Eugenio Torelli Viollier (né à Naples le , mort dans la même ville le ) est un journaliste et un homme politique italien.
En 1876, il a été le créateur et cofondateur de ce qui est aujourd'hui le principal quotidien italien, le Corriere della Sera. Il en fut le directeur de sa fondation à sa mort en 1900. Ce fut Torelli Viollier qui choisit Luigi Albertini comme son successeur.
Biographie Eugenio Torelli est le fils de l'avocat napolitain, Francesco Torelli, qui appartenait à une famille de juristes libéraux-réformistes fidèle au royaume des Deux-Siciles. Sa mère est française, Joséphine Viollier, seconde épouse de Francesco.
Il est rapidement orphelin et en 1852, il est confié, avec ses frères et sœurs, à sa demi-sœur Luisa, la fille du premier mariage de son père.
L'adhésion au mouvement garibaldien Le , le roi François II des Deux-Siciles instaure la Constitution accordée par son père Ferdinand II en 1848 et depuis dénoncée.
Les mêmes personnes ou leurs parents proches qui ont pour origine l'éphémère expérience de 1848 font partie des nouvelles institutions. Le père d'Eugenio étant mort, son fils le remplace de droit. Mais, Torelli ne peut répondre à l'appel, avec le fils d'un autre patriote de 1848, il sillonne le sud de l'Italie pour faire de la propagande pour le général Giuseppe Garibaldi.
Le roi François II, avant de fuir vers Gaète, promeut Torelli (et d'autres) à un grade supérieur, pour lequel il est prévu un salaire alors que la tache qui lui était assignée n'en prévoyait pas. Ce n'est que lors de son retour dans le sillage de Garibaldi qu'il prend connaissance de sa promotion Des années plus tard, Torelli sera sévèrement critiqué par Felice Cavallotti lors d'une violente polémique dont il sera grandement affecté..
En fait, son départ de Naples et son adhésion aux chemises rouges sont motivés par la haine envers la bureaucratie bourbonne qu'il considère constituée de . Plus d'une fois il présente comme exemple négatif l'administration bourbonne et, jusqu'en 1894, il a une attitude anti-sudiste, non exempte de préjugés.
Le , il entre dans Naples avec les garibaldiens et il fait partie de l'administration provisoire. Au moment de décider de poursuivre sa carrière et de s'installer, éventuellement, à Turin, il démissionne.
De Naples à Milan Alexandre Dumas, le fondateur du quotidien napolitain L'Indipendente Le titre, patronné par le ministre de l'intérieur Liborio Romano, est né le à Palerme ; puis à la suite de l'expédition des Mille, s'est déplacé dans la ville napolitaine., engage Torelli, qui devient aussi son secrétaire particulier, poste qu'il occupe pendant quatre ans. En 1864, Dumas repart en France et décide de l'emmener avec lui à Paris. Torelli fait la connaissance de l'éditeur italien Edoardo Sonzogno, qui se rend fréquemment à Paris pour son travail. Après quelques mois, il est à Milan au service de sa maison d'édition. Il obtient un passeport français et associe le nom de sa mère à celui de son père. En , il est rédacteur et directeur de deux périodiques de Sonzogno : L'illustrazione universale et L'Emporio pittoresco.
En 1871, il commence à travailler pour le principal quotidien milanaisÀ l'époque le quotidien le plus vendu en Italie., Il Secolo, édité toujours par Sonzogno où il s'occupe de la rubrique nécrologique ainsi que de la critique théâtrale. Il collabore avec Il Gazzettino rosa de Bizzoni et Felice Cavallotti, à l'époque politiquement modéré, et il s'en détache lorsque le journal emprunte des tons plus radicaux et anti-monarchiques. Lorsque il Secolo se déplace vers le camp mazzinien, il prend ses distances avec Sonzogno. Le changement d'orientation de Sonzogno et de ses journaux est la conséquence de la Commune de Paris, du scandale de la Royauté impliquée dans le monopole des tabacs et du procès Lobbia.
