vignette|L'enclos paroissial de Pleyben est un enclos typique.|alt=Vue générale de l'enclos avec le calvaire à gauche, l'église au milieu et la sacristie à droite.
Les enclos paroissiaux de Bretagne ou enclos paroissiaux bretons (en breton : , , , ou ) sont réputés pour certains éléments architecturaux particuliers comme les calvaires, les ossuaires, les clochers et les porches des églises. La décoration intérieure des églises, notamment les sablières de la charpente, les fonts baptismaux et les retables, contribue également à leur richesse.
Les enclos sont caractéristiques de l'architecture religieuse rurale de la Basse-Bretagne (principalement en Cornouaille et Léon) et datent pour la plupart des . Ils s'expliquent par la prospérité économique de la Bretagne, liée au commerce du lin et du chanvre, et sont initiés dans le Haut-Léon par de riches paysans-marchands, les juloded. Leur développement a aussi pour origine l'essor des foires liées aux grands événements de la vie liturgique, le contexte de la Contre-Réforme ainsi que l'importance du culte des saints locaux et des morts, témoins du syncrétisme breton. Ils sont également le symbole d'un fort développement culturel, où l'architecture gothique se mêle à l'architecture Renaissance tout au long de la construction des enclos, et où le baroque breton, porté par des artistes et des artisans locaux, porte la trace d'influences françaises, flamandes, germaniques et italiennes. Cet embellissement architectural s'est justifié par les nombreux usages sacrés et profanes du placître qui ne servait alors pas de cimetière.
Les plus célèbres enclos se trouvent dans le nord du Finistère : Commana, Guimiliau, La Roche-Maurice, Lampaul-Guimiliau, Pleyben, Plougonven, Saint-Jean-du-Doigt, Saint-Thégonnec, et Sizun. Il y a une forte concentration au « pays des enclos » dans la vallée de l'Elorn entre Landivisiau et Landerneau. En , paroissiaux du Finistère » ont été inscrits sur la liste indicative de l'UNESCO par la France.
Histoire thumb|Enclos paroissial de Guimiliau.|gauche|alt=Vue générale de l'enclos avec la porte monumentale au premier plan, et l'église au deuxième plan.
Les enclos paroissiaux sont, dans la religion chrétienne, un espace consacré et clos qui regroupe l'église et le cimetière. Ils sont apparus au début du Moyen Âge comme élément clef de la constitution des paroisses.. Ils connaitront un développement architectural particulier en Bretagne rurale. L'apogée de la construction de ces enclos se situe dans l'ouest de la province de Bretagne entre le milieu du et la fin du , période de paix initiée par le concile de Trente et qui fait partie de la Renaissance française. Cette période correspond à une absence d'usage de cimetière au niveau du placître. Les nombreux usages sacrés et profanes de l'enclos favorisent son développement architectural monumental.
: développement économique et Contre-Réforme
La période de construction des enclos paroissiaux débute dans un contexte particulièrement favorable réunissant trois aspects : économique, culturel et religieux. La Basse-Bretagne est historiquement située à un carrefour commercial européen entre l'Europe du Nord, l'Angleterre et l'Espagne. À partir du l'économie devient florissante, notamment dans le Léon et le nord de la Cornouaille (Finistère nord) grâce au commerce des toiles de lin, la crée, mais aussi grâce aux tanneries et à la pâte à papier. D'autre part, l'essentiel de la flotte marchande du début des était breton, avec 60 % de bateaux bretons à Bordeaux et 80 % à Anvers. Durant cette période les ateliers monétaires de Rennes et de Nantes furent les plus grands du royaume de France. Bien que l'origine des enclos soit à rechercher en Haute-Bretagne, c'est bien entre le Léon et la Cornouaille (Basse-Bretagne) que se sont développés les enclos les plus riches. Certains enclos seront initiés et soutenus par le pouvoir ducal, comme l'a été Saint-Jean-du-Doigt avec puis Anne de Bretagne.. Malgré la réunion du duché de Bretagne au royaume de France au siècle suivant, la nouvelle province française conservera une relative autonomie qui lui permettra d'employer ces bénéfices à son profit. Ces échanges commerciaux, ainsi que les nombreuses foires, permettent également des échanges culturels en ce début de la Renaissance. Cette période correspond à l'apparition en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas du style baroque, dont la diffusion est facilitée par l'invention de l'imprimerie. De plus, cette période est celle de la Contre-Réforme et du concile de Trente, qui encourage un renouveau de la ferveur religieuse, en particulier le culte des saints, des images et des reliques.
