Caroline Hoctan est une auteure française née le Notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France... Elle est cofondatrice de la plateforme collaborative de création et de critique D-Fiction.

Biographie Caroline Hoctan a publié plusieurs romans ainsi que des textes de création dans des revues et des ouvrages collectifs (La NRF, Inculte, L’Infini, Les Cahiers de Tinbad, etc.). Elle est également l’auteure d’ouvrages d’histoire littéraire, en particulier d’un Panorama des revues à la Libération issu de sa thèse de doctorat Ouvrage issu de sa thèse de doctorat soutenue à Paris III en 2004 sous la direction de Pierre-Edmond Robert.., et d’articles critiques parus dans Le Magazine littéraire, Le Monde des Livres, La Quinzaine littéraire, La Revue des revues, etc.

Thématiques fictionnelles

Dès son premier roman, Le Dernier Degré de l’attachement (2004), Caroline Hoctan explore la notion de Neutre théorisée par Roland Barthes, appliquée aux personnages et aux lieux. Son narrateur, dont l’identité n’est jamais assignable à un genre [Josyane Savigneau, « Visite mystérieuse à père inconnu », Le Monde des Livres, 23 janvier 2004 : « Mais cette indétermination […] est finalement de peu d’importance. Ce qui importe, c’est ce texte mystérieux et émouvant, ce récit d’une personne dont on ne peut […] discerner le sexe – sans que cela ne tourne au jeu purement formel ». ]. et qui peut être autant féminine [Xavier Houssin in Point de vue, 28 janvier 2004 : « Mais on dira une fille si vous voulez parce que c’est bien plus simple et tellement plus vrai. Celle-là est partie résoudre une énigme de chair. De mots prononcés sans elle ».]. que masculine [La rédaction, Livre Hebdo, n° 538, 12 décembre 2003 : « Un homme part à la recherche de son père qu’il a longtemps cru mort. Celui-ci avait décidé de tout quitter pour s’isoler sur une île et se consacrer à la peinture. Devant ce fils, qui prétend juste vouloir le connaître, il est ému mais reste distant… ».], s’inscrit dans la lignée de la réflexion de Monique Wittig sur un sujet affranchi des catégories sexuelles et que l’écriture fait entendre d’un « point de vue universel ». Ce positionnement éloigne ainsi son projet d’écriture des codes de l’autofiction ou du testimonial, inscrivant sa démarche davantage dans une logique d’ontofiction [Serge Lehman, « Creuser la nuit », préface de La Fabrication du Réel, Tinbad, 2025, p. 8 : « Le continuum esthétique – le signe de l’œuvre – est cependant moins révélateur qu’il n’y paraît. Car ce que La Fabrication du Réel propose avant tout, c’est, comme son titre l’indique, une expérience métaphysique, une plongée dans l’infrastructure du sujet et du monde. Pas une autofiction, mais une ontofiction ».].

Un autre motif récurrent est la figure du père, qui agit comme catalyseur d’une quête existentielle et d’écriture. Dans Le Dernier Degré de l’attachement, la rencontre avec le père devient une dynamique qui évoque Ma Mère de Georges Bataille inversée au masculin, ou encore Théorème de Pasolini. La relation au père y est marquée par la projection et la tension, menant à une forme ultime de détachement. Le début du roman, où le personnage découvre que son père est toujours vivant, est un clin d’œil explicite, bien que renversé, à la scène de L’Étranger d’Albert Camus où Meursault apprend que sa mère est morte.

