Les collégiales de Liège sont un groupe de sept collégiales fondées à Liège, dans l'actuelle Belgique, au .
Des raisons diverses ou plurielles semblent avoir prévalu lors de la fondation de chacune des collégiales par l'évêque ou son entourage immédiat. Lieux de défense, lieux d'asile, lieux de repos et de prières, les collégiales liégeoises furent des témoins privilégiés de la naissance de la principauté de Liège.
À l'exception de Saint-Pierre, démolie durant la restructuration paroissiale du , elles se dressent encore au centre de Liège.
Introduction En moins de cent ans, entre 922 et 1015, sept édifices religieux importants, sept églises collégiales vont enrichir le patrimoine religieux de la jeune Cité de Liège : Saint-Pierre en 922, Saint-Martin peu avant 965, Saint-Paul entre 965 et 971, Sainte-Croix vers 980, Saint-Jean l'Évangéliste vers 981, Saint-Denis en 987 et enfin Saint-Barthélemy, peu avant 1015. Ces collégiales vont également évoquer de manière impressionnante l'instauration à Liège du système de l'Église impériale ottonienne.
La cité de Dieu en bord de Meuse Avec les abbayes Saint-Laurent et Saint-Jacques, les sept collégiales dessinent une couronne autour de la cathédrale Sainte-Marie et Saint-Lambert reconstruite par Notger, prince-évêque de Liège de 972 à 1008. Ce rempart spirituel double et renforce les murailles de pierres qui encerclent la ville. Sous l'impulsion de Notger, Liège apparaît telle une nouvelle Jérusalem, une cité de Dieu en bord de Meuse tout en intégrant théologiquement Liège dans le système de l'Église impériale ottonienne.
Des édifices mal connus Le dispositif des collégiales liégeoises présente de nombreuses inconnues. La plupart n'ont jamais fait l'objet de fouilles. L'étendue et le nombre d'édifices qui ont pu se succéder depuis la fondation de chacune nous échappent encore. L'existence de certaines constructions furent éphémères : ainsi la première collégiale Saint-Denis, consacrée en 990, aurait-elle sombré, treize ans plus tard, dans un incendie. Dans ce registre de possibilités et de probabilités, la prudence s'impose, même si l'on peut dégager quelques constantes architecturales.
Vestiges romans Les portions romanes de Sainte-Croix, Saint-Jean, Saint-Denis et Saint-Barthélemy sont en grès houiller, extrait directement du sous-sol liégeois. Il s'érode et s'exfolie, ce qui nécessite de nombreux rapiéçages précocesL.F. Genicot. À l'exception de Saint-Jean, les collégiales ont adopté un plan basilical à chœur oriental et un transept plus bas que la nef, selon l'habitude mosane romane. Elles possèdent aussi deux absides opposées, l'une orientale et l'autre — le contre-chœur — occidental suivant une formule chère à l'architecture rhénane, que l'on rencontrait également dans la cathédrale Saint-Lambert. L'ultime témoin conservé du thème du contre-chœur, l'abside occidentale de Sainte-Croix, date du début du et est malheureusement très restauré.
Toutes les collégiales possédaient un voire deux cloîtres, bordés de divers locaux indispensables à la communauté canoniale, mais aucun élément roman n'est conservé. Saint-Pierre et Saint-Barthélemy étaient dotées de cryptes dévolues principalement au culte des reliques. La plupart étaient fortifiées par un massif occidental caractéristique. Les forces du mal étaient à l'Ouest, l'avant-corps formait donc un rempart symbolique contre Satan. Ceci expliquant aussi l'absence de porte axiale dans toutes les collégiales belges, au contraire des cathédrales françaises, les collégiales restant fidèles aux entrées latérales de modeste dimension.
La collégiale, église d'un chapitre Une collégiale se distingue des autres églises par un chapitre (ou collège) de chanoines qu'elle va abriter. Cette communauté est tenue de chanter au chœur les sept offices canoniques, appelés aussi les heures canoniales — matines-laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et complies — . Les chanoines séculiers, — qui vivent dans le siècle — sont soumis à une règle, le canon. Ils ne prononcent pas de vœux, mais sont astreints au célibat. Excepté l'exercice de certaines charges, la prêtrise ne leur est pas imposée : ils font partie des religieux laïcs. Dans un premier temps, les chanoines vécurent une existence commune et les dortoirs et réfectoires bordent, avec d'autres locaux, les cloîtres accolés aux collégiales.
Les encloîtres À partir du , les chanoines s'installent dans des bâtiments individuels bâtis sur des encloîtres, territoires qui échappent à toute juridiction extérieure, tant séculière qu'ecclésiastique. L'assemblée capitulaire réunit l'ensemble des chanoines, en général trente pour chaque chapitre liégeois.
Doyen et Prévôt Le doyen — chef spirituel – la préside. Le rôle du prévôt, qui dispose à l'origine d'une réelle autorité sur l'administration des biens et la nomination des bénéfices vacants, se réduit peu à peu à celle de protecteur.
Écolâtre, coste et chantre Les autres charges importantes sont l'écolâtre chargé de l'enseignement, le coste ou coûtre, gardien du trésor, et le chantre qui dirige les chants.
Fonctionnement Les dépenses, — frais du culte, entretien et maintenance des bâtiments, rétribution du personnel – sont couvertes par les revenus du chapitre – bois, terres, maisons, rentes, dîmes et surtout à Liège, les revenus tréfonciers de la mine – Une centaine de personnes gravitent autour d'une collégiale : outre les chanoines, il faut compter de nombreux chapelains — les prêtres attachés aux autels – les enfants de chœur, les musiciens et autres desservants.
