Le Théâtre du Parvis est à la fois le nom d’une compagnie théâtrale belge et du lieu où elle s’est produite de 1970 à 1973.
Ce théâtre, fondé avec le soutien de Janine Patrick, a joué un rôle majeur dans le mouvement du Jeune Théâtre belge. Sur le plan de la mise en scène, il a révélé Marc Liebens ; sur celui des auteurs Jean Louvet ; sur celui des comédiens il a offert une Ève du Théâtre à Jacqueline Bir et marqué de jeunes acteurs comme Philippe van Kessel ; il a inspiré Jean-Marie Piemme et Michèle Fabien pour la dramaturgie. Il a influencé durablement toute une génération d’artistes et de spectateurs. Il a aussi provoqué une réflexion des pouvoirs publics, suivie de décisions, sur la différence entre théâtre et centre culturel.
Dénomination L'appellation « Théâtre du Parvis » fait référence au lieu géographique et à une réflexion menée par l’équipe des animateurs. Quant au lieu : Les fondateurs veulent d'abord s'installer dans l'ancienne Maison du PeupleVincent Radermecker, « Petit aperçu du Théâtre du Parvis » dans Textyles, , 2001, 101-111) située sur la place du Parvis de Saint-Gilles (devant l’église du même nom) où se tient le marché quotidien ; ce bâtiment dispose à l'arrière du rez-de-chaussée d'une très grande salle qui avait servi de café et communique avec la salle de l'étage, pourvue d'une scène, où s'était tenues les réunions du Parti socialiste local, où des tribuns comme Lénine, Joseph Wauters, Émile Vandervelde et Paul-Henri Spaak avaient souvent discouru et où des spectacles populaires avaient été donnés et . Les problèmes de sécurité étant trop importants, le choix se porte ensuite sur un ancien cinéma, l’Élysée, situé à quelques centaines de mètres du parvis, le long de la chaussée de Waterloo, artère la plus commerçante de la commune qui aboutit à la Barrière de Saint-Gilles, important carrefour d’accès bruxellois. Quant à la réflexion : « Parvis » évoque l’époque où le théâtre a quitté le chœur de l’église pour être joué sur la place. « Théâtre du Parvis » rappelle aussi par ses initiales le théâtre populaire « élitaire pour tous », tel qu’il a été développé en France par les Français Antoine Vitez et Roger Planchon, et par le Belge Pierre Debauche, personnalités majeures qui ont influencé toute une génération d’artistes de théâtre. Le Parvis de Saint-Gilles et les rues avoisinantes constituent un lieu populaire où se rencontrent toutes les composantes sociales d’une commune peu éloignée du centre de Bruxelles mais défavorisée sur le plan des infrastructures culturelles, d’une commune dont la population assez jeune, de diverses nationalités, présente un profil sociologique varié — un lieu supposé propice à une décentralisation théâtrale.
La compagnie théâtrale, quant à elle, était appelée lors de sa première saison « Théâtre du Parvis Compagnie Jean Lefébure Marc Liebens ».
Genèse
Jean Lefébure, « réalisateur théâtre et télévision » diplômé de l’Institut national supérieur des arts du spectacle et des techniques de diffusion (INSAS), obtient en 1968 un prix de francs belges de la Fondation belge de la vocation pour un projet de rencontres cinématographiques en milieu populaire ; il est stagiaire chez Roger Planchon, à Villeurbanne et Pierre Debauche à Nanterre et travaille comme animateur culturel au Théâtre national de Belgique où Janine Patrick a joué.
Marc Liebens a étudié la sociologie à l’Université de Liège puis a travaillé pour les relations extérieures au Théâtre royal du Parc. Il rencontre Jacques Huisman, le directeur du Théâtre National, à Spa où il tient une boite de nuit ; engagé comme assistant du dramaturge Jean-Claude Huens pour une tournée au Liban, il rencontre Janine Patrick, considérée à l’époque comme .
Jacques Franck, le bourgmestre socialiste de Saint-Gilles qui est à deux ans d’élections communales, désire ouvrir une infrastructure culturelleSerge Govaert, C'était au temps où Bruxelles contestait, POL-HIS, 1993, 184 p., 137 à 143..
La rencontre de ces quatre personnes est à la base d’un projet présenté au Ministère de la Culture française en 1968 ; l’asbl Théâtre du Parvis est fondée le et une convention de trois ans est signée avec la commune quelques mois plus tard. La commune met des locaux rénovés à la disposition de l’asbl, paie les salaires du personnel et les frais de fonctionnement jusqu’à francs belges par an ; l’équipe du T.P. reste libre de sa programmation et de sa gestion.
Infrastructure La transformation de l’ancien cinéma, réalisée sous la conduite de l’architecte Martine Bertrand, dure six mois, coute 39 millions de francs belgesClaire Diez, L’Illusion du Jeune Théâtre (Bruxelles). Dix personnages en quête d’exigence contemporaine, ULB, Faculté de philosophie et lettres, section Journalisme et communication, 1984-1985. 66. et aboutit à un outil performant qui ouvre dix jours après la fin des travaux avec un spectacle, Vous vivrez comme des porcs de John Arden et une exposition d’Octave Landuyt.
La large façade comporte une série de portes vitrées, légèrement en retrait sous une fresque de Roger Somville, laissant apercevoir le long hall d’entrée dallé qui sert de salle d’exposition. De part et d’autre, deux petits bureaux, totalement vitrés, servent pour la billetterie et l’affichage. Le nom du théâtre, écrit tout en minuscules, surmonte le tout.
Au bout du hall d’exposition, à gauche et à droite, deux larges volées courbes d’escaliers mènent à la salle de spectacle. La perspective du hall se clôt par un long bureau d’accueil.
