L’École militaire est à la fois une institution d'enseignement supérieur militaire fondée en 1751 par le roi Louis XV, et l'ensemble de bâtiments construits pour la recevoir à Paris dans le . Construit au par l'architecte du roi Ange-Jacques Gabriel, cet ensemble monumental est toujours en activité. Il ferme la perspective sud-est du Champ-de-Mars, où se faisait la revue annuelle des troupes, déplacée ensuite aux Champs-Élysées. Il est classé au titre des monuments historiques depuis 1990..
L'École supérieure de guerre (ESG), plus haut établissement français d'enseignement militaire destiné à former des officiers d'état-major et des officiers généraux, est installée au sein de l'École militaire de 1876 à 1993. Elle est renommée en 1993 Collège interarmées de Défense (CID), puis en 2011 l'École de guerre, installée également au sein de l'École militaire.
Le site est desservi par la ligne 8 à la station de métro École Militaire.
Historique de l’École royale militaire
Origine de l’institution de l’École militaire Avant la fondation de l'École royale militaire, les enfants de la noblesse qui se destinaient à la carrière des armes recevaient déjà une formation de haut niveau. Ils faisaient leur instruction dans des académies militaires qui étaient coûteuses pour les familles, certains avaient la chance de faire leur apprentissage comme pages aux Écuries du roi (Grande et Petite) ou chez certains princes qui avaient aussi une école des pagesPourquoi et comment on entrait à l'École royale militaire de Paris..
En 1748, la guerre de Succession d'Autriche s'achève. Si la France est victorieuse, la guerre n'a pourtant pas été facile pour elle et les combats ont montré le manque d'officiers bien formés pour commander les régiments royaux. C'est pourquoi le maréchal de Saxe, qui avait combattu aux côtés des armées françaises, propose au roi Louis XV de fonder une école royale militaire. Il fait appuyer son projet par Madame de Pompadour, alors maîtresse du roi, et par le financier Joseph Pâris Duverney (frère de Jean Pâris, marquis de Brunoy et parrain de cette dernière).
Par l’édit de , le roi Louis XV fonde l'institution destinée à l'instruction de cinq cents jeunes gens nobles et nés sans fortune. L’article XI de l’édit prévoit d’accorder « par forme de première dotation perpétuelle » la taxe sur les cartes à jouer. L’administration en est confiée au secrétaire d’État à la Guerre. L'École royale militaire comprenait un certain nombre de collèges militaires en province comme l'École de Brienne où les élèves étaient admis sur preuve de noblesse. À l'issue de leur scolarité, l'admission à l'école royale militaire de Paris se faisait par un concours nationalHistoire de l'école militaire de Paris..
Projet architectural d'Ange-Jacques Gabriel thumb|left|La façade, côté Champ-de-Mars, d'inspiration palladienne. thumb|220px|Côté Champ-de-Mars. vignette|210px|Le fronton de l'École militaire. thumb|260px|right|Ange-Jacques Gabriel, l'École militaire, 1751. Aussi le roi charge-t-il son premier architecte, Ange-Jacques Gabriel (chef de file du mouvement néoclassique), de dessiner les plans d'un édifice plus vaste et plus grandiose que l'hôtel des Invalides, construit par Louis . C'est la tâche à laquelle s'attache Gabriel, qui présente le son Grand Projet. La surface prévue est immense, les façades magnifiques, et une foule de détails montrent que l'architecte a bien entendu les désirs du Roi.
Le projet s'inspire des modèles classiques, comme l'on peut voir avec son temple au fronton triangulaire, ou encore à ses façades d'inspiration palladienne, ou bien à l'utilisation de colonnes antiques.
Ainsi, il est prévu de construire des rez-de-chaussée voûtés, de faire venir l'eau courante grâce à un système de puits et de canalisations et de bâtir au centre de l'édifice une immense église, bien plus vaste que celle des Invalides, et précédée d'une colonnade, comme à Saint-Pierre de Rome. Ange-Jacques Gabriel rêve de construire un palais doté de cinq pavillons en façade sur le Champ-de-Mars, de bâtiments de trois étages bordant de multiples cours, et dominé au milieu de la composition, par une chapelle en forme de croix latineYvan Christ, Paris des Utopies, éd. Balland, Paris, 1977, et 93..
