Les émeutes de 2011 en Angleterre, au Royaume-Uni sont une série d'émeutes ayant lieu du au à Londres et dans d'autres villes anglaises.

Survenant après la mort d'un homme de 29 ans à la suite de son interpellation par la police dans le quartier de Tottenham, quartier multiethnique et plutôt pauvre du nord de la capitale britannique« Troisième nuit d'émeutes à Londres, les violences s'étendent », Radio-Canada.ca, 8 août 2011., elles donnent lieu à des affrontements violents avec la police, à des pillages et à des incendies volontaires. Elles gagnent d'autres quartiers de Londres le « Nouvelle nuit de violences à Londres », Radio-Canada.ca, 8 août 2011. et s'étendent le à d'autres grandes villes d'Angleterre, comme Birmingham, Liverpool, Manchester et Bristol.

Origines Fusillade Le , Mark Duggan, Britannique d'origine antillaise né le et père de 4 enfants, soupçonné d'être un trafiquant de cocaïne et d'appartenir au Star Gang Paul Bracchi, « Violence, drugs, a fatal stabbing and a most unlikely martyr », The Mail Online, 8 août 2011. Patrick Barkham et Jon Henley, « Mark Duggan: profile of Tottenham police shooting victim », The Guardian, 8 août 2011., est abattu alors que la police tentait de l'interpeller Sandra Laville, « Man shot dead by police in north London during attempted arrest », The Guardian, 5 août 2011..

Selon la police, la mort du résident de Tottenham serait survenue lorsque des agents de l' ont voulu arrêter le dans lequel Duggan avait pris place. Trident est une unité spéciale chargée d'enquêter « sur les crimes impliquant des armes à feu au sein de la communauté noire »David Stringer et Raphaël G. Satter, « Émeutes et pillages se propagent en Grande-Bretagne », Metro Montréal, 8 août 2011..

De son côté, la compagne de Duggan affirme à Channel 4 News que son compagnon n'appartenait pas à un groupe criminel et réclame une plus grande transparence des autorités.

Le , le laboratoire d'investigation Forensic Architecture publie les résultats d'une enquête effectuée à la demande des avocats de la famille de Mark Duggan. La reconstitution de l'intervention des forces de l'ordre semble invalider leur version des faits : Mark Duggan ne portait pas d'arme à feu au moment de sa mort, et il semble improbable qu'il ait pu s'en débarrasser avant. La situation de légitime défense ne serait donc pas établie..

Manifestation Le , une marche est organisée par les proches de Mark Duggan demandant justice pour la famille. L'itinéraire prévu part de pour arriver au commissariat de police du quartier de Tottenham Sarah Bolesworth, Barry Neild, Peter Beaumont, Paul Lewis et Sandra Laville, « Tottenham in flames as riot follows protest », The Observer, 7 août 2011..

En début de soirée, des policiers matraquent une jeune fille de 16 ans qui aurait lancé un caillou, cristalisant les tensions. Les émeutes sont d'abord menées par environ 300 manifestants à Londres dans le quartier de Tottenham, dans la soirée du . Des voitures de police, un autobus et un magasin sont incendiés vers 22 h 30 heure locale (23 h 30 HEC) ; plusieurs magasins sont pillés par les émeutiers. 26 policiers sont blessés, l'un d'entre eux avec des blessures à la tête.

Extension des violences

Le , de nouveaux incidents éclatent dans les quartiers de Enfield, Islington et Walthamstow. Le quartier de Brixton a subi des « pillages de magasins, des destructions de voitures et de bâtiments ». Selon la police, 215 individus auraient été arrêtés au cours des deux premières nuitsNicolas Madelaine, « Émeutes : la pression monte pour la police et le gouvernement britanniques », Les Échos, 8 août 2011..

