La prise d'otages des Jeux olympiques de Munich, aussi appelée le massacre de Munich, a eu lieu les et au cours des Jeux olympiques d'été de 1972 à Munich en Allemagne de l'Ouest. Un commando de l'organisation palestinienne Septembre noir prend en otage onze athlètes israéliens, exigeant la libération de prisonniers palestiniens d’Israël. Lors de l'assaut donné par la police allemande, les onze athlètes sont abattus par leurs ravisseurs. Un policier allemand est également tué ainsi que cinq des huit terroristes, les trois autres étant capturés.

Contexte géopolitique Cet événement fait suite à la défaite de la guerre des Six Jours et à la résolution de l'ONU de 1967, qui exige qu'Israël restitue les terres conquises lors de cette guerre aux différents pays arabes. En échange, ces États doivent reconnaître l'État d'Israël.

L'organisation Septembre noir tire son nom des événements sanglants de septembre 1970, qui ont vu l'armée jordanienne attaquer sur ordre du roi Hussein les camps de réfugiés palestiniens de Jordanie contrôlés par l'OLP (dont le FPLP de George Habache), faisant de très nombreuses victimes. Plus de 10 000 victimes palestiniennes sont dénombrées. À la suite, la Jordanie expulse l'OLP et ses soutiens du pays.

Le FPLP et le FDLP ont des connexions avec d'autres groupes révolutionnaires d'extrême-gauche tels que la Fraction armée rouge en Allemagne de l'Ouest, Action directe en France, les Brigades rouges en Italie, l'Armée rouge japonaise et les Tupamaros en Uruguay, dont certains participent occasionnellement à des actions du FPLPAburish, K. Saïd (1998), From Defender to Dictator, New York : Bloomsbury Publishing, pp. 101-102, . En 2021, l'organisation Septembre noir est toujours placée sur la liste officielle des organisations terroristes de l'Union européenne, bien qu'elle soit inactive depuis 1973.

Selon des écoutes téléphoniques de la CIA et les Anglais, entre Yasser Arafat et des militants de Septembre noir, l'OLP aurait bien commandité cette opération, ce que Yasser Arafat a toujours niéBarry Rubin et Judith Colp Rubin, Yasir Arafat, A Political Biography, Oxford University Press, 2003, pp. 63-65. (Les auteurs montrent que Yasser Arafat rompra avec Septembre Noir par la suite, mais qu'il est bien responsable de la prise d'otages de Munich.). Dans un entretien avec le journaliste français Eric Rouleau (Palestinien sans patrie, éditions Fayolle, 1978), le dirigeant palestinien Salah Khalaf, explique au sujet de Septembre noir : « L’organisation a agi en auxiliaire de la Résistance, à un moment où cette dernière n’était plus en mesure d’assurer pleinement ses tâches politiques et militaires. (...) Ses membres traduisaient bien les profonds sentiments de frustration et d’indignation qui animaient tout le peuple palestinien face aux tueries de Jordanie et aux complicités qui les auront rendues possibles. »

Prise d'otages

Préparation

Les commandos de Septembre noir baptisent l’opération , en référence aux deux villages palestiniens de Kafr Bir’im et d’Ikrit dans le nord d’Israël expulsés par l’armée israélienne..

Déroulement

Lors de la deuxième semaine des Jeux olympiques d'été de 1972, le à du matin, tandis que les athlètes israéliens dorment, huit membres de l'organisation terroriste palestinienne Septembre noir, vêtus de survêtements afin de se faire passer pour des sportifs et transportant des sacs chargés de fusils d'assaut, de pistolets et de grenades, franchissent grâce à l'aide d’athlètes canadiens (même si on a longtemps cru qu'ils étaient américains) qui les ont pris pour des homologues, une clôture grillagée afin de s'introduire dans le village olympique. Puis ils pénètrent dans l'immeuble au 31 Connollystraße, dans lequel se trouvent les deux appartements utilisés par la délégation israélienne, 21 sportifs et encadrants, dont ils possèdent les clefs d'entrée volées auparavant. Leur infiltration est facilitée par le fait que les dispositifs de sécurité et de surveillance sont considérés comme très légers, les organisateurs voulaient des lieux plus accueillants pour effacer le souvenir des Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin, à l’époque de l’Allemagne nazie.

