Le Hohentwiel est un volcan éteint d'Allemagne situé dans les environs du lac de Constance, dans l'Hegau. Emblème de la ville de Singen, ce sommet de d'altitude présente à son sommet les ruines de son ancien château fort.

Toponymie Le château de Hohentwiel est évoqué pour la première fois dans la chronique d’Ekkehard IV de l’abbaye de Saint-Gall, entre 980 et 1060, comme le , assiégé en 915. Le radical twiel était autrefois rattaché à une étymologie celte mais les connaissances linguistiques actuelles permettent de reconnaître à la position de l'accent tonique une origine alémanique. Le nom pourrait ainsi remonter à la racine indo-européenne tú ou tuo signifiant « bosse ». Cette hypothèse n'est cependant pas universellement reçue Casimir Bumiller, Hohentwiel: Die Geschichte einer Burg zwischen Festungsalltag und großer Politik, éd. Stadler, Constance, 1997, pp. 16 et suiv.. Entre le Moyen Âge tardif et l'Époque moderne est apparu le toponyme (à côté des anciens tuiel ou twiel). Ce toponyme est attesté pour la première fois en 1521 Roland Kessinger, « Schwäbische Herzogsresidenz – Der frühe Twiel », In Hohentwiel Buch, p. 19.

Géographie Situation, topographie thumb|left|Le lac de Constance, le Hohentwiel et le Hohenstoffeln.

Le Hohentwiel est situé dans le sud de l'Allemagne et il est l'un des volcans du Hegau Johannes Baier, Armin Scherzinger, « Der Phonolithdom Hohentwiel im Hegau », Aufschluss, vol. 75, , 2024, pages 253–262., dans le sud du Bade-Wurtemberg Johannes Baier, Armin Scherzinger, « Das Vulkanfeld im Hegau », Aufschluss, vol. 72, , 2021, pages 58–69. Johannes Baier, Armin Scherzinger, « Geohistorische Bemerkungen zum Vulkanfeld im Hegau », Jh. Ges. Naturkde, Württemberg, vol. 180, 2024, pages 277–301.. Il se trouve dans le district de Fribourg-en-Brisgau et l'arrondissement de Constance. Il se dresse au nord-ouest de Singen et se trouve en grande partie sur le territoire de cette commune, le reste se trouvant sur celle de Hilzingen distante de trois kilomètres. À cinq kilomètres nord et à six kilomètres au nord-ouest, les autres volcans éteints de la chaîne que sont le Hohenkrähen, le Mägdeberg et le Hohenstoffeln sont visibles ; le lac de Constance s'étend à une dizaine de kilomètres au sud-est.

Les versants du Hohentwiel sont partout abrupts et entièrement boisés. Au pied du versant est, le relief se poursuit en pente douce tandis qu'à l'est, la falaise surplombe de la vallée de la Radolfzeller Aach qui s'écoule sur son versant oriental. La végétation est dominée par les plantes de prairie sèche et la forêt. Au milieu des blocs de pierre et des murailles en ruine peut être rencontrée par exemple une espèce de sauterelle rare, le criquet italien.

Au Hohentwiel se trouve le plus haut vignoble d'Allemagne avec d'altitude et deux exploitations occupent l'adret. Depuis 1988, le versant nord du Hohentwiel est traversé sur de long par un tunnel de la BAB 81, qui fut pendant quelques années le plus long tunnel du Bade-Wurtemberg.

Géologie thumb|left|Coupe géologique sur de profondeur.

Du point de vue géologique, le Hohentwiel appartient à un massif homogène qui englobe tout à la fois le Hegau et la partie occidentale du lac de Constance. Les strates environnantes résultent de dépôts de sédiments. C'est la surrection alpine qui est à l'origine de l'activité volcanique de la région ; l', cheminée volcanique de tuf, en est un des vestiges. Les phonolithes du versant oriental attestent eux aussi de cette période éruptive.

La sédimentation post-Jurassique thumb|upright|Histoire du volcan au Miocène. thumb|upright|Érosion des phonolithes : vestiges détritiques sur le versant est.