Dans la nuit du 8 au , le phénomène s'étend à d'autres boroughs de Londres : des poubelles, des véhicules et des immeubles sont incendiés dans la capitale à Croydon, Peckham, Lewisham et Clapham dans le sud et des pillages ont lieu dans les rues d'Hackney à l'est, Camden dans le nord et Ealing à l'ouest Ravi Somaiya et John F. Burns, « Rioting Widens in London on 3rd Night of Unrest », The New York Times, 9 août 2011..

Des troubles ont également éclaté à Birmingham, seconde ville d'Angleterre, qui a été le théâtre de pillages de boutiques dans le principal quartier commerçant de la ville. La police rapporte aussi « des actes isolés de violence et de pillage » à Liverpool et à Bristol« Londres. Les émeutes se sont poursuivies pour la troisième nuit consécutive », Le Nouvel Observateur, 9 août 2011..

Un jeune homme de 26 ans a été tué par balle dans le borough de Croydon « A young man shot in his car », The Guardian, 9 août 2011..

Ces évènements surviennent alors que le chef de la Metropolitan Police a démissionné le mois précédent du fait de l'affaire News of the World ; les forces de police ont concédé avoir le plus grand mal à canaliser les bandes d'émeutiers qui interviennent sur un quartier de la capitale, car elles ne restent pas dans leurs quartiers d'origine.

Réactions de l'État vignette|Boris Johnson, maire de Londres lors des émeutes. Le Premier ministre David Cameron, ainsi que la ministre de l'intérieur Theresa May, le maire de Londres, Boris Johnson, et le chef de l'Opposition Ed Miliband ont mis fin en urgence à leurs vacances et sont rentrés dans la capitale dans le cours de la journée du lundi .

Le Premier ministre David Cameron assiste à une réunion de crise au COBR et, le , déclare sur le perron du 10, Downing Street à l'adresse des émeutiers que s'ils sont . Le vice-premier ministre, Nick Clegg, propose que les condamnés réalisent leurs travaux communautaires en combinaison orange, au sein même de leur propre quartier, à des fins d'humiliation.

Tout le personnel de sécurité a été rappelé, et officiers de police assurent le respect de l'ordre dans les rues de Londres le au soir « England riots », BBC News, 9 août 2011. « David Cameron to convene second Cobra meeting on London riots », The Guardian, 9 août 2011. Lisa Evans, « London riots: how many police do we have? », The Guardian, 9 août 2011.. De nombreux matchs de football sont annulés ou reportés, soit par manque de policiers disponibles ou simplement du fait de la proximité des stades concernés avec les quartiers impliqués dans les émeutes. Le match amical entre l'équipe d'Angleterre de football et celle des Pays-Bas est annulé ainsi que plusieurs rencontres de la Coupe de la Ligue anglaise« Foot – ANG : Angleterre – Pays-Bas annulé », L'Équipe, 9 août 2011. et le match amical Ghana – Nigeria Jamie Jackson, David Hopps et agences, « England v Holland called off but third Test set to go ahead », The Guardian, 9 août 2011.. Le , la rencontre Tottenham – Everton, comptant pour la première journée du championnat d'Angleterre et prévue pour le , est reportée« Foot – ANG – 1re j. Tottenham-Everton reporté », L'Équipe, 11 août 2011., tout comme Telford United - Luton Town en Conférence Premier (5e division).

La Metropolitan Police a annoncé son intention de faire usage de balles en caoutchouc pour disperser les perturbateurs si nécessaireLe Guardian (« London and UK riots day three aftermath: live coverage », 9 août 2011) écrit ainsi : « Police have disclosed that live baton rounds — non-lethal plastic bullets — may be deployed tonight. Deputy Assistant Commissioner Steve Kavanagh of the Metropolitan police told our crime correspondent, Sandra Laville: “If we need to, we will do so.” He said 525 people have been arrested since rioting began on Saturday, and about 100 have been charged. » Sandra Laville, Vikram Dodd, Alex Hawkes, Matthew Taylor et Peter Walker, « UK riots: police get tough as lockdown sets in », The Guardian, 9 août 2011..