Malgré cela, Torelli reste au Il Secolo pendant l'année 1871 bien que ne partageant pas la ligne éditoriale du titre, il veille à ne pas s'engager politiquement. Cette situation ainsi que son mauvais caractère lui valent des ennemis. Après avoir quitté le Il Secolo, Cavallotti, son ancien ami de Naples, devient son principal ennemi, et l'animosité entre les deux hommes se poursuivra jusqu'à la fin de leur vie.
La rupture définitive avec Sonzogno intervient en 1872, quand Torelli Viollier passe au Corriere di Milano de son concurrent Treves, il s'agit, comme avec Dumas, d'une fracture qui ne rompt pas les rapports personnels amicaux. Treves est éditée et dirigée par Emilio Treves, dont le quotidien adopte des positions plus modérées et constitutionnelles, plus conformes à Torelli Viollier.
C'est au Corriere di Milano, qu'il commence à s'occuper de politique. Il est aussi rédacteur de l’Illustrazione Italiana (à ne pas confondre avec le presque homonyme journal de Sonzogno), ce qui améliore sa situation financière. Aussi, il fait venir à Milan sa demi-sœur Luisa et un de ses frères, le plus jeune, Titta Torelli. Le Corriere di Milano disparait rapidement, absorbé par il Pungolo. Treves et Torelli Viollier quittent le journal.
De fin 1874 à l'automne 1875, Torelli Viollier est sans emploi et il connait une période de difficultés.
La direction de La Lombardia À l'automne 1875, l'avocat Riccardo Pavesi cherche à acquérir La Lombardia – journal proche du pouvoir piémontais depuis 1859 – qui publie les actes officiels de ma Province de Milan. Il recherche aussi un jeune directeur, dynamique et surtout non compromis, le profil type de Torelli Viollier.
Grâce à leurs connaissances communes, Torelli Viollier participe aux négociations qui se déroulent dans l'historique et auxquelles participent, le journaliste Vincenzo Labanca, un ami de Torelli Viollier, l'oncle de celui-ci le philosophe Baldassarre Labanca, et Tommaso Randelli, vieil ami aussi bien de Vincenzo Labanca que de Torelli Viollier. À la fin des négociations, Torelli Viollier obtient la direction du journal avec un bon salaire.
À la tête du La Lombardia, il a la possibilité d'évoluer professionnellement, d'être connu et d'être en contact avec les milieux politiques qui lui sont proches et avec les gens qui ont des capitaux pour réaliser des projets.
L'expérience à la direction du journal ne dure que quelques mois, Torelli Viollier a déjà à l'esprit la création d'un nouveau quotidien et il poursuit son objectif avec ténacité. Fasciné par le modèle britannique, il pense à un quotidien totalement indépendant aussi bien de la Droite et de l'Association constitutionnelle, dont il se sent proche.
Jusqu'en 1875, la création d'un nouveau journal est empêchée par deux obstacles : l'absence d'un sponsor qui ne demande pas de contreparties politiques ou personnelles, le manque d'espace compte tenu que Milan dispose déjà de huit quotidiens : dans le camp modéré Il Secolo, dans le camp conservateur Il Pungolo et la Perseveranza qui font le plein de lecteurs.
La genèse du Corriere della Sera À la fin de 1875, ces deux obstacles commencent à vaciller : tout d’abord, la défaite électorale de la droite se profile et l'inévitable changement de pouvoirs. De plus, l'expérience à la tête du La Lombardia l'a rapproché de personnalités qui disposent de capitaux qui peuvent constituer les sponsors qu'il recherche.
Ce bouleversement politique donne naissance, au sein de la droite, à un modérantisme qui crée un espace politique dans lequel peut s'insérer un nouveau journal, empreint de valeurs de droite mais capable de dialogues et de confrontations constructifs avec la gauche. Pour cela, Il Pungolo et la Perseveranza sont trop intransigeants et compromis.
Torelli Viollier, avec le mot d'ordre « modération et médiation » commence à acquérir du crédit. Son non-engagement direct dans la politique se transforme en avantage. Sa ligne directrice de conciliation rassemble autour de son projet de nouveau journal la partie la moins disposée à se faire écarter de la droite milanaise. Il n'a pas l'investiture de l'Association constitutionnelle, mais même ceci est vu comme un avantage.
