L’Ensemble théâtral mobile est une compagnie théâtrale belge, née après la fermeture du théâtre du Parvis et dirigée par Marc Liebens. Elle est également connue sous l'acronyme ETM.
Cette compagnie a joué un rôle majeur dans le mouvement du Jeune Théâtre belge. Sur le plan des auteurs, l’ETM a révélé Michèle Fabien et lui a valu un prix triennal du Théâtre ; il a mis en évidence des écrivains comme Jean Louvet et René Kalisky ; sur celui des comédiens il a offert une Ève du théâtre à Janine Patrick, Sylvie Milhaud et Patrick Descamps ; il a marqué de jeunes acteurs comme Nathalie Cornet. L’Ensemble théâtral mobile a influencé durablement toute une génération d’artistes.
Genèse
L'Ensemble théâtral mobile est directement issu de l'aventure du théâtre du Parvis : après la disparition de celui-ci pour cause de non-reconduction de la convention qui le liait à la commune de Saint-Gilles, l'équipe du Parvis se trouve sans lieu de travail mais bien décidée à continuer sa pratique théâtrale. La filiation entre les deux compagnies est telle que le premier numéro des Cahiers théâtre Louvain, publié en 1975 à l'occasion de la création dUne maison de poupée de Henrik Ibsen au Festival du jeune théâtre de Liège, indique : alors que les trois premières pièces citées ont été créées par le Parvis et sont antérieures à la création de l'ETM.
L'équipe L'ETM reprend des piliers du Parvis ; le conseil d'administration de l'association comprend Marc Liebens, Janine Patrick et Yvon-Marie Wauters auxquels s'ajoutent Jean Louvet, un auteur qui a été joué au Parvis et qui a considérablement influencé sa pratique, et le couple de dramaturges Michèle et Jean-Marie Piemme. Le comptable du Parvis, Jean Crick, reste celui du Parvis.
Pour les intervenants aux spectacles, les contrats sont généralement conclus par spectacle mais la majorité des intervenants travaille à plusieurs reprises avec Liebens qui fait principalement appel, dans un premier temps, à des artistes qui ont travaillé au Parvis.
+Exemples d'intervenants engagés à deux ou plusieurs reprisesD'après ASP@sia, banque de données des Archives et Musée de la littérature, nombre établi en fonction des créations de spectacles sans tenir compte des reprises ou des re-créations d'une même pièce. Nom Au T.P. À l'ETM FonctionJanine Patrick681970InterprèteCatherine Bady531970InterprèteClaude Koener741970InterprètePhilippe van Kessel621970InterprèteNicole Hanot361970Scripte, interprète, chorégraphe + administratrice de 1985 à 1991Jean-Luc Debattice 531972Interprète + musiqueJacques Herbet511972SonChantal Lempereur231972InterprèteGuy Pion131972InterprèteClaude Lemaire251972Scénographie, costumes et/ou décorMarie-Luce Bonfanti221972InterprèteStéphane Excoffier21974InterprèteAndré Lenaerts31975InterprèteChristian Léonard31975InterprèteMichel Boermans91978Régie, scénographie, décor, direction techniqueVéronique Peynet31978InterprèteColette Huchard41980costumièreCarmela Locantore21980InterprèteDominique Boissel61980InterprèteEstelle Marion21980InterprètePhilippe Hekkers81981Décor, scénographieFrancine Landrain31982InterprèteFrançois Sikivie21982InterprèteSylvie Milhaud31982InterprèteMichel Cheval61983RégieMichel Van Slype41983RégieJo Deseure31985InterprètePatrick Descamps21985InterprèteJean Dautremay21987InterprèteFranck Thévenon111988ÉclairagesJacques Gabel31988Décor, costumesJan Boute91988RégieNathalie Cornet101988InterprèteAndré Baeyens41991InterprèteLuc Van Grunderbeeck21991InterprèteFrançois Beukelaers21998Interprète
La pratique théâtrale Les Piemme, tous deux diplômés de l’université de Liège, connaissent les théories de Louis Althusser et de la déconstruction développée, notamment, par Jacques Derrida ; ils orientent la lecture des textes et aident Marc Liebens à approfondir son travail sur le signe visuel tout en faisant un théâtre de critique sociale et en montrant les rapports de force sociaux qui se trouvent dans les textesNancy Delhalle, Changer de théâtre, changer de monde. Les pratiques théâtrales des années 1970 dans le théâtre belge francophone, CHTP-BEG, 18, 2007, pdf en ligne, consulté le 7 aout 2011.. Ils font de la recherche documentaire historique sur les textes et de la recherche en sciences humaines pour proposer au metteur en scène et aux acteurs différentes possibilités de lecture du texte et pistes de travailNancy Delhalle, « En quête d’un langage scénique » dans Alternatives théâtrales, 90-91, octobre 2006..