Sous la volée de gauche, des toilettes sont à la disposition du public ; après elle, en retrait par rapport au bureau d’accueil, un foyer aux murs de briques avec bar, banquettes et tables basses construites dans le même matériau accueille les spectateurs avant le spectacle et à l’entracte ; il dispose d’un accès vers les locaux techniques et vers les loges, et d’un autre, indépendant, donnant sur une autre rue ce qui va permettre de l’utiliser comme bar-discothèque après les spectacles sous l'appellation La Brique.
Avant la volée de droite se trouve le vestiaire pour le public ; après elle, une salle polyvalente sert pour les expositions, les projections de films 16 mm et les réceptions.
La salle de spectacle accueille 350 fauteuils, étagés en gradins, face à la large et profonde scène (17 mètres de largeur sur 14 de profondeur), au même niveau que le premier rang de sièges et qui n’est séparée de lui par aucun manteau d'arlequin ni aucun rideau de scène ; le sol est couvert d’un parquet qui va rapidement être peint car il se révèle glissant pour les comédiens. Un gril technique couvre la totalité du plafond et une galerie métallique qui court le long de la salle en permet l’accès aux éclairagistes. La scène dispose aussi d’un écran enroulable et de pendrillons qui la transforment en salle de cinéma pour la projection en .
S’ajoutent à cela loges avec hautparleurs pour l'appel par micro des comédiens sur le plateau, douches, locaux techniques.
Les bureaux administratifs et l’imprimerie sont situés dans un autre immeuble, dans une rue toute proche. L’imprimerie permet l’impression des programmes, des brochures de travail, etc., dactylographiés sur stencil et ronéotypés ; l’impression des affiches est confiée à un imprimeur extérieur.
L’équipe La direction administrative est assurée par Jean Lefébure, la direction artistique par Marc Liebens. Janine Patrick s’occupe des relations avec la presse.
Du côté administratif, Anne Cailliez et Arlette Spanoghe sont les secrétaires aidées par Nicole Hanot, Jean Crick s’occupe de la comptabilité. Du côté technique, sous la régie générale de Claude Dominique, Jean Becker est chef machiniste, Jacques Deseck chef électricien, aidés par Philippe Pauwels.
Yvon-Marie Wauters (ex-secrétaire général du Centre dramatique de Wallonie) dirige le secteur exposition avec Brigitte Smets, Jean-Paul Hubin celui du cinéma ; il va être initié à la photographie de plateau par Daniel Frasnay, le photographe attitré. Le graphisme est assuré par Muriel Bosch et Klaus Grunwald tandis que Bernadette Prédair réalise les affiches murales. Miriam Orban s’occupe de l’information, Évelyne Paul des collectivités, Michèle Seutin et Ronald Pirson font un travail sociologique d’enquêtes permanentes.
L’équipe refuse le vedettariat : sur les documents accessibles au public, le classement des noms est alphabétique ; dans les programmes, chaque intervenant d’un spectacle est cité, même s’il n’est que figurant.
Mais d’inévitables tensions surgissent. Au début de la deuxième saison, Jean Lefébure, mettant La Baye en scène, passe le relai administratif à Marc Liebens ; le spectacle est un échec financier qui ravive les tensions. Lefébure va finir par être exclu de l’asbl le et Liebens va assumer la direction totale jusqu’à la fin du théâtre.
Pôles d’activités Le T.P. organise quatre pôles d’activités : théâtre, exposition, cinéma et animation, ce dernier secteur recoupant les trois autres. À ce titre, il agit à la fois comme un théâtre et comme un centre culturel.
Pour le théâtre et le cinéma, il n’y a qu’une seule catégorie de places et un prix unique pour chaque jour de la semaine (même le samedi) ; le tarif est préférentiel pour les Saint-Gillois, les jeunes et les personnes âgées. Les spectateurs sont accueillis par des hôtesses-animatrices (et non par des ouvreuses) chargées de distribuer documentation et programme et qui ne peuvent accepter de pourboire. Le vestiaire est gratuit. Une garderie d’enfants est organisée à la demande, avec préavis d’un jour.
Théâtre Première saison Le théâtre ouvre le , avec Vous vivrez comme des porcs de John Arden mis en scène par Marc Liebens. Arden y traite de la différence en décrivant la difficile installation d’une communauté de nomades, les Sawney, dans un lotissement municipal d’une ville industrielle du nord de l’Angleterre représenté par les Jackson, ouvriers qui viennent d’accéder à la petite classe moyenne. Le choix de la pièce est en relation avec les composantes sociales de Saint-Gilles qui compte à l’époque 30 % d’étrangers représentant 63 nationalités ; il tient compte aussi de ce qu'Arden n’a jamais été joué en Belgique et de ce qu’il a écrit un théâtre politique qui permet une recherche sur le langage théâtralInterview de Marc Liebens par Ronald Pirson et Michèle Seutin, 22 aout 1971, aux Archives et Musée de la Littérature<ref>« Marc Liebens » dans Annuaire des Arts du spectacle en Belgique, Centre d’études théâtrales, Louvain, 1971.</ref>. Liebens fait appel à Germinal Casado pour le décor et les costumes, à Micha Van Hoecke pour la chorégraphie. La distribution compte de jeunes acteurs comme Claude Koener, Nadia Gary, Claire Wauthion, Esther Loszyca et à des acteurs de renom comme Jacques Dorval, Janine Patrick, Fernand Abel, Catherine Bady, Étienne Samson, Gysèle Oudart, Idwig Stéphane, Suzy Falk, Michel Fasbender et Jacqueline Bir. Celle-ci y interprète un rôle totalement à contremploi qui lui vaut de recevoir l’Ève du Théâtre. Le spectacle, qui connait 25 représentations, est applaudi et fait scandale, il lance véritablement la jeune compagnie.