Myotis alcathoe, communément appelé le Murin d'Alcathoé ou le Murin d'Alcathoe, est une espèce de chauves-souris de la famille des Vespertilionidae. Appartenant au genre Myotis, il n'est distingué du Murin à moustaches (M. mystacinus) qu'en 2001. Lors de sa description scientifique, ce murin n'est connu que de Grèce et de Hongrie, mais ensuite rapidement identifié dans de nombreux autres pays d'Europe, jusqu'en Espagne à l'Ouest, au Royaume-Uni et en Suède au Nord, et signalé en Azerbaïdjan à l'Est. Avec le Murin à moustaches et le Murin de Brandt (M. brandtii), il constitue le groupe dit des « murins à museau sombre » dont la morphologie cryptique rend l'identification des espèces difficile. L'analyse des séquences ADN a permis de révéler l'existence du Murin d'Alcathoé comme espèce nouvelle et ce murin dispose d'un caryotype distinct des espèces phénotypiquement proches, mais des caractères morphologiques et acoustiques ont également été trouvés pour permettre l'identification de cette chauve-souris. Bien que le Murin d'Alcathoé fût d'abord rapproché du Murin à oreilles échancrées (M. emarginatus), une étude utilisant un plus grand nombre de marqueurs et de taxons montre que ces deux espèces ne sont pas apparentées, sans pouvoir cependant résoudre le placement exact de M. alcathoe au sein des murins d'Eurasie.

Le Murin d'Alcathoé est une petite chauve-souris, avec un avant-bras de 29,7 à et un poids de 3,5 à . Son pelage est brun, avec des reflets roussâtres au-dessus, mais plus grisâtre chez les jeunes. Le museau est rosâtre, la base de l'oreille et du tragus, qui est court, est claire. Les ailes sont brun sombre et le baculum est court et large. Le Murin d'Alcathoé a un cri d'écholocation très aigu, avec une fréquence montant à en début d'émission et finissant à .

L'espèce vit généralement dans les vieilles forêts à feuilles caduques et à proximité de l'eau, prospectant dans la canopée et au-dessus de l'eau et se nourrissant principalement d'insectes volants. Les gîtes sont situés dans les hautes cavités d'arbres. Bien que l'espèce fréquente les grottes en automne et parfois en hiver, le Murin d'Alcathoé hiberne généralement dans des cavités arboricoles. Plusieurs parasites ont été rapportés chez M. alcathoe. L'Union internationale pour la conservation de la nature ne statue pas sur le niveau de menace de l'espèce, la classant dans la catégorie « données insuffisantes », mais ce murin est considéré comme menacé dans plusieurs régions en raison de sa rareté et de sa vulnérabilité face à la perte de son habitat.

Description Morphologie externe thumb|left|upright=1.3|Le Murin de Daubenton (Myotis daubentonii), a une couleur et une apparence proche du Murin d'Alcathoé. Il s'en distingue notamment par ses grands pieds de « murin pêcheur ».|alt=Photographie d'une petite chauve-souris brune posée sur une main humaine.

Le Murin d'Alcathoé est la plus petite espèce du genre Myotis en Europe, avec une longueur tête-corps comprise entre 39 et et une envergure de près de . L'oreille mesure , l'avant-bras , le tibia , le pied . La masse corporelle est de . Le pelage dorsal est brunâtre, avec une teinte roussâtre chez les vieux individus, et d'un brun-gris plus pâle sur la face ventrale. Les jeunes individus peuvent être entièrement gris-brun. La fourrure brune et laineuse est un bon critère pour distinguer les Murins d'Alcathoé adultes des autres murins apparentés, mais les jeunes ne peuvent pas être identifiés à coup sûr sur la seule base de leur morphologie. M. alcathoe est similaire en couleur au Murin de Daubenton (Myotis daubentonii) et au Murin à oreilles échancrées (M. emarginatus). Les poils du dos sont longs de 6 à , avec la base sombre et le bout brun, alors que les poils ventraux ne sont qu'à peine plus clairs au bout qu'à la base.

thumb|upright=1.3|Portrait d'un Murin de Brandt (M. brandtii), au pelage grisâtre et à la face sombre.|alt=Photo d'un Murin de Brandt à fin de comparaison visuelle.