Dans l’existence de cette vie-là (2016) - son deuxième roman - le père n’est plus une figure de l’absence, mais une autorité posthume. Sa mort entraîne le personnage à enquêter sur lui et sur la littérature, guidé par quelques mots inscrits au dos de la carte de visite d’un contact outre-Atlantique : « N’importe qui, N’importe quoi, N’importe quand ». Le récit, qui se déploie sur fond de crise financière et d’élection présidentielle, situe cette quête au cœur de la « Ville des villes », un lieu où se cristallisent, à la fois, la promesse et les désillusions de l’époque [Alain Nicolas, « New York, la ville ou la littérature ne dort jamais », L’Humanité, 22 sept. 2016 : « Si les écrivains américains de la génération, les Hemingway, Fitzgerald, Miller, ont fait de Paris un but initiatique, ‘il doit être possible à la littérature de mon pays de se régénérer dans un lieu comme celui-ci’. La petite enveloppe de billets contre les milliards des subprimes, le roman français en crise contre la bulle littéraire américaine, et si c’était ça, le sujet du roman ? ». ]. Cette quête devient alors une exploration des liens entre fiction et réalité, dans une errance initiatique où le passé du père et le pouvoir de la littérature s’entremêlent autour d’un même secret [Louise de Crisnay, « L’écrivain dissèque l’omniprésence des liens entre littérature et réalité », Libération, 17-18 sept. 2016 : « Le continuum de sa phrase, les flux de la vie citadine et ceux de l'histoire littéraire baignent dans le même fleuve. Ce qu'elle cherche est simple comme un pitch de thèse. Elle veut toucher du doigt le motif dans le tapis, cerner le secret de la littérature et de la ‘vraie vie’ ».]. Si le personnage cherche à percer ce secret, c’est aussi parce qu’il y devine celui de l’existence elle-même : cette « autre » vie possible qu’il tente d’atteindre à travers l’écriture. La quête se structure ainsi autour d’une trinité du secret qui, bien que personnelle, possède une portée universelle : le père (notre identité), le sens de l’existence (notre présence au monde) et la création (notre accomplissement) [Marc Séféris, « La Littérature e(s)t la ‘vraie vie’ », Transfuge, sept. 2016 : « À l'enquête initiale s'ajoutera bientôt une quête, esthétique et existentielle : écrire un roman qui ne soit pas simple alignement de mots, mais cheminement et accomplissement de soi ».]. En défendant la littérature comme mode primordial de connaissance et d’expérience, le roman de Caroline Hoctan affirme que l’écriture est sans doute l’ultime voie d’accès à une vérité profonde - celle d’un monde où la fiction et le réel ne cessent de se refléter l’un dans l’autre[Louise de Crisnay, op. cit. : « Cela ne donne pas de réponse mais une énorme machinerie, où le réel et la fiction se renvoient constamment la balle de leur simulacre… ».].

