L'allée de la Victoire (Siegesallee) était une artère berlinoise prestigieuse, disparue peu après la Seconde Guerre mondiale. Conçue et financée par le Kaiser Guillaume II comme allée d'agrément du Großer Tiergarten, elle voit sa construction s'échelonner entre 1895 et 1901.
Trente-deux monuments de marbre, regroupant une centaine de statues, présentaient sur les côtés de l'allée les margraves, princes-électeurs et rois de Brandebourg et de Prusse ayant régné de 1157 à 1888.
Cette allée de 750 mètres de longueur commençait à la place dénommée jusqu'en 1948 Königsplatz (« place royale »), aujourd'hui place de la République, au centre de laquelle se trouvait avant 1938 la Siegessäule (« colonne de la victoire ») . Cette allée se terminait à la Kemperplatz, où se trouvait la .
Historique
C'était auparavant une simple et longue allée du Tiergarten, ouverte en 1873, immédiatement avant l'inauguration de la Siegessäule. Devenue une avenue de prestige visant à glorifier le présent de l'Empire allemand et le passé de la maison Hohenzollern, elle n'échappe pas aux moqueries des Berlinois de l'époque qui la surnomment alors l' (Puppenallee).
Guillaume II avait en effet décidé d'offrir pour ses trente-six ans, en marque de reconnaissance, cent statues de marbre à la ville de Berlin. Son épouse l'impératrice Augusta s'opposa à ce projet, mais l'empereur tint bon. Il déclara dans son discours du que les coûts seraient pris sur sa cassette personnelle. Les monuments qui témoignent du goût de l'époque et du KaiserIl est surnommé par le petit peuple berlinois Denkmalwilly, « Guillaume-monument ». pour l'historicisme, sont issus de l'atelier du sculpteur Reinhold Begas, d'après les projets architecturaux de .
Chaque monument est aménagé de la même manière : une statue centrale en pied (ou un groupe) de 2,75 m de hauteur en moyenne est posée sur un socle et entourée sur les côtés et l'arrière d'un banc semi-circulaire ; le buste d'une personnalité ayant joué un rôle éminent à l'époque du règne du personnage principal orne le milieu de la courbe de chaque côté.
Ce sont au départ trente-deux monuments qui sont ainsi mis en place, puis deux monuments supplémentaires sont ajoutés en 1903, d'après le projet d'Ernst von Ihne. Pour finir, le sculpteur Adolf Brütt place en 1904 la statue du roi Guillaume de Prusse, futur empereur, revêtu de l'uniforme qu'il portait pendant la guerre franco-prussienne.
L'allée est inaugurée le . Son coût est estimé à 1,6 million de marksHors coûts d'infrastructure et de maintenance.
Illustrations
Statues de 1 à 14
Le premier monument qui est le plus au nord représente Albert l'Ours, entouré des évêques Wigger de Brandebourg et saint Othon de Bamberg. Le deuxième monument représente Othon de Brandebourg entouré du prince (qui prit le baptême sous le nom d'Henri) et de Sibold, premier abbé cistercien de l'abbaye de Lehnin, fondée par Othon . Un bas-relief sur le socle représente l'abbaye de Lehnin (sculptures de Max Unger). Le troisième monument inauguré en 1898 représente Othon II de Brandebourg sculpté par Joseph Uphues, le quatrième Albert II par , le cinquième Jean et Othon III avec une charte dépliée, par Max Baumbach.
Le sixième monument, inauguré le , est l'œuvre de qui figure le corégent Jean II flanqué à gauche du comte Günther de Lindow et à droite de Conrad de Belitz, bourgmestre de Berlin. Othon IV (1238-1308) est commémoré par le septième monument, avec le chevalier Johann von Kröcher à gauche et le conseiller Johann von Buch, sculptés par Karl Begas et dévoilés le .
