Jean Royer de PradeLa documentation présente, dès le , une abondance de Jean LE Royer de Prade. L'article défini n'a pas de raison d'être : la plupart des documents d'époque (les actes notariés en particulier) ne le donnent pas à lire, et les rares dédicaces manuscrites de l'auteur sont libellées « Jean Royer de Prade » ., né vers 1624Les historiens et rédacteurs de dictionnaires le disent généralement né en 1624, bien qu'aucun document ne l’atteste clairement ; cette date se déduit de l’Avis au Lecteur, placé en tête des trois premiers livres de Royer de Prade (dont la tragédie d’Annibal, achevée d'imprimer le 15 septembre 1649), avis dans lequel l'imprimeur déclare : « J’assemble trois pièces rares et merveilleuses… L’auteur toutefois n’a point voulu qu’elles aient porté son nom, soit par un sentiment d’humilité, ou qu’au contraire, les ayant composées en l’âge de dix-sept à dix-huit ans, comme les lumières d’esprit croissent toujours, il dédaigne aujourd’hui de les avouer, à l’âge de vingt-cinq. » et mort avant la fin du siècleAucun document n'atteste la date de ce décès. Le catalogue de la BNF indique une mort dans les années 1680. La comparaison de deux pages de titre différentes du même livre publié par la même libraire, l'une de 1693 (:Fichier:Gustave-Adolphe, 1693, page de titre.jpg), qui indique « Par le Sieur de Prade », l'autre de 1695 (:Fichier:Gustave-Adolphe, 1695, page de titre.jpg), où le patronyme est remplacé par des astérisques, permet cependant peut-être de situer la mort de l'auteur entre ces deux dates. est un historien, dramaturge, poète, héraldiste et généalogiste français.

Il est connu essentiellement pour son Discours du tabac et pour avoir été l'un des meilleurs et plus anciens amis de Savinien de Cyrano de Bergerac<ref>Selon le témoignage de son ami Henry Le Bret, dans la préface de lHistoire comique de Cyrano de Bergerac (1657).</ref>.

La vie et les œuvres Famille et enfance

Fils de Louis Royer, originaire de Tours, « garde des registres au contrôle général des finances de France, contrôleur général des vivres des camps et armées du roi », et de Louise Grosset, il a un frère cadet, Louis Royer de la Salle, et quatre sœurs : Louise, Marie, Marguerite et Charlotte.

Par sa mère, il est apparenté au musicien Joachim Thibault de Courville, dont un fils, Isaac Thibault de Courville (1567-1648), « seigneur de Belle-Isle et surintendant des maisons et affaires d’Henri de Bourbon-Verneuil, évêque de Metz », instituera les frères Jean et Louis Royer ses légataires universelsLa sœur d'Isaac, Jeanne Thibault de Courville (1563-1622), avait épousé Hélie ou Hély Grosset, commissaire aux guerres, frère de Louise Grosset..

Du côté paternel, il est apparenté notamment à Jean-Louis (de) Faucon de Ris, premier président au parlement de Rouen, qui a épousé sa tante Bonne Royer, et par lui au poète Charles Faucon de Ris, dit Charleval (1613-1698) et à son cadet, Alexandre de MareuilDont une épigramme paraîtra les Œuvres poétiques de Royer de Prade (1650).. Par sa tante Marie Pellault, fille d’Antoinette Fabri et épouse de Jean Royer, sieur des Estangs et de Breuil, il est allié au chancelier Pierre Séguier.

Une imitation tardive du portrait gravé par François Bignon semble indiquer qu'il est natif de RodezPlusieurs documents d'archives attestent de la présence de Louis Royer «commissaire ordinaire des guerres», à Toulouse et à Rodez, entre 1625 et 1632.. Y a-t-il passé son enfance ? Rien ne permet de l'affirmer, mais on peut avancer qu'il n'a pas vécu ses premières années à Paris; en effet, en réponse au reproche qui lui sera fait plus tard au cours d'une enquête d'avoir été mêlé à des événements survenus entre 1625 et 1635, le rédacteur d'un factum écrira avec ironie qu'« en ce temps [le sieur de Prade] était au berceau dans son pays natal, à l'extrémité du royaume ».