Un membre de la délégation israélienne, , alerté par le bruit du commando qui vide ses sacs dans le hall de l'immeuble fait barrage avec son corps à la porte criblée de balles, tandis qu'il prévient ses camarades en criant « Attention, terroristes ! » La tentative de barrage de Gutfreund donne assez de temps à son compagnon de chambre, l'entraîneur d'haltérophilie Tuvia Sokolovsky, pour briser une fenêtre et s’enfuir. Moshe Weinberg, entraîneur de lutte, tente de s'interposer à son tour, mais les assaillants lui tirent une balle dans la joue, le forçant à leur indiquer où se trouvent ses autres camarades. Menant les intrus devant l'appartement 2, Weinberg ment en leur disant que les résidents de l'appartement ne sont pas des Israéliens, et les conduit à l'appartement 3 où les terroristes armés trouvent six lutteurs et haltérophiles israéliens devenant otages supplémentaires. Il est possible que Weinberg ait espéré que les hommes plus forts aient une meilleure chance de repousser les attaquants que ceux de l'appartement 2, mais ils ont tous été surpris dans leur sommeil. Weinberg attaque de nouveau les terroristes, permettant ainsi à l'athlète Gad Tsobari de s'échapper, et est aussitôt assassiné. , un haltérophile, tente lui aussi de s'opposer aux terroristes avec un couteau à fruit ; il blesse l'un d'entre eux avant d'être abattu.

L'assaut des Palestiniens se solde par la prise en otage de neuf membres de la délégation Israélienne. En plus de Yossef Gutfreund, les autres otages sont : l'entraîneur de tir sportif , l'entraîneur d'athlétisme , l'entraîneur d'escrime , l'entraîneur d'haltérophilie Yacov Springer, les lutteurs et Mark Slavin, et les haltérophiles David Mark Berger et Zeev Friedman. Les autres membres de la délégation réussissent à fuir en sautant des balcons ou en se cachant dans l'immeuble. À 4 h 47, une femme de ménage alertée par les coups de feu prévient le poste de sécurité du village olympique, qui envoie un garde non armé sur les lieux. Celui-ci aperçoit un homme cagoulé, arme à la main, derrière la vitre de l'immeuble.

À , les terroristes font parvenir aux policiers leurs revendications, déclarant qu'à compter de 9 heures, ils abattront un otage toutes les heures et jetteront son corps dans la rue si celles-ci ne sont pas acceptées.

À , une compétition de dressage hippique se déroule selon le programme.

Négociations Le groupe terroriste demande la libération et le passage en Égypte de palestiniens détenus en Israël, ainsi que de deux militants de la Fraction armée rouge (FAR), Andreas Baader et Ulrike Meinhof, détenus en Allemagne. Les liens entre ces deux groupes datent d', lorsque la FAR, peu après une évasion de Baader organisée par Meinhof, était partie dans un camp d'entraînement du Fatah en Jordanie sous le commandement d'Ali Hassan SalamehBruce Allen Scharlau, « Left-wing terrorism in the Federal Republic of Germany », université de Saint Andrews ., le commanditaire du commando de Munich, un épisode fondateur pour les franges terroristes des mouvements d'extrême-gauche allemands.

La Première ministre israélienne Golda Meir répond immédiatement et très fermement qu'il n'y aura aucune négociation. Afin de montrer leur détermination, les terroristes jettent du balcon le corps de Moshe Weinberg..

Une cellule de crise est mise en place par le gouvernement ouest-allemand, dirigée par le chef de la police munichoise Manfred Schreiber, le ministre fédéral de l’Intérieur Hans-Dietrich Genscher et le ministre de l’Intérieur bavarois Bruno Merk. Schreiber offre aux terroristes une quantité illimitée d'argent, qu'ils refusent. Selon le journaliste John K. Cooley, la réponse est « l'argent ne signifie rien pour nous ; nos vies ne signifient rien pour nous. » Toutefois, ils acceptent à cinq reprises de repousser leur ultimatum.

