Le Système monétaire européen a été créé le afin de stabiliser les monnaies européennes, succéder au Serpent monétaire européen et l'améliorer, à partir de la volonté de la France et de l'Allemagne de l'Ouest, qui privilégient le secret des négociations jusqu'au Conseil européen de Brême afin d'éviter que la communauté financière, les hauts fonctionnaires et l'opinion publique fassent chuter le projet.

Les experts étant persuadés que le système ne pourrait pas bien longtemps résister à une sérieuse spéculation, les deux fondateurs, le président français Valéry Giscard d'Estaing et le chancelier allemand Helmut Schmidt, estiment qu'il ne peut se construire sans une volonté politique très forte. Le une communication du Conseil européen annonce que « les conditions sont désormais réunies pour que soit mis en œuvre le mécanisme de change du Système monétaire européen », sans autres communications des deux fondateurs

À sa création, il repose sur trois piliers : un encadrement des marges de fluctuations autour d'un cours pivot de référence, calculé quotidiennement à partir des cours de change des monnaies membres de l'ECU; un mécanisme de change se voulant un lien solide entre les monnaies nationales ; un système de crédit qui gère la solidarité monétaire des pays.

Ce troisième point fera défaut et le système monétaire se révèlera finalement décevant, contribuant à l'instabilité monétaire des années 1975-1985, bilan qui convaincra les décideurs d’aller plus loin que le SME et de fonder l’eurocf. rapport de Jacques Delors présenté au Conseil européen de Luxembourg du ..

Genèse du SME

En 1977, au début du long processus qui allait aboutir treize mois plus tard au SME, les Communautés européennes se limitaient à la politique agricole commune, à celle du charbon et de l'acier et à des tentatives plus ou moins maladroites de discipliner les taux de change. Cette discipline se voulait assurée par le Serpent monétaire européen, mais qui à cette époque, ne rassemblait plus que l'Allemagne de l'Ouest et le Benelux. En fait, comme le disait Jean-Yves Haberer, alors directeur du Trésor : « L'Europe est née sans identité monétaire. Les négociateurs du Traité ont concentré leur attention sur le libre échange des marchandises, sur le tarif extérieur commun et sur l'harmonisation des politiques qui peuvent influencer la circulation des biens et des personnes » ; mais pas grand chose en matière monétaire.

Cette discrétion avait été voulue en 1957 pour des raisons politiques — en effet, qui aurait pu réellement imaginer une monnaie commune entre pays sortant de Seconde Guerre mondiale ? — et pour des raisons de stabilité alors assurée par les accords de Bretton Woods. C'est de la remise en cause de ces accords en 1971 qu'allait naître la prise de conscience de la nécessité d'une zone de stabilité monétaire en Europe. Dès 1972 est créé le Serpent monétaire européen (1972-1978), dispositif économique qui comprend pour chaque monnaie un seuil d'intervention à la vente et un seuil d'intervention à l'achat. Ainsi, une monnaie ne peut fluctuer par rapport à une autre de plus ou moins 2,25 % autour de sa parité bilatérale.

En , Léo Tindemans, alors Premier ministre de Belgique, écrit dans son rapport sur l'Union européenne : « Un renforcement monétaire nous permettrait de rechercher une meilleure concertation des politiques économiques et monétaires entre grands ensembles afin de réduire les fluctuations, qui ont été excessives dans un passé récent entre plusieurs grands groupes de monnaie et plus particulièrement entre le Serpent et le dollar ». Cependant, l'affrontement de deux approches semble bloquer l'ouverture des négociations : la France est favorable à la création immédiate d'un mécanisme de change européen ce qui à son avis faciliterait le rapprochement des politiques économiques ; pour l'Allemagne de l'Ouest et les Pays-Bas, la convergence des politiques économiques doit être le préalable obligatoire avant toute harmonisation des politiques monétaires. Ces deux pays estiment que les pays aux politiques économiques laxistes doivent d'abord faire des efforts importants en termes d'inflation et de maîtrise des changes. Les vertus des uns ne devant pas racheter les vices des autres.

Les problèmes économiques lors de la période 1977-1978 sont importants : inflation généralisée, crise de l'acier, effondrement du dollar, qui de à perd 12,34 % par rapport à la devise ouest-allemande, passant de 2,35 DM à 2,09 DM alors que la balance commerciale américaine accuse un déficit de 31 milliards de dollars pour 1977. Le gouvernement américain ne soutient pas sa monnaie et les autres monnaies européennes les unes après les autres doivent quitter le Serpent monétaire européen. le franc français qui avait dû le quitter dès plonge à nouveau au moment de la campagne législative de ; la lire italienne connaît de plus en plus de soubresauts avec la participation des communistes dans la coalition gouvernementale ; la livre sterling, malgré une dévaluation de 30 % en 1976, est toujours très faible.

Le , le Britannique Roy Jenkins, alors président de la Commission européenne, propose dans son discours de Florence, de frapper un grand coup en créant une monnaie unique pour les neuf pays et un budget communautaire qu'il propose de fixer à 10 % de chaque PIB, car il estime qu'aucun progrès ne peut se réaliser par une politique de petits pas.

Début 1978, l'instabilité monétaire est généralisée et la situation est telle que même les échanges communautaires sont désormais menacés. Selon l'historien Peter Ludlow, fin janvier ou début février, le chancelier social-démocrate ouest-allemand Helmut Schmidt, conscient de la conjoncture et des enjeux, prend secrètement la décision, en dehors même de son cabinet, de se détourner de son allié américain et de relancer la construction européenne. L'estime partagée qui le lie au président français Valéry Giscard d'Estaing et au Britannique Roy Jenkins sera le cœur de cette nouvelle alliance. Selon Renaud de la Genière, alors sous-gouverneur de la Banque de France : « Les progrès réalisés dans les domaines agricoles, politiques ou économiques n'ont pu se faire que parce qu'il y avait à la base un accord franco-allemand ».

