Marcelle Gauvreau, née le à Rimouski et morte le , est une naturaliste, botaniste, pédagogue, vulgarisatrice, bibliothécaire et enseignante québécoise.
Pionnière, elle est la première francophone au Canada à obtenir un diplôme de maîtrise en sciences naturelles, en 1939. Fille du docteur Joseph Gauvreau, l’un des fondateurs de la Ligue des droits du français, et protégée du frère Marie-Victorin, avec qui elle cultive une étonnante correspondance sur la sexualité humaine, elle se consacre à la vulgarisation scientifique en français et à l’éducation populaire.
C’est dans cette optique qu’elle publie des ouvrages (notamment Plantes curieuses de mon pays, 1943), apparaît fréquemment dans une panoplie de journaux, de revues scientifiques et d'émissions radiophoniques, contribue à la rédaction de la Flore laurentienne (1935), enseigne à l'institut botanique de Montréal et fonde l’École de l’Éveil, une institution vouée à l’initiation des enfants de quatre à sept ans à l’histoire naturelle.
Biographie
Enfance et formation
Marcelle Gauvreau naît le , à RimouskiLouise Chauvette, Marcelle Gauvreau (1907-1908). Biographie d'une Québécoise scientifique au milieu du , mémoire de maîtrise (histoire), Université du Québec à Montréal, avril 1991, p. 63.. Issue d'une famille de dix enfants (cinq garçons et cinq filles), elle est la fille du docteur Joseph Gauvreau et d'Augustine L'Arrivée. Son père est un éminent médecin rimouskois issu « d'une des plus vieilles et respectables familles » de la ville. Son grand-père maternel pratiquait le notariat à Rimouski. La famille de Marcelle Gauvreau compte plusieurs ecclésiastiques, notamment Antoine Gauvreau (1841-1870), qui fut curé à Saint-Anne-de-Beaupré, à Lévis et à Saint-Roch-de-Québec avant de devenir évêque. Le frère de Marcelle Gauvreau, Jean-Marie, fonde l'École du meuble de Montréal. Son frère Louis est quant à lui dessinateur de meubles. Plus tard, ces derniers s'occuperont de meubler l'École de l'Éveil. Fait notable, Marcelle Gauvreau compte parmi ses neveux le cinéaste Claude Jutra. vignette|upright|Joseph Gauvreau en 1931. Outre le fait d'être un précurseur de l'hygiène publique et un historien renommé (il obtient notamment, en 1926, le prix David pour un livre consacré à Michel Sarrazin), Joseph Gauvreau est un nationaliste acharné. Il est aussi l'un des premiers membres à vie de la Société canadienne d'histoire naturelle (SCHN). Actif au sein des Cercles des Jeunes naturalistes (CJN), Joseph Gauvreau côtoie d'importantes personnalités scientifiques, littéraires et nationalistes de l'élite francophone, notamment le Frère Marie-Victorin, un éminent naturaliste et un ecclésiastique avant-gardisteChauvette, p. 66..
Si sa fille, timide et réservée, ne partage pas son caractère, elle a certainement hérité de son intérêt pour la science. En 1909, alors que Joseph Gauvreau vient de perdre un bras dans un accident, la famille déménage à Montréal, sur l'avenue Mont-Royal Ouest (Mile-End)Chauvette, p. 68.. Ce faisant, on espère améliorer la santé de la jeune Marcelle, dont la constitution est fragile. Dans cette optique, le docteur Gauvreau achète une maison de campagne et une terre à Rivière-Beaudette (comté de Soulanges) en 1910. De ce cadre bucolique, Marcelle Gauvreau gardera des souvenirs empreints de nostalgie: « Quoi de mieux en effet pour la santé que des vacances dans le foin odorant, ou sur une gentille rivière ombragée de saule gigantesque ? Vivre tranquillement en regardant la nature; écouter le chant des oiseaux; cueillir des fleurs... ». Elle dira que c'est à Soulanges qu'elle a trouvé sa vocation et, à la mort de son père, en 1942, elle héritera d'une partie du domaine familial de Rivière-Beaudette. Chaque été, deux fois par semaine, les enfants Gauvreau y seront initiés à la botanique par M. Houle, professeur de sciences naturelles. La jeune Marcelle avait alors déjà des opinions tranchées quant à la pédagogie en botaniqueChauvette, p. 69.:
vignette|Un dortoir du pensionnat Mont Sainte-Marie. C'est toutefois à Montréal que Marcelle Gauvreau entame des études plus formelles. En 1913, à l'âge de six ans, elle est inscrite à l'Académie Saint-Urbain, administrée par les sœurs de la congrégation de Notre-DameChauvette, p. 70.. Entre 1913 et 1920, elle est à l'Académie du Boulevard, dirigée par les religieuses de Sainte-Anne puis, de 1920 à 1924, elle complète une formation en Arts et Sciences au couvent Mont-Sainte-Marie (aussi administrée par la Congrégation de Notre-Dame de Montréal). La joie de la jeune diplômée, alors âgée de , sera toutefois de courte durée puisqu'elle tombe gravement malade: Marcelle Gauvreau passe tout près d'être emportée par la tuberculoseChauvette, p. 71.. Après une longue convalescence, elle se remet sur pied mais gardera toute sa vie de graves séquelles de la maladie.
