Le est un palace situé à Caux, dans le canton de Vaud, en Suisse.
Réalisé par l'architecte vaudois Eugène Jost, il fut inauguré le . Bâti sur une terrasse de de long, et multipliant les tours et tourelles aux tuiles vernissées, le bâtiment, visible de toute la région, modifiait durablement le paysage montreusien ; il devait aussi donner une fréquentation internationale importante au village de Caux après qu'il fut racheté et réhabilité par Initiatives et Changement en 1946. Tout en poursuivant chaque été son activité comme centre de rencontres d'Initiatives et Changement, le Caux-Palace est à présent également le siège de l'école hôtelière suisse SHMSViviane Gabriel, Pour ses , le Caux-Palace brillera de mille feux au-dessus du Léman, article du quotidien Le Temps, 5 septembre 2002 lire en ligne. Le bâtiment est classé comme bien culturel d'importance nationale L'inventaire édité par la confédération suisse, canton de Vaud.
Histoire
Caux avant le palace Jusqu'en 1875, la région de Caux n'a été habitée que de manière éparse. Les « Monts de Caux » avaient toujours servi de pâturage pour les fermiers de la région de Montreux et la route du col de Jaman de passage vers la vallée de la Sarine et du Simmental. En 1875, Émilie Monnier transforme son chalet du Mont de Caux en auberge afin d'accueillir les randonneurs de plus en plus nombreux à s'aventurer dans les parages en raison de l'essor progressif du tourisme depuis une quarantaine d'années à Montreux (ouverture de l'Hôtel du Cygne en 1837) et Territet (l'Hôtel des Alpes en 1841). Le hameau de Glion fut le premier à en profiter, mais pour cela il fallait relier Glion au reste du monde : une route en lacets partant de l'église des Planches fut ouverte en 1850 et très rapidement l'hôtel Righi vaudois fut ouvert. On s'attela en parallèle à la question d'une desserte par voie ferrée, ce qui conduisit à la mise en service du funiculaire Territet-Glion en 1883. C'est à cette époque que des entrepreneurs de la région s'avisèrent du potentiel de « Mont de Caux ».
thumb|left|Le Grand Hôtel de Caux, avant la construction du Caux-Palace. En particulier, Philippe Faucherre, né en 1844 à Vevey, et son épouse Louise Vautier, tous deux issus de familles d'hôteliers. Il s'assure du produit d'une carrière de pierre en 1890 et fait sortir de terre le Grand Hôtel de Caux en trois ans. Tous les matériaux nécessaires avaient été transportés à dos de mulet faute de voies de communication, encore en construction. La voie ferrée de Glion jusqu'au sommet des Rochers de Naye sera construite en et ouverte en 1892, un tour de force exécuté sous la direction d'un brillant ingénieur ferroviaire, M. Laubi. Le tronçon de Montreux à Glion ne sera construit que plus tard. Quant à la route, elle est construite et livrée à la même époque par l'entrepreneur Pierre Bottelli. Le succès immédiat du Grand Hôtel, inauguré en et où séjournent nombre de personnalités de l'époque, conduit d'autres entrepreneurs à concevoir le projet du Caux-PalaceCes renseignements proviennent en totalité de l'ouvrage historique de Philippe Mottu: Caux, de la Belle Époque au Réarmement moral, publié en 1969 à la Baconnière, Neuchâtel, Suisse, pages 15 à 20..