Clergé secondaire À Liège, une collégiale est une église du clergé secondaire, le clergé dit primaire étant réservé aux chanoines du chapitre de la cathédrale Saint-Lambert. Elle se présente comme une église conventuelle, avec une zone exclusivement réservée aux religieux. Cet espace clos comprend le sanctuaire – occupé par le maître-autel et les célébrants – et le chœur où prennent place les chanoines, les chapelains, les chantres et les enfants de chœur qui chantent les offices et assistent à la messe. Pour accueillir tout ce monde, le chœur s'étend souvent dans la croisée du transept. Entre l'espace réservé et les nefs où sont admis les laïcs se dresse une clôture qui, à la fin du Moyen Âge, prendra la forme d'un véritable écran de maçonnerie : le jubé. À l'aplomb de la clôture est suspendu le Christ triomphal, entouré ou non des témoins du Calvaire –la Vierge et Saint-Jean et des apôtres.
Les sept collégiales
Saint-Pierre vignette|Saint-Pierre.
Bâtie pendant l’épiscopat de saint Hubert, décédé en 727, la doyenne, Saint-Pierre, est un cas particulier. Cette basilique, au statut primitif mal connu, est agrandie et élevée au rang de collégiale en 922, quand l'évêque Richer, y institue un chapitre de 30 chanoines. Peu avant son décès à Tervueren, saint Hubert avait clairement manifesté son souhait d'être enseveli à Saint-Pierre, volonté qui fut respectée dans un premier temps. La fonction sépulcrale a aussi dicté le choix du site — un cimetière mérovingien de tradition païenne — et de la dédicace — saint Pierre est le protecteur habituel des églises funéraires. Mais la collégiale ne se laissera pas enfermer dans cette fonction sépulcrale. Incorporée dans le groupe épiscopal mis en place par saint Hubert, la collégiale a largement participé — avec la basilique Saint-Lambert, temple affecté au martyr et l'église paroissiale Notre-Dame, détentrice du monopole d'administration du baptême — à la promotion du culte de saint Lambert et, plus largement à l'évangélisation du diocèse Tongres-Maastricht.
Saint-Martin vignette|Saint-Martin.
Les origines de Saint-Martin sont elles aussi singulières. Le lien légendaire entre la dédicace de l'église du Publémont et la guérison miraculeuse obtenue par l'évêque Éracle lors d'un pèlerinage à Saint-Martin de Tours a vécu. Cette nouvelle fondation est plus concrètement la conséquence des troubles qui agitent et menacent le pays mosan au . Le siège épiscopal, implanté dans une cuvette profonde, delta de la Légia, est exposé à tous les dangers. En homme pratique et prudent, Éracle envisage son transfert, et peu avant 965, la nouvelle cathédrale de Liège et un nouveau palais s'élèvent sur la crête naturellement défendue par le Publémont. En 971, l'évêque, sans doute selon ses vœux, y est enseveli.
Le successeur d'Éracle, Notger qui va régner de 972 à 1008, nourrit des ambitions plus élevées et plus internationales. Il va abandonner le projet du Publémont et revient au lieu saint, celui où le sang du martyr Lambert avait coulé, pour y bâtir une vaste cathédrale romane qui va subsister jusqu'à l'incendie de 1185 et ériger des murailles de protection à sa Cité. Il achèvera l'église du Publémont mais en fera une collégiale. Il la place sous la protection de saint Martin de Tours, l'un des plus populaires de l'Occident chrétien et l'un des protecteurs des princes capétiens et des princes ottoniens. Cette dédicace révèle la politique de Notger, ses sentiments anti-carolingiens et sa sympathie active dans l'avènement de Hugues Capet. Incorporée dans le système défensif de la Cité de Liège, Saint-Martin sera associée, dès le à la défense et la protection d'une de ses portes. Elle est devenue une forteresse sacrée.
Saint-Paul vignette|upright=1.0|Saint-Paul.
D'autres préoccupations — de développements urbains cette fois — ont conduit Eracle à fonder sur l'Île, enserrée par les deux bras principaux de la Meuse, en un endroit miraculeusement désigné par une chute de neige en plein mois de juillet, la collégiale Saint-Paul entre 965 et 971. Dotée d'un domaine de 12 hectares, cette nouvelle institution est le premier agent de peuplement rapide d'une terre marécageuse et inhospitalière qui, jusqu'alors, était restée en friche. Un nouveau quartier va naître, avec de nouveaux établissements religieux, industriels ou commerciaux. Dès 1050, le pont-d'Île et le pont d'Avroy le relient au cœur de la Cité de Liège et aux terres d'Avroy.
Saint-Denis vignette|Saint-Denis.
Notger poursuit un objectif semblable avec la fondation, en 987 de la collégiale Saint-Denis. Point stratégique sur la rive gauche de la Sauvenière, bras secondaire de la Meuse la rejoint par son delta. Monumentale et massive tour de guet, elle va aussi défendre les accès du pont-d'Île et du pont du Torrent sur la Sauvenière. Comme pour Saint-Martin, le choix de la dédicace ne relève pas du hasard, mais bien de la politique du prince-évêque : Denis de Paris est le premier évêque de Paris, et lui aussi protecteur des princes robertiens et capétiens soutenus par Notger.
Sainte-Croix vignette|Sainte-Croix.