Les comédiens, dans un premier temps, ne savent . La fonction de dramaturge, fréquente en Allemagne, est en effet peu courante, et controversée en Belgique.
Première phase
Le trio Marc Liebens-Michèle Piemme-Jean-Marie Piemme constitue la base de l’ETM dans une première phase. La jeune femme n’est pas issue du même milieu social et raisonne différemment des deux hommes qui font barrage. . La compagnie joue au Rideau de Bruxelles, au festival d’Avignon, au théâtre du Nouveau Carré et au Carré Silvia-Monfort, au Centre Beaubourg à Paris, à Copenhague, dans de nombreuses villes de Wallonie (Liège, Morlanwelz, La Louvière, Pont-à-Celles, Lodelinsart, Louvain-La-Neuve, Godarville, Haine-Saint-Pierre, Feluy, Charleroi, Woluwe-Saint-Pierre, Mont-Sainte-Aldegonde, Lobbes, Thy-le-Château, Tournai, Marche-en-Famenne, Arlon) et de Bruxelles, justifiant pleinement l’adjectif « mobile » de son nom.La Double Inconstance de Marivaux est créée le 8 novembre 1974 dans le petit théâtre du palais des Beaux-Arts de Bruxelles, dans un décor de miroirs qui démultiplient l’image des acteurs, empêchant le spectateur s’identifier à un personnage précis et supprimant les références à l’habituel jeu de scène marqué par la différence entre les paysans et la cour d’un prince manipulateur dans une double histoire d’amour. Les dramaturges mettent en évidence la proximité de comportement et de pensée du prince et d’Arlequin ; ce dernier ne se distance des puissants que par une critique qui traduit un point de vue bourgeois appelé à se substituer aux valeurs aristocratiques. Les acteurs doivent, par leur jeu et en recourant à la distanciation brechtienne, parvenir à faire comprendre au spectateur . Le spectacle est fort bien reçu par la presse qui ne peut toutefois s’empêcher de regretter de n’y pas trouver ce qu’elle a l’habitude de voir lorsqu’on joue du Marivaux.Le Train du bon Dieu est une lecture-spectacle (avec mise en espace et mémorisation du texte) créée en deux semaines de répétition au théâtre de Poche avec douze comédiens vêtus de jeans et de chemises, et douze chaises pour décor, à partir de la dramaturgie des Piemme. Lucien Attoun ayant invité à l’ETM à présenter un spectacle dans la chapelle des Pénitents blancs du 18 au 21 juillet 1975, le choix s’est porté sur la toute première pièce de Louvet (en version remaniée d’une œuvre qui n’avait été jouée qu’à La Louvière), car l’ETM souhaite . Là encore, le spectacle est favorablement accueilli.Maison de poupée, qui suit cette incursion dans le théâtre belge, poursuit le travail critique sur les pièces du répertoire par une version scénique de Michèle Piemme de la pièce de Henrik Ibsen. L’évolution du personnage central, Nora (interprétée par Janine Patrick), communément considéré comme la naissance d’une figure féministe, est analysé comme un discours bourgeois sur la liberté et l’épanouissement de l’individu. L’ETM traite aussi de la théâtralisation : Le texte se présente comme une succession de scènes qui forment un catalogue des formes théâtrales et les dramaturges (Piemme et Jean Louvet) montrent l’appartenance des personnages aux figures archétypales littéraires ou psychanalytiques. Le spectacle