Denys Auguste Affre, né à Saint-Rome-de-Tarn (Aveyron), le , et mort à Paris, le , est le archevêque de Paris.

Biographie

Denys-Auguste Affre est né le , à Saint-Rome-de-Tarn, en Aveyron. Son père était avocat au Parlement de Toulouse. Il est le deuxième d’une famille de sept enfants. Il est baptisé dans la maison paternelle par un prêtre réfractaire. A l’aube de la période impériale, entre 1804 et 1807, il réalise ses études au Collège de Saint-Affrique. Il poursuit son cursus au séminaire Saint-Sulpice à Paris (alors sous la direction de son oncle Pierre-Denis Boyer), jusqu’en 1815. Son parcours académique achevé, le , il est admis dans la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Dans le prolongement, il est envoyé à Nantes, où il enseigne la philosophie, en attendant de pouvoir satisfaire à la condition d’âge requis pour l’ordination sacerdotale. Le , il est ordonné prêtre par Monseigneur de Quélen, alors auxiliaire du cardinal-archevêque de Paris. Il décide l’archevêque à confier la chaire de Notre-Dame à Lacordaire..

Établi à Paris, il est nommé professeur de Dogme, au séminaire d’Issy. En 1820, il part se reposer en famille, avant de revenir à Paris, où il devient aumônier de l’hospice des Enfants trouvés. A cette même époque, il fonde un hebdomadaire, La France chrétienne, Journal religieux, politique et littéraire. Très tôt, il réfute les thèses de Lamenais, 1822, il est nommé chanoine et vicaire général du diocèse de Luçon. De 1823 à 1834 il est vicaire général du diocèse d’Amiens, office qu’il poursuit dans le diocèse de Paris, de 1834 à 1839. Il soutient fermement les fondateurs, libéraux et sociaux et républicains, de l’Ere Nouvelle.

Le , il est évêque coadjuteur nommé du diocèse de Strasbourg. Néanmoins, la mort de Hyacinthe-Louis de Quélen le , ne lui permet pas de partir, nommé premier vicaire capitulaire de Paris et chargé de l’administration du diocèse. Le , alors que se déploie le régime de la monarchie de Juillet, il est nommé archevêque de Paris et sacré, le , en la cathédrale Notre-Dame.

Expert en droit canonique, intellectuellement porté vers le droit public et de manière particulière très enclin à l’étude des relations Église Etat, son fort caractère, ses convictions ancrées et son « tempérament de combattant »Lustiger (J.-M.-A.), Introduction, in p. 6 le conduisent, à l’époque où s’appliquent les Articles organiques, à toujours défendre l’indépendance de l’Église à l’encontre des ambitions politiques promues par les autorités instituées. Sa position forte se manifeste à l’égard notamment des biens temporels de l’Église, dont il n’a de cesse de revendiquer la propriété au profit de l’Église face aux constants assauts de l’Etat.

Vis-à-vis de l’Église, il se montre attaché aux principes gallicans, en ce sens qu’il veut affirmer l’autorité épiscopale. Ainsi, il souhaite renouveler la collégialité épiscopale ou encore maintenir la volonté de conserver la liturgie propre au diocèse de Paris.. Ces ambitions lui valent la critique de la nonciature, en la personne de Raffaele Fornari. Pour autant, l’archevêque de Paris demeure en pleine communion avec le Saint-Siège. Denys Affre s’emploie aussi à réorganiser dans son diocèse l’administration, la justice, les finances et surtout, sans doute, la formation du clergé, pour laquelle il manifeste un très grand intérêt. Encore, il se montre très attentif à l’éducation religieuse des laïcs. Sa grande activité pastorale se manifeste notamment par l’ampleur de sa bibliographie.