Ses études, dont on ne sait où il les a suivies, lui ont procuré une bonne maîtrise du latin, un goût affirmé pour la langue française (voir ci-dessous la préface à lHistoire de France de 1651Voir aussi le Discours du tabac, 1668, : «Je m'explique en français pour donner à chacun ce que la langue latine, qui seule du tabac a parlé, semblait ne réserver qu'aux doctes.») et une passion pour l'enquête historique.

De l'épée à la plume

Aucun document, aucun témoignage ne permet de dire si, comme ses amis Le Bret et Cyrano de Bergerac, le jeune Prade, dont Charles Beys vantera les talents de cavalier et d'escrimeur, a été soldat et participé aux campagnes militaires de la fin du règne de Louis XIII.

[…]

À une époque impossible à préciser, il adopte le titre de « sieur de Prade », qui n'a jamais été porté par aucun membre de la famille Royer et qui lui permet, en se disant écuyer, de porter l'épée. Quoi qu'il en soit, c'est en tant que tel, semble-t-il, qu'en 1645 il est impliqué, avec les sieurs de LignonCharles de Sommyèvre, baron de Lignon, fils de Pierre II de Sommyèvre, vicomte de Lignon, maréchal de camp d'un régiment de cavalerie légère., de CavoyePierre Ogier (ou Auger) de Cavoye (ou Cavois), 1628-1648, grand prévôt de Guyenne et enseigne au régiment des Gardes, qui figure parmi les amis de Cyrano cités par Henri Le Bret, et auquel Royer de Prade consacrera une page pleine d'émotion dans son Trophée d'armes héraldiques, Paris, 1650, ., d’Aubeterre, de LongevilleL'un des trois fils survivants à cette date de Philibert I de Longeville et Edmée de Ville-sur-Arce : Edme-Jean (1610-1667), Richard II (1615-1652) et Léonard I (1618-1688). Voir Abbé Auguste Pétel, Les Seigneurs de Ville-sur-Arce, essai généalogique et historique, Arcis-sur-Aube, 1898, et suivantes. et de la Chesnaye, dans le meurtre de deux bourgeois de Paris, meurtre pour lequel ils sont condamnés à la décapitation, avant d'obtenir, au mois de mars de l'année suivante, des lettres de rémission, contre de lourdes réparations envers les veuvesSur cette affaire, voir le factum intitulé Deffense de la verité de Jean Maillard, Paris, 1672, , et le Factum pour dame Marie de Rocquetun-la Tour, Paris, 1673, ..

Le nom de Prade apparaît imprimé pour la première fois en août 1647 dans un livre de Pierre Guillebaud, en religion Pierre de Saint-Romuald, intitulé Hortus epitaphiorum selectorum, ou Jardin d’épitaphes choisis. Où se voient les fleurs de plusieurs vers funebres, tant anciens que nouveaux, tirés des plus fleurissantes villes de l’Europe, et dédié « À Monsieur Naudé, chanoine en l’église cathédrale de Notre-Dame de Verdun, prieur d’Artige en Limousin, et bibliothécaire de l’Éminentissime cardinal Mazarin ». L'avis au lecteur qui se lit en tête du premier tome s'achève sur la traduction française de «Trois avis d'un malade aux sains» composés par un poète néo-latin. Ils sont précédés d'une note de l'éditeur:

Ces trois sont de la version naïve du sieur de Prade, qui donne suffisamment à connoistre la suffisance de son esprit. S'il fait si bien dans le printemps de son âge, que ne fera il (sic) point dans son Esté & dans son Automne ? L'on connoist aux fleurs de la premiere saison quels seront les fruits des suivantes.

