Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut est une trilogie inachevée de Joseph Malègue publiée en 1958 et 2018, et après sa mort.Seul le Livre premier, Les Hommes couleur du temps est terminé. Malègue, atteint d'un cancer incurable tente d'en mettre au point une version publiable, mais meurt avant. Il souhaite que le manuscrit en chantier (y compris les deux livres suivants) soit édité. Dans l'édition de 1958, le texte (mêmes caractères et même mise en page qu'Augustin ou Le Maître est là), chez Spes compte une centaine de pages de plus qu' Augustin.

La trilogie se déroule à Peyrenère-le-Vieil imaginaire ville haute auvergnate des anciennes élites métaphoriquement opposée au Peyrenère d'En-bas des nouvelles. Le narrateur, Jean-Paul Vaton, condisciple du héros éponyme d' Augustin. arrivé à l'âge de raconte son enfance, matériau duquel, Malègue tire la « fresque historique » (Claude Barthe), de l'installation de la République : laïcité, déclin des notables liés à la Monarchie, l'Église, l'Empire. Une nouvelle classe va les supplanter. C'est emblématique d'une mutation globale de la France.

Malègue observe le déclin de cette classe à laquelle sa famille était liée avec le sens proustien du temps qui passe et la distance du sociologue, soucieux du drame spirituel des , les chrétiens attachés à l'évangile, peu désireux de le préférer au bonheur terrestre. Revers de fortune, mariages ratés, suicides, accablent deux très belles femmes au centre du récit et des rêveries de Vaton, Armelle de Rosnoën et Jacqueline de Brugnes. André Plazenat, fiancé de Jacqueline, brillera un temps à l'université et au gouvernement de la République, contrairement à sa classe repliée sur ses nostalgies d'Ancien Régime.

Certains personnages échappent à la médiocrité spirituelle. Surtout Félicien Bernier. Paul Vaton, le narrateur, en est l'ami intime et par lui le lecteur découvre peu à peu la nature de ce jeune homme athlétique, généreux et mystique. Il allait être celui dont la simple existence aurait mystérieusement contribué au Salut des gens de Peyrenère. André Plazenat réapparaît dans le Livre deuxième intitulé Le Désir d'un soir parfait. Mal marié, il devient l'amant de Jacqueline de Brugnes qu'il aurait épousée si la ruine de son père ne l'avait déclassée. Le Livre III (quelques pages rédigées seulement), intitulé Entre le pont et l'eau allait couronner l'ambitieux projet maléguien. Il aurait débouché, selon Claude Barthe, sur une œuvre supérieure à Augustin. Pour Lebrec, William Marceau, Zofia Litwinowicz, José Fontaine, on décèle Les « Deux Sources » de Bergson dans toute l'intrigue.

Choix du titre vignette|droite|Pierres noires de la Tour de la Bayette de la Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption, à Clermont-Ferrand préfecture du Puy-de-Dome Les « pierres noires » sont les pierres volcaniques d'Auvergne et en particuilier du Puy-de-Dome avec lesquelles sont construites de nombreuses maisons. Les « Classes moyennes du Salut » sont les chrétiens médiocres (où Malègue se situait lui-même rappelle L. Émery), non « classes moyennes de la sainteté », expression utilisée dans Augustin ou Le Maître est là qui vise la sainteté non reconnue (comme celle de la sœur d'Augustin), en rien moyenne mais authentique..

Les chrétiens médiocres sont ceux qui cherchent un compromis impossible entre, d'une part, l'appel évangélique à tout donner à Dieu et au prochain et, d'autre part, l'attachement égoïste au bonheur terrestre. Des événements se produisent qui permettent à ces « Classes moyennes » d'aller plus haut, comme les crises individuelles et collectives qui, les mettant face à la disparition du bonheur terrestre (la mort par exemple, les grands bouleversements politiques et sociaux), leur permettent de consentir au détachement dont ils n'avaient pas été capables dans l'ordinaire des jours.

Charles Moeller, pense que le lieu du roman serait La Tour-d'Auvergne.. Lebrec pense plutôt à un lieu fictif fait de plusieurs localités de Basse-Auvergne et Saint-Flour pour son piton basaltique..