En 1929, Marcelle Gauvreau s'inscrit à la faculté de Lettres et de Philosophie de l’Université de Montréal mais abandonne le programme un an plus tard, alors qu'elle décide se consacrer une bonne fois pour toutes à l’étude des sciences de la nature. Le , elle s’inscrit officiellement comme étudiante à temps plein à l’institut botanique de l'université de Montréal, créé par Marie-Victorin en 1920. En 1932, Gauvreau y obtient un certificat de botanique générale et un certificat de botanique systématique. De 1933 à 1935, elle suit les cours de zoologie et de pédagogie des sciences naturelles du professeur Henri Prat et ceux de paléobotanique, de botanique économique, de biologie générale et du Frère Marie-Victorin. Sous les conseils de ce dernier et parallèlement à ses études en sciences naturelles, Marcelle Gauvreau suit une formation en bibliothéconomie à l’Université McGill afin de s'occuper de la bibliothèque de l'Institut de botanique. Elle se lance ensuite dans des études de deuxième cycle. Sous la direction de Jules Brunel, elle entame la rédaction d’un mémoire sur les algues marines du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent. En 1939, elle devient la première femme Canadienne française à obtenir un diplôme de maîtrise en sciences naturelles. Son mémoire sera publié par le Jardin botanique en 1956, sous le titre Les algues marines du Québec.
Carrière scientifique
Le Jardin botanique et l'enseignement Parallèlement à ses études et après avoir terminé sa formation, Marcelle Gauvreau collabore aux travaux du Frère Marie-Victorin, notamment en élaborant le glossaire et l’index de la Flore laurentienne (1935), son œuvre maîtresse. Plus tard, à la demande du professeur Jacques Rousseau de l’Institut botanique, elle produit une bibliographie exhaustive des écrits de son mentor. Elle sera sa secrétaire entre 1933 et 1939. Leurs destins seront intimement liésChauvette, p 90.. vignette|Marie-Victorin et Henry Teuscher dans une serre du Jardin botanique de Montréal, 1936. Au début de sa carrière, Marcelle Gauvreau travaille à l'Institut botanique. Elle est la première bibliothécaire de l'histoire de l'institution et occupe également un poste d'assistante, en plus d'être secrétaire au Service éducationnel du Jardin botaniqueChauvette, p. 92.. Cette implication s'effectue dans un contexte politique difficile, comme l'explique Louise Chauvette dans son mémoire de maîtrise portant sur la botaniste québécoise:
Par la suite, à partir de 1936, Marcelle Gauvreau est enseignante au Collège de Sillery, à QuébecChauvette, p 91.. À la demande de Mère Marie-des-Anges, sœur de Marie-Victorin, Gauvreau met sur pied un cours de méthodologie des sciences naturelles. Il est destiné aux sœurs de la congrégation de Jésus-Marie, qui viennent des quatre coins du Canada et des États-Unis pour y assister. Durant toute sa carrière, Marcelle Gauvreau travaillera en étroite collaboration avec les congrégations religieuses, notamment pour réviser leurs cours scientifiques et proposer des améliorations aux textes. Pour le compte de la Commission des écoles catholiques de Montréal et leurs élèves du primaire et du secondaire, elle organise des séances de démonstration pratique sur le terrain ou dans des serresChauvette, p. 94.. Gauvreau participe également à l'élaboration de cours d'histoire naturelle offerts gratuitement au public du Jardin botanique. À partir de 1940, elle enseigne à l'Institut botanique aux côtés de Jacques Rousseau, Jules Brunel, Roger Gauthier, le docteur Georges Préfontaine et Jacques Dansereau. L'été, ils organisent des voyages aux quatre coins du Québec sous la direction de Marie-Victorin.
