René-Louis de Girardin, marquis de Vauvray, né le à Paris et mort le à Vernouillet (Seine-et-Oise), est un paysagiste et militaire français.

Après une brève carrière militaire, il devient en 1766 seigneur d'Ermenonville. Il fut un admirateur et un ami de Jean-Jacques Rousseau dont sa philosophie du retour à la nature transparait dans ses œuvres paysagères. Il est ainsi le créateur des jardins d'Ermenonville, premier jardin à l'anglaise sur le continent. Ce dernier fut à l'origine de la mode des jardins paysagers anglo-chinois et exerça une influence sur la création de parcs jusqu'au milieu du .

Girardin avait aussi des ambitions de réformateur social et de musicien, entre autres, mais ne laissa aucune œuvre d'envergure de ses autres domaines d'activités intellectuelles.

Biographie La vie de René-Louis de Girardin jusqu'à l'installation à Ermenonville

Le marquis René-Louis de Girardin est né le à Paris. Les Girardin ont donné à la monarchie française, au , un ambassadeur en Turquie (Pierre de Girardin), un marin de talent (son grand-père Jean-Louis Girardin de Vauvré) et plusieurs magistrats.

Il est le descendant de Claude Girardin, et de son épouse Jeanne de Chaumont. Son fils Pierre, arrière-grand-père de René-Louis (1618-1657) épousa en 1643 Anne de Villers. Le grand-père paternel de René-Louis fut René-Louis Girardin de Vauvré (1647-1724), intendant de la Marine, conseiller de la Marine et conseiller d’État. Avec Louise-Françoise Bellinzani (1664-1752) qu'il avait épousée en 1680, il eut deux fils, Alexandre-Louis (1685-1745) et Louis-Alexandre (1699-1782). Ce fut le père de Réné-Louis. Marquis de Vauvray (l'orthographe du patronyme ayant évolué), il fut aussi seigneur de La Cour-des-Bois (Sarthe), de PréauxIl n'est pas précisé de quelle localité de ce nom il s'agissait. et d'autres lieux, conseiller lay au Parlement de Paris et ancien maître des requêtes de l'hôtel du Roi. - La mère du marquis René-Louis de Girardin fut la marquise de Vauvray, née Catherine Hatte. Elle possédait à Paris un grand hôtel de style Louis XIV.

Peu de documents renseignent sur l'enfance et la jeunesse de René-Louis de Girardin. Son fils aîné Stanislas rapporte dans ses mémoires que son père avait fait d'excellentes études, et qu'il aimait beaucoup les arts, mais comme il n'avait commencé que tardivement à les cultiver, il jouait mal le violon, et ne dessinait pas bienCf. .. Il embrassa la carrière des armes plus ou moins par obligation, et « en tempéra l'âpreté par la culture des arts ». En 1754, il devient mousquetaire de la I compagnie, et obtient le brevet de capitaine au régiment Royal Dragons seulement un an plus tard. Le jeune officier se distingue pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), mais quitte le service des armes avant la fin du conflit pour rejoindre la cour de Lunéville afin de servir Stanislas Leszczynski, duc de Lorraine à titre viager et beau-père du roi Louis XV de France, à qui il devait cette souveraineté sous administration française. Ce dernier nomma Girardin enseigne de ses gardes du corps, puis en fit leur capitaine. De ses séjours aux camps militaires, Girardin avait conservé la volonté autoritaire de l'homme habitué au commandement. Le , René-Louis de Girardin épouse en la paroisse Saint-Jacques de Lunéville, Brigitte-Adélaïde-Cécile Berthelot de Baye, dont le père, Charles François Berthelot, baron de Baye, était très attaché à l'ancien roi de Pologne et était le frère de Jeanne-Agnès Berthelot de Pléneuf, et dont la mère est Cécile Elisabeth Rioult de Curzay. Il fut maréchal des camps et armées de Lorraine.