Travaux thumb|250px|La façade de l'École militaire en 2006. Dès le , les travauxLe parc de Vaugirard, parc des charrois de l'École militaire". Résumé d'un article de Claude Pollien in Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – n° 13 commencent par le creusement du grand puits. Mais, très vite, l'argent vient à manquer. Après les guerres de Louis XV, les caisses de l'État sont vides et l'on peine à réunir les fonds nécessaires. Les travaux avancent si lentement qu'en 1754 seuls ont été commencés les différents bâtiments de service. C'est pourquoi, pour ne pas compromettre l'ouverture de l'institution, il est décidé de n'accueillir dans un premier temps qu'un petit nombre d'élèves, en aménageant les bâtiments de service en dortoirs et salles de classe. C'est chose faite dès 1756 : l'institution ouvre ses portes à deux cents cadets. La même année, les carrières de Vaugirard sont achetées par le Roi à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés pour pourvoir le chantier de pierres à bâtir.. Les travaux se poursuivent, mais la situation financière devient de plus en plus préoccupante. Madame de Pompadour et Joseph Pâris Duverney ne peuvent pas financer eux-mêmes toute la construction. Finalement, en 1760, le Roi décide que l'institution sera répartie entre l'École militaire et le Collège Royal de la Flèche, ce qui rend caduc le grand projet.
Gabriel se remet au travail, mais il lui faut désormais voir moins grand. Heureusement, on s'avise en 1766, après avoir débarrassé le Champ-de-Mars des matériaux qui l'encombrent, que la magnifique perspective qu'il offre mérite de s'achever sur une belle façade. Gabriel peut ainsi reprendre, sur une surface réduite, plusieurs éléments du Grand Projet et notamment la magnifique façade du bâtiment principal, que l'on peut toujours admirer aujourd'hui. Le , le Roi vient poser la première pierre de la chapelle et en 1780, les travaux sont achevés. L'institution fonctionne alors depuis plus de vingt ans et a déjà formé de nombreux cadets. Le plus célèbre d'entre ceux qui dans les années suivantes y ont été admis est certainement Bonaparte. Entré à l'École militaire en , il en sort en , peu après avoir reçu la Confirmation dans la chapelle de l'institution. Parmi les élèves, on compte aussi le futur diplomate Jean-François de Bourgoing, entré en 1760. Parmi les professeurs, on compte le géographe Edme Mentelle, ou l'académicien et militaire Louis-Félix Guynement de Kéralio.
Mais le Collège Royal militaire voulu par Louis XV ne survit pas à la mort de son fondateur. Sept ans après son achèvement, le , l'École militaire est fermée et on y prévoit le transfert de l'Hôtel-Dieu. Finalement, le déménagement n'aura jamais lieu. Les bâtiments servent de simple caserne avant d'être pillés pendant la Révolution. L'édifice traverse des années mouvementées pendant lesquelles il sert de dépôt, puis de caserne, notamment pour la Garde impériale, sous les noms de caserne de l'École militaire, caserne Impériale et caserne des Grenadiers. Au fur et à mesure de ses différentes affectations, il est agrandi, pour acquérir l'aspect qu'on lui connaît actuellement.
C'est seulement à la fin du que l'École militaire est rendue à sa vocation première : l'enseignement. En 1878 est ouverte dans ses murs l’École supérieure de guerre. Puis, en 1911 s'installe le centre des hautes études militaires. Depuis cette date, elle n'a plus cessé de former des officiers. Elle a accueilli le Collège de défense de l'OTAN (ou NATO college) de sa création en 1951 à 1966 (sortie de la France du commandement intégré de l'OTAN) ; celui-ci est maintenant à Rome.
