thumb|upright=1.5|Patrouille des de retour vers sa base. Les patrouilles, généralement organisées la nuit, étaient mixtes. Les combattants juifs apportaient leur connaissance du terrain, des coutumes de la population et de l'arabe. Les soldats britanniques apportaient leur expérience du combat.
Les (sans traduction courante en françaisLes auteurs francophones y font systématiquement référence selon la dénomination en anglais : , parfois sans proposer de traduction. Parmi celles proposées, on trouve : « escadrons de nuit spéciaux », « escadrons nocturnes spéciaux », « groupes spéciaux de nuit », « patrouilles de nuit », « escouades spéciales de nuit », et on y fait référence en tant que « commandos mobiles » ou « forces spéciales ». et abrégé en SNS) étaient des unités de forces spéciales constituées de combattants juifs palestiniens commandés par des officiers britanniques, actives en Palestine mandataire, dans un contexte colonialHughes, M. (2015). «Terror in Galilee: British-Jewish Collaboration and the Special Night Squads in Palestine during the Arab Revolt, 1938–39». The Journal of Imperial and Commonwealth History, 43(4), 590–610. https://doi.org/10.1080/03086534.2015.1083220Charles W. Anderson, « The Suppression of the Great Revolt and the Destruction of Everyday Life in Palestine », Jerusalem Quaterly, automne 2019, 79., lors de la Grande Révolte arabe de 1936-1939.
Les sont fondés par Orde Charles Wingate, un officier britannique « excentrique » et profondément pro-sioniste. Ils sont organisés en totalisant , dont environ sélectionnés parmi les effectifs du , une force de police juive établie par les Britanniques. Les entrent en action à partir de avec pour mission première de protéger l'oléoduc de l' alimentant la raffinerie de Haïfa, qui est régulièrement saboté par les rebelles arabes. Ils effectuent également des missions de garde en Galilée, le long du , ainsi que des opérations controversées de « contre-terrorisme » au cours de raids de nuit, d'embuscades et d'exécutions extrajudiciaires. Les figurent parmi les précurseurs d'autres unités fonctionnant sur les mêmes principes, dont les célèbres , les ou l'Unité 101.
Dans l'évolution de la doctrine militaire du mouvement sioniste face aux Arabes, les marquent la transition du principe de « combat défensif », propre aux « pères fondateurs » du mouvement, vers celui de « combat offensif », qui influence par la suite la doctrine des forces armées israéliennes. Les troupes coloniales britanniques ont transmis aux soldats juifs loyalistes des méthodes de «pacification» particulièrement brutales qui se sont perpétuées en Israël. L'évolution des stratégies des combattants juifs participe à forger le mythe du « guerrier juif », fier et conquérant, par opposition au Juif de (« l'exil »), passif et résigné.
Moshe Dayan et Yigal Allon, futurs généraux et hommes politiques israéliens, y font leurs premières armes.
Contexte Mandat britannique en Palestine
thumb|upright=1.5|Théâtre d'opérations des en Galilée. Les rebelles opéraient à partir des monts de Galilée d'où ils attaquaient les implantations juives dans les vallées. Les escadrons étaient basés aux de Ein Harod, Geva et AfikimJonathan Goldbert, Builders and dreamers: Habonim Labor Zionist youth in North America, Herzl Press, 1993, p. 51., le long de l'oléoduc reliant Kirkouk à Haïfa (ligne bleue discontinue) dont ils assuraient la protection. Les opérations qui firent la renommée de l'unité eurent lieu à Jurdieh à la frontière libanaise, à Hittin (ou Hattin) situé à l'ouest de Tibériade et à Dabburiya juste à l'est de Nazareth.
Depuis 1918, la Palestine est sous autorité britannique. Ceux-ci, selon les termes de la Déclaration Balfour de 1917 et du mandat donné par la Société des Nations en 1922, régissent le pays et y facilitent le projet sioniste d'établissement d'un « Foyer National Juif », et ce malgré l'opposition de plus en plus forte de la population arabe locale, et sans qu'aucune possibilité de compromis ne semble possible.
