Clovis Julien Désiré Vincent, né le à Ingré (Loiret) et mort le dans le de ParisArchives de Paris , acte de décès , année 1947 (page 20/31), est un neurologue et neurochirurgien français. Il a été avec Thierry de Martel (1875-1940) l'un des fondateurs de la neurochirurgie en France..

Carrière Issu d'une famille de médecins, Clovis Vincent est admis à l'Internat des hôpitaux de Paris en 1903 et en gagne la Médaille d'Or en 1909. Élève du professeur Fulgence Raymond, le successeur de Jean-Martin Charcot, et d'Achille Souques, il a la plus grande admiration pour Joseph Babinski dont il reprendra la notion de pithiatisme pour désigner les troubles fonctionnels sans lésions organiques. En 1910, il soutient sa thèse de doctorat sur les méningites chroniques syphilitiques devant les professeurs Anatole Chauffard, André Broca et Henri Claude en 1910. Il devient médecin des hôpitaux de Paris en 1913.

La Grande guerre En août 1914, lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est médecin aide-major de dans un corps de brancardier divisionnaire affecté au d'infanterie. Fin , il participe à la bataille de Vauquois. , Il reçoit la Légion d'honneur à titre militaire et la médaille militaire en 1915.

Le torpillage des poilus En , il est nommé médecin-chef du Centre neurologique de la région militaire, installé dans les bâtiments du lycée Descartes à Tours.

Les soldats frappés d'obusite, souffrant de ce que l'on nomme aujourd'hui de trouble de stress post-traumatique, étaient, selon la terminologie de Babinsky, qualifiés de « pithiatiques »Pierre Darmon : « Des suppliciés oubliés de la Grande Guerre : les pithiatiques », in Histoire, économie et société, 2001, , . ,Texte intégral. : sans aucune lésion organique, les paralytiques et les plicaturés n'étaient que des simulateurs qui s'ignoraient. Pour les soigner, Clovis Vincent met au point un « traitement faradique », plus communément appelé « torpillage ». : , écrit-il en 1916, . Des chocs électriques de , mais pouvant aller jusqu'à , sont infligés aux soldats plicaturés. Cette pratique, qui sera plus tard qualifiée de « En 1916, le médecin-chef du centre neurologique de Tours, Clovis Vincent, va plus loin que la simple « persuasion » et prône la violence comme méthode de guérison. Le « torpillage », qui consiste à injecter des doses massives d’électricité aux malades, est revendiqué comme le traitement le plus efficace et le plus rapide pour renvoyer au front. », dans 17px L'Esprit public du 25.08.2013, « Violences de la Grande Guerre », avec Jean-Yves Le Naour, Émission audible en ligne., aura beaucoup de succès auprès des autorités militaires qui souhaitent la généraliser dans tous les autres centres : seuls les centres neurologiques de Lyon et de Montpellier, respectivement dirigés par les docteurs Paul Auguste Sollier et Joseph Grasset, refuseront de l'employer. Afin de montrer l'efficacité de la méthode, la Section photographique et cinématographique des armées (SPCA) tournera un film intitulé : Les progrès de la science française au profit des victimes de la guerre, une grande découverte du docteur VincentCatalogue ECPAD Réf : 14.18 A 900 - Noir et blanc, muet, durée : 14 min 34 s..

