Jean-Étienne Dominique Esquirol, né le à Toulouse et mort le à Paris, est un aliéniste français. Il est considéré comme le père de l'organisation de la psychiatrie française en faisant voter la loi du 30 juin 1838 obligeant chaque département à se doter d'un hôpital spécialisé. Il est à l'origine de l'aménagement de la nouvelle Maison royale de Charenton en 1825, destinée à accueillir près de trois cents malades. Il forme la majorité des aliénistes de son temps.
Biographie
Il est le fils d'un négociant toulousain, prieur de la bourse des marchands, élu capitoul en 1787Christian Maillebiau, Dictionnaire de Toulouse, Loubatières, 2006. À Toulouse il est élève du collège de l’Esquile.
Au printemps 1793, il est mobilisé comme officier de santé dans l'armée des Pyrénées orientales et sert deux années à l'hôpital Lepelletier de Narbonne. Puis il poursuit ses études médicales à Montpellier puis à Toulouse. Arrivé en 1799 à Paris, il est d'abord élève de Jean-Nicolas Corvisart à la Charité, puis dès 1801 travaille à la Salpêtrière avec Philippe Pinel, autre grand aliéniste du siècle. En 1805, il publie Les Passions considérées comme causes, symptômes et moyens curatifs de l'aliénation mentale. vignette|left|Monument en hommage à l'hôpital Marchant. vignette|190px|Tombe au cimetière du Père-Lachaise. En 1810, il succède à Pinel comme médecin chef de la Salpêtrière. Il crée rue Buffon une maison de santé privée pour aliénés qui sera transférée en 1827 à Ivry-sur-Seine. Après le décès d’Antoine-Athanase Royer-Collard, il obtient le poste de médecin-chef de la Maison royale de Charenton, aujourd'hui l'hôpital Esquirol.
Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ().
Il eut notamment comme élève le psychiatre toulousain Gérard Marchant.
Travaux Il approfondit la nosographie de Pinel ; Il affine les différentes formes de mélancolie, a créé le terme de lypémanie et la classe des monomanies Il établit la distinction entre hallucinations et illusions. Il fait un parallèle entre folie et passions. Il joue un rôle important sur le plan administratif et législatif (loi de 1838). Il fait la première description médicale de la trisomie 21 en 1838.
Il a une certaine influence sur les pathologistes allemands, notamment Karl Christian Hille et Johann Christian August Heinroth, les premiers à traduire son œuvre dans leur langue.
Nosographie Il est l'un des premiers à avoir fait la distinction entre hallucinations (perceptions sans objet externe, produites et construites par l'esprit) et illusions (erreurs de perception ; mauvaise interprétation des stimuli réels)
Parallèle Folie-Passions : Pour lui les passions seraient ce qui nous pousse à agir et qui n'est pas d'ordre intellectuel : elles sont à l'origine de l'aliénation mentale. La folie serait faite des passions poussées à l'extrême Il y aurait donc une différence quantitative entre les deux. Selon Esquirol, dans l'enfance, il n'y a pas de passions, donc pas d'aliénés.
Thérapeutique Pour lui, les passions doivent servir au traitement des maladies. Il faut qu'il y ait répression pour qu'il y ait guérison du malade : inspirer un sentiment de crainte, qui dompte et subjugue le malade, et provoquer une secousse morale en plaçant l'aliéné dans un état opposé et contraire à celui dans lequel il était avant de recourir à ce moyen. C'est la méthode perturbatrice. D'après Esquirol, il ne suffit donc plus de parler avec douceur et compassion, selon le traitement moral de Pinel.
Rôle administratif et législatif Théoricien clair et pratique concernant les institutions psychiatriques, il est avec ses élèves à l'origine de l'adoption de la loi du 30 juin 1838 concernant les aliénés, qui met fin aux décisions d'internement arbitraires par simple lettre de cachet ou de décisions de justice.
Hommages vignette|Statue d'Esquirol à l'hôpital de Saint-Maurice (Val-de-Marne) portant son nom, par le sculpteur Armand Toussaint. L'« asile de Charenton » prend le nom de son concepteur en 1973Histoire de l'hôpital Esquirol. alors qu'il se trouve désormais dans la commune de Saint-Maurice.
En 1897, la municipalité de Toulouse rend hommage à Esquirol et Pinel en plaçant leurs bustes dans la salle des Illustres du Capitole.
Plusieurs lieux et établissements portent son nom : Place Étienne-Esquirol à Toulouse (depuis 1867) et station de métro Esquirol (ligne A) à Toulouse (depuis 1993), desservant la place Esquirol. Rue Esquirol à Paris, depuis 1864. Avenue Esquirol à Lyon. Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) Esquirol à Lyon. Centre hospitalier Esquirol à Limoges. Hôpital Esquirol à Caen. Clinique Esquirol-Saint-Hilaire à Agen, Lot-et-Garonne. Hôpital psychatrique CHAI, pavillon Esquirol à Saint-Egreve.
Œuvres et publications vignette|Lithographie in Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal [Atlas], Planche XIII (Gravure par Ambroise Tardieu). Des passions considérées comme causes, symptômes et moyens curatifs de la maladie mentale, [Thèse de médecine de Paris n° 574, 1805], Didot Jeune, Paris, 1805, Texte intégral. Hallucination, [s.n.] [s.d.], 8 p. ; , . Note sur la monomanie homicide, J.-B. Baillière (Paris), 1827, 52 p. ; , . Des illusions chez les aliénés. Question médico-légale sur l'isolement des aliénés, Crochard (Paris), 1832, 1 vol. (83 p.) ; , . Des maladies mentales considérées sous le rapport médical, hygiénique, et médico-légal, 1838 Tome premier, . Tome second, . Tome troisième, . Atlas de 27 planches, Texte intégral. Examen du projet de loi sur les aliénés, J.-B. Baillière (Paris), 1838, , 39 p., .
