Gouaro Deva est un espace naturel de la commune de Bourail, dans la province Sud, en Nouvelle-Calédonie. Il est souvent appelé Domaine de Deva en raison de la présence d'un domaine écotouristique de ce nom qui occupe une grande partie de sa surface.

Histoire L'histoire de Gouaro Deva remonte à environ 3500 ans avant Jésus-Christ. Il s'agit d'un des sites archéologiques les plus anciens de Nouvelle-Calédonie. Le site était a été occupé par des membres de la civilisation Lapita comme l'attestent les poteries caractéristiques de cette civilisation qui ont été mises au jour lors des fouilles et des ramassages.

En 1879, le site est le théâtre de la fin de l'insurrection kanak de 1878 menée par le grand chef Ataï. Les "rebelles", de Boulouparis à Poya, qui y avaient trouvé refuge dans le site de la "forteresse" au sein de la "vallée Tabou", furent matés par une importante mobilisation militaire conduite par le colonel Wendling en 1879. En la province Sud a classé au titre des sites et monuments historiques la zone de la "vallée Tabou" qui s’étend sur 1 000 hectares. D'importantes fouilles archéologiques ainsi qu'un inventaire détaillé de la zone ont été réalisés par l'Institut archéologique de Nouvelle-Calédonie et du Pacifique.

En 1992, la province Sud fait l'acquisition, pour 325 millions de francs Pacifique (2,7 millions d'euros environ), d'une propriété de plus de 7 700 hectares dite de Gouaro Deva dans la commune de Bourail, jugée d'un fort potentiel économique (notamment touristique et agricole mais nécessitant d'importants travaux d'irrigation, ainsi qu'une forte réserve en sable utile pour l'industrie) et d'une forte valeur historique (avec des vestiges de la révolte kanak du grand-chef Ataï de 1878) et symbolique pour les Mélanésiens du clan Gouaro (sépultures de la vallée Tabou). Celui-ci revendiquait d'ailleurs cette terre depuis 1984. En , l'Assemblée de la province Sud accepte la vente de ce terrain en deux parties : 335 hectares pour 110 millions de francs Pacifique (922 000 euros environ) à la SAS Foncière de Calédonie pour un projet touristique incluant une marina et un golf notamment, et 7 300 hectares pour 679 millions de francs Pacifique (5,7 millions d'euros) à la SAS Gouaro Deva pour un développement agro-pastoral incluant essentiellement un élevage de cerf. Cette vente est immédiatement critiquée non seulement par les membres des clans mélanésiens locaux, mais aussi par les éleveurs des environs et une partie de la population bouraillaise emmenés par l'ancien maire de la commune, et opposant politique de longue date à Jacques Lafleur, Jean-Pierre Aïfa. Ceux-ci reprochent au président de province de ne pas avoir respecté ses engagements vis-à-vis du clan Gouaro, auquel il aurait promis entre 1994 et 1997 l’attribution de 1 000 hectares aux jeunes du clan, le gel des lieux historiques (sépultures et site de l’ancienne tribu) et 20 % d’intéressement dans une société d’économie mixte chargée du développement d’activités touristiques et de l’exploitation des réserves de sable. Pour ses partisans, cette opération permet au contraire non seulement à la collectivité de réaliser une plus-value importante de 455 millions de francs Pacifique (3,8 millions d'euros) par rapport à son prix d'achat de 1992, mais de plus de créer des « centaines d'emploi » par le biais des deux seuls secteurs économiques qui, selon eux, sont viables sur la propriété : le tourisme et l'agriculture extensive (une étude réalisée estimant que « l’installation d’agriculteurs sur de petites parcelles n'est pas viable », de même pour l'exploitation du sable qui reste toutefois du ressort de la province qui est propriétaire de fait du sol et sous-sol sous-marin et du littoral), tout en imputant l'échec d'un accord sur le plan de la revendication foncière coutumière à un conflit entre deux clansPolémique autour de la vente de Gouaro Déva sur le site lnc.nc, mis en ligne le 6 février 2004, Consulté le 17 mai 2012. Quoi qu'il en soit, cette décision est remise en question dès l'arrivée au pouvoir en 2004 de l'Avenir ensemble qui décide de ne pas donner suite aux promesses de vente et de conserver Gouaro Deva dans le domaine provincialL’Avenir ensemble affirme son emprise sur l’institution provinciale sur le site lnc.nc, consulté le 17 mai 2012 .