Il y a 200 millions d'années, au Jurassique, les marches de l’Europe centrale, submergées, formaient un plateau sous-marin de l’océan primitif Téthys. C'est alors que se forma, par sédimentation, le Jura souabe. Avec la surrection alpine survenue au début du Paléogène, il y a 65 millions d'années, le plateau émergea peu à peu. Ce mouvement est en partie une conséquence de la collision des plaques africaine et eurasienne. En réaction à ce mouvement de compression, la région prise en étau entre les Alpes et le Jura souabe s'effondra, et avec elle tout le Hegau. Simultanément, un processus érosif s’amorçait, qui arasa la surface émergée. Les produits de l'érosion se redéposèrent sous l’eau alentour, formant un dépôt de molasse sur les fonds marins, similaire à une molasse lacustre ; à l'estuaire des vallées tracées sur les terres émergées, il se déposait au contraire une molasse d'eau douce. C'est ainsi qu'un dépôt hétérogène de molasse de d'épaisseur s'accumula à cet endroit.

Les volcans du Miocène Par suite du plissement alpin et de la formation du Jura souabe, le Hegau subit d'intenses compressions engendrant des failles en profondeur. Le retrait des mers au Miocène, il y a 15 millions d'années, favorisa le volcanisme tectonique qui, chose inhabituelle, se manifesta, non à la jonction des deux plaques, mais à l'intérieur de la plaque continentale eurasienne : le Hegau se trouve, en effet, à la croisée de deux failles ; l'une, courant du nord-ouest au sud-est, dite faille de Bonndorf-Hegau et l'autre entre le Höwenegg et le village de Riedheim. C'est ainsi que prirent naissance, il y a douze ou treize millions d'années, les volcans du Hegau. Cette période de volcanisme comporte deux phases ; au cours des trois premiers millions d'années, les cheminées débouchèrent en surface. L'un de ces volcans, appelé par les géologues allemands Ur-Hohentwiel, déposa au cours de son éruption un dôme de tuf, dominant le paysage alentour de 100 à . Au cours du temps, l’érosion et l’interruption du volcanisme entraînèrent une diminution de l'épaisseur. Il y a huit millions d'années, au Tortonien, s'amorça une seconde phase d'éruptions, mais cette fois les cheminées magmatiques ne débouchèrent pas en surface, mais s'épanchèrent en roche filonienne dans les bancs de molasse. Les géologues supposent que ce phénomène est dû à une concentration du magma, augmentant sa teneur en silice et le rendant plus dense et visqueux. C'est ainsi que se serait formé un couvercle de lave, à l'origine d'une couche de tuf de d'épaisseur recouvrant l'ancien volcan Albert Schreiner, Hegau und westlicher Bodensee, p. 20 ff Dirk Peters, « Vom Ur-Hohentwiel zum Klingstein-Pfropfen », in Hohentwiel Buch, pp. 10 et suiv..

Les glaciations du Quaternaire Le dernier épisode marquant pour l'histoire de la région survient au Quaternaire avec les quatre glaciations successives (Günz, Mindel, de Riss et de Würm). Les glaciers alpins laissent des cicatrices sur les terrains qu'ils recouvrent, et les tufs de couverture de la cheminée de l’Hohentwiel sont entraînés et déplacés. Enfin, lors de la glaciation de Würm il y a ans, le glacier rhénan pousse de nouveau vers le nord. Le lobe glaciaire du lac de Constance, appartenant au glacier rhénan de la période de Riss, entraîne les couches de molasse et de tuf pour les redéposer autour du sommet du Hohentwiel, si bien que le sommet se confond alors avec la surface du sol. Aujourd'hui les tufs des versants nord et est ont été décapés et le neck, dénudé, surplombe de la vallée. Le tuf n'a donc subsisté que sur le versant ouest : l'épaisseur de glace étant insuffisante, la cheminée volcanique a fait écran à la poussée du glacier.