Reinhold Begas est l'auteur du huitième monument inauguré le qui honore la mémoire de Waldemar le Grand (1280-1319) entouré à gauche du grand-maître de l'ordre Teutonique Siegfried von Feuchtwangen et à droite du ménestrel Heinrich Frauenlob. August Kraus est chargé du neuvième monument consacré à Henri II l'Enfant (1308-1320), flanqué à gauche du duc Warcislas de Poméranie et à gauche du chevalier Wedigo von Plotho; il est inauguré le . Le buste du chevalier a été sculpté d'après la figure du peintre et photographe Heinrich Zille, tandis que Kraus s'est inspiré du jeune Paul Bazelaire pour le personnage d'Henri II. Le dixième monument est l'œuvre d'Ernst Herter qui reçoit la commande de Louis (1315-1361), entouré à gauche de Johann von Buch le Jeune et à droite du burgrave de Nuremberg, Jean II. Louis le Romain (1328-1365) est le personnage principal du onzième monument avec le chevalier Hasso le Rouge de Wedel à droite et Friedrich von Lochen à droite. Ce monument est sculpté par le dont la famille est proche de Guillaume II et inauguré le . Il a été détruit pendant la bataille de Berlin.
Le douzième monument représente Othon V le Paresseux (1346-1379), qu'un caricaturiste a représenté couché, après l'inauguration le . Il est sculpté par Adolf Brütt. Celui-ci a représenté à sa gauche le patricien et juriste berlinois Thilo von Brügge et à sa droite le bourgmestre de Berlin, Thilo von Wardenberg. Le treizième monument, sculpté par Ludwig Cauer, figure l'empereur Charles IV (1316-1378). Son conseiller, l'archevêque de Magdebourg Dietrich von Portitz, se trouve à sa gauche et Claus von Bismarck, ancêtre de la célèbre famille, capitaine de l'archevêque et chambellan à la cour du margrave, à sa droite. Le monument a été inauguré le . Le groupe suivant représente encore un empereur germanique, Sigismond de Luxembourg (1368-1437) coiffé d'un casque surmonté de l'aigle impériale et tenant une épée, avec à gauche son fidèle Lippold de Bredow et à droite le bourgmestre de Berlin, Bernd Rynke. Eugen Börmel est l'auteur de ce quatorzième monument inauguré le .
Illustrations
Statues de 15 à 25
Le monument n°15 représente Frédéric de Brandebourg (1371-1440) qui est décrit plus haut. Le monument représente Frédéric II de Brandebourg (1413-1471) qui acheta aux chevaliers teutoniques la province de la Nouvelle Marche du Brandebourg. Son chancelier, l'évêque , est à droite et à gauche le bourgmestre de Berlin, Wilke Blankenfelde. Le groupe a été sculpté par Alexander Calandrelli et inauguré le . Le monument n°17, inauguré le , est l'œuvre d'Otto Lessing qui représente Albert-Achille de Brandebourg (1414-1486) qui apporta la Poméranie aux Hohenzollern. Il est entouré à gauche de Werner von der Schulenburg et à droite de Ludwig von Eyb, son camérier. Le monument n°18 montre Jean-Cicéron de Brandebourg (1455-1499) qui fit de Berlin la capitale des Hohenzollern. C'est l'œuvre d'Albert Manthe qui l'a flanqué à gauche d'Eitewolf vom Stein, conseiller à la cour, humaniste et membre de la , et à droite du maréchal Busso von Alvensleben. Le monument a été inauguré le . Le monument n°19 est consacré à Joachim-Nestor de Brandebourg (1484-1535) dont le costume a été inspiré au sculpteur Johannes Götz du portrait du margrave par Cranach l'Ancien. Götz a sculpté le buste du frère de Jean-Nestor, le cardinal Albert de Brandebourg, à gauche, et à droite, l'évêque de Lebus, . Le monument a été dévoilé au public le .
Le monument inauguré le représente l'électeur Joachim-Hector de Brandebourg (1505-1571) qui adopta personnellement la religion luthérienne en 1555, alors que le Brandebourg l'avait adoptée en 1539. Il est entouré à gauche de Georges de Brandebourg-Ansbach et à droite de qui introduisit la Réforme au Brandebourg. Ce monument est l'œuvre d'Harro Magnussen.
Un médaillon de bronze au milieu du banc figure Martin Luther avec l'inscription Martin WolffIl reçoit pour ce monument la croix de l'Ordre de la Couronne de IVe classe est l'auteur du monument , inauguré le C'est le dernier des trente-deux monuments à être inauguré, représentant l'électeur Jean-Georges de Brandebourg (1525-1598), dit , avec à gauche le comte Roch de Lynar, bâtisseur de la citadelle de Spandau, et à droite son chancelier . Le monument n°22 met en scène l'électeur Joachim-Frédéric de Brandebourg (1546-1608), régent du duché de Prusse, avec à droite son président du conseil secret, le et à droite son chancelier , le tout ayant été sculpté par . L'inauguration a lieu le .
