L’insurrection de Palerme désigne la série d'événements qui, du 27 au , permettent la conquête de la ville de Palerme par les garibaldiens lors de l'expédition des Mille.
Contexte Monreale Après la victoire de la bataille de Calatafimi, le général Garibaldi décide de marcher sur Palerme, qui est le principal objectif sicilien de l'expédition. Dans le même temps, dans le camp bourbonien, le gouverneur Paolo Ruffo, prince de Castelcicala, âgé de 71 ans, est remplacé par le commissaire extraordinaire Lanza (âgé de 73 ans), ce dernier envisage de se retirer sur Messine afin de reprendre la contre-offensive comme cela fut le cas en 1848. Après avoir été stationné jusqu'au à Calatafimi, le 17 les Mille débutent la marche vers Palerme, s’arrêtant à Alcamo et arrivant le 18 à Partinico, où sont encore visibles les conséquences des exactions de la population à l'encontre des troupes bourboniennes au cours de leur retraite. Ils s'arrêtent un peu au-delà de Borgetto sur la route de Monreale-Palerme. Le principal problème de la conquête de la capitale de l'île est l'énorme disparité des forces en présence : Garibaldi, avec environ 900 volontaires à l'origine de l'expédition et quelques milliers de révoltés siciliens dont l'espoir de réussite réside principalement en l'insurrection de la population palermitaine, en face, bourboniens. Voulant d'abord attaquer Monreale puis descendre sur Palerme, Garibaldi se met en contact avec Rosolino Pilo, qui est à la tête des insurgés siciliens, afin qu'il attaque le flanc des soldats napolitains pour les obliger à reculer. À Monreale, trois bataillons et étrangers commandés par le colonel et le major sont présents, n'attendant pas l'attaque des Siciliens mais le matin du , il passe à l'offensive. Dans les combats qui s’ensuivent, Pilo est tué.
Parco left|thumb|Les opérations militaires du général Garibaldi du 18 au 27 mai 1860 Compte tenu de la position occupée sur le plateau de Renda qui le rend vulnérable à une offensive ennemie, Garibaldi décide de se retirer vers Parco (aujourd'hui Altofonte) distant d'un dizaine de kilomètres de Monreale. Après avoir commandé aux troupes de Partinico et Piana dei Greci de rester en place pour engager l'ennemi (avec l'ordre de se retirer au cas où les combats deviendraient trop vigoureux), à minuit le , il lève le camp et marche dans l'obscurité et sous une pluie battante. Il suit initialement la route de San Giuseppe Jato puis un chemin destinée aux mulets qui doit conduire les Garibaldiens à l'objectif fixé. Le silence le plus strict est imposé. En plus de la boue qui entrave le mouvement et le fait que, souvent, au lieu de suivre le chemin les hommes coupent à travers les champs cultivés, la difficulté majeure provient du transport de l'artillerie, une tâche accomplie grâce à l'aide des agriculteurs de Parco. Arrivés à destination, les habitants de Parco veulent accueillir de manière festive les Mille en illuminant les balcons et en allumant des flambeaux, ce que le général interdit pour ne pas être découvert par les bourboniens, qui sont de l'autre côté de la vallée.
Le campement est placé sur la colline dite Cozzo di Crasto à environ 200 mètres en hauteur du village. À ce stade, l'expédition se trouve sur le côté sud de la ville de Palerme et il devient facile pour Garibaldi de se joindre avec La Masa qui depuis le se trouve à Gibilrossa (un hameau de Misilmeri) avec les troupes qu'il a, au nom du chef de la région des Mille, recueillies après Calatafimi. Garibaldi s'occupe également de la partie « politique » de l'expédition en nommant le , le gouverneur du district de Palerme, Paolo Migliore.