Structure lithologique et roches À de profondeur sous le Hohentwiel s'étendent les strates du Dogger, étirées en direction du sud-ouest et parallèles à la formation de Malm. Une centaine de mètres au-dessus, on trouve les couches du Kimmeridgien et du Tithonien. Ces couches épaisses de sont recouvertes par les deux dépôts successifs de molasse d'eau douce : d'abord une couche de d’épaisseur faite de matériaux détritiques du Jurassique, puis, la recouvrant, un faciès alluvial de molasse d'eau douce, présentant une épaisseur de Albert Schreiner, Hegau und westlicher Bodensee, planche 1. Viennent ensuite une mince couche de molasse saumâtre et au-dessus la molasse marine.

À l'est du volcan, la molasse marine est recouverte de brèches du Jurassique récent, sur lesquelles repose une couche de débris de phonolithes érodés ; à l'ouest, le tuf de couverture constitue d'abord un dépôt profond et, plus loin à l'ouest, la molasse marine est confinée par les micas et brèches jurassiques du dernier dépôt de molasse d'eau douce. Sur le versant ouest ces dépôts sont recouverts d’une moraine.

Le crypto-dôme du Hohentwiel est fait de phonolithes, roche qui doit son nom au son clair qu'elle rend sous le marteau du géologue. Les principaux composants des phonolithes du Hohentwiel sont la néphéline, la noséane, la leucite, la sanidine et l’augite. Cette dernière roche contient du zircon, de l’apatite et de la titanite. La teneur en acide siliceux des phonolithes atteint 50 à 55 %, et la teneur en uranium, Albert Schreiner, Hegau und westlicher Bodensee, p. 26.

Les tufs constituent aussi bien la roche du neck de l’Ur-Hohentwiel que les pierres détritiques qui parsèment les alentours de la cheminée. Il s'agit essentiellement d'une pierre grise, formée en conglomérat, mais par endroits, ce sont des galets de couleur brun-rouge, sans couches bien distinctes. La teneur en silice de la lave devait être d'environ 35 %. Ces tufs sont faits de cristaux volcaniques, de lapilli et de bombes volcaniques, projections faites à 20 % de granite, de syénite et de diorite du socle, à 15 % calcaire de Malm, surtout du pseudo-marbre et des argilites du Lias (comme celle du Dogger).

Quant à la teneur en minéraux, les lapilli de diamètre inférieur à quatre centimètres contiennent surtout de la biotite, de l’hornblende, de la montmorillonite, de la calcite, de la magnétite et des pyroxènes. Cette composition est identique à celle des tufs associés. Toutefois, une particularité des tufs du Hohentwiel sont les tubercules d’opaleAlbert Schreiner, Hegau und westlicher Bodensee, pp. 20 et suiv..

Écosystème thumb|La réserve naturelle du Hohentwiel. Le principal bouleversement dans le paysage remonte à 1890, avec la plantation de arbres car, depuis le Moyen Âge, le volcan était dénudé. En 1923, de forêt sur le versant le plus raide ont été déclarés forêt domaniale, à cause de l'augmentation de l’abattage sauvage de bois depuis la fin de la Première Guerre mondiale. La première réserve naturelle d'Allemagne a été créée en 1941 autour du Hohentwiel avec une superficie de ; elle a été agrandie à en 2004, et comprend tout le massif entre Singen et Twielfeld, ainsi que de forêt domaniale. La même année, de réserve naturelle de paysage ont été créés pour protéger les ruines, les terrains domaniaux et les espaces verts au pied du volcan. La région fait aussi partie d'une zone Natura 2000, directive de l’Union européenne Neue Hohentwiel Chronik, p. C32f.

Un chemin aménagé, le Vulkanpfad Hohentwiel, permet de faire le tour du volcan ; cet itinéraire didactique circonscrit le Hohentwiel en suivant à peu près la courbe de niveau de d'altitude. Douze tables d'orientation renseignent les promeneurs non seulement sur la flore et la faune, mais aussi sur les particularités géologiques et le vignoble Bezirkstelle für Naturschutz und Landschaftspflege Freiburg, Vulkanpfad Hohentwiel, 2000.

Flore thumb|left|La prairie sèche du Hohentwiel.

Plusieurs espèces de plantes assez rares poussent sur les flancs du Hohentwiel. L'adret favorise plutôt les espèces méditerranéennes, et l'ubac des espèces scandinaves. Les principaux biomes sont la forêt et la prairie sèche.

thumb|Campanules