Le , le chancelier ouest-allemand confie à tous deux, sa décision secrète de relancer l'union économique et monétaire des pays de la CEE, et le , il rencontre à Rambouillet, le président français. Ce dernier est sorti politiquement renforcé par la victoire de sa majorité lors des élections législatives de et le chancelier ouest-allemand a aussi politiquement les mains libres. Ils mettent au point les propositions qu'ils vont présenter ensemble lors du prochain Conseil européen à Copenhague, les 7 et . Pour eux il ne s'agit plus de discuter sur l'opportunité d'un nouveau dispositif monétaire pour l'Union européenne, mais de réfléchir sur son contenu et son calendrier.

Création du SME

Sommet de Copenhague le 7 avril 1978 Le , lors du sommet du Conseil européen à Copenhague, après la séance plénière, les chefs d'État et de gouvernement, se réunissent au château de Marienborg où, après le dîner, lors d'une réunion discrète, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing dévoilent leur plan d'un nouveau dispositif différent et plus ambitieux que le Serpent monétaire, comprenant la création d'un fonds monétaire européen, l'utilisation accrue des devises européennes lors des interventions des banques centrales sur le marché des changes et l'accroissement du rôle de l'unité de compte européenne, avec comme but qu'elle devienne à terme, une monnaie de réserve.

Les auditeurs sont très surpris et mécontents d'avoir été tenus à l'écart et l'accueil est plutôt froid, particulièrement de la part de l'Italien Giulio Andreotti et du Britannique James Callaghan. Du coup la seule décision prise est de conserver le plus grand secret sur ce plan, et lors de la conférence de presse du lendemain tenue par Roy Jenkins et le Premier ministre danois Anker Jørgensen, il est fait juste mention que « la question de la stabilité monétaire européenne a été évoquée ». Cependant personne ne sait qu'un mini-sommet privé a eu lieu en grand secret le matin même du ; et lors de ce mini-sommet, qui réunissait Helmut Schmidt, Valéry Giscard d'Estaing et James Callaghan, il a été convenu de confier la suite des négociations à un petit groupe informel et secret de trois experts constitué du gouverneur de la Banque de France, Bernard Clappier, du directeur de cabinet du chancelier, et du secrétaire au Trésor britannique, Ken Couzens.

Les négociations officielles débutent au niveau des instances communautaires : Le comité des gouverneurs des banques centrales dans son rapport du reprend fidèlement la position traditionnelle des banques centrales : il est nécessaire de procéder d'abord à une plus grande coordination des politiques économiques avant d'envisager de lier entre elles, les monnaies de la CEE ; le comité monétaire, qui influencé par son président Jacques Van Ybersele avait dès entamé une réflexion de fond sur la situation monétaire et l'instabilité monétaire en Europe, se montre beaucoup plus ouvert et présente quatre solutions possibles aux ministres des Finances : le maintien du Serpent monétaire avec deux niveaux de marge, une marge à 2,25 % pour le mark ouest-allemand, le franc belgo-luxembourgeois, le florin hollandais et la couronne danoise et une deuxième marge élargie pour les autres monnaies de la CEE (franc français, lire italienne, livre sterling et livre irlandaise), le maintien du Serpent monétaire avec un seul niveau de marge pour les quatre premières monnaies et un objectif pour les autres par rapport à un panier de grandes monnaies internationales, la création d'un Fonds monétaire européen, la création d'un nouveau mécanisme, en remplacement du Serpent monétaire, autorisant chaque monnaie à fluctuer dans une marge réduite par rapport à un panier de monnaies des neuf autres pays.

De son côté, le groupe secret des trois experts travaille sur un projet de plan qui pourra être proposé lors du prochain sommet de Brême, mais le , l'hebdomadaire britannique « The Economist » crée un coup de théâtre en révélant l'existence de ce groupe d'experts. Obligés d'aller s'expliquer auprès de tous les gouvernements d'Europe, outrés d'avoir été tenus à l'écart d'un tel processus et surtout de l'avoir appris par la presse, ils sont reçus froidement, mais peu à peu, et avec cette fois un peu plus de franchise, ils réussissent l'exploit de tous les rallier plus ou moins à leur projet. Selon le Premier ministre belge, Léo Tindemans « Le contenu était tellement fondamental qu'aucune réticence de notre part sur les principes n'était possible », et le Danemark, l'Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas suivent le même avis, alors que les gouvernements italien et britannique sont les plus réticents. Les Britanniques, proches des États-Unis, estiment que la solution à l'instabilité monétaire doit avant tout être recherchée auprès du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

Sommet de Brême le 6 juillet 1978 Le , lors du sommet de Brême, les chefs d'État et de gouvernement reçoivent le document élaboré essentiellement par Bernard Clappier et Horst Schulmann, le britannique Ken Couzens y ayant peu contribué. Ils estiment qu'un « système de coopération monétaire plus étroite ne pourra réussir que si les pays participants poursuivent des politiques propres à assurer une plus grande stabilité à l'intérieur et à l'étranger ». Leur projet propose : de « créer un système aussi strict que le Serpent » avec la possibilité pour les pays à monnaie faible de « bénéficier de marges de fluctuations un peu plus importantes autour des taux-pivots » ; de créer l'ECU (Unité monétaire européenne) en tant que « pilier du système » et « utilisé pour les règlements entre les autorités monétaires de la CEE » ;