alt=Vue de l'intérieur de la chapelle avec des retables dorés.|vignette|Retables de la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom.
Cette prospérité économique fait émerger une aristocratie villageoise, voire une oligarchie paysanne, qui construit de riches châteaux et églises. Les traités d'architecture de l'époque servent d'inspiration, tels ceux de Sebastiano Serlio, d'Androuet du Cerceau ou de Philibert Delorme : les colonnes latérales du porche de l'église de Bodilis sont des copies d'ouvrages de Delorme. De nombreux motifs, arrivés d'Italie, sont sculptés dans les monuments des enclos, tels des cartouches, cuirs enroulés, faunes et satyres, et cariatides.
Chaque village, par esprit de clocher, par émulation entre les paroisses, rivalise avec son voisin pour étaler sa richesse en construisant le plus bel enclos possible.. Cette rivalité s'observe entre des paroisses voisines mais parfois plus éloignéesCe fut le cas entre les villages de Guimiliau et de Lampaul-Guimiliau distants seulement de moins de trois kilomètres, comme le relève Florian Le Roy : .. La monumentalité ostentatoire (le fait de posséder les monuments les plus beaux, les plus ornementés) exprime un certain orgueil paroissial. Elle traduit aussi la propension au baroque des mandataires et constructeurs qui veulent magnifier l'Église catholique de la Contre-Réforme., tandis que le protestantisme se développe peu en Basse-Bretagne bretonnante.. Ce courant est propagé par deux missionnaires qui ont une influence considérable et durable en pays bretonnant, Michel Le Nobletz et Julien Maunoir. Cela explique les grands thèmes qui enrichissent l'iconographie religieuse des enclos : Rosaire, Sainte Famille, ange gardien et saint Joseph, patron des agonisants et de la Bonne Mort.
vignette|Mur de l'ossuaire de La Martyre ().|alt=Haut du pignon triangulaire en pierre avec un personnage entouré de deux cariatides sculptées.
Les enclos paroissiaux révèlent également la coloration toute particulière qu'ont pris le culte des saints locaux et le culte des morts chez les populations rurales bretonnes nourries du merveilleux celtique qui mêle légendes païennes et piété naïve. Ils bénéficient également des matériaux locaux, comme la combinaison de la pierre jaune de Logonna en pierre de taille, et la pierre noire de Kersanton pour la sculpture, dans le secteur de Logonna-Daoulas. Cette combinaison de matériaux locaux permet par exemple le polylithisme du calvaire de Plougastel-Daoulas..
Enfin, ce développement particulier de l'enclos paroissial a été rendu possible la pratique funéraire qui évolue durant cette période. En effet, à partir du les enterrements ont lieu uniquement dans les églises, dont l'espace limité a rendu nécessaire la construction d'un ou de plusieurs ossuaires à l'extérieur de l'église. Le cimetière, qui conserve cette appellation bien que devenu simple placître, est surtout un lieu de vie de la paroisse, avec des fonctions sacrées (mystère, prêche, offrande) et profanes (réunion, marché, foire). Cela a donné lieu à un fort développement de l'espace clos (porte triomphale, ossuaire, calvaire et porche) qui était fréquenté par les paroissiens et par les marchants des paroisses voisines.
: changements d'usages des enclos vignette|gauche|Les pierres tombales sont visibles autour de l'ossuaire de Saint-Thégonnec.|alt=Vue ancienne de l'ossuaire.