René-Louis de Girardin est en bons termes avec le souverain polonais de la Lorraine qui lui fit l'honneur d'être parrain de son fils aîné, Cécile-Stanislas-Xavier, né le . L'année suivante, naît le deuxième enfant du couple, Sophie. L'ancien roi de Pologne affectionne les arts et le théâtre, et Palissot est régulièrement présent à la cour. En même temps, Girardin a déjà découvert son goût pour les idées de Jean-Jacques Rousseau. Il réagit avec dégoût à une représentation de la pièce de Palissot, Les Philosophes, au théâtre du château de Lunéville. Aucune trace écrite ne permet de l'affirmer, mais il est possible que le souverain et son capitaine se brouillent à la suite de ce spectacle. Quoi qu'il en soit, Girardin se tient désormais souvent éloigné de la vie à la cour et entreprend de longs voyages à l'étranger. Il parcourt l'Allemagne, visite l'Italie et découvre l'Angleterre, pays qui connaît un grand et nouveau développement agricole. Girardin se trouve une passion pour ce pays, tout en estimant que l'on y attache trop d'importance à l'étiquette. Visitant les jardins de Blenheim et de Stowe (Buckinghamshire), il leur trouve « plus de magnificence que de conséquence et de vérité ». L'émerveillement est d'autant plus grand devant les jardins anglais . En 1766, René-Louis de Girardin profite du décès de Stanislas Leszczyński, le , pour se libérer de ses obligations à la cour de Lunéville et venir s'installer définitivement à Ermenonville.

Le marquis de Girardin comme seigneur d'Ermenonville

C'est l'importante fortune que son grand-père maternel René Hatte lui légua à sa mort en 1762 qui permet à René de Girardin de racheter les parts des autres héritiers sur le domaine d'Ermenonville et de le réaménager par la suite (voir ci-dessous, L'Œuvre). Or, avant le décès de Leszczyński, il ne séjourne qu'épisodiquement à Ermenonville, son temps libre étant essentiellement consacré aux voyages. Les habitants d'Ermenonville ne voient guère leur nouveau seigneur pendant les premières années, espérant que vienne le jour qu'il ne néglige plus ses fonctions sur place, comme son prédécesseur l'avait déjà faitCf. Jean-Claude Curtil, Ermenonville : La glaise et la gloire, Bernard Gallier, La Ferté-Macé, 1978, 153 p.; ..

En dépit d'un mode de vie à la marge des mœurs de la noblesse d'alors (voir ci-dessous), René-Louis de Girardin maîtrise toutes les arcanes de la vie à la cour de Versailles et est à l'aise dans les rapports humains avec le roi, les ministres et dignitaires. Ceci ne l'empêche probablement pas, à l'instar de son fils Stanislas, de considérer cette société et ses rites avec ironie et un certain détachement.

Le seigneur d'Ermenonville est en faveur d'un gouvernement selon les préceptes développés par Rousseau dans Du Contrat social. Il est conscient des abus de pouvoir que rend possible la monarchie absolue, car il en fait aussi les frais. En effet, la capitainerie d'Halatte, dont dépend également la forêt d'Ermenonville, réserve à son capitaine des chasses royales, le prince de Condé, des droits discrétionnaires. Les droits de propriétaire terrien du marquis de Girardin, tout comme ceux des agriculteurs de sa seigneurie, sont régulièrement lésés, et les terres ravagées par l'équipage du prince du sang.

René de Girardin s'indigne de voir ses paysans ne pouvoir défendre leurs récoltes contre le gibier trop abondant. La France traverse une crise économique et agricole pendant les années 1780, et il s'intéresse vivement aux misères des campagnes. Lorsqu'une inondation fait des ravages dans la nuit du , il fait tout son possible pour réparer les préjudices subis par les paysans d'Ermenonville. Comme beaucoup de nobles libéraux, le marquis de Girardin voit la nécessité de réformes et voit venir la Révolution avec autant d'espoirs que d'inquiétudes, ne sachant pas dans quelle direction l'évolution pourrait abonderPour la date exacte de l'inondation, cf. ..

