La synagogue Palaprat est une synagogue de la ville Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, en France. Elle est située au rue Jean-Palaprat, d'où elle tient son nom, à l'intersection de la rue de la Colombette.
Fondée en 1837 pour desservir la petite communauté juive toulousaine, elle est la plus ancienne synagogue de la ville, toujours en activité. Elle n'est cependant plus la synagogue principale depuis l'ouverture de la grande synagogue Hekhal David, située au place Pierre-Paul-Riquet, au cœur du centre communautaire juif Espace du Judaïsme. La synagogue Palaprat existant avant la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, elle est la seule synagogue de la ville propriété de la commune, qui en assure depuis l'entretien.
Historique Naissance d'une communauté et inauguration de la synagogue Palaprat Au début du , la communauté juive toulousaine est relativement réduite. Lors du recensement de 1807, la ville ne compte que 87 Juifs : elle ne peut donc pas être le siège d'un consistoire et dépend donc du consistoire de Bordeaux. À partir de 1812, elle est dirigée spirituellement par un rabbin provisoire. En 1837, elle s'installe dans une maison de la rue de la Colombette, dans le faubourg Saint-Aubin, un quartier qui se développe grâce à l'industrialisation entre les nouveaux boulevards et le canal du Midi. La maison, louée à un certain , se trouve à l'angle de la nouvelle rue Palaprat, percée trois ans plus tôt.
En 1844, à la suite de la création du consistoire du Saint-Esprit, à Bayonne, la communauté toulousaine est détachée de Bordeaux. On estime qu'à cette date, il n'y a à Toulouse qu'une vingtaine de familles juives résidentes, la majorité des fidèles étant des colporteurs de passage. En 1852, le premier rabbin permanent est nommé en la personne de Léon Oury, un Juif originaire d'Alsace. En , il se tourne vers la municipalité toulousaine afin d'acheter la maison de : en 1857, à la suite d'un accord trouvé entre la communauté, la mairie et le propriétaire, qui doit effectuer un certain nombre de travaux, la synagogue de la rue Palaprat devient propriété de la commune pour la somme de francs.
La communauté se développe à partir de la seconde moitié du , et surtout à partir de 1870 avec la venue de Juifs d'Alsace-Lorraine, annexée par l'Empire allemand à la suite de la guerre franco-allemande et du traité de Francfort. La communauté se renforce également de Juifs venus de l'Empire russe, fuyant les pogroms antisémites. En 1887, l'annuaire de la Haute-Garonne donne le nombre de 650 Juifs pour tout le département, dont plus de la moitié, soit 350 personnes, pour la ville de Toulouse. À la fin du , la communauté est estimée entre 400 et 500 fidèles.
À la suite de la loi de 1905 qui institue la séparation des Églises et de l'État, les Juifs de Toulouse créent en 1906 l'association cultuelle israélite de Toulouse, dont le siège se situe à la synagogue Palaprat. L'association a pour but l'entretien des lieux de culte et la célébration du culte à Toulouse et dans les départements voisins.
Durant l'entre-deux-guerres, la communauté connaît des difficultés financières et même d'existence. Elle reste très disparate, entre des Juifs installés de longue date, des Alsaciens, des Turcs, Libanais, Égyptiens et de nouveaux émigrés en provenance d'Europe de l'Est et d'Allemagne. Ces difficultés sont révélées par la vacance du poste de rabbin entre 1923 et 1937 et l'absence de Talmud Torah pour la formation religieuse des jeunes. Les offices sont célébrés par un hazzan, David Nahon. En 1937, est nommé rabbin de Toulouse Guido Scialtel, d'origine livournaise. Il est remplacé au mois de juillet 1938 par Moïse Cassorla, né à Bitola en Macédoine serbe et venu en 1936 à Paris pour étudier au Séminaire israélite de France.
Seconde Guerre mondiale
Entrée en Résistance La synagogue Palaprat reste officiellement ouverte pendant la quasi-totalité de la Seconde Guerre mondiale malgré les rafles de Juifs. Les services religieux sont assurés par le rabbin Moïse Cassorla assisté de David Nahon jusqu'en 1943, puis par le rabbin Nathan Hosanski jusqu'à son arrestation en janvier 1944. Fermée pendant les derniers mois de la guerre, elle est rouverte solennellement le , deux semaines après la Libération de la ville, lors d'une cérémonie religieuse conduite par le rabbin Mossé.
Après l'invasion de la zone libre par les troupes allemandes, les rafles se succèdent. Clara Malraux mentionne dans son livre Et pourtant j'étais libre…Clara Malraux: Et pourtant j'étais libre…; Grasset; Paris; 1979; page: 71; ASIN: B004RH84M8., une des rafles qui s'est déroulée dans la synagogue Palaprat, mais sans en mentionner la date.
Le poète Claude Vigée, de son vrai nom Claude Strauss, qui séjourne à Toulouse de 1940 à 1942 suit, malgré les risques, l'enseignement du rabbin et raconte : « C'était la nuit, tous rideaux tirés, dans la petite synagogue de la rue Palaprat. » Il s'engage dans l'Action juive et la Résistance, il est dénoncé, mais prévenu à temps de son arrestation imminente, il réussit à s'enfuir aux États-Unis. Lors d'un colloque organisé en avril 2005 à l'Université de Nanterre par Sylvie Parizet, Claude Vigée parle de sa rencontre avec l'historien helléniste, Pierre Vidal-Naquet pendant la guerre à Toulouse : Nous nous réunissions à la synagogue de Toulouse, rue Palaprat (il y avait là, avant la guerre, une petite communauté juive, mi-sépharade mi-ashkénaze, d'environ neuf cents personnes). Nous avions pris l'habitude de nous réunir là en secret – le régime de Vichy interdisait toute réunion, quelle qu'elle soit, de juifs dans les territoires occupés – pour nous former. Avec l'aide du rabbin Cassorla, nous avons appris peu à peu ce qu’était l’histoire juive européenne après la chute de Jérusalem.
