thumb|290px|right|Un ticket pour une séance dans un cinéma collectivisé par la CNT/AIT. thumb|290px|right|Une affiche de la CNT, 13 mai 1937.

La révolution sociale espagnole de 1936 (revolución social española de 1936), couramment désignée sous le nom de révolution espagnole (revolución española) SUDOC - Liste des ouvrages, englobe tous les événements de type révolutionnaire, principalement rattachés au mouvement anarchiste et syndicaliste révolutionnaire déclenchés en Espagne, durant la guerre civile, en réponse à la tentative de coup d'État militaire les 17 et 18 juillet 1936.

Les bases idéologiques de cette révolution se rattachent très clairement à l'anarcho-syndicalisme et à l'anarchisme, extrêmement puissant en Espagne dans les années 1930, mais aussi au marxisme révolutionnaire.

Ce mouvement a donné lieu à des collectivisations paysannes et ouvrières, très importantes dans le domaine de l'agriculture et de l'industrie, en Espagne républicaine.

Principes généraux et principaux représentants de ces mouvements Les principes de la révolution sociale reposaient en grande partie sur :

une très forte décentralisation, appelée « cantonalisme » en Espagne, dans le domaine administratif ; la collectivisation et l'autogestion dans le domaine économique ; la pensée libertaire dans les domaines moraux et sociaux ; un fort anticléricalisme dans le domaine religieux ; le rationalisme dans le domaine éducatif.

Ces principes sont imposés aux habitants des villes administrées par la coalition républicaine.

Les principaux représentants de ces mouvements étaient la Confédération nationale du travail (CNT/AIT), la Fédération anarchiste ibérique (FAI), le Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM), ainsi que les ailes radicales du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et de l'Union générale des travailleurs (UGT).

Phases de la révolution thumb|290px|right|Une manifestation à Barcelone avec une bannière Solidaridad Obrera, le quotidien de la Révolution. thumb|290px|right|Le premier bus construit dans les ateliers de l'Entreprise Générale d'Autobus, collectivisée en 1936.

L'insurrection militaire débute le . Le 18, tandis que les putschistes poursuivent leur soulèvement, l'État républicain semble s'effondrer, avec pas moins de quatre gouvernements qui se succèdent en une seule journée. Ce vide politique conduit les structures étatiques à se dissoudre ou être paralysées, créant une situation de chaos.

L'« été anarchiste » (juillet-septembre 1936) Les deux syndicats les plus puissants en 1936 sont les anarchistes de la CNT et les socialistes de l'UGT . Ils appellent à la grève générale du 19 au dans toutes les parties de l'Espagne, en réponse à la fois au soulèvement militaire et à l'apathie apparente de l'État républicain lui-même.

et se procurent des armes après avoir pris d'assaut les dépôts d'armes des forces de l'ordre, qu'elles soient restées fidèles au gouvernement républicain ou non. Le , en Catalogne comme dans d'autres régions espagnoles, de simples travailleurs prennent les armes, attaquent les casernes où se sont réfugiés les partisans du soulèvement militaire, élèvent des barricades dans les rues et procèdent à l'arrestation des insurgés et de suspects.

Radicaux et possibilistes Dès ces premières semaines apparaissent dans les secteurs anarcho-syndicalistes révolutionnaires deux groupes, par la suite antagonistes quant à la conduite à tenir vis-à-vis de la guerre et de la révolution :

d'un côté, un groupe radical, lié principalement à la FAI et à la CNT, qui souhaitent mener de front la révolution sociale et la guerre contre la rébellion militaire ; d'un autre côté, un groupe possibiliste, qui comprend des secteurs plus modérés de la CNT et , qui préfère la formation d'un front le plus large possible pour lutter contre les insurgés, au sein d'un Front populaire antifasciste (FPA) qui s'appuie sur les différentes composantes du gouvernement républicain de Front populaire.

En parallèle, on assiste à la formation de structures administratives en dehors de l'État, dont la plupart ont une base locale ou régionale. Les plus remarquables sont le Comité central des milices antifascistes de Catalogne, le Comité exécutif populaire de Valence, le Conseil régional de défense d'Aragon, le Comité de salut public de Malaga, le Comité de guerre de Gijón, le Comité populaire de Sama de Langreo, le Conseil de la Cerdagne ou encore le Comité antifasciste d'Ibiza. On retrouve dans toutes ces structures les deux sensibilités révolutionnaires radicale et possibiliste. D'abord tenus par les membres les plus radicaux, .

Collectivisation de l'économie . Les usines sont gérées par des comités de travailleurs, les zones agricoles sont collectivisées et fonctionnent comme des communes libertaires. Même les hôtels, les restaurants, les salons de coiffure ou les transports sont gérés par leurs propres travailleurs. Ce phénomène touche tout particulièrement les zones où ces syndicats sont les plus puissants, comme la Catalogne, où et sont concernées. On trouve des taux relativement fort de terres collectivisées en Aragon et la province de Badajoz , , , ou 24% en Murcie.. Dans les zones d'influence socialiste, le taux reste plus faible, . Au total c'est 54% des terres qui sont collectivisés dans la partie Républicaine de l'Espagne, selon l'Institut des Réformes Agraires (IRA)..

, l'utilisation de l'argent est totalement abolie, et remplacé par des systèmes de bons. .

En Aragon 200px|thumb|Blason du Conseil régional de défense d'Aragon, constitué en septembre 1936.