Marcelle Gauvreau voyage d'ailleurs à plusieurs reprises dans le cadre de ses fonctions. Elle commence par Québec, où elle visite le Musée provincial et le Jardin zoologique, puis part pour New-York, Boston, la Nouvelle-Orléans, Los Angeles ou WashingtonChauvette, p. 93.. Plus tard, en 1954, elle embarque pour l'Europe: la France, la Suisse et les Pays-Bas. Ces séjours visent principalement à étudier les services éducationnels des lieux visités: expositions, musées d'histoire naturelle, bibliothèques, planétariums, jardins botaniques et zoologiques, etc.. Marcelle Gauvreau s'inscrit à des cours et effectue des entrevues avec des directeurs de services pédagogiques. Elle s'intéresse particulièrement aux services pour les enfants et présente au Jardin botanique un rapport élaboré issu de ses recherches. C'est que, de retour au Québec, la botaniste compte se dédier à un pan spécifique de la pratique scientifique: la vulgarisation.
La vulgarisation scientifique, un engagement En 1935, sous les conseils de Marie-Victorin, Marcelle Gauvreau fonde l'École de l'Éveil, une institution vouée à « allumer la curiosité et développer l'esprit d'observation aux sciences naturelles des enfants de quatre à sept ans »Chauvette, p. 88.. On souhaite transmettre aux jeunes élèves l'amour de la nature. Le programme, axé sur la pratique et l'exploration des grands espaces, inclut des excursions à la campagne, afin que les enfants puissent élaborer des collections de plantes, d’insectes et de minéraux. Durant les premières années, les cours, d’une durée d’une heure et pour une vingtaine d'enfants, ont lieu dans un salon de l’Hôtel Pennsylvania, sur la rue Saint-Denis, en face de l’Université de Montréal. L'école s'installe ensuite au Jardin botanique, de 1939 à 1957, avant de déménager à l'Institut Cardinal-Léger, rue Beaubien, puis à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. Plusieurs autres succursales ouvriront leurs portes, notamment à Ville d’Anjou, Duvernay, Rivière-des-Prairies, Rosemont et Saint-Léonard. Jusqu'à sa mort, Marcelle Gauvreau s'y consacre et en fait sa prioritéChauvette, p. 89.. vignette|Marcelle Gauvreau en 1939. Marcelle Gauvreau est rédactrice de la chronique mensuelle des Cercles des Jeunes Naturalistes (CJN), publiée dans la revue L’Oiseau bleu, affiliée à la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB). Elle y collabore jusqu’en . De 1938 à 1954, elle rédige une chronique hebdomadaire au sujet des CJN dans le journal Le Devoir. Elle publie également dans Paysana, La Famille, La Voix nationale, L'Enseignement primaire, Intérium, L'Action catholique, La Province, L'Écho du Bas-Saint-Laurent, Le Droit, La Presse et Le Quartier latinChauvette, p. 97.. Avant-gardiste, elle ne se cantonne pas aux journaux et tire profit des nouvelles technologies, notamment la radio. En effet, elle devient une invitée régulière des émissions de la Société Radio-Canada: Réveil rural, Fémina, Cité des plantes ou encore Les merveilles de la natureChauvette, p. 95.. Outre le fait d'initier le grand public aux sciences naturelles, c'est l'occasion pour la botaniste de donner ses perspectives sur la place des femmes dans la sphère scientifique:
Femme de son époque, elle s'intéresse aussi aux rapports entre la science et la « nature féminine »Chauvette, p. 96.: