L'antitziganisme, notamment appelé aussi la tziganophobie ou la romophobie., est l’hostilité, les préjugés et le racisme direct envers les Roms (aussi connus comme Gitans ou Tsiganes).

Dans les différents pays où se sont établies des communautés dites tsiganes, les Roms ont été sujets à diverses discriminations à travers l’histoire et le sont encore au .

Étymologie La racine zigan est la base du mot donné au peuple Rom dans beaucoup de langues européennes. .

Histoire de l’antitziganisme

Au début du , dans les registres byzantins, les Atsínganoi sont mentionnés comme des « sorciers… inspirés par le diable et qui prétendent prédire l’inconnu »George Soulis (1961): The Gypsies in the Byzantine Empire and the Balkans in the Late Middle Ages (Dumbarton Oaks Papers) Vol.15 , cited in David Crowe (2004): A History of the Gypsies of Eastern Europe and Russia (Palgrave Macmillan) .. Vers le beaucoup de Roms en Europe centrale et orientale travaillaient comme musiciens, forgerons ou soldats. L’expansion ottomane au travers de l’actuel territoire de la Bulgarie moderne les relégua au bas de l’échelle sociale, puisque les ottomans les percevaient comme n’ayant pas d’« affiliation professionnelle permanente apparente ».

Dans le royaume de Hongrie (aujourd’hui l’ouest de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Croatie), des politiques fortement hostiles aux Roms virent le jour à mesure que ces derniers étaient vus comme des espions turcs, ou comme la cinquième colonne. Dans cette atmosphère, ils étaient expulsés de nombreux endroits et adoptèrent progressivement un mode de vie nomade.

La première législation à l’encontre des Roms apparut en Marche de Moravie en 1538, et trois ans plus tard, Ferdinand ordonna l’expulsion des Roms à la suite d'une série d’incendies à Prague. Sept ans plus tard, la diète d’Empire à Augsbourg déclara que « quiconque tue un tzigane, ne sera pas coupable de meurtre ». En 1556, le gouvernement intervint afin d'« interdire la noyade des femmes et enfants tziganes ».

En Angleterre, l’Egyptians Act de 1530 interdit aux Roms l’entrée dans le pays et demande à ceux y résidant de quitter le territoire dans les . Le non-respect de cette décision entraînant des confiscations de propriété, des peines d’emprisonnement ou de déportation. L’Egyptians Act 1554 amenda la loi précédente et posa que les Roms devaient abandonner leur « vilaines, oisives et impies vie et compagnie » et adopter un mode de vie sédentaire. Pour ceux qui échoueraient à adopter un mode de vie sédentaire le Conseil privé interpréta l'acte en permettant l’exécution des Roms ne respectant pas les lois « comme un avertissement aux autres »..

L'histoire des Roms en France est initialement marquée par une période de tranquillité, qui se termine à l'arrivée de Louis XIV sur le trône de France, qui fait passer une série de mesures répressives contre les Roms, auxquelles contribuent son ministre Colbert. Les déclarations prétendent que ceux-ci "ont commis plusieurs meurtres, des vols et des pillages, et que ces gens-là ne savent rien faire d'autre que de piller les autres nations."

Entre 1660 et 1682, les opérations de police à l'égard des Roms sont renforcées dans le royaume, avec la promulgation de la "Déclaration du roy contre les bohèmes", qui ordonne que tous les Roms soient arrêtés et déportés aux galères, où ils doivent rester jusqu'à leur mort, que toutes les femmes roms doivent être rasées et enfermées dans les hôpitaux, et que les enfants doivent être pris et élevés en orphelins. Les accusations principales sont le vagabondage, la réunion dans un lieu, la mendicité, la bonne aventure, le travail avec des armes, mais aussi la magie, la sorcellerie, et le vol.

En 1710, Joseph émit un édit contre les Roms, ordonnant que « tous les hommes adultes devaient être pendus sans procès, tandis que les femmes et les jeunes garçons devaient être fouettés et bannis à jamais ». De plus, les Roms devaient avoir leur oreille droite coupée dans le royaume de Bohême, et l'oreille gauche dans la Marche de Moravie. Dans les autres régions d’Autriche ils étaient marqués au fer, dans le dos, d'un dessin représentant une potence. Ces mutilations permettaient aux autorités de les identifier comme Roms en cas d’une seconde arrestation. L’édit encourageait les responsables locaux à traquer les Roms, imposant une amende de 100 Rixdales à ceux qui ne le feraient pas. Quiconque venait en aide à des Roms était puni d’une demie année de travail forcé. En 1721 Charles VI amenda le décret pour y inclure l’exécution des femmes adultes Roms, alors que les enfants devaient être « mis dans des hôpitaux pour les éduquer ».

En 1774, Marie-Thérèse d’Autriche émit un édit interdisant les mariages entre Roms. Lorsqu'une femme Rom épousait un non-Rom, elle devait produire les preuves de « ses talents ménagers et de sa familiarité avec la doctrine catholique », alors qu’un homme Rom devait quant à lui prouver « ses capacités à aider sa femme et ses enfants » ; enfin, les enfants de plus de cinq ans devaient être enlevés à leur famille et éduqués par des familles non-Roms ».

Un panel fut établi en 2007 par le gouvernement roumain afin d’étudier l’esclavage des Roms aux pour les princes, propriétaires terriens et dans les monastères. L’esclavage des Roms en Roumanie fut aboli aux alentours de 1856..

Le chapardage était un motif récurrent pour la persécution des Roms. En 1899, le Nachrichtendienst in Bezug auf die Zigeuner (Service de renseignements concernant les Tziganes) fut créé à Munich sous la direction d'Alfred Dillmann, collectant les données concernant l’ensemble des Roms sur le territoire allemand. Ce service de renseignement ne cessa ses activités qu’en 1970. Les premiers résultats furent publiés en 1905 le Zigeuner-Buch. (livre des Tziganes) de Dillmann, et furent utilisés dans les années suivantes pour justifier le Porajmos. Ce livre décrit les Roms comme une « peste », une « menace », mais ne présente pratiquement comme « crimes tziganes » que des actes d'intrusion et de vol de nourriture.

Porajmos

thumb|250px|Déportation de Sinté depuis Asperg par l'Allemagne nazie, 1940 La persécution des Roms atteint son point culminant pendant la Seconde Guerre mondiale, lors du Porajmos (littéralement dévorer en romani), le génocide des populations tziganes par les nazis, pendant rom de la Shoah. Parce que les communautés roms d’Europe orientale étaient moins organisées que les communautés juives, il est plus difficile d’accéder au nombre réel des victimes, même si l'U.S. Holocaust Memorial Research Institute de Washington estime que ce dernier est compris entre et . L’ancien professeur d’Ethnic Studies Ward Churchill avança l’idée que les populations Roms ont proportionnellement souffert davantage que les juifs d’Europe et que leur sort a largement été mis de côté par les universitaires et les médias..

L’extermination des Roms par les autorités de l’Allemagne nazie dans le protectorat de Bohême-Moravie a été d’une telle ampleur que la langue romani de Bohême devint une langue morte. La politique des nazis varia d’un pays conquis à l'autre : ils tuèrent quasiment tous les Roms des pays baltes, alors qu’ils ne s’attaquèrent pas à ceux du Danemark ou de Grèce. Le processus de déportation et d'extermination fut facilité par les dispositions prises avant la guerre par les différents états européens visant à ficher méthodiquement les communautés roms, aidant de ce fait les arrestations de ces derniers par les autorités allemandes.

Les Roms furent également persécutés par les Oustachis en Croatie, qui étaient alliés aux Allemands. Il ne restait après la guerre presque aucun Rom en Croatie..

