Les Communistes est le cinquième roman du cycle du Monde réel de Louis Aragon, écrit de 1948 à 1951., en plus des fragments écrits pendant l’occupation allemande, paru en six tomes, puis légèrement récrit en 1966-1967.

La parution des deux premiers tomes a lieu le et celle des deux derniers en .

Un roman inachevé Le roman est une grande fresque historique s'apparentant à celles d'Émile Zola avec Les Rougon-Macquart, ou de Victor Hugo avec La Légende des siècles mais c'est un roman inachevé. L'auteur voulait étendre l'action jusqu'en 1945 mais a décidé en d'arrêter en une intrigue qui démarre en , à peine un an plus tôt. Dans une intervention au Comité central du PCF, il fait état des griefs sur l’abandon de la partie principale, la Résistance intérieure françaiseRECHERCHES CROISÉES ARAGON - ELSA TRIOLET, N°9 Corinne Grenouillet, Luc Vigier, et Maryse Vasseviere "Sur Un Balcon en Forêt. Fabrique Littéraire de Julien Gracq", par Alain Trouvé alors que la presse avait relaté ses repérages pour magnifier tout particulièrement la grande grève des mineurs de mai 1941.

Cette suite romanesque raconte les prémices de la Seconde Guerre mondiale en France, depuis le printemps 1939, et la défaite de mai-. Si Aragon voulait raconter l'ensemble de la Seconde Guerre mondiale d'un point de vue communiste comme le titre l'indique, il abandonna au bout de six volumes, avec la publication des deux derniers en . Le récit couvre la fin de la IIIe République, la drôle de guerre, en insistant sur la répression anticommuniste, et se conclut par le récit de la débâcle de l'armée française face à l'invasion allemande. C'est l'un des deux livres mis en avant au printemps 1949 lors de l'inauguration de la Bataille du livre lancée par le Parti communiste, dont Aragon était militant.

Technique narrative Pour donner de la profondeur à plusieurs personnages, Aragon utilise une technique narrative qu’il nommera « collages », consistant à puiser dans ses souvenirs ou dans des réminiscences littéraires et artistiquesLa suite dans les idées, Louis Aragon, Œuvres romanesques complètes tome II Bibliothèque de la Pléiade, . pour donner corps à ses personnages et à leur cadre. Il utilise aussi la méthode qui avait fait au siècle précédent le succès de Zola, qu'il admire.

Inspirations: Émile Zola et la Bataille du charbon

Deux démarches communes Selon Pierre Juquin, biographe d'Aragon, ce dernier souhaitait écrire un roman inspiré par Germinal, de Zola, qui s'était lui-même inspiré de la Grande grève des mineurs d'Anzin en 1884, laquelle avait duré 56 jours. Zola avait pris l'initiative de descendre au fond de la mine, en février de cette année-là, et avait passé une semaine à discuter avec les mineurs, les cadres et ingénieurs, assistant à des réunions syndicales. Pour Pierre Juquin et d'autres biographes du poète, la volonté d'inscrire le roman dans un souffle historique profond est très présente à cette époque chez Aragon. Dans L'Homme communiste, publié en , il rend hommage au résistant Charles Debarge, qui apparaîtra au tome 6 des Communistes comme un géant oublié de l'histoire : .

Dès L'Homme communiste, qui apparaît comme le prologue de la saga publiée en 1949 et 1951, et d'autres écrits de cette époque, Louis Aragon a tracé un tableau à la fois misérabiliste et lyrique, à la Zola, de cette région minière, en évoquant les « terrils, terrils, ô pyramide sans mémoire » et le fait que « depuis toujours, la grève a été (...) le soleil de justice, la limière de grandeur de cette vie », avec un mineur « chaque jour mangé par la terre », une image qui rappelle la description du puits du Voreux dans Germinal.