Dans l’exercice de cette charge, Denys Affre se signale par l’amélioration des études ecclésiastiques et pour la liberté de l'enseignement. On lui doit la création de l’école des Carmes et de l’école de théologie de la SorbonneCette école de théologie sera fermée sur ordre de Jules Ferry en 1885. Soucieux de l'évangélisation du prolétariat, il ouvre de nombreuses paroisses ouvrières, comme celles de Ménilmontant, Plaisance, Petit-Montrouge, Maison-Blanche, Petit-Gentilly, Notre-Dame de la Gare, Billancourt, Gros-Caillou ou encore Sainte-Clotilde.

thumb|left|Monseigneur Affre sur la barricade, faubourg Saint-Antoine le 26 juin 1848 (Joseph Félon, 1849 - musée Carnavalet).

Pendant les insurrections de juin 1848, il croit que sa présence près des barricades peut être un moyen de ramener la paix. Il en fait part au général Louis Eugène Cavaignac, qui le met en garde contre les dangers qu’il court. Le , les tirs ayant cessé à sa demande, il apparaît sur la barricade à l’entrée du faubourg Saint-Antoine, accompagné par M. Albert, de la Garde nationale, habillé comme un ouvrier et arborant une branche verte en signe de paix, et par Pierre Sellier, un domestique qui lui est dévoué. Ses deux vicaires généraux, Antoine Jaquemet et Jules Ravinet, futurs évêques de Nantes et de Troyes, sont également présents sur les lieux mais auraient été séparés de lui dans la confusion généraleVoir partie Documents Annexes dans . Dans le tableau de Jean-Jacques Champin La place de la Bastille et la barricade à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, le 25 juin 1848, conservé au musée Carnavalet, le peintre a représenté Affre s'avançant fatalement vers la barricade.

Il est accueilli dans la stupeur, mais à peine a-t-il prononcé quelques mots que les hostilités reprennent et qu’il est atteint par un coup de feu. On le conduit au presbytère de Saint-Antoine et il est ramené le lendemain à l'hôtel Chenizot au 51 rue Saint-Louis-en-l'Île, devenu sa résidence depuis 1846, où il meurt le , vers du matin.

L'archevêque a vraisemblablement été touché par une balle perdue, sans qu'on sache avec certitude de quel côté celle-ci provenait : , écrit ainsi Le NationalLe National du , cité dans .. Prudent, le Journal des Débats publia ces lignes :

Dans son édition des Choses vues, de Victor Hugo, Hubert Juin cite, en une note de bas de page, le témoignage suivant : Ce sont les insurgés qui portent le blessé aux Quinze-Vingts sur un brancard de fusils entrecroisés..

Il est transporté blessé jusqu'à la chapelle de l'hôpital des Quinze-Vingts. Ses dernières paroles sont une citation de l'évangile de Jean suivie d'un appel à la paix : Monseigneur Affre sur lagouttedor.net. Le lendemain, l'Assemblée nationale vote l'hommage suivant :

Les obsèques officielles ont lieu le . Le cœur de l'archevêque est ensuite placé dans une urne pour être gardé dans la chapelle des Carmes à Paris.

Distinction

().

Toponymie En , le village colonial de Oued Rehan (sud de Miliana), en Algérie, est nommé Affreville en l’honneur du prélatHommage à Monseigneur Affre sur alger-roi.fr..

À Paris, il existe depuis 1864 une rue Affre, dans le .

À Nantes, la rue Affre longe la basilique Saint-Nicolas.

On trouve également une rue Affre à Toulouse, une rue Denis-Affre à Saint-Affrique une rue Denis-Affre à Millau et à Rodez, et une avenue Denis-Affre à Saint-Rome-de-Tarn.

Hommages et iconographie

À l'occasion des jubilés de la mort de Denys Affre, des commémorations ont lieu à Saint-Rome-de-Tarn, en présence d'autorités civiles et religieuses et de la famille Affre. Les cent-cinquante ans ont été célébrés le , entre autres, par le cardinal Jean-Marie Lustiger..

De très nombreuses médailles ont été frappées en 1848 et 1849 pour commémorer la mort tragique de l'archevêque de Paris. Le musée Carnavalet en conserve plusieurs dizaines.

Le tombeau de Denys Affre est toujours visible à la cathédrale Notre-Dame de Paris, dans la chapelle Saint-Denis, située au Sud du chœur. Le gisant, œuvre du sculpteur Auguste-Hyacinthe Debay, représente Denys Affre au sol, mortellement blesséPhotographie du tombeau de Affre à Notre-Dame de Paris, 1908..

