Le vallon de Saint-Martin, appelé aussi communément « vallon druidique », est situé sur le territoire de la commune d'Escles dans les Vosges, en France. Ce site est réputé pour ses vestiges légendaires, notamment le cuveau des Fées, la fontaine le Bœuf et la grotte Saint-Martin.
Lieu façonné par une tradition millénaire de cultes religieux et de pèlerinage, il intrigue toujours les historiens dont les fouilles archéologiques n'ont pas permis de confirmer les théories actuelles. Les présences celte puis gallo-romaine ont inspiré une légende tenace de rituels druidiques voire de sacrifices humains, remis en cause à la fin du . La chapelle, vestige d'un ermitage, et de nombreux signes de la christianisation du vallon montrent la volonté de supplanter les cultes païens lors des premiers siècles de notre ère.
Géographie Le vallon de Saint-Martin est situé sur le territoire de la commune d'Escles, en bordure de la grande forêt de la Vôge, région naturelle s'étendant, comme pays de transition, entre les Hautes-Vosges granitiques au sud-est et la Plaine au nord-ouest ; le relief en est médiocre«Dans cette région que les géographes appellent "Faucilles" et les paysans "la Vôge", presque aucune différence de niveau ne sépare les affluents de la Moselle et de la Saône.»(Vidal de la Blache). C'est dans ce vallon, sur la commune de Vioménil, que se trouve la source du Madon, au pied du Ménamont (), le point culminant des monts Faucilles (recoin.fr est le site personnel d'une famille qui parcourt la France).
L'ermitage Saint-Martin La présence humaine est attestée dès l'époque préhistorique, bien avant la christianisation de la région7.. L'ermitage Saint-Martin, situé dans une clairière traversée par le Madon, comporte une petite chapelle de construction , une grotte profonde et trois fontaines. La dédicace à saint Martin pourrait faire remonter la fondation de cet établissement à la fin du Bas-Empire ou au début du Haut Moyen Âge, car on utilisait souvent ce nom pour la réutilisation d'un sanctuaire païen Mémoires et procès-verbaux - Congrès scientifique de France - 1855.
Le culte de l'eau La ligne de partage des eaux entre le cours de la Saône, affluent du Rhône et celui du Madon, affluent du Rhin, séparait le peuple des Leuques au nord et celui des Séquanes au sud. Ainsi, l'ermitage garde peut-être le souvenir des pratiques cultuelles païennes que le christianisme a cherché à effacer. D'après les Annales de Tacite, ce secteur avait retenu l'attention des ingénieurs romainsTacite, Annales, XIII, 53, 2-3. On trouve trois fontaines dans le vallon. Elles sont sanctifiées et la tradition leur prête des vertus curatives. La fontaine Sainte-Barbe est réputée pour soigner les maladies de peau. Dans les Vosges, à Saint-Baslemont, une autre fontaine a ces propriétés.
Il ne subsiste de la fontaine Sainte-Claire qu'un petit bassin briséElle offrait encore, au début du siècle dernier, un fronton en grès composé d'une niche entourée de volutes et de deux chandeliers.. Son eau était censée guérir les maladies des yeux. Le patronage de la même sainte se retrouve à Ban-de-Laveline et au Saint-Mont. Claire est à mettre en relation avec l'adjectif latin , clair, brillant. Or, à Escles, le lundi de Pentecôte, avait lieu un pèlerinage appelé Kyriçolos qui se faisait en présence de l'abbesse de Remiremont, seigneur du domaine d'Escles. Les pèlerins venaient s'y laver les yeux. thumb|Fontaine (détail). Quant à la troisième, appelée « fontaine Le Bœuf », elle présente à l'endroit où s'écoule l'eau une tête de bœuf sculptée surmontée d'un fronton de forme trapézoïdale. La pierre de faîte a été dérobée dans les années 1980, mais a été remplacée en 1996 par une reproduction qu'un sculpteur local a faite à partir d'anciennes photographies. Elle est décorée de bas-reliefs représentant une crosse, une mitre et un pendentif orné d'une croix. Il pourrait s'agir d'attributs érémitiques de la confrérie de Saint-AntoineLouis Mathieu a publié une étude sur l'ermitage Saint-Martin dans le journal Le P'tit Minou de 1953 à 1959. Il a retrouvé les mêmes attributs à celui de Messeim (L'ermitage Saint-Joseph de Messeim, près de Nancy, Mémoire de la société d'Archéologie Lorraine, 1882, ).. D'autres affirment qu'étaient visibles les insignes de l'évêché de Remiremont, effacés aujourd'huiJean-Luc Massy, Les agglomérations…, , .. Cette fontaine verse ses eaux dans un vaste bassin avant de rejoindre le Madon. Toutes ces sources, avec le Madon, alimentaient un étang dont la digue sert de fondation au chemin actuel. Les trois puits situés dans la grotte Saint-Martin sont en eau et la chapelle est placée au centre d'un axe s'étirant de ceux-ci aux bassins de la fontaine Sainte-Barbe.. L'eau est donc un élément omniprésent de ce site.