Dans son troisième roman, La Fabrication du Réel (2025), l’auteure approfondit cette réflexion en dévoilant la face cachée du père : ancien officier traitant de renseignement impliqué dans les Stay Behind durant la guerre froide[Ali Benziane, « Au cœur du simulacre », À Rebours, 23 mars 2025 : « Ce père flottant, éternel étranger jusque dans sa langue, agent secret ayant travaillé pour les réseaux Stay Behind de l’OTAN, est une hydre à plusieurs têtes : vie clandestine, personnalités multiples, culte du secret… Après sa disparition, le narrateur se rend compte que sa vie n’est que le prolongement de la vie parodique du père et provoque ainsi l’effondrement de ‘cette vie-là’ ».]. Ce roman, qui est une mise en abyme du précédent (sous le titre de L’Exviela[Hugues Robert, « Note de lecture : La Fabrication du Réel (Caroline Hoctan) », Charybde 27, 3 octobre 2025 : « La Fabrication du réel en constitue une forme rare de relecture, de retournement et de palimpseste à haut degré d’octane - et un choc de lecture d’une magnitude encore supérieure, ce qui n’est pas peu dire ».]), clôt la recherche âpre et douloureuse du personnage en quête du sens que le père aurait pu lui octroyer. En entrelaçant la question de l’identité, du mensonge et des événements historiques, le récit fait émerger la figure d’un écrivain maudit, incarnée par Melmoth, dont le suicide interroge le devenir de la littérature dans une société où les écrivains semblent ne plus y avoir leur place. Roman maïeutique, il agit comme un dévoilement de notre monde et du microcosme littéraire parisien. Ainsi, en opérant une double rupture du nœud œdipien aux figures de l’identification et de la projection de soi, le personnage est amené à s’accomplir au-delà, à la fois, de l’héritage paternel et de son conditionnement social. En dépassant ses certitudes et en rompant avec l’emprise des récits manipulatoires – ceux de sa propre existence comme ceux de la société – il accède alors à une nouvelle perception de la réalité[Hugues Robert, op. cit. : « Très peu de romans contemporains partagent l’exigence et l’ambition de La Fabrication du Réel, sur le terrain mouvant où se heurtent les géopolitiques et les imaginaires, dans l’ombre du secret, du renseignement et du complot ».]. Ce dépassement le conduit à renouer avec l’acte d’écrire, non plus comme une simple expérience, mais comme une véritable puissance d’être et d’agir. Le roman ambitionne également d’apporter une résolution à l’énigmatique message de la sculpture Kryptos de James Sanborn située au siège de la CIA. Ce dernier point renvoie d’ailleurs à la dimension métaphysique du roman : le nombre 23, le chiffre 5, la pièce manquante, la spirale, l'involution et l'évolution, le questionnement du temps : autant de thèmes majeurs soulevés par La Fabrication du Réel qui défendent ainsi la praxis[Xavier Houssin, « Faisons comme si », Le Monde des Livres, 25 avril 2025 : « Pour permettre à Alice d’entrer dans la ‘Maison du Miroir’, cet autre côté du monde où tout se trouve inversé, où l’ordre des choses et des événements est à ce point bouleversé qu’il faut sans cesse le prendre à rebrousse-temps, Lewis Carroll lui donne une sore de sésame. C’est ‘Let’s prétend’. ‘Faisons comme si’, ‘faisons semblant’. […] Lire Caroline Hoctan, c’est accepter d’entrer en étrange pays […] Ou comment un livre se fait, est en train de se faire, s’est fait déjà d’ailleurs ». ] d’une écriture ouvrant sur un nouveau fictionnalisme.

Style et forme des romans

Le Dernier Degré de l’attachement est composé de 373 fragments, dont les chiffres additionnés donnent 13, symbole du mystère et de l'inconnu, puis 4, qui représente les quatre éléments (air, feu, eau, terre) et les quatre directions (nord, sud, est, ouest), incarnant les forces primordiales qui façonnent l'existence humaine. C'est sur ces symboliques que repose le roman. À travers la relation complexe entre le personnage principal et son père, le récit explore les méandres de l'identité et du lien filial, chaque fragment étant une clé pour déchiffrer les tensions intérieures et les contradictions qui sous-tendent la confrontation de l’individu avec le monde, l’autre et soi-même [Xavier Houssin in Point de vue, op. cit. : « Une histoire des origines et de l’identité troublante à l’extrême. C’est courageux. Dérangeant. Pudique. Vous serez emportés ». ].. Oscillant entre monologue intérieur et dialogues au style indirect, le texte acquiert une densité intemporelle et poétique[Danielle Fournier, « Seuls les mots tissés au secret révèlent le récit », Spirale, n° 199, nov.-déc. 2004 : « Ce texte de Hoctan reste troublant autant par les questions qu'il pose que par son style d'écriture à la fois très intériorisé, voire impudique, et en même temps capable d'ouvrir sur la littérature, sur le poème en prose. Par moments, au-delà de l'anecdote, l'écriture devient poétique, comme si les mots se déposaient en nous afin d'ouvrir un monde où la langue peut racheter ce qui en soi est terriblement brisé ».]. Le dépouillement presque ascétique [Xavier Houssin in Point de vue, op. cit. : « C. Hoctan a dépouillé ses phrases à l'extrême pour laisser de la place à l'entière émotion ».]. de la prose crée une suite d’images mentales quasi hallucinatoires, que l’on peut percevoir comme des plans filmés, conférant à la narration une dimension visuelle et sensorielle.