Une expression de son attitude envers ses gens est sans doute le rond-point de danse, avec son orchestre champêtre sous un grand hêtre et sa salle de danse servant en cas de mauvais temps, que Girardin a fait aménager au carrefour routier à l'ouest du parc Jean-Jacques-Rousseau. Il y avait également un jeu d'arc et un jeu de la balle. D'après l'auteur anonyme de Promenade ou itinéraire des jardins d'Ermenonville, « C'est sous l'ombrage de cet arbre superbe, que les paysans se ressemblent les Fêtes & Dimanches. Dès que les sons aigres et faux des ménestriers se font entendre, toute la jeunesse s'anime, chaque garçon va choisir une fille : son cœur conduit sa main, & tous se mettent à sauter en cadence, ou à peu près » . Ainsi le seigneur s'occupe des loisirs et de la détente des villageois.

La vie de famille à la cour d'Ermenonville

Après son installation à Ermenonville, la famille de Girardin s'agrandit encore de trois garçons : Alexandre-Louis (1767-1848), Amable-Ours (1769-1794), Alexandre-Robert (1776-1855) et d'une fille : AdelaïdeLes dates de naissance et de décès ne sont pas communiquées par les sources listées dans la bibliographie.. Stanislas a le titre de vicomte d'Ermenonville ; Louis celui de marquis de Brégy, devenant député sous la Restauration et la monarchie de Juillet ; et Alexandre devint général sous Louis XVIII. Au moins pendant les premières années, Ermenonville reste une résidence d'été, et pendant l'hiver, la famille demeure à l'hôtel particulier hérité de la marquise de Vauvray. L'éducation dispensée par le père est assez rude, à la spartiate, obligeant les enfants à grimper sur un mât de cocagne installé dans la cour du château pour chercher leur déjeuner, ou les faisant faire le voyage de Paris à pied. L'autorité du père était absolue.

D'autre part, René de Girardin laisse toute liberté à ses enfants de courir dans les champs et dans les bois avec les enfants du village. Pour être à leur aise, ils s'habillent plus commodément que le voulaient les usages de l'époque ; les filles avec des simples robes de drap brun, des « amazones » ; et les garçons avec des « petites vestes à l'anglaise », dont ils lancent ainsi la mode à la cour de Versailles, en hiver 1775 paraît-il. Les six enfants partagent, pendant leurs jeunes années, les bancs d'école avec les petits paysans, suivant les leçons dispensées par le curé d'Ermenonville, l'abbé Brizard, et son maître d'école, Nicolas Harlet. René de Girardin engage aussi des précepteurs, allemands notamment, pour l'enseignement de l'Allemand, des sciences et de la musique. Stanislas de Girardin se souvient que les domestiques autour de lui ne parlaient que l'allemand, et que toute autre langue lui était interdite, si bien qu'il parlait cette langue beaucoup mieux que le français. Deux artistes viennent successivement vivre au château d'Ermenonville, partageant tous les repas familiaux, pour apprendre aux enfants à dessiner avec beaucoup de goût. Ce sont Claude-Louis Châtelet, puis Georges-Frédéric Meyer, qui meurt toutefois moins de deux ans après son arrivée. Sa tombe se trouve au parc Jean-Jacques-Rousseau. Par ailleurs, Louis prendra plus tard des cours auprès de Jean-Pierre-Xavier Bidauld et laisse des peintures à l'huile.

René-Louis de Girardin fait du « retour à la nature » prôné par Jean-Jacques Rousseau son crédo. Selon Martin-Decaen, « Girardin, il faut lui rendre cette justice, s'était efforcé d'appliquer ses principes dans sa vie privée. Les visiteurs d'Ermenonville parlent sans cesse des vertus patriarcales du propriétaire, de sa simple vie familiale, entouré de quelques amis, digne d'un philosophe antique ». Difficile à respecter pendant les séjours à Paris pendant l'hiver, la simplicité est la règle à Ermenonville. Cécile-Brigitte partage les goûts et orientations de son mari. Les journées étaient bien remplies des activités et distractions les plus diverses : le dessin, la musique (par beau temps, dans la nature ou sur une barque), la promenade à cheval ou en voiture, le canotage, la pêche et la chasse. René-Louis de Girardin s'occupe en priorité de la création de ses jardins, et compose et écrit une romance intitulée “ La Romance du berger de la grotte verte », se rapportant à l'une des fabriques du parc; le texte et les notes de la romance sont reproduites dans ..

L'implication de René-Louis de Girardin dans la Révolution française