Le la province Sud est parvenue à un protocole d'accord signé avec le groupement de droit particulier local (GDPL) "Mwe Ara" (regroupant les différents clans de la région concernés) et la commune de Bourail. Il est alors convenu d'associer toutes les composantes institutionnelles et sociétales parties prenantes du projet afin d’obtenir une cohésion autour d’un projet de développement durable novateur sur cet espace dont tous reconnaissent la valeur inestimable. Le projet de Déva prévoit la réalisation d’hébergements, d’infrastructures et d’équipements à vocation écotouristique en respectant trois objectifs majeurs : la préservation de la richesse naturelle exceptionnelle du site, la promotion d'un aménagement global raisonné vitrine du développement durable en Nouvelle-Calédonie, et favoriser l’essor de la région de Bourail par la création d’activités et d’emplois pérennes. Il s'agit d'un projet de rééquilibrage pour la commune de Bourail.

La SEM, via un bail et une convention signée le avec la province Sud, a pour but de gérer le Domaine de Déva et notamment conduire le vaste projet de développement économique, en fédérant les différentes parties-prenantes et en s'assurant des retombées économiques pour la région. Les missions confiées à la SEM Mwe Ara au titre de la convention sont : l'accueil et l'information des visiteurs et délégations, les relations avec les acteurs du Domaine, le développement des activités touristiques, la gestion du Domaine (sécurité, gardiennage, entretien des espaces et équipements), la protection de l’environnement : sensibilisation, mise en valeur du patrimoine naturel et lutte contre les espèces envahissantes. En 2019, la société compte treize employés et un directeur général.

Nature Ce domaine naturel d'environ 8000 hectaresGouaro Deva sur le site promosud.nc, Consulté le 17 mai 2012 s'étend entre le littoral et les montagnes jusqu'au cap Goulvain. Il constitue le plus grand ensemble de forêts sèches restant en Nouvelle-Calédonie sur plus de 1700 hectares.

Le lagon qui borde le Domaine de Déva fait partie de la zone côtière Ouest (dont les récifs de Gouaro-Deva) qui est inscrite, depuis le , au patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO. Le Domaine de Déva fait donc partie de la zone tampon terrestre de ce milieu naturel de première importance.

Formations naturelles de Gouaro Deva Guaro Deva est constitué de différentes formations naturelles notables.

La plus grande forêt sèche de Nouvelle-Calédonie La forêt sèche ou forêt sclérophylle est constituée d'espèces végétales possédant la capacité de survivre dans un climat sec (des précipitations annuelles inférieures à 1100 mm), soumis à des vents asséchants et à basse altitude (entre 0 et 350m). C'est l'un des écosystèmes les plus menacés de la planète".. En Nouvelle-Calédonie, les forêts sèches occupaient initialement l'ensemble la côte Ouest. Malheureusement il ne reste aujourd'hui que 2% (175km²) de sa surface initiale. Souvent confondue avec la savane à niaoulis, milieu dégradé et pauvre en biodiversité, la forêt sèche calédonienne possède pourtant une valeur écologique inestimable. C'est un écosystème très riche abritant près de 450 espèces végétales dont 60 % d'endémisme. C'est également le lieu de vie d'une faune importante constituée d’insectes, de mollusques, de reptiles et d’oiseaux. De nombreuses espèces qui la constituaient ont déjà disparu en raison des nombreuses menaces qui pèsent sur leur habitat naturel : feux de brousse, défrichages aux besoins de l'urbanisation, des pâturages ou de l'agriculture, introduction d’espèces envahissantes.