Grande révolte arabe Jusque-là opposés aux seuls sionistes, les Arabes de Palestine se révoltent en contre l'autorité mandataire britannique. Ils réclament la fin de l'immigration juive, la fin du transfert de propriétés et de la vente de terres aux Juifs, ainsi que la constitution d'un corps législatif élu par le peupleBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003, Chapitre IV : La rébellion arabe - La révolte 1936-1939 - La première phase, pp. 147-153.. La révolte commence par des grèves, mais la violence explose rapidement à l'encontre des Juifs et des soldats et policiers britanniques, faisant près de 300 morts. Les organisations sionistes réagissent avec retenueBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003, Chapitre IV : La rébellion arabe - La révolte 1936-1939 - La riposte juive, pp. 154-156. et les Britanniques dépêchent en novembre une commission d'enquête pour trouver une solution à la situation palestinienneBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003, Chapitre IV : La rébellion arabe - La révolte 1936-1939 - La Commission Peel, pp. 157-163.. Celle-ci propose le partage de la Palestine entre Juifs et Arabes et le transfert de la population arabe en dehors de la zone du futur État juif.
La proposition, acceptée par l'Agence juive, est rejetée par les Arabes : en , la révolte reprend, en particulier en Galilée, attribuée aux Juifs par le rapport de la commissionBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003, Chapitre IV : La rébellion arabe - La révolte 1936-1939 - La seconde phase, pp. 164-170.. L'assassinat le du Commissaire britannique de Galilée par des rebelles met le feu aux poudres. En octobre, les Britanniques interdisent le Haut Comité arabe et mettent hors-la-loi tous les dirigeants palestiniens dont près de 200 sont arrêtés. La révolte prend alors une nouvelle ampleur : des centaines de groupes armés totalisant près de écument les campagnes, bloquent les routes, procèdent à des actes de sabotage et attaquent les colonies juives. Craignant de perdre le contrôle du pays, le gouvernement britannique limoge en mai le haut commissaire Arthur Wauchope dont la politique est jugée trop modérée et nomme à sa place un arabisant, Sir Harold MacMichael.
Réaction des organisations sionistes De leur côté, les organisations sionistes divergent sur l'attitude à adopter face à la révolte. Dès sa reprise, l'aile la plus dure de l' opte pour l'usage de la violence et organise des assassinats et des attentats à la bombe, compliquant encore la tâche britannique d'assurer la sécurité. L'Agence juive préfère collaborer avec les Britanniques et fournit des effectifs qui sont intégrés dans la (« Police auxiliaire juive ») et la (« Police villageoise juive » ou « Police coloniale juive »). Ces unités, dénommées en hébreu (« Gardes »), effectuent des missions de protection statique et des patrouilles de jour. Devant l'inefficacité relative de la politique de « stricte défense » dans la protection des implantations, l'armée clandestine sioniste, la (« Défense »), commence à étudier la mise sur pied d'unités mobiles destinées à patrouiller et à répondre rapidement à toute attaque. Les premières d'entre elles, dénommées (« Compagnies de terrain »), placées sous le commandant d'Yitzhak Sadeh, entrent en action au début de 1938.
C'est dans ce contexte insurrectionnel des Arabes contre les autorités britanniques et le sionisme qu'intervient un officier de l'armée coloniale britannique arrivé en Palestine en 1936 : le capitaine Orde Wingate.
Orde Wingate
Né en 1903, Orde Wingate est issu d'une famille d'origine écossaise, de tradition militaire coloniale, dans laquelle il reçoit une éducation stricte basée sur des valeurs chrétiennes fondamentalistes inspirées par le mouvement des (« Frères de Plymouth ») John Bierman, Colin Smith, , , 1999.. Fondé au par John Darby – considéré comme un des fondateurs et doctrinaires du sionisme chrétien moderne Niels Kastfelt, , C. Hurst & Co., 2003, . –, ce mouvement protestant évangélique appelé « dispensationaliste » prône une lecture littérale de la Bible, et voit la « restauration » d'Israël en tant que nation terrestre comme une volonté divine.
