Alexander Dubček, né le à Uhrovec (Tchécoslovaquie) et mort le à Prague, est un homme politique tchécoslovaque d'origine slovaque, premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque en 1968-1969 et, à ce titre, une figure de proue du Printemps de Prague en 1968. Après la révolution de Velours, il occupe de 1989 à 1992 le poste de président du Parlement fédéral de la République fédérale tchèque et slovaque.

Jeunesse Alexander Dubček naît à UhrovecDans la chaumière où est né en 1815 Ľudovít Štúr, héros national slovaque ., en Slovaquie, après que ses parentsSon père Stefan Dubček est un charpentier slovaque, idéaliste international, qui va chercher à l'âge de 19 ans une vie meilleure aux États-Unis, y épouse Pavlina, une compatriote slovaque marxiste qui le convertit, et en revient avec femme et enfant (son fils Julius), amèrement déçu de n'y avoir pas trouvé la Société égalitariste espérée . ont quitté Chicago (États-Unis) et regagné la Tchécoslovaquie au printemps 1921. Quand Dubček a trois ans, sa famille rejoint une coopérative industrielle Interhelpo espérantiste en République socialiste soviétique kirghize pour aider à édifier le socialisme mais aussi pour échapper au chômage dans une Tchécoslovaquie durement frappée par la crise. Déçu par l'échec de l'expérience communiste en Kirghizie et soucieux de préserver la santé de ses enfants, Stefan déménage à Gorki en 1933. Enfin, pour échapper à la répression aveugle menée par le régime stalinien ces années-là, Stefan et Alexander Dubček rentrent dans leur pays natal en 1938Pavlina était rentrée au pays en 1936 avec Julius malade.. Alexander Dubček s'inscrit au parti communiste (clandestin) slovaque, créé après la formation d'un État slovaque, et qui entre en résistance contre le régime de la République slovaque - satellite de l'Allemagne nazie - dirigé par Jozef Tiso. Dès le mois d', Dubček combat au sein de l'insurrection nationale slovaque et est blessé le , tandis que son frère Július est tué. En , il épouse Anna OndrisovaDe son mariage avec Anna Ondrisova naissent trois enfants : Milan, Pavel et Peter., l'amie de jeunesse qui l'a caché et hébergé après sa blessureAlexander Dubček sera le seul dirigeant communiste est-européen à se marier religieusement..

Carrière politique Ascension vers le pouvoir Le coup de Prague de 1948 consacre la prise de pouvoir par le Parti communiste tchécoslovaque. Le Parti communiste de Slovaquie (KSS) devient la même année la branche slovaque du Parti communiste tchécoslovaque (KSČ). Dubček gravit progressivement les échelons de la Tchécoslovaquie communiste. Secrétaire de la section de Trenčín en 1949, membre du Comité central slovaque à Bratislava de 1951 à 1955, il est élu en 1951 membre de l'Assemblée législative (Parlement fédéral tchécoslovaque), reliquat démocratique de la Constitution de 1948 qui ne servira jusqu'en 1967 que de tampon-encreur au Parti. En 1953, on lui confie le poste de secrétaire régional de la zone de Banska Bystrica, au centre de la Slovaquie. Cette promotion coïncide avec le décès de Staline et du président tchécoslovaque Klement Gottwald en mars de la même année.

Au début de l'année 1955, Dubček est choisi par le secrétariat à Bratislava pour occuper une des places réservées au Parti au sein de l'École supérieure du Parti à Moscou, où il commence des études d'une durée de trois ans en direction, économie et idéologie et d'où il sort en 1958 avec d'excellents résultats.

À son retour, il est aussitôt nommé secrétaire régional de Bratislava, le plus haut poste de « pouvoir local » que le Parti slovaque peut offrir. Au congrès du Parti communiste slovaque en 1958, il est pour la première fois élu au Comité central du Parti communiste tchécoslovaque et, la même année, réélu à un autre Comité central, celui du Parti slovaque. Il cumule ainsi trois fonctions importantes. La première, à temps plein, correspond à peu près aux tâches qu'il avait assumées à Banska Bystrica. Ses deux fonctions au Comité central relèvent d'un tout autre genre d'activité, car désormais il joue à la fois le législateur et l'administrateur.

En , il est élu secrétaire industriel du Comité central du Parti tchécoslovaque, en remplacement de Oldřich Černík. De 1960 à 1968, il est encore une fois membre du Parlement fédéral tchécoslovaque et devient membre du Presidium à partir de 1962.

En 1963, une lutte de pouvoir à la direction de la branche slovaque du Parti, aboutit à l'éviction de Bacílek et Viliam Siroky, alliés conservateurs d'Antonín Novotný, premier secrétaire du KSČ et président de la Tchécoslovaquie. À leur place, une nouvelle génération de communistes slovaques prend le contrôle du Parti et des organes de l'État, menée par Alexander Dubček qui devient premier secrétaire de la branche slovaque du Parti.

Sous la direction de Dubček, la Slovaquie entre dans une période de libéralisation politique. Depuis que Novotný et ses prédécesseurs stalinistes ont dénigré dans les années 1950 les nationalistes slovaques bourgeois, notamment Gustáv Husák et Vladimír Clementis, la branche slovaque du Parti communiste veille à promouvoir l'identité slovaque. Cette promotion s'exprime par des célébrations et des manifestations, par exemple pour les anniversaires de Ľudovít Štúr et Jozef Miloslav Hurban, chantres du renouveau national slovaque au , pour le centenaire de la fondation Matica slovenská en 1963, ou encore le de l'insurrection nationale slovaque. En tant que dirigeant communiste slovaque, Dubček, qui n'a jamais été un fervent nationaliste, se pose en défenseur de la cause slovaque dans les circonstances suivantes : le président et premier secrétaire tchécoslovaque Antonín Novotný, après avoir pris la parole fin au Matica slovenska, haut lieu culturel et scientifique slovaque, encourage son directeur à transférer tous ses dossiers à l'Institut étranger de Prague. Son mépris de la cause slovaque ne peut pas trouver pire expression ; l'affront touche toute la population quand le riche album-cadeau fait à cette occasion à Novotný, est renvoyé dans son emballage à Bratislava. Dubček prend l'insulte à titre personnel et comprend qu'il doit réagir.

À partir du milieu de l'année 1964, Dubček se prononce pour des réformes modérées, courtise les intellectuels, offre aux journalistes une liberté sans précédent. Pour preuve, Juraj Spitzer prend en 1965 la direction de Kultúrny život, revue hebdomadaire de l'Union des écrivains slovaques et, avec l'accord de Dubček, poursuit dans son journal la politique d'indépendance à l'égard de Prague et du Parti, entamée en 1963, et en fait le journal politique le plus iconoclaste et passionnant de toute la Tchécoslovaquie, prônant un socialisme humaniste, dénonçant les erreurs de gestion, rétablissant des faits historiques, etc., dans des articles écrits par des écrivains progressistes ou controversés, slovaques et tchèques mélangés. Même Gustav HusakExclu du parti communiste slovaque, de 1950 à 1963, au motif de « nationaliste slovaque bourgeois ». a voix au chapitre. En conséquence, Kultúrny život devient la première revue slovaque à gagner en notoriété auprès des Tchèques.

Pendant les années 1960, l'économie planifiée est gravement en déclin et le contrôle obligatoire opéré depuis Prague déçoit les communistes locaux tandis que le programme de déstalinisation est une cause supplémentaire d'inquiétude. Dubček autorise en 1965 le Dr Ota Šik à imaginer un nouveau modèle pour relancer l'économie, qui entre en vigueur en , mais qui se révèle au bout de six mois décevant. Au fil de l'année, Dubček rejoint la conviction d'Ota Sik : il ne peut y avoir de véritable réforme économique sans un changement structurel politique du pays, l'économie est politique.

En , nombre de réformateurs, dont Ota Šik et Alexander Dubček, décident d'agir : ils défient le premier secrétaire Antonín Novotný lors d'une réunion du Comité central. Novotný, confronté à la contestation au sein du Comité central, est secrètement invité à Prague par Léonid Brejnev, en , pour qu'il expose son avis. Quand Brejnev arrive à Prague et rencontre les membres du Comité central, il est stupéfait de constater le rejet de Novotný, ce qui l'incite à lui retirer son soutien et ouvre la voie à son éviction. Dubček devient le nouveau premier secrétaire du Parti communiste de Tchécoslovaquie le . La période qui suit la chute de Novotný est nommée Printemps de Prague.

Printemps de Prague

Durant cette période, Dubček et les réformateurs cherchent à libéraliser le régime communiste et à édifier ce qu'il nomme le « socialisme à visage humain », au moins . Bien que ces réformes limitent l'influence du Parti sur le pays, Dubček reste un fervent communiste et manœuvre pour conserver l'autorité du Parti. Les communistes réformateurs et Dubček tentent de capter le soutien populaire en éliminant les pires et les plus répressives des caractéristiques du régime. Ils autorisent une plus grande liberté d'expressionLa pré-censure cesse d'exister à la mi-février mais elle n'est rendue illégale par une résolution de l'Assemblée nationale que le 26 juin 1968, avec 184 voix pour, 30 contre et 17 abstentions. À la mi-mars, la plupart des journaux étaient épuisés dès 7h30 du matin, bien qu'ils aient tous considérablement augmenté leur tirage. Les journaux tchèques ne dépendaient pas d'annonceurs capitalistes intéressés - ils jouissaient d'une liberté bien plus grande - (...) et la meilleure manière de le faire était alors de révéler des scandales sur la responsabilité de Moscou dans les procès des années cinquante, ou encore de raconter que le Kremlin faisait payer plus cher à la Tchécoslovaquie qu'à l'Italie le pétrole soviétique. et tolèrent que des organisations politiques et sociales échappent au contrôle du parti communiste.

Dubček est cependant rapidement débordé par les aspirations de ses concitoyens et notamment de la jeunesse qui, comme en France, réclame une évolution de la société. « Dubček ! Svoboda ! » devient le slogan populaire lors des manifestations étudiantes de cette époque. Pourtant Dubček se met lui-même en situation de plus en plus indéfendable. Le programme de réformes gagne du terrain, menant à des pressions pour une libéralisation et une démocratisation plus poussées. Le , plusieurs journaux de Prague publient le manifeste Les Deux Mille Mots qui soutient Dubček . Il déclare ne pas vouloir embarrasser ni à Alexander Dubček mais sa publication rend la position de ce dernier infiniment plus difficile. Après les « Deux Mille Mots », la presse soviétique et des pays alliés intensifie ses attaques contre la Tchécoslovaquie, établissant des comparaisons lourdes de sens entre la situation en Tchécoslovaquie et celle qui prévalait en Hongrie en 1956.

Au même moment, les communistes conservateurs de Tchécoslovaquie et les dirigeants des autres pays du pacte de VarsovieAprès mars, Dubček est soumis à des pressions de plus en plus vives de la part des partenaires du pacte de Varsovie pour le contraindre à ralentir le train des réformes et à museler la presse. pressent Dubček de leur donner carte blanche pour intervenir. Bien que Dubček désire superviser le programme des réformes, il refuse de le faire en usant de la manière forte.