Avec une surface d'environ 1700 hectares, la forêt sèche de Déva est la plus grande forêt sèche encore existante en Nouvelle-Calédonie. Elle abrite 72 espèces végétales dont une bonne partie endémique rare et menacée, 38 espèces d'oiseaux (dont le corbeau calédonien, un des seuls animaux capables de fabriquer ses propres outils), 11 espèces de geckos et scinques, 58 espèces de papillons ainsi que des escargots dont le bulime (Placostylus porphyrostomus). Le domaine est protégé et des opérations de régulation des espèces exotiques envahissantes végétales et animales (cerfs, cochons, chats ensauvagés, lapins…) y sont menées de manière hebdomadaire avec les associations locales. On peut trouver aussi des dindons, des notous et des roussettes.

En 2016, le Conservatoire d'espaces naturels de Nouvelle-Calédonie met en place une barrière de « mise en défend » dans Gouaro Deva, pour protéger de forêt sèche et destinés à la restauration active (plantation). Dans le cadre de cette mesure, les gestionnaires du Domaine ont opéré successivement à de multiples opérations de reboisement, réalisées en collaboration avec l'association Caledoclean, plantant environ 8000 arbres de forêt sèche entre 2018 et 2019.

La savane à niaoulis Paysage caractéristique des plaines de la côte ouest de Nouvelle-Calédonie, souvent confondue avec la forêt sèche, il s'agit pourtant d'un espace dégradé et très faiblement biodiversifié. À quelques rares exceptions près, la strate arborescente n'est composée que de niaoulis (Melaleuca quinquenervia) — qui peuvent suivant les cas se développer en peuplements très denses — parmi lesquels subsistent parfois des arbres reliques de la forêt sèche (tels qu’Arytera spp). Le reste du cortège floristique est représenté par des espèces introduites (cassis, Solanum mauritianum, Wikstroemia indica…), plus ou moins envahissantes, majoritairement herbacées. Seul Wikstroemia indica, sous-arbuste autochtone, se retrouve régulièrement associé à cette formation. Cet espace, le plus présent de Gouaro Deva, est le résultat de sa déforestation par des incendies et la mise en place, par le passé, de parcelles de maraîchages ou de pâturages. .

Les marais vignette|Le marais Temrock. Gouaro Deva comprend trois grands marais : le marais Fournier au sud (environ ), le marais Deva au centre (environ ) et le marais Temrock (environ ). Ils se présentent sous la forme de vastes plans d'eau libre non pérennes. Ces marais s'alimentent uniquement par les apports hydriques des crues durant la saison humide et s'assèchent lors des périodes sèches. Ces espaces constituent un refuge pour l’avifaune, tout en constituant des ressources en eau non négligeables. On peut entre autres y observer des canards à sourcils (Anas superciliosa), des aigrettes à face blanche (Egretta novaehollandiae), des martins-pêcheurs (Todiramphus sanctus), des aigles pêcheurs (Haliastur sphenurus), ainsi que plusieurs espèces de cormorans.

La mangrove Cette formation végétale est localisée en deux points du site à l'embouchure des principales criques, elle y est représentée par des surfaces réduites (estimées au total à ).

La flore qui la compose est commune à toutes les mangroves de Nouvelle-Calédonie, ou même à d'autres mangroves des îles du Pacifique (Rhyzophora spp, Bruguiera gymnorhyza, Excoecaria agallocha…).

Cette formation végétale dispose de rôles écologiques et économiques majeurs pour la Nouvelle-Calédonie : filtre mécanique qui retient les sédiments, barrière protectrice contre l'érosion, lieu de vie pour une faune abondante et diversifiée (insectes, crabes, poissons, oiseaux, roussettes…), frayère pour de nombreuses espèces d'oiseaux marins, source de bois, de nourriture ou de médicaments pour les Kanaks.

Plantes remarquables