Chronologie des relations franco-britanniques lors de la crise de Fachoda1894 30 maiGabriel Hanotaux devient le ministre français des Affaires étrangères et Théophile Delcassé ministre des Colonies. 1895 17 janvier Félix Faure est élu président de la République française.189525 juin Lord Salisbury devient Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne. 1896 21 septembre Lord Kitchener et son armée anglo-égyptienne entrent au Soudan. 1897 Février Jean-Baptiste Marchand quitte le Congo pour le bassin du Nil. 1898 28 juin Théophile Delcassé est nommé ministre français des Affaires étrangères. 1898 10 juillet Jean-Baptiste Marchand atteint Fachoda. 1898 19 septembre Lord Kitchener atteint Fachoda et se retrouve face au drapeau français. 1898 12 novembre Jean-Baptiste Marchand reçoit l’ordre de retirer ses troupes. 1899 JanvierCondominium anglo-égyptien sur le Soudan. 1904 8 avril Signature des accords anglo-français dits de l’Entente cordiale.
La crise de Fachoda (en anglais ) est un incident diplomatique sérieux qui opposa la France au Royaume-Uni en 1898 dans le poste militaire avancé de Fachoda au Soudan (aujourd’hui, Soudan du Sud). Son retentissement a été d’autant plus important que ces pays étaient alors agités par de forts courants nationalistes.
Fachoda est située à 650 km au sud de la capitale soudanaise Khartoum. Entre 1865 — date de sa création — et 1884 — année de son démantèlement —, Fachoda est un poste militaire égyptien destiné à lutter contre les trafiquants arabes. Bien que désertée, la place reste le principal point de contrôle du Bahr el-Ghazal.
Depuis le départ des Britanniques après la révolte mahdiste de 1885, cette région du Soudan est convoitée par les principales puissances coloniales européennes : Royaume-Uni, France, Italie et Belgique. Ces dernières recherchent activement un débouché sur le Nil Blanc et, de la sorte, un point d’ancrage vers l’Égypte.
En effet, au-delà de l'intérêt stratégique de cette position, le vide créé par le départ britannique s’opère à un moment où le partage de l'Afrique est presque achevé et où les occasions d’acquisition de nouveaux territoires se font rares. Ainsi, les projets d’expansion français vers l’Est (pour relier l'Atlantique — Dakar — à la mer Rouge — Djibouti) et les projets britanniques d’extension du chemin de fer Le Cap - Le Caire, selon les vœux de Cecil Rhodes, se sont heurtés à Fachoda le . L'incident s'est déroulé dans un contexte d’extrême ferveur nationaliste de part et d’autre, qui laisse un moment craindre un conflit ouvertRoland Marx, Histoire de l’Angleterre, Fayard, Paris, 1993, 493 ..
Les rivalités européennes en Afrique
La fin du voit une multiplication des heurts et des différends territoriaux entre les deux principales puissances coloniales, principalement en Afrique. La France, installée à Madagascar, occupe une position stratégique sur la route des Indes par le Cap. Cette difficulté est toutefois réglée par la reconnaissance des droits britanniques sur Zanzibar par la France alors que, dans le même temps, un accord est signé en qui définit les zones d’influences françaises et britanniques dans la région du Niger.
La mainmise britannique sur l’Égypte
thumb|Égypte et Soudan britanniques. Sur cette carte de 1912, on peut repérer au sud, sur le Nil, le site de Fachoda (Kodok).
