoire socialiste aucun parti n'obtient la majorité absolue : PS 36,12 %, PSD 27,24 %, CDS 12,56 % PCP 18,7 %. Les partis sont contraints à des alliances pour gouverner. Après de longues négociations, Mário Soares, se refusant à toute alliance avec le PC, forme une grande coalition inédite avec le PSD (le Bloc central) et devient Premier ministre.

La situation économique et sociale reste la principale préoccupation de ce gouvernement. Soares annonce de nouvelles mesures d'austérité en échange d'un nouveau prêt du FMI. Le secteur privé s'ouvre aux capitaux privés. Au prix de tensions sociales et d'augmentation de la précarité, les déficits publics se réduisent peu à peu.

Le pays voit ressurgir les attentats terroristes menés notamment par le FP-25 (Forces populaires du 25 avril), organisation déplorant l'abandon de lesprit d'avril. L'arrestation d'Otelo de Carvalho, l'une des grandes figures de la révolution, soupçonné d'appartenir à cette organisation, provoque un grand émoi.

Le gouvernement doit également faire face aux querelles internes à l'intérieur du PSD. En effet, l'ancien Premier ministre, Pinto Balsemão, bien que chef du parti, s'oppose à Aníbal Cavaco Silva. Cet ancien ministre des finances durant le gouvernement Sá Carneiro refuse de participer au nouveau gouvernement après la mort du Premier ministre. Il se considère comme le seul successeur légitime de Sá Carneiro.

Ramalho Eanes, ne pouvant briguer un troisième mandat mais n'étant pas prêt à quitter la vie politique, tente de former un parti au centre : le PRD (parti rénovateur démocratique) naît le .

La coalition survit difficilement jusqu'aux élections de 1985. Mário Soares doit faire face aux critiques venant du PSD mais aussi de la présidence. Lorsqu'Aníbal Cavaco Silva finit par prendre la direction du PSD à Pinto Balsemão, il n'est plus question de collaborer avec le Parti socialiste (). Tous les ministres PSD démissionnent le , provoquant aussi celle de Mário Soares. Eanes dissout l'assemblée.

Entrée dans la Communauté économique européenne Une nouvelle ère s'ouvre pour le pays qui signe le son adhésion à la CEE. C'est une victoire personnelle pour Mário Soares qui avait déposé une candidature dès 1977. L'écart économique entre le Portugal et les autres membres va demander dix ans de négociations. Durant le second mandat de Soares, à l'époque de la grande coalition, le gouvernement tente d'assainir l'économie. Le mécontentement provoqué par cette politique fait fuir de nombreux électeurs des partis de la coalition vers le PRD. C'est finalement en 1986, après avoir quitté l'AELE que le Portugal peut enfin adhérer à l'Union européenne. Depuis, le pays a par trois fois présidé le Conseil européen, la dernière fois en 2007, année de la signature du Traité de Lisbonne.

Présidence de Mário Soares Des élections législatives anticipées sont organisées le et voient la victoire du PSD. Aníbal Cavaco Silva devient Premier ministre. Le PRD de Ramalho Eanes réussit à faire élire 45 députés devenant une force menaçante pour le PS et le PSD. Le PSD doit gouverner seul sans majorité absolue au parlement.

Les élections municipales confirment encore la domination du PSD. Il reste l’élection présidentielle du . Le PSD ne présente aucun candidat espérant avoir le soutien du CDS, dont le candidat sera Diogo Freitas do Amaral.

Mário Soares remporte les élections parvenant à réunir autour de lui toutes les voix de gauche : il est le premier non-militaire élu président de la République depuis plus de 60 ans.

Ère Cavaco Silva

Retour des socialistes au pouvoir left|thumb|António Guterres.

António Guterres est nommé Premier ministre du Portugal par le président Mário Soares le . Il est alors le premier socialiste à occuper ce poste depuis dix ans.