commence par deux extraits de La Traviata ; le décor de Claude Lemaire est composé de tréteaux, d’un salon bourgeois, de voilures ; le jeu des comédiens est stylisé voire formel. L’ tourne longuement et est également apprécié partout, amenant .Conversation en Wallonie est la quatrième pièce de Louvet montée par Marc Liebens qui impose l’auteur dans le champ littéraire belgeJean Louvet, L’aménagement, Lansman, 1990, 94 p., 87.. L’idée de la pièce a germé à partir d’une conversation entre les deux hommes où Louvet a confié un souvenir : après sa première candidature en philologie romane à l'université libre de Bruxelles, son père lui a donné de l'argent venant d’un bocal caché dans la cave à charbon pour poursuivre ses études (la scène se trouve dans la pièce) ; Louvet confie aussi la sorte d’amnésie qu’il éprouve pour son père décédé. L’amnésie va être au centre de l’œuvre mais va concerner les Wallons et leur histoire culturelle. Conversation en Wallonie est d’abord présenté par l’ETM, en lecture, en octobre 1976 au théâtre de l'Est parisien, à l'invitation du Bureau d'auteur de l'Association technique pour l'action culturelle. L’adaptation scénique décidée par le metteur en scène et les dramaturges la transforme en une sorte d’oratorio théâtral, radicalisé et stylisé quant au texte, centré sur le rôle de la mère — Alice, jouée par Janine Patrick —, mais basé sur un fort investissement physique des comédiens, en costumes réalistes, qui influence la parole.
Sur le plan scénographique, Claude Lemaire plante le décor d’une maison ouvrière qu’entourent deux travées parallèles de public. Des musiciens, sur scène, jouent les vingt-huit minutes de musique de Jean-Luc Debattice. Chant et danse sont utilisés. La création à la Maison de la culture de Tournai, le 2 octobre 1977, est suivie d’une tournée avec des animations scolaires auxquelles assistent plusieurs centaines d’élèves. Cette pièce de Louvet va être jouée, sous diverses adaptations par quatre compagnies et constitue celle de l’auteur qui a trouvé la plus large audience. Les gens s’y retrouvent. L’œuvre a aussi été traduite en plusieurs langues et a suscité un documentaire vidéo des frères DardenneJean-Pierre et Luc Dardenne, Regarde Jonathan. Jean Louvet, son œuvre, Production Dérives, 1983, 52 minutes..
Deuxième phase
La seconde phase est celle du duo Liebens-Fabien (Michèle ayant pris en 1977Michèle Fabien et Marc Quaghebeur, Charlotte. Sara Z. Notre Sade, Labor, 2000, 184 p., 181. le pseudonyme de « Michèle Fabien ») après le départ de Jean-Marie qui rejoint, comme dramaturge, Philippe Sireuil au théâtre du Crépuscule, et qui va développer sa propre carrière d’auteur dramatique. Michèle la dramaturge devient adaptatrice, traductrice et autrice ; elle signe même la mise en scène de Aurelia Steiner, Marc réglant toutes les autres. Le travail dramaturgique de Fabien, cependant, reste constant et amène la compagnie à évoluer du brechtisme au théâtre postdramatiqueLaurence Pieropan, « L'expérience dramaturgique de l'Ensemble Théâtral Mobile de 1974 à 1979 : du brechtisme au théâtre postdramatique », in Textyles, n°24, 2004, mis en ligne le 18 juillet 2012, consulté le 24 décembre 2024..