L’Égypte reste une question épineuse, car les deux États y ont des prétentions. Le Royaume-Uni ne peut se permettre de négocier avec la France alors que cette région lui est vitale sur la route des Indes. De son côté, la France a pris pied dans le pays depuis la campagne d'Égypte de Napoléon Bonaparte en 1798. Elle y est effectivement soutenue depuis 1811 par le pacha d’Égypte Méhémet Ali, théoriquement vassal du sultan de l'Empire ottoman mais concrètement souverain indépendant. En 1856, Saïd Pacha, descendant et successeur de Méhémet Ali, accorde d'ailleurs à Ferdinand de Lesseps la concession du futur canal de Suez, inauguré par l’impératrice Eugénie en 1869, malgré l’opposition britannique. La France, initiatrice du projet, acquiert 52 % des actions de la société d’exploitation du canal, et le khédiveLe titre de khédive peut être traduit par vice-roi ou souverain. Il a été attribué par le sultan à Ismaïl, le successeur de Saïd, par un firman de la Porte. 45 %. Ce canal, prouesse technique de 161 km de long, aux mains des Français, bouleverse considérablement la donne géopolitique. Le gouvernement britannique en est conscient et rachète, au nez et à la barbe de la France, dès 1875, les actions détenues par Ismaïl Pacha alors confronté à une grave crise financière. Il doit d’ailleurs abdiquer en faveur de son fils Tawfiq en 1879. Ce dernier, totalement soumis aux Européens, ne tarde pas à se heurter à une révolte menée par un militaire nationaliste, Ahmed Urabi.
En , le Royaume-Uni intervient militairement, mais seul, en Égypte. En effet, le cabinet Freycinet, désavoué par la Chambre menée notamment par Georges Clemenceau et Léon Gambetta, n’obtient pas les fonds nécessaires à une expédition conjointe, laissant désormais l’Égypte à la seule influence britannique. La France a beau multiplier les critiques face à une action unilatérale britannique, elle est de facto exclue du jeu en Égypte, où l’administration, l’armée et le khédive sont sous tutelle. D’ailleurs, l’intervention britannique à Fachoda s’effectue au nom, et sous les bannières du khédive.
La question soudanaise
thumb|left|150px|Mohammed AhmedDepuis le règne d’Ismaïl Pacha, le Soudan est sous influence égyptienne et soumis à une administration violente et corrompue. Mohammed Ahmed fomente les premiers troubles à partir de 1883 afin de libérer le Soudan des « Turcs » et des « Francs »Sous le terme de Francs, les musulmans regroupaient, depuis les croisades, tous les Européens.. Le Mahdi« Celui qui est guidé par Dieu ». Selon les musulmans, personnage messianique qui doit venir délivrer l’homme du mal. Plusieurs souverains musulmans prirent ce nom., à la tête de ses dervichesReligieux musulmans appartenant à une confrérie., donne à sa lutte et à son personnage un caractère sacré et divin.
En 1885, après la bataille de Khartoum au cours de laquelle le gouverneur général britannique Charles Gordon est tué, le Soudan tombe aux mains des troupes musulmanes et les forces anglo-égyptiennes sont chassées de la régionMarc Michel, Fachoda : guerre sur le Nil, 24.
La sanglante défaite italienne à Adoua face aux troupes de Ménélik II, le , est habilement exploitée par le Royaume-Uni comme prétexte à la reconquête alors que la France et la Belgique se font de plus en plus menaçantes sur le Soudan. De plus, les défaites britannique face aux mahdistes et italienne face aux Éthiopiens, pouvaient être considérées comme une réelle menace pour l’avenir de la colonisation. Horatio Herbert Kitchener, sirdarNom donné de 1882 à 1925 au général britannique commandant en chef de l’armée égyptienne. de l’armée égyptienne, reçoit l’ordre de mettre fin à la sécession mahdiste. Avec près de trois mille hommes et une trentaine de canonnières, il remonte la vallée du Nil, écrase les mahdistes à la bataille d'Omdurman près de Khartoum avant de poursuivre sa progression vers le Haut-Nil, où, le , il découvre le drapeau français flottant sur FachodaRoland Marx, Histoire de l'Angleterre 498..
L’expédition Marchand La mission Congo-Nil
En , Théophile Delcassé, alors ministre français des Colonies, ordonne à Victor Liotard, gouverneur du Haut-OubanguiL’Oubangui est une rivière de l’Afrique équatoriale, affluent du Congo. Le territoire du Haut-Oubangui recouvre en partie celui de l’actuelle république Centrafricaine., d’organiser une expédition vers le Haut-Nil. L'objectif est alors surtout de pousser les Britanniques à faire quelques concessions sur le statut de l’Égypte.
vignette|Tirailleurs de la mission Congo-Nil.
En , sir Edward Grey, sous-secrétaire d’état aux Affaires étrangères, déclare que l’éventualité d’une mission française dans la région serait un . Gabriel Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, réfutant les accusations britanniques, reçoit toutefois dès juillet le capitaine d’infanterie de marine Jean-Baptiste Marchand afin d’étudier avec lui le projet d’une éventuelle expédition vers Fachoda dont le caractère stratégique quant à l’installation d’un barrage sur le Nil a été démontré par le polytechnicien français Alexandre Prompt. Au mois de septembre de la même année, un remaniement ministériel voit le départ de Théophile Delcassé au profit d’Émile Chautemps qui suspend aussitôt l’expédition de Victor Liotard. La rupture est évitée de peu avec Londres mais le double jeu de la France est manifeste.
vignette|Passage de la mission Marchand à Loango.
Tout au long de l’année 1895, Jean-Baptiste Marchand se heurte à l’instabilité ministérielle et ne peut faire adopter son projet. Ce n’est que le , avec l’appui du président Félix Faure et du lobby colonial, que l’explorateur obtient l’accord officiel ainsi que le financement de l’opération. Le retour de Gabriel Hanotaux en avril lui permet d’accélérer les préparatifs de départ vers le Congo français. Afin, sans doute, de ménager le gouvernement britannique, le gouvernement français avait déclaré que la mission Marchand n’était pas et qu’elle était une expédition . Malgré le caractère secret de celle-ci, les journaux ainsi que les diplomates étrangers sont parfaitement au courant du projet en raison des nombreuses négligences de l’administration française.
Parti le de Marseille, Jean-Baptiste Marchand débarque un mois plus tard à Loango. Rien n’est pourtant joué car, dans le même temps, une expédition belge est elle aussi en route. Commandée par le baron Francis Dhanis, elle part de Stanleyville dans l'État indépendant du Congo en avec cinq mille fantassins indigènes et trente-sept canons, en direction de Fachoda. Elle atteint le lac Albert en . En avril, cependant, l'avant-garde se rebelle. Les hommes de l'ethnie des Tetela se retournent contre leurs officiers. Le , ils attaquent le gros de la colonne indigène qui se range du côté des assaillants. Les Belges mettent trois ans à réprimer cette révolte.
De son côté, ce n’est qu’après deux années d’un très difficile voyage à travers la forêt tropicale (opposition de Pierre Savorgnan de Brazza, expédition par la terre trop risquée car en proie à des guerres tribales, utilisation de deux bateaux à vapeur le Faidherbe et le Duc d'Uzès démontés pièce par pièce pour les transporter jusqu'aux marécages de Bahr el-Ghazal qu'il faut traverser, puis affrètement de trois baleinières…), en compagnie de douze officiers et sous-officiers européens- le capitaine Marcel Joseph Germain - le capitaine Albert Baratier - le capitaine Charles Mangin - le capitaine Victor Emmanuel Largeau - le lieutenant Félix Fouque - l'enseigne Dyé - le médecin major Dr Jules Emily - l'adjudant De Prat - le sergent Georges Dat - le sergent Bernard - le sergent Venail - l'interprète militaire Landerouin, cent cinquante tirailleurs sénégalais et plusieurs milliers de porteurs razziésPierre Pellissier, Fachoda et la mission Marchand : 1896-1899, éd. Perrin, 2011 , que Jean-Baptiste Marchand atteint Fachoda le Le lieutenant Gouly est décédé de maladie et de soif pendant l'expédition et le lieutenant Simon, malade, est rapatrié en France et décède à son arrivée. Marchand hisse le drapeau tricolore et rebaptise Fachoda Fort Saint-Louis.
thumb|Mission Marchand, itinéraire.
Deux autres expéditions devaient le rejoindre depuis l'Abyssinie mais ne purent le faire faute d'une logistique suffisante. Cependant, deux membres de l'une d'entre elles se trouvaient à Fachoda, en compagnie du Negusse Negest d'Abyssinie, quarante jours avant l'arrivée de Jean-Baptiste Marchand.
Mission Julien