L'affaire du zouave Deschamps Le , lors d'une séance de « torpillage », le zouave Baptiste DeschampsBaptiste DESCHAMPS, né à Smarves en 1881. De 1902 à 1905, il effectue son service militaire dans le 1er régiment de zouaves en Algérie. En avril 1914, il est réaffecté dans le même régiment, il est blessé le 12 novembre à Reminghe (Belgique). Le 3 août 1916, il est condamné à six mois de prison avec sursis pour "voies de fait envers un supérieur". Ce n'est qu'en 1926 qu'il recevra une pension d'invalidité à 100% pour . Il meurt à Saint-Martin-la-Rivière en 1953 à l'âge de 72 ans. . frappe à plusieurs reprises Clovis Vincent et lui fracture le nez - Paul Meunier sera l'avocat de Baptiste Deschamps lors du procès.. Clovis Vincent réplique et passe à tabac le soldat : cet épisode lui vaudra le surnom de . Il s'ensuit un procès retentissant, convoqué le 1916 au conseil de guerre de Tours, que la presse relate en ces termes : .. L'avocat Paul Meunier défend Deschamps. Le docteur Eugène Doyen témoigne contre la pratique du torpillage. Baptiste Deschamps est finalement condamné à six mois de prison avec sursis. Toutefois, dans son jugement, le tribunal précise que . Paul Meunier est satisfait : Paul Meunier, Le Droit des blessés, Paris, Paul Ollendorff, 1916, . Désavoué, Clovis Vincent demande à retourner sur le front : il sera affecté, comme médecin-chef, au bataillon de chasseurs à pied, puis dans le régiment d'infanterie et participera à la bataille de la cote 304 et celle du Mort-Homme en .

En 1928, dans un texte célébrant le cinquantenaire de l'hystérieAragon, André Breton, « Le cinquantenaire de l'hystérie (1878-1928) », La Révolution surréaliste, , 15 mars 1928., André Breton évoquera cette affaire :

La neurochirurgie En 1927, il se rend à Boston avec Thierry de Martel afin de rencontrer Harvey Cushing, pionnier de la neurochirurgie. Le professeur Cushing affirmera plus tard, en parlant de Clovis Vincent, ..

En 1933, il fonde le Centre neurochirurgical de La Pitié-Salpêtrière.

Le , le professeur Clovis Vincent tente à Paris une intervention chirurgicale sur le cerveau de Maurice Ravel dans l'hypothèse d'une atteinte tumoraleMaurice Boucher, « La maladie de Maurice Ravel », dans Histoire des sciences médicales, 1991, 25 (3), , texte intégral.R A Henson, « Maurice Ravel's illness: a tragedy of lost creativity », in Br Med J (Clin Res Ed), 1988 June 4; 296(6636): 1585–1588. PMCID: PMC2545963, texte intégral. Le compositeur se réveille un court moment après l’intervention, puis sombre définitivement dans le coma et meurt quelques jours après.

La Résistance Le , lors de l'entrée des troupes allemandes dans Paris, tandis que son ancien collaborateur Thierry de Martel se suicide, .

À partir de 1942, avec Robert Debré et Paul Milliez, il collabore à la mise en place du Comité médical de la Résistance (CMR). qui est présidé par le professeur Louis Pasteur Vallery-Radot.

Clovis Vincent est le parrain de l'historienne et psychanalyste Élisabeth RoudinescoJourdan-Morhange H, Ravel et nous, Éditions du milieu du monde, 1945, : sa mère Jenny Roudinesco, membre du Comité médical de la Résistance, avait notamment été son interne.

Citation .

Distinctions 50px Légion d'honneur : commandeur le . 50px Medaille militaire 50px Croix de guerre 1914-1918 (1915) 50px Médaille interalliée 1914-1918 50px Médaille commémorative de la guerre 1914-1918

Bibliographie A. Baudoin, « Les nouveaux Professeurs. Le Professeur Clovis Vincent », dans Paris médical : la semaine du clinicien, , , , texte intégral. . . . . Jean-Yves Le Naour, Les soldats de la honte, Perrin (Paris), 2012. Musée de l'AP-HP, Reportage de photographies stéréoscopiques, prises par Clovis Vincent en 1916 durant la Grande Guerre, Œuvre du mois, (PDF). (lire en ligne)

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Gustave Roussy Obusite Hystérie Joseph Babinski Fernand Widal

Liens externes

Clovis Vincent durant la guerre 1914-1918, reportage de photographies stéréoscopiques en 1916 sur le front, sur le portail des collections du Musée de l'AP-HP L’œuvre du mois, Photographie stéréoscopique, plaque de verre " Clovis Vincent à son poste de commandement", 1914 - 1918, Musée de l'AP-HP (lire) Article : Le torpillage des poilus par Clovis Vincent, médecin des Hôpitaux de Paris (PDF), Jacques Poirier, pour les Archives de l'AP-HP, .

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