La conquête romaine de la Grande-Bretagne débute en 43 à l'initiative de l'empereur Claude et fait référence à la conquête de l'île de Grande-Bretagne par les forces armées romaines. Cependant, l'activité militaire romaine dans les îles Britanniques avait déjà commencé au siècle précédent, puisqu'en 55 et 54 l'armée de Jules César avait déjà tenté deux expéditionsJules César, Guerre des Gaules, IV, 20-36 et V, 2-22., restées sans lendemain, mais qui permirent toutefois d'inclure le sud de l'île dans la sphère d'influence économique et culturelle de Rome. De là proviendront les relations commerciales et diplomatiques qui ouvriront la voie aux expéditions militaires de Claude et de ses successeurs.
Les Romains, sous l'égide de leur général Aulus Plautius, commencèrent la conquête et réussirent à pénétrer à l'intérieur des terres grâce à leurs victoires lors de plusieurs batailles contre les royaumes bretons, notamment la bataille de Medway, la bataille de la Tamise et, plus tard, la capture de Caratacos et la conquête d'AngleseyChurchill, A History of the English-Speaking Peoples, .
En 60 , une rébellion menée par BoadicéeTacitus, Annals 14.29–39, Agricola 14–16Dio Cassius, Roman History, 62.1–12 vit le pillage par les Bretons de CamulodunumChurchill, A History of the English-Speaking Peoples, , VerulamiumChurchill, A History of the English-Speaking Peoples, et LondiniumWelch, Britannia: The Roman Conquest & Occupation of Britain, 1963, . Les Romains mirent fin à la rébellion avec la bataille de Watling StreetTacitus, Annals, 14.37Matyszak, The Enemies of Rome, .
La conquête romaine continua au nord jusqu'au centre de la Calédonie avec la bataille du Mont GraupiusFraser, The Roman Conquest Of Scotland: The Battle Of Mons Graupius AD 84Churchill, A History of the English-Speaking Peoples, et s'arrêtera en 84 lorsque Agricola sera rappelé à Rome Tacite, De vita et moribus Iulii Agricolae 13.. Même avec la construction du mur d'Hadrien comme frontière, les populations d'Écosse et du nord de l'Angleterre se rebellèrent à plusieurs reprises contre la domination romaine et les forts du nord de la Bretagne continuèrent à être gardés afin de se protéger de ces attaquesChurchill, A History of the English-Speaking Peoples, .
Contexte historique
La Grande-Bretagne possédait la même particularité que d'autres régions à la périphérie de l'Empire romain et entretenait des relations diplomatiques et commerciales avec les Romains depuis les expéditions de Jules César, en 55 et 54 L'influence économique et culturelle romaine était donc une partie importante de la fin de l'âge du fer pré-romain des populations britanniques du sud de l'île.
Entre 55 et 40 , le statu quo imposé par les expéditions de Jules César et se traduisant par des tributs et des otages venant des États clients de Rome en Grande-Bretagne, est resté en grande partie intact. Auguste prépara trois expéditions: en 34 , 27 et 25 La première et la troisième ont été annulées en raison de révoltes faisant rage ailleurs dans l'empire. La seconde expédition a, quant à elle, été annulée parce que les Bretons semblaient prêts à trouver un accord avec AugusteDio Cassius, Roman History 49.38, 53.22, 53.25. Selon les Res Gestae d'Auguste, deux rois britanniques, Dumnovellaunus et Tincomarus, se sont enfuis à Rome en tant que suppliants pendant son règneAugustus, Res Gestae Divi Augusti 32. Le nom du second roi est illisible mais Tincomarus est la reconstitution la plus probable.. La Géographie de Strabon décrit que, pendant cette période, les États clients de Rome en Grande-Bretagne rapportaient plus en droits de douane en étant tributaires de Rome que ce qu'ils rapporteraient s'ils étaient conquisStrabo, Geography 4.5.
