Annibal Gantez (né le à Marseille, mort vers 1670) est un compositeur et chantre français de l'époque baroque. Il est sans doute un des exemples les plus frappants de maître de chapelle « vicariant », c'est-à-dire se déplaçant de poste en poste pour gagner sa vie, comme beaucoup de ses collègues du Un autre exemple significatif est celui de Guillaume Bouzignac, qui travaille à la même époque mais se déplace moins souvent.. Son itinéraire peut être retracé à partir de deux types de sources : les lettres de L’Entretien des musiciens, qu'il publie en 1643, et divers documents d’archives.

Biographie thumb|Acte de baptême d'Annibal Gantez, 24 décembre 1607, cathédrale La Major de Marseille (AD Bouches-du-Rhône : 201 E 11).

Gantez est baptisé à la cathédrale Notre-Dame La MajorAD Bouches-du-Rhône : 201 E 11. Sauf mention contraire, tous les actes sont cités d’après Chappée 2003.. Il est fils de Jean Gantez [Gantes, Gantès, Ganteze...] (dont le père est couturier et natif de Cuers (Var)) et de Marie Joly [Jollie]. Ses parents s'étaient mariés à Aix-en-Provence le AD Bouches-du-Rhône : 306E-538, f. 1445.. Il est filleul d'Annibal Pollalion et de demoiselle Marquise Visse. Comme souvent à cette époque, les conditions de son apprentissage de la musique ne sont pas connues. C’est à partir de l’âge de vingt ans ou presque que l’on commence à pouvoir le suivre dans son périple.

De Marseille à Marseille via Toulon, Grenoble, Rouen, Le Havre, La Châtre, Aurillac, Avignon, et Montauban On le voit d’abord à Toulon (vers 1627-1628 , d’après la Lettre XXVIII), puis maître de chapelle à la collégiale Saint-André de Grenoble à partir du AD Isère : 15 G 450, d’après Royer 1937 . et au moins jusqu’au , mais où il ne reste pas longtemps. Les registres capitulaires de la cathédrale Notre-Dame de Rouen révèlent qu’il chante les 18 et aux grand’messesArchives départementales de la Seine-Maritime, G 2187. Langlois 1850 cite le 21 juin mais pas la source. ; il passe ensuite (d'après ses Lettres au Havre, La Châtre et Aurillac, puis à Avignon où il exerce simultanément à la basilique Saint-Pierre et à la cathédrale Notre-Dame des Doms, là encore pour une courte période allant de à AD Vaucluse : A G 443, f. 189r et 192f. Voir aussi la Lettre XXVIII.. Dans ce dernier poste, il est remplacé par Sauvaire Intermet. Son congé de l’église Saint-Pierre est mentionné dans la Lettre VIIILettre VIII.

De là, il repart vers l'église Saint-Jacques de Montauban (Lettre II), pour peu de temps puisqu’il est congédié un an avant la fin de son contrat, et passe ensuite à l'église Notre-Dame-des-Sablons d'Aigues-Mortes où il est attesté en 1633AD Gard : G 1097, voir aussi la Lettre XXVIII. et reste jusqu’en au moins, en au mieux, étant alors remplacé par messire Eruin. Le chapitre semble avoir été satisfait de ses services puisqu’il lui a proposé de se marier là pour le fixer à Aigues-Mortes, sans succès - et ce qui montrerait qu’il n’était pas encore prêtre à cette époque.

Gantez revint ensuite exercer à MarseilleLettres XXIV et XXVIII., dans une église non identifiée. C’est probablement à cette époque qu’il est ordonné prêtre.

Aix-en-Provence et Arles Il passe ensuite à la maîtrise de la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence, de bonne réputation, où il est engagé le aux gages annuels de 200 ltAD Bouches-du-Rhône : 2 G 488, f. 202v, 234v et 239r.. Il reste là deux ans et deux mois, succédant à Jehan Darbes. Il y voisine avec l’organiste Louis d'Aranda, le maître de grammaire Audibert et sept chanteursVoir Raugel 1954 .. L’obtention d’une chapellenie le montre qu’il était apprécié par le chapitre mais il est finalement congédié le , ayant suscité des plaintes, n’étant remplacé que le par Jehan Garsin.

Gantez se déplace alors à la cathédrale Saint-Trophime d'Arles, également réputée, où il est reçu le AD Bouches-du-Rhône : 4 G 76 f. 250v.. Là, il succède au maître Baldouyn ; là encore il ne reste pas très longtemps puisqu’il quitte son poste vers mars ou , allant à Paris.

Paris À Paris, Gantez occupe deux postes successivementIl en parle dans sa Lettre XLIV. : le premier à l’église Saint-Paul, le second à l’église des Saints-Innocents. Pour Saint-Paul il dit y être parvenu « par aventure »Lettre XLVIII., même si la dédicace à l’abbé des Roches - un proche du cardinal de Richelieu - de sa messe Laetimini, publiée en 1641, montre qu’il a pu avoir des appuis. Il aurait travaillé sous la direction du curé Nicolas Mazure, réputé peu commode. Quant aux Saints-Innocents, il y accède par concours, mais la publication de la messe Vigilate en 1642 et la dédicace qu’il en fait à Mademoiselle de Saint-GéranPubliée séparément, dans sa Lettre VI. révèle aussi des appuis. L’exécution de cette seconde messe aux Minimes de la Place royale avec des musiciens de la Sainte-Chapelle et de Notre-DameVoir Lettre LIII. est un signe qu’à cette époque Gantez a pu jouir d’une certaine visibilité. On ignore les périodes précises d’exercice de Gantez dans ces deux églises, mais les dates des envois qu’il fait de ses messes donnent des indications : en il était à Saint-Paul et en aux Saints-InnocentsVoir plus bas à propos des œuvres.. On s’étonnera à peine de lire qu’il s’est mal entendu avec les curés de ces deux paroisses, et qu’il garde de cet épisode parisien un souvenir quelque peu amer.

Auxerre C’est à la cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre, où il est nommé le , que Gantez va tenir le plus long poste de sa carrièreLa date est donnée par Lebeuf 1848 .. C’est là que peu après son arrivée, en 1643 toujours, il va publier L’Entretien des musiciens, un recueil de lettres qui va durablement asseoir sa postérité, étant un témoignage irremplaçable sur la vie des maîtres de chapelle au .

L’évêque Pierre de Broc lui accorde une semi-prébende, signe de sa volonté de se l’attacher, et l’on sait par une histoire de reliques que Gantez était encore là en 1650Voir Lebeuf 1738, .. On ignore à peu près tout des conditions de son poste à Auxerre, si ce n’est qu’il était apprécié par son évêque et qu’il avait à sa charge de nourrir les enfants de la maîtriseLebeuf 1738 .. Là encore, on ignore pourquoi Gantez a quitté ce poste.

Sur le titre de L'Entretien des musiciens, Gantez est qualifié de Prieur de la Magdaleine en Provance. Ce bénéfice pourrait se rapporter au sanctuaire de Sainte-Madeleine situé à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var), mais Gantez ne figure pas dans la liste des prieurs de cette maisonVoir Albanès 1880....

Carcassonne, Grenoble, Nevers, Arles, Auxerre et Nancy Les lettres de L’Entretien des musiciens étant évidemment muettes sur la partie de sa carrière postérieure à 1643, celle-ci ne peut plus être reconstituée avec autant de certitude.

C’est d’abord à Carcassonne que Gantez réapparaît, engagé le à la cathédrale Saint-Nazaire, à charge pour lui d’instruire et d’entretenir quatre enfants de chœurAD Aude : G 71, 29 juillet 1654, cité d’après Bonnet 1988., à charge également de recruter un sous-maître pour le seconder. Il succède là à un certain Fabre, et tient ce poste jusqu’en au plus tard. Une lettre adressée à son oncle chanoine de La Major de Marseille pour lui suggérer de lui céder son canonicatTranscrite dans Vincens 1892 . L’original n’est pas localisé. révèle que Gantez était déjà amer, ne réussissant à se fixer nulle part, mais toujours ambitieux... Obtenir un canonicat lui aurait permis d’assurer ses vieux jours sans continuer ses pérégrinations, mais l’oncle ne céda pas, apparemment.

Gantez, pour la seconde fois, passe par Saint-André de Grenoble, où il est reçu le comme prêtre habitué chargé de la musique mais sans le titre de maître de musique, au salaire de 53 écus et 20 solsAD Isère : 15 G 452, d’après Royer 1937 ., mais il demande vite, le , une autorisation de congé pour gérer ses affaires. Le il demande son congé pour pouvoir aller s’établir à NeversIdem, 15 G 452 et 453, d’après Royer 1937 . Sa lettre de congé est insérée dans le registre capitulaire, transcrite dans Chappée 2003 ..

À Nevers on n’a pas de trace de Gantez, hormis la lettre susdite. Une seconde fois, il passe à Saint-Trophime d’Arles, engagé le comme maître de chapelleAD Bouches-du-Rhône : 4 G 80, f. 25v. mais là encore il est remplacé dès le par un certain Cordier !

Une seconde fois, encore, il passe à Auxerre, puisqu’il dit dans la dédicace de sa chanson Patapatapan, éditée en 1661 pour la naissance du Dauphin, qu’il vient d’être mis en possession de la maîtrise de Saint-Étienne d’Auxerre le jour de la Toussaint () et qu’il a composé un Te Deum pour cette royale occasion.

La dernière trace avérée de la carrière de Gantez est celle de maître de la chapelle de Charles IV de Lorraine à Nancy, lorsqu’il est signalé en 1665 à propos d’un paiement de pour la nourriture des enfants de chœurJacquot 1886, .. La même source indique qu’il reçoit une pension pour se retirer en Provence en 1666 (probablement à Marseille ?), à l’âge de cinquante-neuf ans, donc. Si l'anecdote de Le Cerf de la Viéville concernant sa messe sur Allons en Candie est véridique, il vit encore en 1668 ou 1669, mais on ignore où. Son acte de décès n’est pas encore retrouvé.

La vingtaine de positions qu’il a occupées, souvent pour de courtes périodes à l'exception de celle d'Auxerre, peut révéler un caractère un peu difficile, voire insolent - quelques événements relatés dans ses Lettres montrent qu’il faisait parfois preuve d’assez peu de respect hiérarchique.

Œuvres musicales Musique sacrée thumb|Messe Vigilate d'Annibal Gantez (Paris : J. II de Sanlecque, 1642). Missa quatuor vocum Laetamini, authore Annibale Gantez, In concentu Sancti Pauli Parisiorum Sacræ modulationis Moderatore. Paris: Robert III Ballard, 1641. 1 vol. in-2°. Guillo 2003 n° 1641-C, RISM G 334. Paris Maz. : Rés F° 1170 K (exemplaire de dédicace, relié aux armes de Le Masle). Dédicace à Monsieur [Michel] Le Masle, prieur des Roches, Montdidier, Long-Pont, &c. conseiller du Roy en ses Conseils d'Estat & Privé, chantre & chanoine de l'Église de Paris, Grand Vicaire de Monseigneur le cardinal de Richelieu, &c. La dédicace a été reprise par Gantez pour former la Lettre XLIV de son Entretien des musiciens. L'œuvre est aussi citée dans les Lettres XXVII et LIII. Édition moderne : Versailles, CMBV, 2009 (voir ici). Les registres capitulaires de la cathédrale de Troyes, fin Archives départementales de l'Aube, G 1298, f. 513, transcrit dans Guillo 2003. indiquent que Gantez a envoyé un exemplaire de cette messe au chapitre de la cathédrale de Troyes, fin (ce qui n’empêche pas que Ballard l’ait datée 1641). En 1641, il en envoie un autre à la maîtrise Saint-Trophime d'ArlesAD Bouches-du-Rhône, IV G 78.. Missa sex vocum [Vigilate]. Paris : Jacques II de Sanlecque, 1642. 1 vol. in-plano, 20 f. Guillo 2010 n° JS-3, RISM G 333. *Paris BSG : Rés. V.Fol. 197-2 inv. 240 ( pièce). Numérisé sur Internet Archive. Messe dédiée à de Saint-Géran. La dédicace est transcrite dans L’Entretien, Lettre VI. Elle est citée à plusieurs reprises dans L’Entretien des musiciens, comme dans la Lettre LIII, où il est dit que Gantez la fit entendre chez les Pères Minimes de la Place Royale, avec l’aide des meilleurs chantres de la Sainte-Chapelle et de Notre-Dame. Gantez en a envoyé un exemplaire au chapitre de la cathédrale de Troyes en Archives départementales de l'Aube, G 1299 f. 45.. Votum pro Ludovico XIII. iustissimo invictissimoq. Franc. et Nav. rege. Authore Annibal Gantez. In concenti SS. Innocentium Sacrae modulationi Moderator. Paris : Jacques II de Sanlecque, 1642. 1 vol. in-plano, 2 f. Guillo 2010 n° JS-4. Paris BSG : Rés. V.Fol. 197-2 inv. 240 ( pièce). Le titre est collé contre le dernier feuillet de la messe Vigilate. Contient le motet Domine salvum fac Regem, 4 v. [Messe à l'imitation de la chanson Allons en Candie], perdue, composée vers 1668-1669 (en référence à l'expédition française de Candie (Crête). Citée par Le Cerf 1705, partie, .