Pendant ce temps, les bourboniens décident d'attaquer les Milles près de Parco comme l'espère par ailleurs Garibaldi. La première tentative a lieu le quand une colonne sort de Palerme mais ne réussit pas à dépasser le mont dit del Fico, qui se trouve face au Cozzo di Crasto. Le , trois colonnes se déplacent, l'une composée de deux bataillons de Palerme sous le commandement du général Colonna et deux de Monreale de sept bataillons, sous le commandement de von Mechel, afin de prendre d'assaut le camp de Garibaldi. Le plan prévoit que, pendant que les deux colonnes attaquent frontalement, la troisième assaillirait par derrière les Mille depuis le mont Rebottone qui domine le Cozzo di Crasto et bloque la route de Piana dei Greci. Garibaldi, afin de ne pas être pris au piège, décide de battre en retraite vers Piana laissant 100 hommes en arrière-garde, et quelques escouades sur le mont Moarda, prolongement occidental du Rebottone.
L'ordre de se retirer de Piana est également communiqué à La Masa. La retraite ne suit pas la route mais des raccourcis présents sur le plateau Vers onze heures du matin, les forces de Garibaldi entrent en contact avec les bourboniens qui tentent d'attaquer les Mille. Après avoir repoussé l'ennemi, Garibaldi arrive dans la petite ville à 2 heures l'après-midi. L'artillerie, en suivant la route carrossable, réussit à arriver à 6 heures. Vers 11 heures, les escouades siciliennes en poste à Moarda n'entendant plus l'artillerie et voyant les Mille se retirer, commencent à se disloquer accusant les « continentaux » de trahison. La Masa rencontre vers Mezzagno de nombreux fuyards de ces escouades et il réussit à les rassembler, leur expliquant qu'il s'agit d'une action stratégique et en les menaçant de les exécuter. S'apercevant que Mezzagno grouille d'ennemis et informé que Garibaldi veut se retirer à l'intérieur de l'île, il se rend à Marineo, où il arrive le soir et adresse une lettre à Garibaldi lui demandant de rendre visite à ses troupes de Gibilrossa, qu'il prétend être fortes et nombreuses et de ne pas renoncer à l'attaque sur Palerme, décision qui aurait été du plus mauvais effet sur le moral de Parlermitains. La Masa craint que ses troupes ne se dispersent en apprenant la nouvelle de la retraite des Mille. Il se rend au camp Gibilrossa où il arrive à minuit.
Les forces bourboniennes, à l'exception de celles du général Colonna rentrées à Palerme, restent dans l'attente à Parco toute la journée du 24, ne tentant pas d’autres attaques sauf une tentative infructueuse à la gorge du Pozzilo.
Piana dei Greci Alors que Garibaldi est à Piana dei Greci, le rassemblement général est sonné au cours de la soirée, l'artillerie, les blessés, les malades, une quarantaine de chariots à bagages et 150 picciotti de Corleone commandés par Vincenzo Giordano Orsini partent en direction de Corleone (s'éloignant ainsi de Palerme) pendant que le reste des troupes (environ 750 volontaires) avec Garibaldi les suit une heure plus tard. L'artillerie continue sa retraite vers le centre de l'île, le reste des volontaires tourne à gauche, après le pont sur la Malanoce, prenant le chemin de terre qui conduit à Santa Cristina Gela et s'arrête au Chianetta (Pianetto) à environ un kilomètre du village afin de se reposer le reste de la nuit. Le , les 750 volontaires emmenés par Garibaldi poursuivent par Marineo tandis que les Napolitains (environ ) sous le commandement de Von Mechel et Del Bosco arrivent à Piana dei Greci, où ils restent jusqu'au soir du , se déplaçant à la poursuite de la colonne Orsini, qu'ils croient être l'expédition entière.
La nouvelle selon laquelle les insurgés associés à Garibaldi se sont dispersés et retournent chez eux arrive à Naples, puis le 27 à Rome et enfin le à Vienne.
Garibaldi reparti de Chianetta le 25 au matin se rend à Marineo, où il arrive vers 11 heures. Il se rend sur le mont Calvario pour observer la situation. Il écrit plus tard à La Masa qu'il espère le lendemain aller à Gibilrossa. En fait, il repart le jour même dans la direction de Misilmeri et il y arrive à une heure du matin. À quatre heures, il tient un conseil de guerre, auquel participe La Masa, et il décide d'attaquer la capitale de l'île. À cinq heures, tout est terminé, Garibaldi dit à Nino Bixio le célèbre échange : , auquel celui-ci répond : . Corrao, qui a pris la place de Pilo est averti de se tenir prêt à coopérer à l'attaque avec ses hommes qui se trouvent sur les collines à l'Ouest de la ville.