Durant les années 40 , la situation politique en Grande-Bretagne était en pleine effervescence. Les Catuvellauni avaient conquis les Trinovantes et devinrent le royaume le plus puissant du sud-est de la Grande-Bretagne, prenant possession de l'ancienne capitale trinovantienne de Camulodunum (Colchester). Les Atrébates, dont la capitale était Calleva Atrebatum (Silchester), avaient des relations commerciales et diplomatiques amicales avec Rome et Verica fut reconnu par Rome comme leur roi. Cependant, les Catuvellauni de Caratacos conquirent tout son royaume peu après 40 et poussèrent Verica à quitter la Grande-Bretagne pour trouver refuge à RomeDio Cassius, Roman History 60:19John Creighton (2000), Coins and power in Late Iron Age Britain, Cambridge University Press.
Caligula a planifié une campagne militaire contre les Bretons en 40 mais son exécution n'est pas claire. Selon la Vie des douze Césars de Suétone, Caligula rassembla ses troupes en formation de combat face à la Manche et, ses forces étant confuses, leur ordonna de ramasser des coquillages, les qualifiant de "pillage de l'océan dû au Capitole et au Palais"Suétone, Caligula 44–46; Dio Cassius, Roman History 59.25. Alternativement, il est possible qu'il leur ait en fait ordonné de rassembler des "huttes" car le mot musculi était également utilisé dans l'argot des soldats romains pour désigner les huttes des ingénieursCaligula: Mad, bad, and maybe a little misunderstood, Telegraph. Dans le même temps, il reçut la soumission d'Adminius, qui avait été chassé par son père, Cynobellinus, roi des Bretons.
Dans tous les cas, Caligula prépara les troupes et les installations militaires qui rendirent la conquête de Claude possible trois ans plus tard. On peut notamment citer un phare construit à Bononia (aujourd'hui Boulogne-sur-Mer), la Tour d'Ordre, qui servit de modèle à celui construit peu après à Dubris (Douvres).
Les phases de la conquête Préparations En 43 , peut-être en rassemblant les troupes que Caligula avait utilisé en 40 , Claude monta une force militaire placée sous la responsabilité d'Aulus Plautius, un sénateur romain distinguéDio Cassius, Roman History 60.19–22. La réinsertion sur le trône des Atrébates du roi exilé à Rome, Verica, a été utilisé par les Romains pour justifier l'expédition.
On ne sait pas combien de légions ont été envoyées participer au début de la campagne car seule la Legio II Augusta, commandée par le futur empereur Vespasien, est citée dans les écritsTacitus, Livre 3 3.44. Les légions IX HispanaTacitus, Livre 14 14.32, Legio XIIII Gemina et XX Valeria VictrixTacitus, Livre 14 14.34 ont combattu pendant la révolte de Boadicée de 60/61 et étaient probablement présentes pendant la conquête initiale.
Trois autres hommes d'un rang approprié à commander des légions sont connus des sources pour avoir été impliqués dans la conquête. Dion Cassius mentionne Cnaeus Hosidius Geta, qui dirigeait probablement la Legio IX Hispana, et le frère de Vespasien, Titus Flavius Sabinus. Il est écrit que Sabinus était le lieutenant de Vespasien, mais comme Sabinus était son frère aîné et a précédé Vespasien dans la vie politique romaine, il aurait difficilement pu être un tribun militaire. Eutrope mentionne Cnaeus Sentius Saturninus, bien qu'en tant qu'ancien consul, il était probablement trop âgé pour une telle entreprise et a peut-être simplement accompagné Claude pendant ses campagnesEutrope, Abridgement of Roman History 7:13.