États-Unis

L'histoire des Roms aux Etats-Unis est liée à celle de l'esclavage : en 1498, les premiers Roms débarquent sur le sol américain, lors du troisième voyage de Christophe Colomb aux Indes, pour servir d'esclaves. Cromwell déporta des Roms britanniques pour servir d'esclaves dans les plantations du Sud. En Jamaïque, à Cuba, et en Louisiane, certains esclaves roms étaient possédés par des Noirs affranchis, menant à l'apparition de communautés afro-roms, issues de l'union de personnes noires libres et d'esclaves roms, qui existent encore aujourd'hui.. Entre 1762 et 1800, l'Espagne réduit des Roms en esclavage et les déporte dans leurs colonies en Louisiane.

De 1650 à 1700, l'Angleterre déporte de nombreuses personnes, parmi lesquels un grand nombre de Roms, en Virginie, en Pennsylvanie, en Jamaïque et à la Barbade, pour travailler dans les plantations, dans un état de semi-esclavage. Aux , les femmes roms britanniques, en particulier, étaient déportées dans les colonies américaines et poussées à se reproduire avec des esclaves noirs, pour fournir de la main-d’œuvre esclave.

En 1866, le président Andrew Johnson, successeur d'Abraham Lincoln, s'oppose par droit de véto au Civil Rights Act, qui proposait l'extension de la citoyenneté aux Américains noirs, chinois et "tsiganes" (Gipsies), craignant qu'une telle loi ne soit biaisée en faveur des "personnes de couleur" et contre "les personnes blanches".. À partir de 1885, les immigrants roms se virent interdit d'entrer aux Etats-Unis et furent contraints à retourner en Europe.

Antitziganisme aujourd’hui thumb|Femme Rom manifestant à Bucarest contre le président roumain Traian Băsescu, celui-ci ayant tenu, en mai 2007, des propos antitziganes à l'encontre d'un journaliste qui le menaçait.. Selon le rapport 2011 d’Amnesty International, «…des discriminations systématiques sont appliquées aux de Roms à travers l’Europe. L’organisation a recensé les échecs des gouvernements du vieux continent quant au respect de leurs obligations »..

En 2021, à l'ONU, Fernand de Varennes, rapporteur spécial des Nations unies sur les questions relatives aux minorités par le Conseil des droits de l'Homme, a communiqué à propos de la montée de l'antitsiganisme actuel : ..

L’antitziganisme s’est poursuivi dans les années 2000 notamment en Slovaquie., Hongrie, Slovénie., Roumanie. et au Kosovo.. Les Roms vivent souvent dans des ghettos populaires, sont sujets à des discriminations à l’école et au travail, et sont également souvent sujets à des violences policières. En Bulgarie le professeur Ognian Saparev a écrit des articles expliquant que les « Tziganes » devraient être confinés dans des ghettos car ils ne s’intègrent pas, sont culturellement enclins au vol, ne désirent pas travailler, et utilisent leur statut de minorité pour « pratiquer du chantage » envers la majorité.. Les responsables de l’Union européenne ont boycotté la République tchèque et la Slovaquie en 2007 du fait de la ségrégation appliquée aux enfants Roms dans les écoles..

En 2006, de nombreux Roms qui vivaient auparavant au Kosovo, vivaient dans des communautés de réfugiés au Monténégro et en Serbie. Ceux qui sont restés, craignent des attaques des Albanais, qui les voient comme « des collaborateurs serbes ». En , trois femmes Roms slovaques reçurent une compensation financière après un procès contre l’hôpital qui les avait stérilisées sans leur consentement. Alors que les stérilisations ont eu lieu entre 1999 et 2002, et que les trois femmes avaient à plusieurs reprises fait appel aux procureurs, elles étaient restées jusque-là ignorées..

Le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe Thomas Hammarberg a été un critique virulent de l’antitziganisme, tant lors des rapports que des Periodic Viewpoints. En , Hammaberg notait que « aujourd’hui la rhétorique contre les Roms est très similaire à celle utilisée par les nazis et les fascistes avant les exterminations de masse des années 1930 et 40. Encore une fois, il est dit que les Roms sont une menace à la sécurité et à la santé publique. Aucune distinction n’est faite entre quelques criminels et l’écrasante majorité de la population Rom. C’est honteux et dangereux »..