Construction du palace Cinq ans après l'ouverture du Grand Hôtel de Caux, Ami Chessex, propriétaire du Grand-Hôtel de Territet, décide de construire un nouvel hôtel à Caux sur les terrains qu'il possède au « Creux du moulin » soit un peu en dessous du Grand-Hôtel, bien que ces terrains soient en forte pente. Début 1899, il négocie avec Philippe Faucherre la création d'une société commune, la Société immobilière de Caux, avec un capital de de francs. vignette|redresse=1.5|Article de journal relatant l'ouverture du Caux-Palace en 1902.|alt=Une reproduction de la une d'un journal professionnel suisse relatant l'ouverture du Caux-Palace en 1902. Début 1900, cette société lève trois millions d'emprunt obligataire et cinq cent mille francs supplémentaires en 1903. Ses premiers travaux consistent à réhausser d'un étage le Grand-Hôtel, ce qui lui ajoute 80 lits dès 1899. Début 1900 commence la construction du palace de Caux. Il faut que ce soit à la fois l'hôtel le plus grand et le plus luxueux jamais construit en Suisse. C'est pourquoi les architectes, sous la direction d'Eugène Jost, proposent de construire un mur de soutènement de de long, permettant de donner de la surface aux futurs jardins et d'établir une promenade en belvédère d'où l'on pourra admirer à loisir le paysage grandiose du lac et des Alpes. C'est l'un des adjoints de Jost, M. Alfred Daulte, qui dirigera les travaux sur place à Caux, un travail délicat sachant qu'à certains moments il y a plus de sur le chantier et qu'il est soumis à un contrôle étroit de la part de son commanditaire, Ami Chessex, qui monte à pied deux fois par semaine pour inspecter le chantier et n'hésite pas à donner des ordres en contradiction avec les directives de l'architecte ! Néanmoins, la construction et la finition sont réalisées en à peine plus de deux ans et le , le Caux-Palace fut inauguré en grande pompe, avec la participation du président du Conseil d'État, M. Cossy, et la quasi-totalité du gouvernement cantonal. Le bilan de la Société immobilière de Caux montre que le coût total de la construction s'élève à Ces renseignements proviennent en totalité de l'ouvrage historique de Philippe Mottu: Caux, de la Belle Époque au Réarmement moral, publié en 1969 à la Baconnière, Neuchâtel, Suisse, pages 21 à 30..
Belle époque Comme pour le Grand-Hôtel, le succès du Caux-Palace est immédiat. Des personnalités se rendent à Caux, parmi lesquelles on note les noms de Sacha Guitry, Paul Morand, Romain Rolland, Edgar Wallace, mais aussi du prince Ibn Seoud, futur roi d’Arabie Saoudite, de John D. Rockefeller et du maharajah de Baroda. Ce dernier résidait souvent avec sa suite dans le Caux-Palace. Sa chambre, dans l’angle sud-ouest, jouissait d’une excellente vue, et est encore aujourd’hui appelée la chambre du maharajah. La tapisserie en tissu de cette dernière a pu être restaurée.. Un mobilier en citronnier, également préservé, avait été tout spécialement créé pour lui. Une anecdote raconte qu'une de ses malles était tombée du train lors d'une de ses montées à Caux. Malencontreusement, elle contenait une partie de son trésor sous forme de titres et autres papiers de valeurs. Le maharadjah exigea immédiatement la tête du coupable ! La malle fut finalement retrouvée bien plus tard.
Deux à trois semaines d'attente dans la région sont parfois nécessaires avant d'avoir le privilège de pouvoir séjourner à Caux. Dans les premières années du siècle, dans le sillage des deux grands établissements de la Société immobilière de Caux, des hôtels plus modestes s’implantent à Caux comme l’hôtel Pavillon des fougères (plus tard hôtel Alpina) puis l’hôtel Maria, qui auront parfois aussi une clientèle prestigieuse. Une école est ouverte à Caux en 1905, une chapelle anglicane en 1906, puis en 1907 la chapelle catholique. Des chalets privés sont également bâtis à cette époque. Au-delà des sports d’hiver courants (luge, patin à glace et bientôt le ski), on peut aussi s’adonner au bobsleigh : une piste est créée entre Crêt-d’y-Bau et Caux, à l’époque c’est la plus longue d’Europe. C’est à Caux que fut fondée la Fédération mondiale de bobsleigh et plus tard la Fédération mondiale de hockey sur glaceCes renseignements proviennent en totalité de l'ouvrage historique de Philippe Mottu: Caux, de la Belle Époque au Réarmement moral, publié en 1969 à la Baconnière, Neuchâtel, Suisse, pages 31 à 40..