Face aux émeutes, des groupes d'autodéfense commencent à se constituer dans la nuit du Peter Beaumont, Jasmine Coleman et Sandra Laville, « London riots: “People are fighting back. It's their neighbourhoods at stake” », The Guardian, 9 août 2011.« Émeutes : les groupes d'autodéfense fleurissent », L'Express, 11 août 2011.. Dans le quartier de Croydon, très touché la veille, les devantures de boutiques sont barricadées dès 17 h le .

Dans la nuit du 9 au , si la situation semble s'être calmée à Londres, des incidents éclatent à Manchester, Salford, Liverpool, Wolverhampton, Nottingham, Leicester et Birmingham « UK riots: Trouble erupts in English cities », BBC News, 10 août 2011., où trois hommes, qui faisaient partie d'un groupe d'autodéfense chargé de protéger une station-service et des boutiques, trouvent la mort, renversés par une voiture Patrick Wintour, Martin Wainwright, Riazat Butt, Sandra Laville et Caroline Davies, « England riots: pressure to scrap police cuts as Birmingham mourns its dead », The Guardian, 10 août 2011..

Le , le Premier ministre autorise la police à utiliser des canons à eau Andrew Sparrow, « David Cameron: Police can use water cannon to control riots », The Guardian, 10 août 2011.. Une session extraordinaire du Parlement se tient le .

La justice a décidé de prononcer des peines d'une sévérité qu'elle voulait exemplaire afin de rassurer le public sur la restauration de la loi et de l'ordre. « Le Service des poursuites de la Couronne a immédiatement assoupli le seuil utilisé pour déterminer s'il fallait ou non engager des poursuites. La recommandation selon laquelle les suspects âgés de moins de 18 ans ne devraient pas être jugés pour des délits mineurs a été suspendue. Des actes normalement considérés comme des vols ont été traités comme des cambriolages afin de garantir une peine d'emprisonnement maximale. » Les statistiques officielles indiquent ainsi que 86 % des condamnés pour cambriolage pendant les émeutes ont été immédiatement incarcérés, contre 68 % des condamnés pour le même motif au cours de toute l'année 2010; 86 % des condamnés pour vol, contre 41 % en 2010. Au total, mille huit cents années de prison ont été attribuées par la justice pour une condamnation moyenne de dix-sept mois.

L'instauration d'une justice d'exception pour juger les émeutiers a suscité débats et critiques, notamment de criminologues et d'associations. The Guardian cite ainsi l'exemple de deux jeunes hommes condamnés à quatre ans de prison pour incitation aux troubles via les réseaux sociaux, ou encore celui d'un étudiant condamné à 6 mois de prison pour avoir volé une bouteille d'eau dans un supermarché.

Appréciation L'origine des émeutes et de ce qui a été ressenti comme un « déchaînement de violences » fait débat Zoe Williams, « The UK riots: the psychology of looting », guardian.co.uk, 9 août 2011.Daniel Hannan, « La cause des émeutes de Londres », contrepoints.org, 13 août 2011..

Au Royaume-Uni, l'opinion publique, de droite comme de gauche, impute prioritairement les désordres à la défaillance des parents, à la culture de gang, aux comportements criminels et à l'insuffisance des peines, loin devant les inégalités sociales, le chômage ou les coupes budgétaires Sondage YouGov / Channel 4 ITN, 10-11 août 2011, sondage de 2075 Britanniques adultes sur les émeutes.. La couverture médiatique, fondée notamment sur une forme de culpabilisation des classes populaires, contribue à modifier le regard porté sur ces dernières, y compris par elles-mêmes. La responsable des investigations au sein de l'institut BritainThinks, à l'origine de nombreuses études sur l'identification aux classes sociales au Royaume-Uni observe : « Je pose la même question, concernant l'identité sociale, depuis la fin des années 1980. Or, depuis peu, la case "classes populaires" semble représenter une insulte. »