vignette|Belfort, Le Lion de Belfort. vignette|Coulmiers (Loiret), monument commémoratif de la bataille de Coulmiers. vignette|Dijon, monument « Aux citoyens morts pour la défense de Dijon » (1870). vignette|Floing, monument aux morts de la bataille de Sedan (1870). vignette|Mars-la-Tour (Meurthe-et-Moselle), monument et ossuaire (combats des 16 et 18 août 1870). vignette|Pont-Noyelles (Somme), colonne Faidherbe, monument commémoratif de la bataille de l'Hallue. vignette|Puteaux, quartier de La Défense, Monument de la Défense de Paris. vignette| Wœrth, monument aux soldats bavarois.
Les monuments aux morts de la guerre de 1870 constituent les premiers exemples français de monuments rendant hommage aux Morts pour la Patrie citant à égalité les hommes de troupe et les officiers. Les premiers furent élevés dès les années 1870 pour commémorer les victimes françaises de cette guerre.
Il existe des monuments sans sépultures (cénotaphes), des monuments commémoratifs ou des tombes individuelles ou collectives (carrés militaires) de cette guerre dans quasiment tous les départements de la France métropolitaineSeul le département des Alpes-de-Haute-Provence (Basses-Alpes à l'époque) semble faire exception. ; cependant, ils sont beaucoup plus nombreux dans l'Est et le Nord de la France, en région parisienne, dans la région du cours médian de la Loire, le sud de la Basse Normandie, le Maine et la Bourgogne où se sont déroulés la plupart des combats.
Ils se présentent généralement sous la forme d'un socle supportant une œuvre d'art, d'un obélisque ou d'une stèle. La majorité de ces monuments, commémorant les morts de 1870, sont implantés dans les cimetières.
Tombes de soldats et monuments commémoratifs Historique Après un conflit qui dura du au , le traité de Francfort du clôtura la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Il stipulait, dans son article 16, que les deux États signataires s'engageaient, sur leur territoire respectif, à entretenir les tombes de soldats morts pendant le conflit.
Les soldats, ne portant pas encore de plaque d'identification, étaient le plus souvent ensevelis anonymement dans des tombes collectives. Du côté français, le nombre de militaires tués est estimé entre Stéphane Audoin-Rouzeau, 1870. La France dans la guerre, Paris, Éditions Armand Colin, 1989.
La loi allemande du régla la question des tombes militaires allemandes et françaises dans les trois départements annexés d'Alsace-Lorraine.
La République française entretint aussi l'esprit de revanche à travers les 900 monuments, nés d'initiatives privées, qui apparurent entre 1870 et 1914, leur inauguration étant l'occasion de fêtes civiques (remises de médailles aux vétérans et banquets de régiments) qui devinrent de véritables « fêtes de la revanche » à la suite de la défaite de 1870 Chapitre I : Les origines du 11 novembre - Commémoration de guerre et République (1871-1914).. Ces fêtes mémorielles furent rapidement républicanisées avec la loi du sur la « conservation des tombes des militaires morts pendant la guerre de 1870-1871 », qui permit à l'État d'acheter les parcelles de cimetières ou d'exproprier les terrains où se trouvaient des sépultures.
Ces tombes ont été aménagées, entourées de grilles en fonte, correspondant à un modèle réglementé, avec une plaque portant la mention « Tombes militaires - Loi du ». Dans le même temps, 25 ossuaires surmontés d'un monument ont été construits. Au total, de 1873 à 1878, l'État français a financé l'aménagement de 87 396 sépultures réparties sur 1 438 communes dans 36 départements. Dans ces sépultures, ont été ensevelis les corps de 37 859 Français, 21 876 Allemands, 27 661 Français et Allemands.
L'un des premiers monuments construits fut le monument national commémoratif de la guerre de 1870 à Mars-la-Tour (Meurthe-et-Moselle). L'édification de monuments commémoratifs a été, pour une part, l’œuvre du Souvenir françaisLe Souvenir français fut créé en 1887 pour maintenir le souvenir de la guerre de 1870 ainsi que les valeurs de la France et de la République. et celle des sections de vétérans. C'est à partir de la loi de 1890, laissant aux communes l'initiative de leur érection, qu'on vit se multiplier les monuments aux morts de la guerre de 1870-1871, soit sur les emplacements de batailles, soit sur les places publiques, soit dans les cimetières communaux des villes et villages.
Ils témoignaient également de la diffusion dans l'opinion de l'idéologie nationaliste, du culte du souvenir des morts au combat et, pour une minorité, du désir de revanche sur l'Allemagne à la fin du et au début du .
Interprétation Cette guerre s'étant conclue par une défaite française, les vétérans cherchèrent à oublier cet aspect pour mettre en valeur des actes héroïques individuels. Les monuments érigés, comme les commémorations, étaient donc souvent issus d'initiatives localesJasper Heinzen, « La guerre oubliée », L'Histoire , mars 2020, .. Néanmoins, au niveau national, ils permirent également de consolider la Troisième République en perpétuant le souvenir de ces morts au combat héroïsés. Le mouvement, d'abord local (sous la forme de monuments comme des croix dans les cimetières, des obélisques ou des plaques), fut prolongé au niveau national en étant financé et organisé par l'État. Cela permit ainsi de forger l'identité républicaine des citoyens lors des inaugurations et célébrations autour du monument érigé. Lors de celles-ci, les écoles, les bataillons scolaires, les sociétés patriotiques et gymniques, les autorités politiques, militaires et religieuses et surtout les amicales de vétérans furent sollicités. Par ces festivités (discours, parades, jeux, musique militaire ou funèbre, rues pavoisées, foule nombreuse, banquets, etc.) invitant les communautés urbaines ou villageoises à communier ensemble, souvent en novembre lors de la fête des morts, le souvenir de la défaite permit de préparer les esprits à la revanche future, comme le rappelle par exemple une plaque sur le monument d'Héricourt : . Ces monuments œuvraient aussi à l'éducation patriotique et historique des jeunes générations, prenant naturellement leur place dans le « roman national »Rémi Dalisson, « Les racines d’une commémoration : les fêtes de la revanche et les inaugurations de monuments aux morts de 1870 en France (1871-1914) », Revue historique des armées, 274, ..