En 2012, des travaux de purge sont entrepris. Les façades des bâtiments étant dans un état délabré, des fragments de pierre de construction tombent au sol. Leur chute étant dangereuse pour les occupants et pour les passants sur le trottoir, il fut décidé de supprimer tous les morceaux risquant de tomber. C'est la raison pour laquelle les façades sont nouvellement « marquées » de zones plus claires, et que des coins et autres parties des pierres ont été évasés lors de la purge. En , la purge de la façade du bâtiment situé au n°15, accolés au « château », a mis au jour deux balles emprisonnées dans l'ouverture des fenêtres du bâtiment attenant à la bibliothèque : elles ont été remises aux bibliothécaires. Ces balles datent probablement de 1944. Les façades révèlent des centaines d’impacts de tir, surtout au n°11; les balles ont percé la pierre sur 5 à 15 cm de profondeur.
thumb|center|upright=2.8|L'École militaire vue depuis la tour Eiffel.
Architecture et distribution La façade Fondée sous le règne de Louis XV, l’École militaire devait être un lieu d’apprentissage des sciences de la guerre pour les jeunes officiers. Louis XV, le souverain pacificateur, estime alors qu’il faut savoir user de la force avec discernement pour installer une paix durable. Cette philosophie s’illustre directement sur le fronton du pavillon central de l’École, au-dessus des trophées qui encadrent l’écusson de Louis XV : on peut apercevoir à gauche, « la Victoire », représentée sous les traits de Louis XV vêtu à l’antique, et « la France » symbolisée par une femme drapée à l’antique ; à droite, on peut observer « la Paix », avec un coq de vigilance à ses pieds, se tenant aux côtés de « la Force », incarnée par Hercule : ces statues sont l'œuvre de Louis-Philippe Mouchy. Les deux-bas reliefs « Le Temps » et « L’Astronomie » qui encadrent l’horloge seraient de Jean-Pierre Pigalle.
Le Château et la cour d’honneur « Le Château » est la partie centrale de l’École militaire. Elle se distingue par son dôme quadrangulaire inspiré de l’architecture du Louvre. Il comprend un escalier d’honneur, une salle des gardes qui contient des bustes de Lemoyne et cinq portraits de grands officiers, un salon dit « des maréchaux », une chapelle, la Bibliothèque patrimonialeLa bibliothèque patrimoniale , vue par Patrick Manclière, en ligne..
De la Révolution à la Commune Théâtre de l'histoire, l’École garde dans ses murs des traces discrètes des événements historiques, notamment dans « le château ». Les dégradations subies sous la Révolution sont encore visibles sur les marches de l’escalier d’honneur, déjà peint en gris en son temps car la rampe en plaqué or était jugée trop luxueuse. Quant au salon dit « des Maréchaux », il devint le bureau de Bonaparte, qui installa son quartier général dans l’école en 1795, après y avoir été élève dix ans plus tôt. On peut y voir des tableaux de Jean-Baptiste Le Paon, peints sur le terrain, de Francesco Casanova, un lustre en cristal de Bohème, des bronzes d’ornement de Philippe Caffieri … mais aussi la trace d’une balle, dans le miroir, tirée par les troupes du général Douay, lorsqu’elles reprirent l’école aux Fédérés pendant la Commune.
Dreyfus En 1895, la cour Morland est le lieu de la dégradation militaire du capitaine Dreyfus, alors accusé de trahison, mais il sera réhabilité dans la cour Desjardins le . Le film J'accuse (2019) de Roman Polanski, qui prend pour sujet l'affaire Dreyfus, est tourné à l'École militaire..
Deux siècles de service après-vente À l’extérieur, dans la cour d’honneur, on peut admirer une horloge réalisée par Jean-André Lepaute, encadrée par une jeune femme aux seins nus qui montre l’heure, que la tradition rapproche de Mme de Pompadour, et une vieille aux pieds nus tenant un livre, qui symboliserait l’Étude. Aujourd’hui encore, l’entretien est assuré par l’entreprise Lepaute, 235 ans après l’installation de l’horloge.
La chapelle Saint-Louis thumb|right|300px|Chapelle Saint-Louis. thumb|Le sacre de Saint Louis de Charles-Amédée Van Loo.