À 17 heures, ils demandent que soit mis à leur disposition un avion pour se rendre au Caire avec leurs otages. Les négociateurs exigent un contact direct avec les otages pour s'assurer qu'ils sont encore en vie. André Spitzer et Kehat Shorr, deux des Israéliens parlant couramment l'allemand, ont une brève conversation avec les responsables allemands alors qu'ils se tiennent à la fenêtre du premier étage du bâtiment assiégé, tenus en joue par deux terroristes palestiniens. Lorsque Spitzer tente de répondre à une question, il est matraqué avec la crosse d'un fusil d'assaut AK-47 et disparaît de la fenêtre.

Quelques minutes plus tard, Genscher et Walter Tröger, le maire du village olympique, sont brièvement autorisés à pénétrer dans les appartements afin de parler avec les otages. Tröger mentionnera la dignité avec laquelle les otages israéliens font face à la situation et note « qu'ils semblent résignés à leur sort ». Il remarque également que plusieurs des otages, en particulier Gutfreund, ont subi des sévices et que David Berger a reçu une balle dans l'épaule gauche. En outre, le corps de Yossef Romano semble avoir subi des mutilations génitales« Révélations macabres sur la prise d'otage de Munich en 1972 », Slate.fr, 2 décembre 2015.. Genscher comme le légiste allemand ont totalement et immédiatement nié les allégations de torture ou de castration Einat Keinan, Klaus Wiegrefe, « German Ex-Interior Minister Disputes Torture Claims », 4 décembre 2015.. Genscher et Tröger déclarent avoir vu « quatre ou cinq assaillants » à l'intérieur de l'appartementSimon Reeve, One Day in September: the full story of the 1972 Munich Olympic massacre and the Israeli operation Wrath of God, New York, 2001 .. Après avoir considéré divers scénarios en vue de libérer les otages, les autorités allemandes mettent à la disposition des terroristes un bus afin de les transférer avec leurs otages vers deux hélicoptères censés les transporter à l’aéroport de la base aérienne de Fürstenfeldbruck de l'OTAN.

Dénouement Un Boeing 727 est positionné sur le parking de la base aérienne de Fürstenfeldbruck avec cinq ou six policiers armés à l'intérieur en tenue de membres d'équipage.

Le plan des Allemands est de maîtriser deux des terroristes avant d'inspecter l'appareil, ce qui doit donner aux tireurs d'élite une chance de tuer ceux restés dans les hélicoptères, puisqu'on estime qu'ils ne sont que deux ou trois. Toutefois, avec le transfert, la cellule de crise découvre que les terroristes sont au nombre de huit. À la dernière minute, alors que les hélicoptères sont sur le point d’atterrir à Fürstenfeldbruck, les policiers allemands à bord de l'avion votent pour l'abandon de leur mission sans consulter leur commandement central. Seuls les cinq tireurs d'élite restent en position afin d'essayer de neutraliser un groupe plus nombreux et plus lourdement armé qu'attendu.

Les hélicoptères atterrissent peu après et six terroristes en sortent. Pendant que quatre terroristes gardent les pilotes en respect avec leurs armes, deux autres vont inspecter l'avion mis à leur disposition et le trouvent vide. Réalisant qu'ils sont tombés dans un piège, ils courent rapidement vers les hélicoptères vers . Les autorités allemandes donnent l'ordre aux tireurs d'élite d'ouvrir le feu.

Les cinq tireurs d'élite allemands de la police, sans entrainement spécifique pour une telle opération, n'ont pas de contact radio entre eux et ne peuvent donc pas se coordonner. Ils ne sont pas équipés de gilets pare-balles et leurs fusils ne possèdent ni lunettes ni équipements de vision nocturne. Dans le chaos qui s'ensuit, deux terroristes se tenant près de l'un des pilotes sont tués et un troisième est mortellement blessé alors qu'il s'enfuit. Les trois qui restent détruisent un grand nombre de projecteurs. Un policier allemand se trouvant dans la tour de contrôle, Anton Fliegerbauer, est tué.