À la veille de la Première Guerre mondiale, chaque département était doté d'au moins un monument, pouvant atteindre 49 dans le Loiret. Paris en comptait sept, l'Algérie française au moins trois. Leur nombre augmenta dans les zones qui avaient été envahies (Picardie, Nord-Est, Val de Loire et Bourgogne) ou qui fournirent beaucoup de soldats (Sud-Ouest).
L'historien Rémi Dalisson souligne que la monumentalisation du souvenir de la guerre franco-prussienne prépara et inaugura des pratiques qui furent réutilisées après le premier conflit mondial pour honorer les morts le 11 Novembre. Néanmoins, elle s'en distinguait dans la mesure où la mémoire de la guerre franco-prussienne mettait l'accent sur la revanche, un , alors que celle de la Grande Guerre insista sur l'idée de clore le chapitre des guerres. Quoi qu'il en soit, ce cérémonial , écrit l'historien. Le portrait que ces cérémonies dressaient du parfait républicain () préfigurait aussi l'archétype du Poilu, qui marqua durablement l'entre-deux-guerres.
Caractéristiques
Les monuments portent souvent des noms liés à l'esprit de « revanche », l'espoir de retrouver l'Alsace et la Lorraine restant omniprésent : ainsi, La Revanche à Vic-en-Bigorre ou Gloriae Victis à Châlons-sur-Marne. Parfois, des sculpteurs célèbres sont mobilisés, comme Auguste Bartholdi pour le Lion de Belfort. Aristide Croisy et Aimé Millet sont notamment particulièrement prisés pour leurs statues de soldats, souvent en bronze. On distingue aussi des monuments faisant appel à des figures de l'histoire de France (Jeanne d’Arc qui sur le monument de Domrémy), du conflit franco-prussien (Louis Faidherbe pour celui de Lille), des figures maternelles (éplorées, martiales, etc.), Marianne au tournant du siècle ou des animaux symboles (le coq gaulois à Saint-Étienne). Sont aussi figurés des armes prises à l'ennemi, des obus et des chaînes brisées. Ces mémoriaux sont souvent situés sur des places ou des rues dont les noms rappellent la République.
Exceptionnels, on compte aussi quelques monuments aux morts pacifistes : celui du cimetière du Père-Lachaise (Paris), réalisé par l'ancien combattant Albert Bartholomé, est inauguré en 1899 devant quelque . Parfois, des scandales ont lieu, après que des militants d'extrême gauche ou anarchistes placardent des slogans pacifistes sur les monuments (comme à Pont-Noyelles en 1913). À l'inverse, les inaugurations de monuments peuvent parfois donner lieu à une instrumentalisation de la mémoire de 1870 par l'extrême droite pour promouvoir le boulangisme anti-républicain. Après la loi de 1905, certaines croix ornant les monuments sont critiquées, voire retirées.
Contrairement aux monuments de la Première Guerre mondiale produits le plus souvent en série à une époque postérieure, les monuments de la guerre de 1870 sont, dans leur grande majorité, des œuvres uniques. Leur intérêt architectural et artistique réside dans leur grande diversité, réalisés par des artistes affirmés, à l'âge d'or de la sculpture de la fin du . Ils sont de formes variées : colonne, colonne tronquée, obélisque, obélisque tronqué, pyramide, borne, stèle, etc., accompagnés ou non de statues avec inscription d'une dédicace et éventuellement du nom des victimes.
Cependant, quelques monuments furent produits en série. Il s'agit notamment des statues du « marin », du « mobile en armes » ou du « mobile au drapeau » qu'on retrouve un peu partout en France. Enfin, le Souvenir français, créé en 1887 pour perpétuer la mémoire des soldats, a financé la fabrication de plaques de bronze émaillé sur lesquelles était inscrit le nom des victimes. Ces plaques furent apposées dans les cimetières communaux ou sur les murs des monuments publics (mairie, école, etc.).
Un certain nombre de monuments furent détruits pendant la Première ou la Seconde Guerre mondiale, d'autres ont eu leurs statues de bronze refondues par l'ennemi. Certains furent transformés, déplacés ou remplacés au cours du .
Des tombes individuelles ou collectives (ossuaires) ont été édifiées, le plus souvent dans les cimetières communaux, conformément à la loi de 1873. Des monuments à la mémoire de chefs de guerre ou d'hommes politiques ont également été érigés entre 1871 et 1914. La plupart des ossuaires furent surmontés d'un monument, parfois grandiose, parfois revêtant la forme classique d'un obélisque.
Liste des monuments commémoratifs et lieux de mémoire Sont indiqués dans cette liste les monuments aux morts, les monuments commémoratifs de batailles, combats, événements, les monuments et statues érigés en mémoire des chefs militaires et politiques, les ossuaires, cimetières, tombes et autres lieux de mémoire de la guerre de 1870-1871, classés par ordre alphabétique de région, puis de département et de commune.
Auvergne-Rhône-Alpes Ain