L'Aragon est un des fiefs du radicalisme anarchiste et connait un destin particulier. Dès les premiers jours du soulèvement, le front coupe l'Aragon en deux parties. Le , Buenaventura Durruti, à la tête de , quitte Barcelone à la tête de la première des colonnes révolutionnaires. Cette colonne Durruti, principalement composée de travailleurs volontaires pour aller se battre, est suivie d'autres colonnes célèbres, parties de Barcelone ou de Valence : la colonne de Fer (Columna de Hierro) ou la colonne Rouge et Noir (Columna Rojo y Negro) parmi d'autres. Le but est la prise de Saragosse, pour se tourner vers Majorque (pour y rechercher l'incident international qu'espère Madrid: il s'agissait d'y attirer en masse les italiens, afin que les anglais se sentent menacés en cette mer et passent interventionnistes).

.

Cette tentative malheureuse pour Saragosse (où d'ailleurs attendaient d'être délivrés quelques milliers d'anarchistes, mis en prison par la République) créa pendant un an, une concentration extraordinaire d'anarchistes dans la partie orientale de l'Aragon, tous soucieux de mettre tout de suite en œuvre le communisme libertaire dans les municipalités où ils passaient. Les anarchistes militants des grandes villes bénéficiaient en cela de relais majeurs auprès de la population grâce à l'. .

George Orwell, dans son livre Hommage à la Catalogne, rend en partie compte de ce qu'il a vu alors qu'il faisait partie de la division « Lenin » du POUM :

Dans la Communauté valencienne Dans ce qui deviendra plus tard la Communauté valencienne, . Elles constituent ensemble le « Conseil du Levant unifié des exportations agricoles » (Consejo Levantino Unificado de Exportación de Agrios ou CLUEA). .

En Catalogne thumb|right|290px|Barcelone 19 juillet 1936.

. . .

La Catalogne connaît également un esprit de révolution culturelle et morale. Les « athénées populaires » en lieux de rencontre et en centres culturels où se fait la formation idéologique. On propose des classes d'alphabétisation, de l'information à la santé, des excursions aux champs, des bibliothèques en accès gratuit, des représentations de théâtre, des débats politiques ou des ateliers de couture. Une vaste opération d'alphabétisation est lancée par le dont le comité exécutif est présidé par Joan Puig i Elias : . .

L'ordre public reste sous la tutelle nominale des forces classiques du maintien de l'ordre public : police, garde civile, tribunaux et armée. , formées de volontaires, souvent issus des milices populaires ou des assemblées de quartier. , les prisons sont ouvertes, libérant les prisonniers politiques mais aussi les criminels de droit commun.

Premières réactions de l'État républicain Face à la déliquescence du pouvoir de l'État, le gouvernement s'efforce de réagir par une série de mesures qui doivent reprendre le contrôle des zones où se réalise la révolution.

Le sont créés les Bataillons de Volontaires (Batallones de Voluntarios), embryon de la future Armée populaire de la République. Le gouvernement prend également plusieurs décisions par décret, certaines étant symboliques:

révocation des militaires rebelles () et des fonctionnaires qui sympathisent avec eux () ; intervention de l'État dans l'activité de l'industrie (), nationalisation des chemins de fer (), action sur les prix des produits alimentaires et des vêtements (), confiscation des grandes propriétés rurales (), collectivisation et syndicalisation de l'économie dans l'ensemble de la Catalogne () ; fermeture des institutions religieuses () ; création des Tribunaux populaires (Tribunales Populares) sous l'autorité du gouvernement ().

L'alliance antifasciste au sein des « Gouvernements de la Victoire » (septembre 1936-janvier 1937)

Premier gouvernement (septembre-novembre 1936)

Un gouvernement révolutionnaire ? La situation militaire se complique à partir du mois d'août et des progrès décisifs que connait l'insurrection « nationaliste ». En effet, après la rapide campagne d'Estrémadure (5-) et du Tage (-), les militaires sont arrivés au plus près de Madrid et menacent directement la ville. Pour défendre la capitale se constitue un organe semi-indépendant, le Conseil de défense de Madrid (Junta de Defensa de Madrid), plus tard renommé Conseil exécutif de défense de Madrid (Junta Delegada de Defensa de Madrid), où tous les principaux syndicats et les partis politiques du Front populaire sont représentés. En même temps, le , Largo Caballero constitue le premier « gouvernement de la Victoire », dont la composition similaire cherche à regrouper sur un front très large tous ceux qui reconnaissent la légitimité de la République. Le , les Républicains échouent à conquérir Majorque, dotant ainsi les Nationalistes d'une base d'opérations militaires rapidement exploitée par leurs aviations alliées, italienne et allemande.

D'un point de vue politique et social, les premières mesures de ce gouvernement cherchent à régulariser et à donner un semblant de légalité aux mesures révolutionnaires prises les semaines précédentes un peu partout en Espagne : décret de confiscation des biens des personnes condamnées par les tribunaux populaires du gouvernement (), décret de collectivisation des terres et des usines en Catalogne ().

Rôle du Parti communiste Malgré ce consentement apparent aux thèses des révolutionnaires, le but du gouvernement reste la constitution rapide d'une armée efficace, , . Le est créée la Milice de surveillance de l'arrière (Milicia de Vigilancia de Retaguardia), chargée de contrôler l'ensemble des milices qui n'ont pas de rôle actif au front mais à l'arrière, mais qui restent puissantes et indépendantes. Le , un pas décisif est fait vers la création de l'Armée populaire de la République avec la fusion des anciens cadres de l'armée espagnole et des milices populaires, au sein de « brigades mixtes », décidée le . Cette décision est complétée par un décret du qui entend imposer la discipline militaire dans ces nouvelles brigades.