Au , les autorités religieuses restreignent l'usage profane des églises et de leurs abords. Le développement esthétique se concentre alors davantage sur et dans les églises (porche, mobilier, sacristie). Ainsi, la monumentalité de l'accueil du paroissien passe de la porte triomphale au porche méridional de l'église. Cependant, un élément du placître continue à se développer à cette époque : l'ossuaire. En effet, il y a toujours besoin de faire de la place dans l'église pour accueillir les nouveaux défunts. Les ossuaires deviennent alors des chapelles-reliquaires (comme à Guimiliau), permettant de célébrer la messe des morts. La décoration macabre qui se trouve principalement sur les ossuaires (Ankou, inscriptions) édifie le fidèle. D'autre part, une ordonnance royale de impose au conseil de fabrique de se réunir dans un lieu clos. Il se réunit donc dans la sacristie, qu'il faut développer, au lieu du porche.
Sous , l'économie bretonne est considérablement affectée par les crises et les guerres. La relation entre le pouvoir royal et la Bretagne se dégrade, provoquant entre autres la révolte des Bonnets rouges en . La politique commerciale de Colbert, notamment les taxes sur les draps anglais provoquant l'arrêt du commerce des toiles bretonnes en , suivie par le blocus dû à la guerre de la Ligue d'Augsbourg et la guerre de Succession d'Espagne, entraîne une baisse de la production toilière et des exportations agricoles bretonnes. En , un décret royal confirmé par le parlement de Bretagne sept ans plus tard, interdit toute nouvelle construction d'édifice ou dans les édifices religieux existants sans nécessité. Ce décret, même s'il n'est pas appliqué uniformément, met un coup d'arrêt à la construction des enclos paroissiaux. D'autre part, un décret de interdit les inhumations dans les églises, faisant des cimetières autour des églises les nouveaux lieux d'inhumation. Ce retour à l'usage funéraire du cimetière sera progressif car le décret devra être répété un certain nombre de fois jusqu'en pour être appliqué. Cette fonction du cimetière, qu'il avait perdue durant deux siècles, conduit à une occupation peu organisée du placître par des pierres tombales. Cela n'empêche pas les usages profanes (marché) et la redécouverte de ces architectures du placître, telle la porte de Pleyben, réalisée en et dénommée (Porte de la mort). Certaines réorganisations ont lieu dans l'enclos, avec l'ossuaire qui perd sa fonction et devient parfois une chapelle. Le calvaire peut être également déplacé du centre du cimetière comme celui de Pleyben qui devient une porte monumentale..
vignette|Le calvaire de Plougastel-Daoulas, détruit par un bombardement en .|alt=Vue ancienne du calvaire fortement dégradé, avec un homme à droite..
Les enclos paroissiaux seront en partie démantelés au cours des . En effet, la déchristianisation liée à la Révolution française affecte surtout les éléments décoratifs des calvaires. (comme celui de Plourin-les-Morlaix, dont les sculptures seront ensuite réinstallées), ou donne une affectation de mairie ou d'école aux ossuaires (comme à Sizun et à Pleyben), ou de logement (comme à Landerneau). Les mouvements hygiénistes conduisent à déplacer les cimetières en dehors des villes, redonnant paradoxalement un aspect ancien aux placîtres, recouverts d'herbe. Les besoins urbanistes, tel l'agrandissement des routes pour faciliter l'automobile, amputent également les enclos. Par exemple, le cimetière de l'enclos du Faou a été déplacé en , l'ossuaire a été détruit en , et désormais une route traverse l'ancien placître... Certains enclos subiront les effets des guerres, comme le calvaire de Plougastel-Daoulas, détruit par un bombardement en , et reconstruit par la suite.. Néanmoins, malgré leur démantèlement partiel, les enclos conserveront un usage moderne dans la relation avec la mort par l'édification de nombreux monuments aux morts au sein de ces enclos à la suite des guerres des .