Dix-huit épitaphes du second tome sont signées « de Prade » . Plus loin dans le même volume, on lit une série de courtes épitaphes burlesques signées de ses amis les cousins François de La Mothe Le Vayer et Roland Le Vayer de Boutigny.

Le trio Prade-Cyrano-Le Bret et le tandem Heince-Bignon

Certaines études modernes consacrées à Cyrano de Bergerac se sont attachées à faire mieux connaître le «gay trio» que celui-ci formait, dans les années 1640-1653, avec Claude-Emmanuel Luillier, dit Chapelle, et Charles Coypeau d'AssoucyVoir Madeleine Alcover, «Un gay trio: Chapelle, Cyrano, Dassoucy», dans L'Autre au XVIIe siècle, actes du du Centre international de rencontres sur le XVIIe siècle, University of Miami, 23 au , édités par Ralph Heyndels et Barbara Woshinsky, Biblio 17, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1999,  265-275. Voir aussi Jean-Luc Hennig, Dassoucy et les garçons, Paris, Fayard, 2011.. Pourtant, les noms de ces deux amis avérés de Savinien ne figurent pas dans la préface de nature biographique qui se lit en tête de l'édition posthume de l'''Histoire comique des États et Empires de la Lune et dans laquelle sont « consignés à la postérité » les noms d'« un grand nombre d'amis, [tous] d'un mérite extraordinaire, qu'il [Cyrano] eut pendant sa vie ». Henry Le Bret, qui rédige ce témoignage alors qu'il s'apprête à entrer dans les ordres et à devenir le bras droit de l'évêque de Montauban, préfère dessiner un autre «trio», moins sulfureux, celui qu'il formait, à la même époque et dès avant peut-être, avec Cyrano et

Monsieur de Prade, en qui la belle science égale un grand cœur et beaucoup de bonté, que son admirable Histoire de France fait si justement nommer le Corneille Tacite des Français, et qui sut tellement estimer les belles qualités de Monsieur de Bergerac qu’il fut après moi le plus ancien de ses amis et un de ceux qui le lui a témoigné plus obligeamment en une infinité de rencontres.

L'ancienneté de cette amitié est, sinon confirmée, au moins réaffirmée par la légende latine du portrait de Cyrano: Savinianus de Cirano de Bergerac Nobilis Gallus ex Icone apud Nobiles D.Domin. Le Bret et De Prade Amicos ipsius antiquissimos depictoCette légende ne se traduit pas sans mal, le latin de son rédacteur étant apparemment hésitant; en effet, l'ablatif masculin depicto ne peut se rapporter ni au nominatif Savinianus, ni à l'ablatif féminin icone. Sans doute faut-il comprendre que le tableau d'après lequel la gravure a été faite représentait les trois amis réunis et que Cyrano se trouvait donc auprès ou en compagnie de (apud) ses amis les plus (ou très) anciens (antiquissimos amicos)..

[…]Au cours de l'année 1650, Heince et Bignon font imprimer et mettre en vente par les libraires Henry Sara («imprimeur et libraire ordinaire de son Altesse Royale [=Gaston d'Orléans]»), Jean Paslé et Charles de Sercy, un bel in-folio intitulé Les Portraicts des hommes illustres francois qui sont peints dans la galerie du Palais Cardinal de Richelieu, avec leurs principales actions, armes, devises, & eloges Latins desseignez & gravez par les Sieurs Heince & Bignon, peintres & graveurs ordinaires du Roy. Dediez a Monseigneur le Chancelier Seguier Comte de Gyen, &c ; ensemble les abregez historiques de leurs vies composez par M. de Wlson [sic], Sieur de la Colombiere, gentil-homme ordinaire de la Chambre du Roy, &c.

[…]

L'épître au chancelier Séguier et l'Avertissement au lecteur sont signés Heince et Bignon. Ils sont suivis d'une page de pièces de vers, dont les quatre premières sont l'œuvre de leurs amis De Prade, De Bergerac et Le Bret.

Les années de la Fronde, des années fastes thumb|Frontispice d'Annibal, gravé par François Bignon, 1649.