Le monument , inauguré le , représente Jean-Sigismond de Brandebourg (1572-1619) qui fit adopter le calvinisme aux Hohenzollern, au lieu du luthéranisme. On trouve à gauche le grand burgrave Fabien de Dohna et à droite le conseiller secret, Thomas von dem Knesebeck, tous sculptés par .
Cuno von Uechtritz-Steinkirch crée le monument , inauguré le , qui représente Georges-Guillaume de Brandebourg (1595-1640), duc de Prusse, qui combattit pendant la Guerre de Trente Ans. Le buste de se trouve à gauche et celui du chancelier de Georges-Guillaume, le comte Adam von Schwartzenberg, à droite.
Le monument inauguré le , représente le grand-électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg (1620-1688) qui restaura la puissance des Hohenzollern après les ravages de la Guerre de Trente Ans. Il est flanqué à gauche de son grand maréchal, Georg von Derfflinger, et à droite du , son conseiller. Le groupe a été sculpté par Fritz Schaper.
Illustrations
Statues de 26 à 34
Le monument n°26, inauguré le , est consacré à Frédéric , roi en Prusse (1657-1713), sculpté par Gustav Eberlein, avec à gauche le sculpteur Andreas Schlüter et à droite le baron .
Rudolf Siemering est l'auteur du monument n°27, inauguré le , qui met en scène le Frédéric-Guillaume (1688-1740) avec à gauche son maréchal de camp, Léopold d'Anhalt-Dessau, et à droite son ministre des Affaires étrangères, Heinrich Rüdiger von Ilgen.
Le monument n°28, inauguré le , est l'œuvre de Joseph Uphues. On y voit le roi Frédéric le Grand (1712-1786) appuyé sur sa canne et entouré à gauche du maréchal de Schwerin et à droite de Jean-Sébastien Bach.
Le monument n°29 représente le roi Frédéric-Guillaume II de Prusse (1744-1797), flanqué à gauche de son grand chancelier, le comte von Carmer, et à droite d'Emmanuel Kant, le philosophe. L'auteur du monument, inauguré le , est Adolf Brütt.
Le monument n°30 est l'œuvre de Gustav Eberlein qui a figuré le roi Frédéric-Guillaume III (1770-1840) entouré du vainqueur des armées napoléoniennes, le maréchal von Blücher, prince de Wahlstatt, à gauche, et à droite du baron de Stein, le réformateur prussien.
Le monument n°31 représente le roi Frédéric-Guillaume IV.
Il a une allure peu martiale malgré son uniforme et il est entouré à gauche du géographe et explorateur Alexandre de Humboldt et à droite du sculpteur Christian Daniel Rauch. Ce monument, œuvre de Karl Begas, est dévoilé au public le .
Le dernier monument, le n°32, est l'œuvre de Reinhold Begas qui a figuré le roi de Prusse et vainqueur des Français Guillaume (1797-1888) devenu empereur allemand. Le buste du général von Moltke se trouve à gauche et celui du chancelier, le prince von Bismarck, à droite. Le monument est inauguré le .
C'est en principe le dernier monument que le Kaiser Guillaume II doit offrir au peuple berlinois ; mais, le — jour anniversaire de l'empereur défunt — deux statues, qui devaient se trouver sur la place devant la porte de Brandebourg et qui représentent les parents du Kaiser, l'empereur Frédéric III et l'impératrice Frédéric, née princesse royale d'Angleterre, sont placées elles aussi à l'allée de la Victoire.
Celle de Frédéric III est aménagée alors comme les autres, mais sans banc semi-circulaire, avec juste deux bancs de côté, le tout en marbre de Laas (Tyrol du Sud) et deux bustes: celui à gauche du maréchal-comte von Blumenthal et celui à droite d'Hermann von Helmholtz. L'architecte Ernst von Ihne est l'auteur (avec Albert Wassermann) du dessin, et Adolf Brütt sculpte les personnages avec ses élèves.
Le monument de l'impératrice Frédéric, morte le , est sculpté par , sur un projet d'Ihne. C'est la seule figure féminine qui bénéficie d'un monument à part entière. Elle est flanquée à gauche du philosophe Eduard Zeller et à droite du chimiste August Wilhelm von Hofmann.
Illustrations
Destruction de l'allée