Autant dans le milieu politique, la nouvelle ligne éditoriale est favorablement pressentie, autant le milieu journalistique s'y oppose. Dans le journal concurrent Ragione, avant même sa sortie, le nouveau journal est critiqué. Le nouveau journal nait, donc, officiellement comme une initiative personnelle de Torelli Viollier, qui cependant, ne dispose pas de l'argent nécessaire.
En quelques jours – nous sommes déjà en 1876 – il trouve trois associés : Riccardo Pavesi, qui avait déjà acquis La Lombardia et qui avait placé Torelli Viollier à la direction et qui soutient le projet, anxieux de débuter en politique ; Riccardo Bonetti et Pio Morbio, tous deux avocats, que Pavesi a amené avec lui.
Bonetti entre dans l'entreprise par amitié pour Pavesi et les deux se retirent dès les premières difficultés. Pio Morbio, fils de l'historien Carlo, marquera involontairement la Corriere. En effet, sa sœur épouse Cristoforo Benigno Crespi qui, grâce à cette parenté, devient, quelques années plus tard, le propriétaire du journal.
En , les quatre hommes estiment pouvoir collecter liressoit euros de 2006, soit le minimum pour pouvoir débuter.
Il s'agit d'un montant assez faible si on considère que la publicité n'est pas une source importante d'entrées et qu'ils n'ont pas - à la différence des autres - des subventions ministériellesÀ l'époque, c'est presque une habitude, quelques années plus tard, avec Francesco Crispi, cela devient un véritable budget pour lequel sera créé un fond spécifique officieusement appelé le « fond des reptiles » ni l'appui financier de groupes industriels comme tous les autres titres. Torelli Viollier n'est pas en mesure de participer financièrement, n'ayant pas une lire à investir dans l'opération.
En réalité des lires nécessaires, les fondateurs n'en recueillent que . Au moment du choix du nom, ils optent pour Corriere rompant avec les traditionnels Avvisatore, Eco, Gazzetta et della Sera parce qu'imprimé en fin d'après midi.
Titta Torelli, frère d'Eugenio, devient le premier administrateur financier du Corriere sans percevoir de rémunération en raison du manque de capitaux. Le siège qui doit être prestigieux se trouve via Ugo Foscolo mais bénéficie de l'adresse Galleria Vittorio Emanuele 77 soit l'emplacement le plus prestigieux de Milan. La rédaction reste à cette adresse jusqu'au avant de se déplacer via San Pietro all'orto.
L'argent nécessaire pour se doter d'une imprimerie est bien sûr absent. Ils font appel à une imprimerie voisine de la via Marino, Enrico Reggiani. Les rapports entre la Corriere et Reggiani seront toujours empreints de méfiance et de confrontation.
Le coût du papier est élevé et Titta Torelli se rend immédiatement compte que, en considérant toutes dépenses, il y a de l'argent pour publier au maximum une année. Tout s'avère précaire et hasardeux mais la volonté d'Eugène est plus forte et l’enthousiasme ne manque pas.
le Corriere della Sera Le jour du lancement, le dimanche , exemplaires sont imprimés mais le tirage se limitera à seulement exemplaires soit le dixième du Secolo. La sortie a lieu le dimanche de Carême, les autres journaux ne sont pas sortis, ainsi le Corriere vend tous ses exemplaires.
Les abonnements s'élèvent dès le début à 500 pour un prix à Milan de 18 lires et 24 dans le reste du pays. À l'époque, les journaux sont essentiellement vendus par abonnement.
Le journal se compose de quatre pages, subdivisées en cinq colonnes.
En première page, on trouve l'éditorial de Torelli Viollier, Al Pubblico (au public), et le début du feuilleton qui se poursuit au fond de la seconde page. En quatrième page, il y a la publicité.
Les articles sont comme ceux des autres journaux, des nouvelles de seconde main issues de publications du Royaume (Fanfulla, Bersagliere, Gazzetta d'Italia…) et des reprises réalisées par la direction.
Le , treize jours après la sortie du premier numéro, le gouvernement tombe et il se profile un éventuel cabinet de gauche.