La face et la lèvre supérieure sont roussâtres à rosâtres et non brun foncé comme c'est le cas chez le Murin à moustaches (M. mystacinus). Bien que la face soit en grande partie poilue, le tour des yeux est nu. Les narines sont en forme de cœur et leur partie latérale est bien développée, comme chez le Murin de Brandt (M. brandtii) et non étroite comme chez le Murin à moustaches. Il y a quelques glandes sur le museau, plus évidentes chez les mâles reproducteurs. Les oreilles sont brunes et plus claires à l'intérieur qu'à l'extérieur. Sur le bord externe de l'oreille se trouve une échancrure que la pointe du tragus ne dépasse pas ; chez le Murin à moustaches et le Murin de Brandt, le tragus est plus long et dépasse cette échancrure. L'oreille est blanchâtre à sa base, alors qu'elle est bien plus sombre chez le Murin à moustaches. Les pieds et les pouces sont courts. La petite taille des oreilles, tragus, pieds et pouces distingue le Murin d'Alcathoé du Murin à moustaches et du Murin de Brandt, légèrement plus grands, mais ramenés à la taille de l'animal, les pieds sont plus grands que chez le Murin à moustaches.

thumb|left|upright=1.3|Le Murin à moustaches (Myotis mystacinus) ressemble beaucoup au Murin d'Alcathoé, mais a la peau globalement plus sombre.|alt=Photo d'un Murin à moustaches à fin de comparaison visuelle.

Les ailes sont brunes, mais plus claires que chez le Murin à moustaches. Le plagiopatagium est attaché jusqu'au cinquième orteil. La queue ne dépasse que d'un millimètre environ de l'uropatagium — membrane entre les pattes arrière. Le calcar, un éperon cartilagineux soutenant l'uropatagium, est effilé. Avec une épaisseur de , le pénis est fin et n'a pas l'extrémité renflée (sauf chez un spécimen croate). Le baculum mesure environ de long, et son aspect court et large le distingue de celui de M. brandtii ainsi que de M. ikonnikovi.

Caractères crâniens alt=Dessin au trait d'un crâne vu de profil|thumb|upright=1.3|Dessin du crâne d'un spécimen attrapé en Slovaquie. Adapté de Benda (2003).

Le crâne ressemble à celui du Murin à moustaches et du Murin de Brandt, mais la partie antérieure de la boîte crânienne est plus élevée. La deuxième et troisième prémolaires (la P et P) sont petites et accolées à la canine (C) à l'avant et contre la quatrième prémolaire (P) à l'arrière. La canine est moins développée que chez le Murin à moustaches. La quatrième prémolaire a une nette cuspide cingulaire et toutes les molaires supérieures ont un protoconule, quand elles ne sont pas usées. Le Murin à moustaches n'a ni cuspide cingulaire sur la P ni protoconule sur les molaires, et le Murin de Brandt a une cuspide cingulaire encore mieux développée que chez M. alcathoe, dépassant la P.

alt=Dessins au trait comparant les mâchoires supérieures et la dentition de trois espèces.|thumb|center|upright=3|Mandibules supérieures de Myotis mystacinus, M. alcathoe et M. brandtii (de gauche à droite). Les prémolaires sont légendées, et la cuspide cingulaire de la P indiquée par une flèche pour les deux dernières espèces. Redessiné d'après Arthur et Lemaire (2015).

Écholocation Le Murin d'Alcathoé utilise la fréquence d'écholocalisation la plus haute de tous les murins européens. En terrain ouvert, un cri dure en moyenne , mais il peut s'étaler sur . Le cri commence à une fréquence de , qui chute rapidement, puis chute moins vite, puis de nouveau plus rapidement. Le maximum d'amplitude est observé autour de . Le cri se termine à une fréquence de , qui est caractéristique de l'espèce. Ce cri aigu pourrait être le résultat d'une adaptation aux milieux denses où chasse le Murin d'Alcathoé. Dans différents contextes, le temps séparant deux cris était de 85 à .

