Léchelle mobile des salaires, appelée indexation automatique des salaires dans certains pays, consiste à augmenter les salaires en fonction de l'augmentation des prix afin de conserver le pouvoir d'achat des salariés face à l'inflation, dans un esprit de justice sociale au sein du monde du travail.
En l'absence d'échelle mobile des salaires, le rapport de forces est en défaveur des salariés, à cause du chômage et de la précarité. Des remises à niveau peuvent être effectuées lors des négociations annuelles des salaires, ou à l'occasion de conflits sociaux, et dans certaines branches professionnelles ou pays, ces remises à niveau sont prévues par les conventions collectives.
Cette mesure fait l'objet de débats et controverses. Les organisations patronales s'y opposent en mettant en avant le risque de perte de compétitivité entraînée par une spirale prix salaires que celle-ci peut enclencher. Les organisations syndicales y sont favorables au vu de la détérioration du partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires et en faveur des profits.
L'Union Européenne estime que les clauses d'indexation des salaires peuvent faciliter la conclusion de conventions pluriannuelles. Les travailleurs de la Belgique, de Chypre, de Malte et du Grand-Duché du Luxembourg, bénéficient encore de l’indexation automatique des salaires. En France, le Salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) reste le seul salaire indexé automatiquement sur l'inflation par la loi.
Histoire Depuis 1945, la notion d'échelle mobile des salaires a souvent été liée à celle d'indexation des salaires sur les prix, notamment en France en 1982« La Décennie Mitterrand », par Pierre Favier et Michel Martin-Roland, publié aux Editions Points le 24 octobre 1990 et en « Du triomphe personnel aux ratés collectifs », par Jean-Michel Lamy dans Les Echos le 26 avr. 1991 , et au souci de mettre en place des « politiques des revenus », qui s'est manifesté dans les grands pays industrialisés pendant quatre périodes : l'immédiat après-guerre ; le début des années 1960 ; les années 1968 à 1972Les Politiques des revenus par Jacques Lecaillon et Christian Morisson aux Presses universitaires de France, en 1991 . ; après le premier choc pétrolier.
Immédiat après-guerre
En 1945 et peu après perdure une inflation résultant de pénuries de biens de consommation, causées par des capacités de production « sévèrement amputées »et difficiles à reconstituer, faute de dollars pour l'importation de biens d'équipement. Pour juguler la demande, de nombreux pays recourent à la « politique des revenus » en concertation avec les fédérations d'employeurs et les syndicats : Scandinavie, Pays-Bas, Autriche et Grande-Bretagne. Souvent proches des partis au pouvoir, ces syndicats craignent le retour au chômage de masse des années 1930 et recherchent un moyen équitable, en plus des mesures de rationnement, de répartir des biens de consommation trop rares. Ils adhèrent à une indexation générale des salaires, acceptée aussi par les employeurs, malgré l'inconvénient ultérieur et prévisible d'une spirale prix-salaires perpétuant, l'inflation des premières années. D'autres facteurs jouent en France et en Italie, confrontés à la force du Parti communiste et du syndicat lié, hostiles à tout consensus sur une politique des revenus.
Années 1960
Au début des années 1960, « pour la première fois depuis la guerre », la concurrence internationale par les prix devient importante, stimulée par de nouvelles usines en Asie du Sud-Est et la création de la Communauté Economique Européenne, dans des économies « proches du plein emploi », propice aux revendications salariales. La politique des revenus devient une « opération de relations publiques » visant à influencer l'opinion et les partenaires sociaux impliqués dans les négociations salariales, pour valoriser les avantages concurrentiels d'un double frein à la hausse des prix et des salaires. Une autre idée le légitime, développée dans les media, corréler le gain moyen par salarié à la productivité moyenne du travail et c'est aux États-Unis qu'on s'y « réfère le plus ».
En France, « le paradigme du monde économique est alors fordiste-keynésien » ce qui domine jusqu'au Sixième plan élaboré en 1970 et le gaullisme des années 1960 incarne la nécessité d'assurer « la paix sociale par une redistribution forte ». Pays scandinaves et Grande-Bretagne ne sont pas en reste car ils tiennent à conserver leur compétitivité face à la hausse des prix industriels plus modérée connue par les États-Unis, l'Allemagne, et surtout Japon. Les États des pays scandinaves se placent ainsi au centre de négociations collectives désormais tripartites, tandis qu'un « conseil des prix et des revenus » anglais étudie et fait connaître les évolutions de la productivité par branches professionnelles. Un peu partout se renforce un souci d'informer le public sur la marge de progrès des revenus qui soit « compatible avec la stabilité des prix », voire une modeste augmentation des profits et des prélèvements fiscaux.
Période 1968-1972 Les troubles sociaux de la période 1968-1972, avec en France et un mouvement similaire en Italie voient les leaders syndicaux « souvent débordés par des meneurs gauchistes », avec pour résultat « deux vagues successives de hausses accélérées des salaires, l'une en 1968- 1970, l'autre en 1972-1973 ». Elles sont également nourries par l'embellie « de la demande et des prix sur les marchés internationaux », à laquelle contribue aussi la guerre du Vietnam. Plusieurs gouvernements réagiront par la suite par le blocage des revenus et des prix, mais dans un premier temps des employeurs, privés et publics, accordent des hausses de salaires imprévues et élevés afin d'éviter des troubles aussi graves qu'en France, qui ont réveillé la combativité dans plusieurs pays européens, avec en particulier la grève des mineurs britanniques de 1969.