Débarquement (an 43) thumb|right|upright=1.1|Campagnes militaires sous Aulus Plautius. En 43 , la conquête commença. Les forces de Aulus Plautius traversèrent la Manche en trois groupes. Le port de départ est généralement considéré comme étant Gesoriacum (Boulogne, au nord de la France) et le lieu de débarquement principal Rutupiae (Richborough, sur la côte est du Kent). Cependant, ces lieux sont sujets de discorde parmi les historiens. Dion Cassius ne mentionne pas le port de départ, et bien que Suétone dise que les troupes de Claude naviguèrent depuis Gesoriacum (Boulogne) Suétone, Claude 17, cela ne signifie pas nécessairement que la force initiale ait également suivi cet itinéraire. Richborough possède un grand port naturel qui aurait été approprié à un débarquement et l'archéologie démontre une occupation militaire romaine à peu près au même moment. Toutefois, Dion affirme que les Romains naviguèrent d'est en ouest et un voyage de Gesoriacum (Boulogne) à Richborough s'effectue du sud au nord. Certains historiensPar exemple, John Manley, AD43: a Reassessment. suggèrent l'itinéraire de Gesoriacum (Boulogne) jusqu'au Solent, avec un débarquement dans les environs de Noviomagus (Chichester) ou Southampton en territoire autrefois gouverné par Verica.
La résistance britannique était dirigée par Togodumnus et Caratacos, fils du défunt roi des Catuvellauni, Cunobelinos. Une grande armée britannique attaqua les Romains près de Rochester, sur la rivière Medway. La bataille de la Medway commença et fit rage durant deux jours. Caius Hosidius Geta fut presque capturé, mais parvint à renverser le cours de la bataille de manière si décisive qu'il reçut un triomphe de retour à Rome. Au moins une division des troupes bataves auxiliaires traversa la rivière à la nage afin de surprendre les britanniques sur leurs arrières.
Les Romains sortirent vainqueurs de la bataille de Medway et repoussèrent les britanniques vers la Tamise. Cette action commencera une nouvelle bataille dont ils sortiront également vainqueurs. Toutefois, les Romains subiront des pertes en poursuivant leurs ennemis dans les marais d'Essex après avoir traversé la Tamise. On ne sait pas si les Romains utilisèrent un pont déjà existant ou en construisirent un eux-mêmes. Togodumnus mourra peu après ces évènements.
Après ces batailles, Plautius stoppa ses troupes et envoya un messager à Claude lui demandant de le rejoindre pour la phase finale de la conquête. Dion Cassius présentera cela comme Plautius demandant de l'aide à l'empereur afin de vaincre des britanniques déterminés à venger Togodumnus. Cependant, Claudius n'était pas un empereur guerrier et cela est donc peu probable. Il se rendit toutefois en Grande-Bretagne en 43 accompagné des cohortes prétoriennes. Sur le deuxième arc de Claude, situé à Rome, il est écrit qu'il reçut la reddition de onze rois britanniques sans subir de pertesArch of Claudius. Suétone dit aussi dans sa Vie des douze Césars que Claude reçut la reddition des britanniques sans aucune bataille ou effusion de sang. Il est probable que les Catuvellauni étaient pratiquement vaincus par Plautius mais que la venue de Claude lui permettait d'apparaître comme celui portant le coup de grâce lors de la marche finale sur Camulodunum. Dion Cassius raconte que l'empereur emmena des éléphants de guerre et de l'armement lourd qui intimidèrent et rendirent futile toute envie de résistance britannique. Onze rois du sud-est de la Grande-Bretagne se rendirent donc à Claude et les Romains se préparèrent à continuer la conquête plus à l'ouest et au nord. Ils établirent leur nouvelle capitale à Camulodunum et Claude retourna à Rome pour célébrer sa victoire et recevoir le titre de Britannicus. Caratacos, de son côté, s'échappa avec sa famille, ses serviteurs et son trésor afin de continuer la résistance plus à l'ouest.
Après la conquête, Verica fut peut-être replacé sur le trône des Atrébates par les Romains, bien qu'à cette époque il aurait été très âgé. Dans tous les cas, un nouvel homme dirigeant leur région apparut rapidement. En effet, Cogidubnus (probablement son héritier) fut nommé roi d'un certain nombre de territoires comme récompense et allié des RomainsTacitus: Agricola 14.
Années 44 à 60 thumb|left|upright=1.1|Campagnes romaines de 43 à 60