De 1920 à 1923, Wingate reçoit une formation militaire à l'Académie royale de Woolwich. En 1926, devenu capitaine, il est envoyé étudier l'arabe à l'Université de Londres. De 1928 à 1933, son service au Soudan le transforme radicalement, tant professionnellement que personnellement. Il découvre que de petites unités galvanisées par un entraînement régulier et ayant foi en leur commandant peuvent opérer avec succès loin de leur base et malgré un environnement hostile. Durant cette période, il traverse une grave dépression, ainsi qu'une crise de la foi, causée par les trop longues périodes d'isolement passées dans le désert soudanais.
En 1936, il est affecté en Palestine en tant qu'officier des renseignements. Deux ans plus tard, il fonde les . Après un retour en Grande-Bretagne en 1939, il est promu colonel et sert en Éthiopie. Promu général durant la campagne de Birmanie, il s'illustre en créant les , une division mixte constituée de plusieurs milliers de soldats indiens et britanniques, qui évolue derrière les lignes japonaises. Il meurt en 1944 dans un accident d'avion.
L'histoire retient Orde Wingate à trois titres principaux : d'une part sur le plan militaire, pour son approche inédite et controversée de la guérilla et de la contre-insurrection ; d'autre part sur le plan politico-religieux, pour sa ferveur « fanatique »Christopher Sykes, Orde Wingate, Collins, 1959, (citant la nièce de Lord Balfour). et son engagement en faveur de la cause juive en Palestine, qui s'inscrivent dans la perspective « quasi-biblique » Aaron Eitan Meyer, , , , , août 2009. de l'accomplissement d'une « prophétie » Ian J. Bickerton, Carla L. Klausner, , Pearson Prentice Hall, 2007, ., ou d'un , faisant de Wingate une des figures du mouvement sioniste chrétienFrédéric Encel, Le sionisme chrétien : paroles de romantiques, épées de combattants, influence d'évangélistes, Hérodote 4/2005 (), .. Les historiens retiennent enfin qu'il est un des David Hazony, Yoram Hazony, Michael B. Oren, , , 2006. Michael Oren, , Azure, , 2001., pays où il fait figure de héros national Norman Bentwich, , Praeger, 1960, . Morris Rosenblum, , , 1972, . comme en témoignent notamment les nombreuses rues et institutions qui portent son nomOn trouve des rues, avenues et places « Wingate » dans de nombreuses villes israéliennes, comme à Tel-Aviv ou à Jérusalem. L'institut national du sport en Israël est appelé le et un village éducatif de jeunes en difficulté, situé près de Haïfa, est appelé Yemin Orde en son honneur.. Churchill le décrira comme .
Histoire Création des unités upright=1.5|thumb|Soldats britanniques des (1938). Trois pelotons de 12 soldats britanniques pris sur les régiments des Royal Ulster Rifles, 1st Manchesters et Royal West Kents furent affectés aux nouvelles unités d'Orde Wingate. En , le capitaine Orde Charles Wingate est chargé par ses supérieurs d'étudier les voies d'entrée des rebelles arabes en Galilée. Pour ce faire, il accompagne plusieurs unités de la lors de leurs patrouilles. À l'issue de sa mission, il rédige un rapport intitulé Martin van Creveld, The sword and the olive: a critical history of the Israeli defense force, PublicAffairs, 2002, pp. 39-41.(), où il propose la mise sur pied d'unités mixtes composées de soldats juifs pour leur connaissance du terrain, et britanniques pour leur expérience du combat. Elles agiraient de nuit pour tendre des embuscades aux rebelles et seraient basées dans des implantations juives le long de l'oléoduc de l'.