Les origines incertaines de l'ermitage thumb|left|Vue de l'intérieur de la grotte.
L'hypothèse formulée par le capitaine LaroseIl fait paraître en 1956 un Essai généalogique sur la famille de Sainte Salaberge. est la plus connue.. Selon lui, Salaberge, fille du duc Gondoin d'Alsace, et Boson, officier de la cour de , seraient les fondateurs au de la chapelle primitive, sans qu'aucun texte ne vienne prouver ce propos. La tradition rapporte qu'une chapelle était située devant la fontaine A. Garnier, « Paysage, sites pittoresques et curiosités naturelles du département des Vosges », Annales de la société d'Émulation des Vosges, Épinal, 1907, .. Une petite plate-forme est effectivement visible au sud en contrebas de la fontaine où l'on aperçoit quelques moellons épars. Mais la proximité de l'arrivée d'eau ne préjuge pas de la fonction religieuse du bâtiment. En revanche, la grotte Saint-Martin pouvait constituer assurément un type d'habitat propre à la vie érémitique. Une cellule pouvait être faite avec une grotte ou un abri sous roche, fermé à son entrée, pour se retirer du mondeCe type d'ermitage est connu dans le vallon de Chèvre-Roche (commune de Thuillières).. En face de la grotte, sur le versant opposé, une plate-forme comporte des traces d'aménagement.
D'autres hypothèses ont été formulées quant à l'utilisation de la grotte de Saint-Martin et de ses quatre puits. En 1566, le de Bussang la visita sur invitation de la chambre des comptes de LorraineArchives départementales de Meurthe-et-Moselle, , 103 -104 .. Mais l'hypothèse minière n'est pas valable au regard du peu d'importance des traces d'oxyde de manganèse22.. L'hypothèse la plus répandue et la plus argumentée reste celle de la vocation cultuelle, avec des puits servant aux ablutionsAlfred Larose, La Vôge avant les Romains, Épinal, 1929, .. La présence des restes d'une vasque est remarquable ; elle servait à recueillir l'eau de suintement de la paroi rocheuse, ce qui rappelle les temples souterrains du monde antiqueRobert Turcan, Les cultes orientaux dans le monde romain, Paris, Belles lettres, 1992, .. est également à prendre en considération26.. Enfin, une hypothèse moins poétique fut faite : celle de puits de glacière, le porche à l'entrée de la grotte pouvant la transformer en « piège à froid » naturel, à l'image des puits-glacières du Sud de la FranceJean Martin, Les glacières françaises - Histoire de la glace naturelle, Paris, 1997..