Caryotype Comme c'est courant pour les espèces du genre Myotis, le caryotype du Murin d'Alcathoé compte , avec un nombre fondamental (nombre de grands bras visibles) de 52. Cependant, une étude de 1987 faisait état que M. alcathoe (alors nommé « Myotis B ») diffère de M. mystacinus et M. brandtii par l'emplacement de l'organisateur nucléolaire.

Écologie et comportement Attrapés, les Murins d'Alcathoé se montrent en main beaucoup plus calmes que leurs proches cousins M. mystacinus et M. brandtii.

Alimentation thumb|alt=Photographie d'un sous-bois clair.|upright=1.3|Passerelle piétonne enjambant la Roulave à Dardagny, dans un sous-bois servant de terrain de chasse à une colonie de Murins d'Alcathoé.

Le Murin d'Alcathoé est une espèce rare avec des exigences écologiques assez élevées. Selon une étude tchèque, son régime alimentaire serait principalement constitué de nématocères, mais aussi de trichoptères, d'araignées, de petits lépidoptères et de névroptères. Ces proies sont pour l'essentiel capturées en vol, mais la présence de proies non volantes suggère que l'espèce peut aussi glaner ses proies sur la végétation. Le Murin d'Alcathoé chasse depuis le bas de la strate forestière jusqu'à la canopée des grands arbres, parfois au-dessus de l'eau, et souvent dans la végétation dense. En Saxe-Anhalt, l'espèce chasse au fond des vallées quand les températures dépassent les , et recherche de préférence les pentes plus chaudes ou les zones rocailleuses quand il fait plus froid. L'espèce est d'ailleurs facilement capturée dans ces endroits en août, alors que le Murin à moustaches et le Murin de Brandt ont déjà commencé à rejoindre les sites de regroupements automnaux (aussi connus sous le nom d'essaimage ou « ») à la fin du mois de juillet.

Déplacements Trois individus suivis par télémétrie en France, Thuringe et Bade-Wurtemberg se sont, respectivement, déplacés de , et autour de leur gîte nocturne, alors que le Murin à moustaches et le Murin de Brandt ont tendance à parcourir de plus longues distances. Un autre suivi télémétrique de plusieurs individus gîtant aux abords de l'Allondon et de la Roulave sur les communes genevoises de Satigny et Dardagny a également établi un rayon de prospection de moins d'un kilomètre et montré que les individus en chasse sont grandement dépendants des corridors végétalisés et des cours d'eau. Les ripisylves de ces rivières comptent une métapopulation d'une soixantaine d'individus au moins, se répartissant en deux colonies changeant quasi quotidiennement de site et exploitant notamment les écorces de chêne décollées.

Comportement social et cycle de vie Le Murin d'Alcathoé vit en petits groupes et semble être une espèce typiquement forestière, moins ubiquiste que le Murin à moustaches et la quasi-totalité de ses colonies connues ont été localisées dans des gîtes arboricoles. En Grèce, l'espèce est d'abord connue d'une colonie de mise-bas, comptant trois femelles et deux juvéniles, trouvée dans un platane. D'autres gîtes sont trouvés dans des chênes en Bade-Wurtemberg et en Saxe-Anhalt. Vingt-sept gîtes sont trouvés en République tchèque, tous étant dans des arbres à l'exception d'un situé dans un pilier en béton. Diverses essences sont susceptibles d'accueillir des colonies, notamment le Chêne pédonculé (Quercus robur), mais aussi le Tilleul à petites feuilles (Tilia cordata), le Bouleau verruqueux (Betula pendula) et d'autres espèces. Cette préférence pour les cavités arboricoles n'est pas la plus courante chez les espèces européennes qui exploitent souvent aussi le bâti pour établir leurs colonies. Les gîtes sont souvent haut placés et souvent dans de vieux arbres. En été, les colonies grossissent jusqu'à compter , mais en automne les colonies suivies en République tchèque affichent des effectifs moindres.