Il a existé un premier Pierre Noires composé en même temps quAugustin ou Le Maître est là. Malègue qui peinait à trouver un éditeur pour Augustin tente de le faire publier en l'envoyant au journal Le Temps en 1929 qui organisait un concours littéraire puis au Cercle littéraire français en 1932. Ce sont deux échecs. Le premier Pierres noires est un texte de 213 pages dactylographiées racontant l'enfance d'un compagnon d' Augustin. right|vignette|Le premier tapuscrit de 1929 en partie semblable à celui de Pierres noires en 1939-1949 mais tout de même très différent, ne serait-ce que par la taille mais dont l'incipit est identique à la publication de 1958 et de 2018 : « Un jour dans les années 1890… » Dès 1933 (année de la parution d' Augustin), Malègue se met au travail pour écrire le premier tome de Pierres noires, soit Les Hommes couleur du temps où « il se proposait (…) de décrire, avec la précision du sociologue, l'évolution d'une petite société rurale et catholique : les classes dirigeantes y gardent encore une autorité dont les décennies suivantes verront le lent déclin..»

Jean Lebrec nous informe de ce que ce premier tome, le plus achevé, n'était pas encore au point. Malègue réécrit les 250 premières pages qui sont fondues dans une même couleur, mais les 350 pages suivantes semblent, selon lui, être des brouillons sauf la nouvelle La Révolution, reprise d'une nouvelle écrite séparément (le discours de l'abbé Le Hennin dans la prison révolutionnaire).

On lit, dans l'édition de , Les Hommes couleur du temps, de la page 9 à la page 614, Le Désir d'un soir parfait va de la page 613 à la page 860. Entre le pont et l'eau ne tient qu'en quelques lignes allant de la page 861 à la page 874. Malègue aurait d'abord voulu publier les trois tomes ensemble puis séparément. Mais il meurt, émettant le vœu de les voir publiées toutes ensemble. et en chargeant son épouse Yvonne Pouzin et Jacques Chevalier de donner forme à ces pages inachevées d'une œuvre dont l'ambition littéraire, selon Moeller, surpassait celle d' Augustin et devait compter mille huit cents pages.

L'ouvrage a été traduit en italien par Giovanni Visenti, Pietre Nere. Le classi medie della Salvezza, Società Editrice Internazionale, Torino, 1966, 2 vol., et est connu des pays de langue espagnoleCommentaire en espagnol.

Lien direct entre ce roman et Augustin ou Le Maître est là Félicien Bernier dans Pierres noires, comme le rappelle Jean Lebrec, est le Félix Bernier du chapitre Les plus heureux jours du roman Augustin ou Le Maître est là. Lors de la soirée musicale aux Sablons à laquelle assiste l'ancien aumônier d'Augustin, , celui-ci et Augustin s'échangent des nouvelles à propos des anciens, dont Félicien. Augustin avoue qu'il n'a plus revu personne du groupe des talas. Les nouvelles sont exprimées en style indirect: « De sommaires renseignements lui arrivèrent : Bernier, missionnaire en Chine, tué là-bas, ou peut-être pendant la guerre, on ne savait tropAugustin ou Le Maître est là, .… » Le Bernier dAugustin se prénomme Félix et celui des Classes moyennes, Félicien, mais Lebrec estime qu'il s'agit de la même personne. Quant à Augustin lui-même, il apparaît à plusieurs reprises dans Pierre noires aux pages 79, ???, 338, 376, 590, 891 (édition de 1958). thumb|center|upright=3.2|Panorama d'Aurillac où Paul Vaton va au lycée, un Aurillac qui, pour Barthe, dans Augustin a des accents de Du côté de chez SwannPaul est un ami d'Augustin, il a aussi entendu parler de la contesse de Préfailles, contesse douairière.Il est interne au lycée. Félicien sera aussin un compagnon d'Augustin à Normale pendant un an. Et Augustin aura écho de son martyre en Chine Ami intime de Félicien, Paul Vaton est décrit comme un médiocre et un paresseux, à l'exacte image du Paul Vaton d' Augustin. Il subit profondément l'ascendant de Félicien qui est son ami intime et qui lui confie ses doutes concernant sa vraie vocation (elle va finalement devenir celle du martyre en pays de missions). Quant à André Plazenat (qui, lui, n'apparaît pas dans Augustin), c'est un politicien brillant, mal marié et qui trompera sa femme avec une petite cousine Jacqueline qui se suicidera. L'enfant né de leur liaison commettra un meurtre au cours d'une scène de débauche.Pour Léon Émery, Augustin et Pierres noires sont « chevillés l'un à l'autreLéon Émery, Trois romanciers — Joseph Malègue - Thomas Mann —Soljenistyne, Les Cahiers libres, Lyon, 1973..»