Les ermitages des De nombreux ermitages apparaissent à cette époque dans le diocèse de ToulG. Plaisance, « Les ermites du département des Vosges », Le Pays lorrain, , 1993, . ; on suppose donc que c'est durant cette période que le site de Saint-Martin fut utilisé comme tel. La peste et la guerre de Trente Ans provoquèrent l'abandon des ermitages et le dépeuplement des villages. Des brigands purent alors les occuper comme le montre par exemple le témoignage de l'abbé IdouxM. C. Idoux, Le prieuré de Bonneval et les ermitages de Chèvreroche, Mémoire de la société d'Archéologie Lorraine, 1910, .. Cependant le fait que des vagabonds trouvaient refuge dans un ermitage n'est pas propre à Saint-Martin ; cela vaut pour ceux de Viacelle (entre Socourt et Gripport)Vital Collet, Les communes du canton de Charmes, Épinal, 1905, ., de Roche (commune de Vouxey)Louis Mathieu, « L'ermitage Saint-Martin », Le P'tit Minou, , 1955, . et de MédonvilleRoger Wadier, Conteurs au pays de Jeanne d'Arc, Mirecourt, 1985, ..
La chapelle du La petite chapelle et le logement attenant de l'ermite furent probablement construits ou remaniés en 1752, car cette date figurait sur le linteau de la porte d'entrée17.. À partir de 1758, les ermites de Saint-Martin appartiennent à la congrégation de Saint-Jean-Baptiste et leur nomination relève de l'église d'Escles. D'après le chanoine LaurentLe chanoine Laurent (1899–1979), outre ses fonctions de prêtre et de professeur, était un historien d'art reconnu dans les Vosges., des éléments d'ogive de la voûte paraissent dater de la fin du , du et du <ref>Alfred Larose, Escles et le vallon Saint-Martin, Épinal, 1958, , .</ref>, supposant ainsi un réemploi des pierres d'une chapelle ruinée. À l'intérieur du sanctuaire, on pouvait voir, outre un retable polychrome, une statue de saint Martin du , désormais conservée au village d'Escles et classée à l'inventaire des monuments historiques depuis 1982..
À la Révolution française de 1789, l'ermitage fut vendu comme bien national et, en 1800, l'évêque de Toul y interdit le culte. L'ermitage changea maintes fois de propriétaire puis la chapelle fut démolie vers 1937 et ses pierres réutilisées dans la construction d'un hangar esclonien. La fête religieuse, champêtre et foraine du lundi de Pentecôte disparaît alors.
La reconstruction Sous l'impulsion des habitants d'Escles, une nouvelle chapelle est reconstruite en 1958, devant la grotte, à l'emplacement de la précédente. Le vallon retrouve alors sa vocation religieuse et accueille à nouveau les pèlerins pour une fête sylvestre chaque premier dimanche d'août et la cure d'eau de la fontaine Sainte-Claire reprend pour les promeneurs.
Le cuveau des Fées thumb|Le cuveau des Fées après les fouilles (juin 2006).
En 1820, un notaire de Darney, Charles-Louis Mangin, fit un rapport sur le cuveau des FéesCharles-Louis Mangin, Mémoire sur la cuve des fées, 1820, Archives départementales des Vosges, 9T15. qu'il adressa à la commission des Antiquités des Vosges. Situé à flanc de coteau près de la source du Madon, il a été taillé d'un seul tenant dans le banc de grès, manifestement à l'endroit où il reposeOn distingue en négatif la taille de son pourtour nécessaire à l'extraction. De plus, la forme intérieure en cul de chaudron ne semble pas symétrique par rapport à l'axe central du cuveau (le bord sud est plus accentué que le nord) donc l'inclinaison n'est pas due à un affaissement..
Sa forme intérieure circulaire a un diamètre de trois mètres et une profondeur de et son pourtour extérieur forme un octogone presque régulier avec des côtés oscillant entre et 27.. Parmi de nombreux graffitis récents, deux gravures dignes d'intérêt ressemblent à des rosaces, en réalité des croissants insérés dans des cercles46. Ces pétroglyphes tracés au compas pourraient être les signatures des ouvriers qui ont taillé ce monolithe. En face du cuveau, sur le versant opposé, se trouve un ensemble de rochers nommé communément « amphithéâtre », ce qui ne doit pas laisser supposer qu'on y admirait quelconque spectacle. Outre l'hypothèse Mangin de pierre à sacrifice gauloise (cf. infra) d'autres hypothèses plus probantes sont avancées pour l'utilisation de la cuve : support de meule, auge de fontaine ou piscine baptismale.
L'hypothèse du support de meule