Le couvent des Ursulines de Liège était situé en Hors-Château, au pied des escaliers de la Montagne de Bueren. Appelées par leur fondateur, Étienne Strecheus, suffragant, en provenance de Bordeaux, pour répondre au progrès du protestantisme à Liège, les Sœurs ursulines de Liège vont instruire les jeunes filles liégeoises dans leur couvent en Hors-Château pendant près de trois siècles. Durement affectées par la Révolution française, elles ne sont plus que deux en 1813 quand elles seront enfin pensionnées. Elles meurent en 1817. Les bâtiments du couvent subiront alors les aléas des reconversions. La chapelle est démolie en 1937 après avoir servi au culte protestant.

C'est actuellement un ensemble de bâtiments occupé par le privé et rénové depuis 1996 par Vincent de Lange.

Situation Sur une surface de , l'impasse des Ursulines donnant sur la rue Hors-Château au pied de la Montagne de Bueren qui a divisé, au , le domaine primitif dans un ensemble plus vaste : les coteaux de la citadelle. Les jardins et vignobles s'étendant sur les coteaux jusqu'au sommet de la colline au lieu-dit Au Péri.

Historique Étienne Strecheus, fondateur C'est l'évêque suffragant de Liège, évêque de DionysieCertains évêques suffragants de la Principauté de Liège ont été évêques de Dionysie, ancien nom de l'île de Naxos : Henri Sylvius jusqu'en 1578, Étienne Strecheus de 1615-1628, Jean-Antoine Blavier de 1654 à 1699, Étienne StrecheusHistoire ecclésiastique d'Allemagne, t.1, 1724, : Étienne Strecheus, liégeois, ci-devant Pasteur de la Paroisse de St. Michel à Liège, ensuite Président du Séminaire Épiscopal & Chanoine de St. Pierre à Liège puis Évêque de Dionysie., chanoine de la cathédrale de Liège et prévôt de collégiale Saint-JeanJ. Lartigue, A. Le Catte Givet. Recherches historiques, 12 pp., 1868, , note 2: vide Bouille, Ch. WilmetÉtienne Strecheus, Liège 1580-1628, ou Stéphanus Strecheus, évêque de Dionysie (ancien nom de l'île de Naxos) et suffragant de Liège de 1615 à 1628,Biographie Nationale, t. 24, col. 169-170 — Le Grand Séminaire, , qui, avant de décéder, a fondé deux autres communautés d'Ursulines, l'une à Givet en 1622, l'autre à Dinant en 1627, in Daris, 1887, ibidem, , qui en constatant les progrès considérables du protestantisme, Liège étant aux frontières de la Réforme, croyant mieux la combattre en développant des institutions, qui établit les Ursulines à Liège en 1614Jean-Baptiste Christyn, Les délices des Païs-Bas, L'évêché et la Principauté de Liège, t.4, et ss., , Ed. Bassompierre Liège, 1769, précise la date de 1622 pour la fondation du couvent par Strecheus. Il n'existait pas d'instruction spéciale pour les filles. L'évêque eut l'idée d'établir cet enseignement, afin de former des bonnes mères de famille. Onze des seize communautés religieuses sont alors consacrées à l'enseignementM.E. Henneau, Missionnaires aux frontières du protestantisme , in Femme, mystique et missionnaire, Centre inter-universitaire d'études québécoises, Université de Laval, 2001, . Le suffragant avait appris les succès obtenus ailleurs par les Ursulines et notamment à Bordeaux. Il réussit donc à installer une communauté d'Ursulines séculières, c'est-à-dire sans vœux comme celles d'Italie. Il mit à leur tête la demoiselle Anne Marot Anne Marot dirigea la communauté jusqu'à son décès en 1617 et fut enterrée dans le cloître de la cathédrale Saint-Lambert. Le nonce de Cologne, Antoine AlbergatiJoseph Daris, Notices historiques sur les églises du diocèse de Liège, Liège, 1887, , approuve leur institut en 1614. Elles s'installent en 1618 dans une maison de la paroisse Sainte-Aldegonde, près du pont du Torrent, proche de la collégiale Saint-DenisJ. Daris, Histoire de la Principauté de Liège, Le diocèse de Liège sous Ferdinand de Bavière, XI, , 1877. Elles obtinrent l'approbation du prince-évêque Ferdinand de Bavière le Puisqu'en une ville su ample, il n'y a pas d'escolles formelles, si ce n'est depuis peu auprès des dévôtes filles anglaises, les quelles, outre leur langage estrangère et demeure dans une extrémité de la ville ne sont seules suffisantes pour y enseigner, les jours ouvriers, les filles déjà grandelettes, in Archive de l'évêché de Liège: Documenta leodiensia, rayon 3, 24, f° 80-81. Strecheus, ayant appris de Gérard de la Carrière, recteur des Jésuites de Bordeaux que la congrégation de Sainte-Ursule y avait été érigée en ordre religieux sous la règle de saint Augustin par Paul V le , se résolut à solliciter la même faveur pour les Ursulines de Liège et leur donna la même constitution que leurs compagnes de BordeauxJ. Daris, 1877 , ibidem, . Toutefois plusieurs gardèrent leur ancien statut tout en gardant pour certaines la possibilité de rester séculièreIl y a deux sortes de compagnies d'Ursulines, savoir les unes religieuses, les autres séculières, comme de faict l'une et l'autre se trouvent à Liège; celles-là érigée de l'autorité de l'Ordinaire en l'an 1619, celles-ci par le en 1614, in: Abrégé de la vie de la Bienheureuse Ange de Bresse, publié par la Communauté des religieuses Ursulines, Liège, 1626, in 12. — vide dans la réédition de 1768.