À Affreville, une statue due au sculpteur algérois André Greck est inaugurée en . Elle représente Affre au moment où il est frappé par la balle. Cette statue est démontée en 1964 pour être installée à Saint-Rome-de-Tarn, sa ville natale. Une plaque est d'ailleurs apposée sur sa maison natale.

La ville de Rodez abrite également, depuis la fin du , une statue similaire, due au sculpteur Jean-Auguste Barre (Thiébaut fondeur).

Au séminaire des Carmes, une stèle rend hommage à Denys Affre, son fondateur.

Un vitrail représentant Affre est visible à l'église Saint-Roch de Paris, dans la chapelle de l'AdorationRevue d'archéologie moderne et générale, 3, 32 ; . Il n'est pas représenté dans l'action de sa mort, mais « en majesté », ce qui est rare. Dans l'église Sainte-Marguerite, un vitrail commémore sa mort, sans le représenter.

Le , pour le centenaire de sa mort, un timbre postal d'une valeur faciale de (avec supplément de ) est émis, le représentantTimbre français de Affre, 1848 sur wikitimbres.fr. Consulté le 5 décembre 2015..

Robert-Victor, poète, reçoit en 1857 une médaille en argent à l'effigie de de l'Académie universelle des arts et manufactures, sciences, musique, belles-lettres et beaux-arts de Paris, pour un poème à la mémoire de Denys AffreLe martyr des barricades.

Publications

Articles Divers articles dans La France chrétienne

Ouvrages - Correspondance De l’appel comme d’abus : son origine, ses progrès et son état présent ; suivi d’un écrit sur l’usage et l’abus des opinions controversées entre les gallicans et les ultramontains, Paris, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires,1845. De l’usage et de l’abus des opinions controversées entre les ultramontains et les gallicans, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1845. Du christianisme à l’École normale, à l’occasion d’un écrit de M. Saisset, par un ancien professeur de philosophie, Paris, Poussiegue-Rusand, libraire, 1845. Essai historique et critique sur la suprématie temporelle du pape et de l’Église : Ouvrage dans lequel on examine l’origine, les progrès et la décadence concernant les rapports de l’autorité religieuse avec les gouvernements civils, et où l’on répond aux trois derniers écrits de M. de la Mennais: De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre politique et civil (1826); des progrès de la révolution et de la guerre contre l’Église (1829); Lettre à Monseigneur l’Archevêque de Paris (): on y joint les Déclarations du Clergé de France sur les droits respectifs de l’autorité civile et plusieurs autres pièces importantes, Amiens, Caron-Vitet, 1829. Introduction philosophique à l'étude du christianisme, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1845. Lettre adressée au rédacteur de l’”Ami de la religion et du roi”, à l’occasion des attaques du “Mémorial” contre l’Essai historique sur la suprématie temporelle du pape et de l’Église, Amiens, Caron-Vitet, 1829. Mémoire adressé au roi par les évêques de la province de Paris. Lettre de M. le Ministre des cultes à l’archevêque de Paris. Réponse de l’Archevêque de Paris au ministre des cultes, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1844. Mémoire sur l’enseignement philosophique, adressé à la Chambre des Pairs par M. l’Archevêque de Paris, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1844. Nouvel essai sur les hiéroglyphes égyptiens, d'après la critique de M. Klaproth sur les travaux de M . Champollion jeune, Paris, Ad. le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1834 Observations sur la controverse élevée çà l’occasion de la liberté d’enseignement, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1843. Simple exposé sur la situation des communautés religieuses de Paris, considérées dans leur rapport avec le droit d’association, la liberté de conscience, l’intérêt de l’Etat, des travailleurs et des familles, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1848. Traité de l’administration temporelle des paroisses suivi d’une table chronologique qui renferme le texte des principales lois et d’un grand nombre de décrets et d’avis du Conseil d’Etat, Paris, Ad. Le Clerc et Cie, Imprimeur-Libraires, 1827.