Années de crise thumb|Statue de l’impératrice Sissi à Territet « en mémoire de ses nombreux séjours à Montreux ». Le sonne le glas de la brillante croissance du tourisme de luxe. En quelques jours, les hôtels se vident pour . Le , les quelques clients restant au Grand-Hôtel sont transférés au Palace et le Grand-Hôtel est fermé. En 1917, Ami Chessex décède après trois ans de lutte pour tenir la tête de son entreprise hors de l’eau. La perte cumulée à la fin de la guerre sera d'un million de francs. Une restructuration financière de la Société immobilière de Caux a lieu en 1919, année à partir de laquelle tout semble revenir lentement dans l’ordre, mais les taux de change sont défavorables aux séjours en Suisse et les hôtels de Caux ne répondent plus tout à fait aux exigences des hôtels de luxe. En 1925, plus de trente ans après son ouverture, le Grand-Hôtel est rénové et prend le nom d’Hôtel Regina en souvenir de l’impératrice Sissi, qui avait résidé au Grand-Hôtel en 1898, l'année même de son assassinat à Genève. Les années 1927 et 1928 voient de bonnes fréquentations. Une seconde restructuration financière a lieu en 1929 pour lever un million de francs nécessaires à la rénovation du Caux Palace. Caux accueille la coupe du monde de bobsleigh en 1930. La crise économique survient et les années 1930 à 1935 seront très difficiles. Une quatrième restructuration financière ne parvient pas à améliorer la situation et à partir de 1937, le conseil d’administration met en vente le Caux Palace tandis que les pertes s’accumulent. 1938 voit l’électrification du chemin de fer et la vogue du ski relance partiellement Caux. Le Caux Palace s’appelle désormais Hôtel Esplanade et chercher à attirer une clientèle moins huppée que précédemment. En 1939 il doit fermer définitivementCes renseignements proviennent en totalité de l'ouvrage historique de Philippe Mottu: Caux, de la Belle Époque au Réarmement moral, publié en 1969 à la Baconnière, Neuchâtel, Suisse, pages 41 à 48..
Seconde Guerre mondiale Après le Caux Palace, les différents hôtels ferment graduellement leurs portes. En 1941, la société de l’Hôtel Régina est déclarée en faillite et l’hôtel change deux fois de mains. Quant au Palace, fermé dès les premiers jours de la guerre, il va rouvrir de mai à pour héberger des aviateurs anglais et américains évadés de camps de prisonniers du nord de l’Italie, puis, d’ à , ce seront des réfugiés civils italiens, puis finalement, de décembre 1944 à juillet 1945, des réfugiés juifs venus de HongriePhilippe Mottu: Caux, de la Belle Époque au Réarmement moral, la Baconnière, 1969, page 48.. Ce groupe de arrivait de Bergen-Belsen où il avait été interné par les SS malgré le paiement d'une forte rançon pour être évacué de Hongrie vers un pays neutre. Cet épisode est connu sous le nom de l’affaire du train Kasztner, du nom du principal négociateur juif de cette évacuationVoir le journal d’une réfugiée hongroise (http://journaldesidonie.blogspot.com/). D’ultimes négociations sur fond de défaite allemande et d’évacuation de certains camps de concentration leur permettront d’être finalement rendus à leur destination initiale, avant que le camp d’internement de Bergen-Belsen ne devienne à son tour un véritable camp d’extermination sous la conduite de SS repliés d’Auschwitz. Les juifs orthodoxes seront hébergés à l’hôtel Regina et les autres au Caux Palace.. En mémoire de ces réfugiés, un chêne a été planté sur la terrasse du Caux Palace en 1997 et une plaque apposée en . On y lit : « En mémoire des réfugiés juifs hébergés ici pendant la Deuxième Guerre mondiale, et en mémoire de ceux qui ont été refoulés à la frontière suisse. Nous ne les oublierons pas. ».
Pendant cette époque troublée, le gardien du Caux Palace, Robert Auberson, avait mis à l’abri tout ce qui est précieux, tel que vaisselle, meubles, etc. En revanche, l’ensemble de ces séjours forcés à Caux avait conduit à de nombreuses dégradations des bâtiments ; par exemple, beaucoup d’éléments ordinaires pouvant avoir une valeur de revente (poignées de portes, serrures, robinetterie, etc.) ont disparu pendant cette époque. Voilà qui achevait de ruiner l’œuvre des fondateurs du Caux Palace : l’action de la Société immobilière de Caux était passée de à en 1936 et, hors les terrains et le gros œuvre des bâtiments, il ne restait plus rien des 9 à de francs investis depuis 1890.