L'assaut sur Palerme upright|right|thumb|Plan de Palerme du 27 au 30 mai 1860 La défaite de bataille de Calatafimi entraîne le délitement du pouvoir des Bourbons. Les partisans napolitains quittent Palerme pour Naples, et les puissances étrangères (Royaume-Uni, Autriche, France, Piémont, Espagne et États-Unis) mouillent des navires guerre pour assurer la protection de leurs concitoyens mais surtout pour surveiller le déroulement des combats.
L'expédition, qui débute vers onze heures du matin depuis Misilmeri, arrive vers midi à Gibilrossa. Il y a environ quarante escouades siciliennes, avec des effectifs qui varient de à 200, que Garibaldi passe en revue. Par la suite, il choisit l'avant-garde et promet une récompense de pour celui qui plantera le premier le drapeau tricolore sur le palais municipal de Palerme. Au crépuscule, la descente vers Palerme commence avec comme consignes de respecter le silence le plus absolu et de ne pas tirer avant le lever du jour. Trois officiers britanniques, deux américains et le correspondant du The Times ainsi que le Hongrois Nándor Éber se joignent à l'expédition depuis Gibilrossa, ce dernier confie des informations du Comité révolutionnaire de Palerme et à sa demande, il est incorporé parmi les Mille. Grâce à ces informations, Garibaldi réussit à savoir quelle est la zone la moins protégée, le côté sud-est qui fait face à la mer.
upright|right|thumb|Pont de l'Ammiraglio (1910) Après avoir passé les falaises de la montagne, les assaillants suivent la route menant à la ville et, à deux heures du matin, ils arrivent à . Ils font une halte et se placent, selon les ordres de Garibaldi, en deux rangées sur le bord de la route. L'avant-garde se compose de trente chasseurs des Alpes du major Lajos Tüköry accompagnée et suivie par les hommes de La Masa. Juste avant l'aube, ils atteignent Settecannoli, un quartier de Palerme, où les Siciliens, transgressant les ordres, commencent à tirer et font perdre l'avantage de la surprise. Cela permet à environ 200 soldats bourboniens stationnés près du pont de l’Amiral d'engager un tir de barrage qui cause des ravages dans les troupes siciliennes qui se dispersent partiellement dans les champs. Les chasseurs des Alpes et une partie des Siciliens répondent aux tirs et l’assaut qui s'ensuit provoque la fuite des soldats napolitains, permettant ainsi au reste des volontaires de traverser le pont. Ils sont l'objet d'un feu nourri de la part de troupes présentes sur le pont de la Guadagna et beaucoup sont blessés, Lajos Tüköry est touché à mort, aussi Garibaldi envoie une compagnie pour prendre à revers les bourboniens et mettre fin aux tirs. Pendant ce temps, de nombreux Garibaldiens réussissent à entrer dans la ville, grâce aussi au fait que les 59 soldats bourboniens du de ligne, placés derrière un talus et qui jusque-là avaient résisté aux assauts, ne voyant pas les renforts arriver, se replient vers l'église San Cataldo.
Après être entrées, les escouades se dirigent vers la place Fieravecchia, lieu symbolique où avait commencé la révolution sicilienne de 1848. Les cloches sonnent le tocsin afin de signaler l'entrée dans Palerme des Garibaldiens et de la population insurgée. Dans le même temps, un navire de guerre placé en face de la Via San Antonino (aujourd'hui via Lincoln) commence à tirer pour empêcher l'accès à la porte Termini. L'endroit est pris sous le feu des soldats présents à la porte Sant'Antonino et de la caserne qui se trouve à proximité. Les assaillants attendent l'intervalle de temps entre deux tirs du navire pour traverser le carrefour devant la porte. Pour faire passer Garibaldi, les hommes construisent une barricade d'objets divers permettant ainsi son entrée dans la ville à quatre heures du matin.