Installation en Hors-Château Elles vont se fixer au Pont-de-Torrent derrière Saint-Denis. En 1619, elles vont demeurer en Souverain-Pont Au-Lombar, et fort à l'étroit dans ce bâtiment c'est en 1627, en Hors-Château, qu'elles acquièrent un bâtiment de la fin du La maison avait été construite en 1596 ; de là, la pierre armoriée avec ce millésime qui se trouvait à droite sur la façade du bâtiment de la cour., la maison GhyssensLe 11 mars 1627, les Ursulines acquéraient en Hors-Château la propriété de Gérard Ghyssens, marchand bourgeois, comprenant maison, brasserie, jardin et vignoble, avec les droits qu'il avait sur les charbons et les pierres à extraire du sol. La cession se faisant moyennant diverses rentes. Le bâtiment, est de style mosan], en brique et calcaire. Sa disposition est en U. À droite la façade, datée dans un écu de 1661Une description avant rénovation est donnée dans Le Patrimoine monumental de la Belgique, t. 3montagne de Bueren, , Caserne des Pompiers, 1974, Soledi.

Contestation des Carmes Les Carmes déchaussés, qui avaient leur couvent joindant, n'apprécièrent pas cette installation et demandèrent au chapitre de leur indiquer une autre résidence. Après examen de l'affaire, le chapitre pria le prince-évêque de ne plus permettre l'installation de nouveau couvent sans son autorisationJ. Daris, Histoire de la Principauté de Liège, t.1, . Les Ursulines s'installèrent mais ne commencèrent pas de travaux. Et ce n'est qu'en 1633, qu'elles parvinrent à conclure avec les Carmes une convention destinée à apaiser le différendLe bâtiment à construire n'aurait point de jour du côté des Carmes, sauf par le toit, pas plus que du côté des Carmes, et les Ursulines s'engageaient à construire un mur à la partie limitrophe de leurs biens, du pied de la montagne jusqu'au sommet d'icelle, AEL, Ursulines, 1649, v°.