Le prologue de L'Homme communiste en 1946 Les Communistes a été inspiré et précédé dès par le recueil d'essais L'Homme communiste, dont deux consacrés au décès de Paul Vaillant-Couturier en 1938, mais écrits en majorité entre 1942 et 1946, et d'autres datant de la fin 1945 ou du début 1946.

L'un des chapitres de ce recueil, « Maurice Thorez et la France », revient sur les polémiques internes au PCF, au cours du second semestre 1945, concernant la bataille du charbon. Ce chapitre clamera, avec une « assurance euphorique » que . Aragon exalte « l'appel au travail forcené, au travail sans égard aux conditions de travail, au travail héroïque pour la Nation, pour que les enfants n'aient pas froid, les vieillards ne meurent point et tournent nos usines et renaisse notre patrie ».

L'Homme communiste raconte un voyage de deux jours de Louis Aragon dans le Nord et le Pas-de-Calais, dans un projet d'écrire sur la grève patriotique des mineurs de 1941Aragon, Les Communistes, in Œuvres romanesques complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 2008, tome IV, pp. 562-563, cité par Lucien Wasselin, poète, essayiste et chroniqueur , qui sera finalement absente des Communistes faute de mener l'intrigue aussi loin.

Aragon s'immisce ainsi dans un conflit, au sujet de la bataille du charbon, entre le numéro un du PCF Maurice Thorez, dont il est proche, et son dauphin Auguste Lecœur, qui fut le véritable organisateur en 1941 de la grève des mineurs. , déclare Maurice Thorez le lors d'un meeting réunissant un millier de militants du PCF près de Douai, à Waziers., en dénonçant violemment l'absentéisme. Thorez réitère peu après son propos à Valenciennes, Bruay-en-Artois et Montceau-les-Mines. car il peine à se faire entendre. Beaucoup de syndicalistes et résistants ne comprennent pas que Thorez, à la tête d'un parti censé défendre les intérêts des ouvriers et non de leur employeur, prône la journée de dix heures, selon les rapports des Renseignements généraux., ou voudraient au moins que soient d'abord écartés les ingénieurs des mines ayant collaboré avec les Allemands pendant la guerre..

Lecœur venait de s’affronter durement à Francis-Louis Closon, qui après la défaite de 1940 avait rejoint les gaullistes à Londres avant d'être nommé en Commissaire de la République pour le Nord et le Pas-de-Calais. Dans les faits, Closon est le vrai patron des Houillères régionales, poste qu'il perdra finalement en 1946. Le différend concerne la révocation de deux mineurs CGT qui venaient de se heurter à un agent de maitrise, considéré comme un collaborateur des Allemands pendant la guerre. Dans les colonnes de Liberté, Auguste Lecœur a soutenu l'action revendicatrice, pour les salaires et les conditions de travail, mais aussi pour dénoncer la faiblesse de l’épuration chez les ingénieurs. Au lendemain du discours de Waziers, deux articles paraissent dans Liberté, attaquant Closon. Ils valent à Lecœur une réprimande immédiate du Bureau politique du PCF. Deux mois et demi après, la divergence Thorez-Lecœur s'aggrave. Le , à Issy-les-Moulineaux, Lecœur fait à nouveau remonter le sentiment des mineurs sur deux points : l'épuration dans les mines n'a pas vraiment eu lieu, et les militants, qui à 80% n'étaient pas là en 1940, se posent des questions sur ce que faisait leur nouveau parti au début de la Seconde Guerre mondiale. Maurice Thorez l'oblige alors à l'interrompre son intervention et l'apostrophe violemment, devant tout le comité central élargi..