En collaboration avec Pariset, Étienne (1770-1847) et coll., Instruction populaire sur le régime a suivre pour se préserver du Choléra-Morbus, et sur la conduite à tenir si la maladie se déclare ; [par MM. Pariset, Esquirol, Des[...], Leroux, Juge, Chevallier, Legrand, et Marc], E. C. Bourseul, Impr. de Ve Villette (Douai), 1832, Vol. (23 pages), .
Édition scientifique William Charles Ellis (1780-1839), Traité de l'aliénation mentale, ou De la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la folie : comprenant des observations sur les établissements d'aliénés, [ouvrage traduit de l'anglais, avec des notes et une introduction historique par Th. Théophile Archambault, enrichi de notes par M. Esquirol], J. Rouvier (Paris), 1840, 1 vol. (CXLI-500 p.) : ill. ; , .
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Philippe Albou, « Esquirol et la démence », in: Histoire des sciences médicales, 2012, 46 (1), pp. 45-54,Texte intégral. Jean-François Allilaire [sous la direction de], Jean-Étienne-Dominique Esquirol, une œuvre clinique, thérapeutique et institutionnelle, Levallois-Perret : Interligne, 2001. 202 p. Henri Baruk, « L'œuvre d'Esquirol et la régression actuelle », in: Histoire des sciences médicales, 1988, 22 (2), pp. 155-158, Texte intégral. Alfred Binet , Simon Th., « Folie avec conscience », in: L'année psychologique, 1909 vol. 16. pp. 123-163. doi : 10.3406/psy.1909.3790 Texte intégral. Michel Caire, « Esquirol en 1805: titres, travaux, services rendus », in: Histoire des sciences médicales, 1997, 31 (1), pp. 45-52, Texte intégral. Michel Craplet, « L'architecture dans les textes d'Esquirol » , in: Histoire des sciences médicales, 1991, 25 (1), pp. 73-77, Texte intégral. Idelette De Bures, « À propos de la loi sur les aliénés du », Histoire des sciences médicales, 2006, 40 (3), pp. 301-304, Texte intégral. Jean-Pierre Falret: « Discours prononcé sur la tombe d'Esquirol le », in: Des maladies mentales et des asiles d'aliénés, Baillière (Paris), 1864. . Texte intégral. « Observations sur le projet de loi relatif aux aliénés »in: Des maladies mentales et des asiles d'aliénés, Baillière (Paris), 1864. . Texte intégral. Danielle Gourevitch, « Une campagne contre la loi de 1838 régissant le statut des aliénés. Hector Malot, Léopold Turck, Théophile Huc, un romancier, un médecin, un juriste », Histoire des sciences médicales, 2014, 48 (2), pp. 251-260. Michel Gourevitch,, « Vitalité de la loi de 1838 »,Histoire des sciences médicales, 1988, 22 (2), pp. 175-180, Texte intégral. Michel Gourévitch, « Obsession-impulsion infanticide », in: Histoire des sciences médicales, 2006, 40 (3), pp. 293-296, [ Texte intégral].. Jean-Yves Guiroy, « Quand Esquirol écrivait au sous-préfet de Foix “Hautes Pyrénées” », in: Histoire des sciences médicales, 2006, 40 (3), pp. 297-300,Texte intégral. L. Hahn, « Esquirol (Jean-Étienne-Dominique) », in: Amédée Dechambre , Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, (Première série : A-E), t. XXXVI (ESP-EYS), Éd. Asselin et Houzeau et G. Masson, Paris, 1888, Texte intégral. Rafael Huertas, "Between doctrine and clinical practice: nosography and semiology in the work of Jean-Etienne-Dominique Esquirol (1772—1840)", History of Psychiatry, 19,2 (2008), 123-140 Pierre Lefebvre, « Le traité des maladies mentales d'Esquirol: cent cinquante ans après », in: Histoire des sciences médicales, 1988, 22 (2), pp. 169-174, Texte intégral. François Ledermann, « La psychiatrie française et les médicaments : Pomme, Pinel, Esquirol, Morel », in: Revue d'histoire de la pharmacie, , N. 254, 1982. pp. 189-206. doi : 10.3406/pharm.1982.2614 Texte intégral. Georgette Legée, « Jean-Étienne-Dominique Esquirol (1772-1840). La personnalité d'un élève de Philippe Pinel », in: Histoire des sciences médicales, 1988, 22 (2), pp. 159-168, Texte intégral. Postel J., Postel, M., « Esquirol et la monomanie homicide », in: Histoire des sciences médicales, 1988, 22 (2), pp. 181-186 Texte intégral. Régis Pouget: « Jean Étienne Dominique Esquirol (1772-1840) et la loi du . Un précurseur de génie », in Bulletin de l'académie des sciences et lettres de Montpellier, n°38, pp. 121-133, Article intégral en ligne. S., « Jean-Étienne Dominique Esquirol », in: Dictionnaire des sciences médicales'', Tome 4, p. 58-9, Texte intégral. .
Articles connexes Philippe Pinel Loi portant réforme du droit des incapables majeurs Histoire des troubles mentaux
Liens externes
Jean-Étienne Esquirol et « Esquirol en 1805. Titres, travaux, services rendus » dans le site personnel Histoire de la psychiatrie en France. Jean-Étienne Esquirol dans la Banque d'images et de portraits de la Biu Santé. Œuvres et manuscrits numérisés de Jean-Étienne Esquirol dans le site Europeana.
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