Regroupement définitif en Hors-Château En 1634, les Ursulines firent pratiquer des bômesBôme: abri souterrain dans leurs jardins en terrassesArchive de Richonfontaine, vide Th. Gobert, t. 11, , note 118. Quelques-unes restèrent dans un bâtiment rue Sur-la-FontaineAchat à G Gerschovent pour 9000 florins; AEL, Ursulines, reg. 1631-1635, f. 348, & Acte du 30 novembre 1635, disposant du suffragant successeur de Strecheus, du vicaire général et du Prince-évêque lui-même, ayant subordonné son acceptation à celle du chapitre. Chapitre de Saint-Lambert qui le , leur oppose un refus et leur enjoint de regagner leur couvent. Après s'être installées dans un bâtiment de BeauregardAchat à Herman Leroy le 25 mai 1640, rue faubourg Saint-Gilles, mais après deux ans, sur le conseil du chanoine tréfoncier, leur directeur, et à la demande des autres religieuses, elles se réunissent toutes en Hors-ChâteauJ. Daris, Histoire du Diocèse de Liège, t.1, .

Agrandissement du couvent Dès 1638le 24 avril, les Ursulines achètent florins de Brabant et le paiement d'une rente de 300 florins à liquider sur un capital de florins, maison, brassine et jardin à l'enseigne du Fer à Cheval, à Jean Hardy, Commissaire de la Cité, les Ursulines agrandissent leurs locaux en achetant un bâtiment contigu à l'enseigne du Fer à Cheval, et en six ansle 6 septembre 1640, maison, édifices, vignobles, jardins qui furent à Gabriel Bresmal en la rue du Fer à Cheval, à Catherine Beckers; le 30 juillet 1644, l'immeuble de Colard Voes; le 26 mai 1646, la maison de Jean de Magnée, d'autres bâtiments qui vont leur permettre d'agrandir leur petit domaine jusqu'au Péri, petit quartier qui coiffe le sommet de la colline. Le domaine approche un hectare.

Érection de la chapelle Après avoir bâti et agrandi leur couvent, elle entreprennent de construire une chapelle définitive. En 1660, un commissaire de la Cité, Honlet, dont la fille avait pris le voile chez les Ursulines, en finança largement la construction, et elle est bientôt consacrée par le suffragant J.A. BlavierManuscrit 993, f. 387, Bibliothèque de l'Université de LiègeTh. Gobert signale une pierre qui précise l'érection du bâtiment en 1661, dans le bâtiment parallèle à la cour, in Liège à travers les âges, les rues de Liège, t.11, , note 126, Édition de 1975. Le bâtiment était situé juste au coin de la Montagne de Bueren et Hors-Château. Renier, père de Gérard de Lairesse, exécutera le retable de l'autel majeur de la chapelle représentant le Martyre de sainte UrsuleJ. Daris, Histoire du Diocèse, t. 1, . Deux autres tableaux seront peints par son fils, Gérard de Lairesse, La Conversion où il s'est représenté avec un bonnet à la turqueManuscrit 1165 de la Bibliothèque de l'Université de Liège et Le Baptême de saint Augustin viennent achever la décoration. La chapelle est cédée en 1819 au consistoire du culte protestant. Vétuste, elle est démolie en 1925, et est remplacée par le temple protestant de Liège-Marcellis, quai Marcellis.

Plainte de la Cité Les Grignoux, opposants du prince et des couvents, dirigeaient alors le Conseil de la Cité, et exigèrent que l'installation soit subordonnée à l'autorisation du syndic, les religieuses alliant à l'instruction intellectuelle, le travail manuel tel que couture, broderies et dentelles considéré comme trafique d'ouvrages et manufactures dépendante de plusieurs des trente-deux bons mestiers de la Cité sans en estre. Ils présentaient d'autres griefs encore – comme prétendre que les dots des aspirantes exigées étaient trop élevées – qu'ils firent transmettre par le syndic. Les religieuses répondirent qu'elles ignoraient qu'une autorisation fut requise, signalèrent l'utilité de leur institut qui est d'instruire, enseigner et dresser les filles et enfans en la vertu des bonnes lettres sans aucun salaire ou récompense.

Règlement de la Cité