En France, ou les grandes écoles sont depuis plus d'une décennie le « creuset » des idées de compétitivité du saint-simonisme, des mesures fiscales viennent réagir à la hausse générale de 10% des salaires négociée par les accords de Grenelle en Mai 68 en plus des 35% de relèvement du SMIC: Charles De Gaulle relève en de 2,5 points le taux normal de TVA, décision considérée comme l'ancêtre de « TVA sociale » qui « contribua a doper les exportations »« La TVA, invention française, révolution mondiale », chez Eyrolles, par l’universitaire Denys Brunel , afin de financer la suppression de l'impôt sur les salaires pour rétablir la compétitivité, et en le nouveau président Georges Pompidou dévalue de 12,5%. Résultat de ces deux mesures, l'inflation en France est plus élevée lors des années 1968 et 1969 qu'avant, passant de 2,7% en 1966 comme 1967, à ensuite 4,5 % en 1968 et surtout 6,5% en 1969, soit plus de 5% de plus sur le total des deux années, avant de revenir à 5,2% en 1970« Histoire de l'inflation en France depuis 1900 » INSEE .
En Grande-Bretagne, face à un début d'accélération de l'inflation, le gouvernement avait dès plafonnée à 3,5% par an la hausse maximum des salaires et des dividendes. Cette fourchette est révisée, portée à 2,5 à 4,5 % dès , tandis qu'en Belgique, une loi de sur les conventions collectives leur laisse au contraire les coudées franches pour l'indexation des salaires« L'indexation des salaires » par Jacques Moden, dans le Courrier hebdomadaire du CRISP de décembre 1983 le .. En , Londres décide cette fois un blocage de trois mois pour les salaires, comme pour les loyers, prix et dividendes. Danemark et Suède bloquent les prix, plus tôt, dès fin 1970-début 1971 et la Norvège fait de même pour les prix et les salaires en 1971. En France, le contrôle des prix n'est renforcé par le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas que fin 1971-début 1972, peu avant que ce dernier perde son poste de Premier ministre. Son directeur de cabinet Jacques Delors souhaitera dix ans après modifier les anticipations d'inflation dans les conventions collectives, dont certaines ont à partir de 1973 et jusqu'en 1980 inclus des formes proches de l'indexation, malgré l'interdiction légale datant des ordonnances de , selon l'étude publiée par deux économistes en 1989 sur les conventions collectives dans huit branches« L'indexation des salaires : quelle rupture en 1982 ? » par Pierre Blanchard et Patrick Sevestre, dans la revue Économie & prévision en 1989 ., même si concernant la période 1970-1982, seules sont disponibles l'évolution des salaires minima de branches, et pas les salaires effectivement versés.
Le premier choc pétrolier de la fin 1973 modifie radicalement la donne, car il entraîne des « désordres monétaires »: en France, un « plan de stabilisation » pour « ralentir l'inflation » est déployé dès le printemps 1974 par Jean-Pierre Fourcade suivi en 1975 par un « plan de relance ambitieux et un après par le plan Barre, qui est le premier tournant libéral important avant ceux des USA et de l'Angleterre. En Belgique le gouvernement Tindemans II, s'inquiète d'une inflation de 10,8% en et bloque à partir de , les tarifs des services publics, loyers, dividendes, assurances, ou encore de l'eau, gaz, et électricité, mais face au tollé des syndicats, il a renoncé à supprimer l'indexation automatique des salaires, décidant que les salariés belges gagnant moins de 4400 francs français par mois (80 % du total), continueront à en bénéficier. Il avait dans un premiers prolongé automatiquement de neuf mois, les conventions collectives non arrivées à échéance le , soit de fait un blocage des salaires« Le gouvernement belge décide de bloquer les salaires pendant neuf mois ». Article dans Le Monde le 10 novembre 1976 . À partir du , l'indexation est remise en place » et fonctionné normalement jusqu’en .
Aux Pays-Bas, le pays le moins touché par les grèves des années 1960, le gouvernement commence par plafonner en 1971 les hausses de salaires, avant de parvenir en à un consensus associant les partenaires sociaux, salariés et employeurs sur l'évolution des revenus. Au-delà des effets de « stop and go » parfois reprochés aux politiques économiques de certains pays, en particulier au Royaume-Uni, il y a une tendance globale à des mesures expansionnistes dans la plupart des pays industrialisés fin 1971-début 1972, qui est surtout une réaction de rééquilibrage consensuel après des politiques de « freinage » de la demande et des prix déployées en 1970-1971.
En France, à partir de 1968, « la pratique de l’indexation est réapparue peu à peu », mais indirectemnt « tout d’abord », par l'exercice des clauses de renégociation autorisées par la loi, puis « à partir de 1970, très ouvertement »Gérard Lyon-Caen, Les salaires, Dalloz, Collection « Droit du Travail », 1973, page 30, même si le législateur a pris soin de stipuler le en créant le SMIC, qui remplace le SMIG, que toute référence à l’évolution du SMIC comme base des autres types de rémunération est proscrite.
Le bilan global en 1973 était souvent mitigé, avec « l'abandon de ces politiques par plusieurs pays », tandis que l'Allemagne et la Suisse sont les pays européens à n'avoir pris pratiquement aucune mesure pour contrôler ou bloquer, que ce soit les prix ou les salaires.
Car malgré ces tendances générales, dans plusieurs pays d'Europe, les négociations salariales se déplacent au niveau de l'entreprise, comme pour les mineurs anglais, sous la pression de salariés mécontents du caractère modéré des revendications syndicales.
En Amérique du Nord, tant aux États-Unis qu'au Canada, cette politique dite « des revenus » était considérée seulement comme une intervention ponctuelle, dont l'objectif était plutôt à court terme pour renverser les anticipations de hausse des prix, et surtout ainsi les revendications qu'elles entretenaient. Cependant, le président américain Richard Nixon décide en 1971 un blocage de tous les prix, salaires et profits aux États-Unis, pour trois mois. Puis il opte pour des mesures de contrôle en 1972-1973.