Louis Aragon, proche du secrétaire général, publie dans la revue Europe de . des poèmes de soutien au discours de Thorez. Ils sont écrits par André Stil, , responsable de l'Union nationale des intellectuels à Lille, qui invite Aragon dans la région« Waziers, la chance de ma vie », écrivit Stil cinq ans plus tard, dans un hommage vibrant à Thorez , les 18 et , pour une visite au quotidien régional où il travaille, Liberté, et à la fosse 7 de Dourges-Dahomey, où avait commencé la fameuse grève de 1941. Le premier jour de ce voyage, Aragon rencontre des ouvriers de la mine où a démarré cette grève. Le lendemain, il donne des précisions sur son projet littéraire devant 1200 personnes, dont un quart d'étudiants, réunies dans la salle des fêtes de la Faculté de Lille. par Jacques Tréfouël, président de l’Union nationale des intellectuels (UNI), qui avait fait ses études secondaires avec lui au lycée Carnot de ParisLettre d'Aragon à Pierre Maison publiée dans Aragon : Jeunesse, Genèse, de Michel Apel-Muller, 2008-2013, manuscrit prêté par Paul-Louis Chalon, neveu de Pierre Maison, publié dans L'Humanité, « Le Continent Aragon », février 2008. Aragon était alors membre du comité directeur de l'UNI, issue de la Résistance, et très actif dans sa plus importante organisation, le Comité national des écrivains (CNE)Biographie Le Maitron d'Aragon . Mais l'UNI se désagrégea rapidement au cours de cette même année 1946.

Une photo dans Liberté du montre Aragon au milieu de journalistes de ce titre, au siège du journal à Lille. A l'université de Lille, Aragon évoque le lendemain le sacrifice du Colonel Fabien, Charles Debarge et autres martyrs, en estimant que . Il cite, pour appuyer son projet, des oeuvres de Zola, de Péguy et la Chanson de Roland.

Dimension autobiographique et historique Les Communistes a une dimension autobiographique car son auteur fut mobilisé dans l'armée au cours de cette période. Lors de l'armistice du , il était toujours sous les drapeaux dans le sud-ouest de la France et son certificat de démobilisation fut délivré le suivant. Resté dans la région, il ne reprendra contact que plus tard avec le PCF clandestin, une fois déménagé à Nice. De plus, Aragon vint dans le nord de la France en 1946, 1947 et 1950, pour recueillir des informations utiles pour l’écriture de ce roman où il n'évitera pas un ton misérabiliste silicose, écrivant : .

C'est le dernier des romans d'un cycle appelé Le Monde réel, que son auteur estimera nécessaire de réécrire dans une large mesure, au cours des années 1960Le cycle du « Monde réel », dans l'Encyclopedia Universalis, ce roman ayant attiré des restées pour l'auteur comme qui .

L'Homme communiste évoque directement sa rencontre avec les mineurs et leur grève de 1941. Aragon commence par y rappeler dans quelles conditions il est descendu dans un puits de mine et comment il a choisi ce puits : « C’est au 7 de Dourges qu’eurent lieu les premiers mouvements de grève contre l’occupant dès . C’est du 7 de Dourges que partit la grande grève de , qui fut victorieuse » et précise que « depuis toujours, la grève dans ces régions dont je parle au milieu d’une vie terrible et misérable, a été le soleil de justice, la lumière de grandeur de cette vie ».

« Au 7 de Dourges, j’ai rencontré des mineurs qui avaient été les compagnons de Charles Debarge », ajoute-t-il, avant de tracer un portrait du même Debarge avec quelques éléments sur les années 1940 et 1941, en indiquant que « c'est du 7 de Dourges, que la grève comme arme changea de sens, et prit le caractère d’une arme nationale » grâce à la préparation menée par Charles Debarge et autres résistants, suivies de sabotages à partir du , à la suite desquels « la combativité de nos camarades de Carvin augmenta ainsi favorablement pour le Parti ». Ces éléments figurent aussi dans "Le Musée Grévin", recueil de poèmes commencé en , achevé dans la Drôme puis publié en , sous le nom de François la Colère et réédité au deuxième trimestre 1946, augmenté de poèmes inédits et d’une « préface » intitulée "Les Poissons noirs", qui comporte quelques lignes évoquant Charles Debarge.