Charles Moeller présente en les deux romans en commençant par Pïerres noires dans une première partie qui expose. La deuxième consacrée à Augustin contient qui apparaissent avec la présentation de Pierres noires et qui donnent à l'histoire d'Augustin Méridier Il ajoute : .

Résumé de la trilogie Pierres noires a trois parties que Malègue songe à faire publier en trois volumes ou trois romans distincts: Les Hommes couleur du temps, Le désir d'un soir parfait, Entre le pont et l'eau. Le livre premier compte 600 pages. Le Livre deuxième 241. Le livre III ne compte qu'une vingtaine de pages et n'est vraiment qu'esquissé. Jean Lebrec, dans son étude de 1969, nous permet cependant d'un peu mieux voir ce qu'il aurait été.

Les hommes couleur du temps thumb|Ville haute et ville basse de Saint-Flour au qui inspirent le Peyrenère de Pierres noires, emblématique d'un propos sociologique.C'est le lent récit des impressions d'enfance et d'adolescence de Jean-Paul Vaton depuis ses six ans jusqu'à son entrée en classe de philosophie. Celui qui parle est le Jean-Paul Vaton proche de ses soixante ans. Il est indolent, veule, irrésolu et imaginatif. Il a un peu raté sa vie. conte ses impressions d'école primaire puis l'atmosphère de sa famille avec un père préoccupé d'ascension sociale (la sienne et celle de son fils), huissier de justice, expert géomètre, représentant d'assurances. Il évoque le lycée à Aurillac où il rencontre Augustin Méridier auquel il voue un « culte chagrin, envieux et passionnéPierre noires 1958, cité par .… » « La vieille cité pelotonnée sur sa butte » est d'étendue fort restreinte, observe Léon Émery, comme la plupart de ses sœurs, mais « elle acquiert pourtant des dimensions presque colossales lorsqu'elle est vue de l'intérieur, par les yeux d'un enfant, par les yeux de ce petit Paul Vaton qui est en l'occurrence le prête-nom de Malègue..» Il ajoute que, depuis Balzac et Béatrix aucun écrivain n'a pu aussi bien dépeindre « la ville de province avec autant de poésie et de vérité que Malègue..» Paul Vaton est, tout au long du récit, l'ami d'un saint authentique, Félicien Bernier, désireux de se donner entièrement à Dieu, mais hésitant entre l'apostolat d'un prêtre séculier en France ou celui de missionnaire en Chine. À travers le récit global du déclin de ces notables, surgissent d'autres histoires.

vignette| La splendeur surhumaine des charreyres inconnues « au bord des nuits », lorsque l'on éprouve « le froid du soir à l'âme écrasante de l'espace » Plusieurs critiques comme Zofia Litwinowski-Krutnik, ont souligné la beauté de ce passage qui se situe dans la campagne proche de Peyrenère : « Dans la voiture paysanne de mon père, sur le sac de foin qui nous servait de coussin, j'avais de ces bords de nuit sur les charreyres inconnues une peur étreignante et enchantée. Depuis la crinière du petit cheval rouan que la marche haussait et baissait, jusqu'à des distances où se perdaient tous repères et toutes formes, je reconnaissais entre deux tournants, ou d'un tournant à l'autre, deux aspects parents d'une même réalité surhumaine : le froid du soir à l'âme écrasante de l'espacePierres noires, 1958 2018 . Première partie (Les maisons noires). Deuxième partie (I. Fin d'endance, II. Les chants du départ)