Nous en sommes venus à parler très naturellement, dans ce cercle clandestin d'études juives, de La Guerre des Juifs. Nous avons ainsi buté sur le cas de la résistance juive contre les Romains, et nous nous sommes tout de suite posé la question cruciale : que faire avec Vichy, avec la Milice, avec les nazis ? Nous étions confrontés à des problèmes terriblement semblables à ceux des juifs de cette époque-là. Nos aînés ont alors eu l'idée d’organiser un tribunal pour juger Flavius Josèphe : c'est là où se situe mon lien avec Pierre Vidal-NaquetSylvie Parizet, Lectures politiques des mythes littéraires au , Littérature et poétique comparées, Presses universitaires de Paris 10; collection, 3 juillet 2009; ; .. La synagogue Palaprat devient le centre de la résistance juive dans le Midi toulousain et voit la création de l'Armée juive à Toulouse par deux sionistes résistants d'origine russe, David Knout, dont la femme Ariane (alias Régine) est tuée par la Milice le , et Abraham Polonski. Le , la synagogue est encerclée par la milice française qui menace les fidèles d'exécution s'ils ne divulguent pas les noms des résistants. Le siège n'est levé qu'après l'intervention du préfet de région et de l'intendant de police.
Interventions de , archevêque de Toulouse vignette|Plaque commémorative à la mémoire de , située à l'intérieur de la synagogue Palaprat. L'archevêque de Toulouse, Monseigneur Jules Saliège (1870-1956), dès le condamne fermement le racisme, et en pleine guerre, le , il ordonne la lecture dans toutes les paroisses de son diocèse d'une lettre pastorale intitulée Et clamor Jerusalem ascendit (« Et un cri monta jusqu'à Jérusalem »), qui est une violente dénonciation des persécutions antisémites. Par la suite, il fait tout son possible avec certains prêtres de son diocèse pour tenter de protéger les Juifs de Toulouse en leur fournissant de faux certificats de baptême. est arrêté par la Gestapo le mais n'est pas déporté en raison de son état de santé.
Après la guerre, reçoit, en 1969, le titre de « Juste parmi les nations » par le mémorial de Yad Vashem, au nom d'Israël. Le , le grand-rabbin de France, Gilles Bernheim, se rendant en visite pastorale à Toulouse, dévoile en compagnie de , archevêque de Toulouse, une plaque commémorative en l'honneur de à la synagogue PalapratHommage au cardinal Saliège; site du CRIF.Le Grand Rabbin de France à Toulouse hier et aujourd'hui; La Dépêche., sur laquelle sont inscrites les phrases suivantes : Tout être humain possède le pouvoir de choisir."Vois tu, j'ai déposé devant toi aujourd'hui la Vie et le Bien, la Mort et le Mal, et tu choisiras la vie"; Deutéronome ; Chapitre 30; Verset 15.En hommage auCardinal Jules-Géraud SALIEGE (1870-1956)Archevêque de Toulouse, Compagnon de la Libération,Médaillé de la Résistancepour sa lettre pastorale du , lue en chaire dans toutes les églises du diocèse,dans laquelle il affirme avec force l'appartenance des Juifs au genre humain. La hauteur spirituelle de son engagement, son combat pour la dignité humaine et le devoir de résistance à la barbarie lui valurent le titre deJuste parmi les Nationsdécerné à titre posthume par l'État d'Israël et le mémorial de Yad Vashem en 1969. La Communauté Juive de Toulouseéternellement reconnaissante. L'appel de ne change en rien la politique du gouvernement de Vichy, qui quelques jours après cet appel, les 1 et , fait partir vers l'Allemagne deux convois des camps de la Haute-GaronneArchives nationales W-91 (1007); Ministère de l'intérieur; Service des polices: bureau au préfet régional de Toulouse..
Deuxième moitié du En 1951, des divisions internes ainsi que des conflits d'ego entre les membres dirigeants de la communauté, entraînent une opposition entre les Juifs séfarades, venus d'Orient et principalement de Turquie et d'Égypte et arrivés en majorité dans les années 1920, et ashkénazes originaires en grande majorité de Pologne, conduisant M. Gerson, un des plus importants mécènes de la communauté à ouvrir un oratoire privé qui célèbre les Bar-Mitzvahs, les mariages et les inhumations. La communauté doit alors faire face à de grosses difficultés financières. Quand le rabbin André Chékroun, originaire d'Algérie, futur grand-rabbin de la synagogue de la Victoire à Paris, quitte en octobre 1952 le poste qu'il occupait depuis 1947, il faut attendre quatre mois pour le remplacer par le rabbin René-Samuel Sirat, futur grand-rabbin de France, lui aussi originaire d'Algérie, qui officie jusqu'en 1955. Après son départ pour d'autres fonctions, la communauté reste trois ans sans chef spirituel jusqu'en et la nomination du rabbin Rozen, d'origine polonaise.
En 1962, la communauté accueille de très nombreux Juifs d'Afrique du Nord et principalement d'Algérie. À l'époque, il existe à Toulouse trois lieux de culte juifs : la synagogue Palaprat, l'oratoire Gerson et la Yechouroun (les religieux orthodoxes). En , un des groupes de rapatriés les plus importants, originaire de Constantine, ouvre une nouvelle synagogue, la Vieille nouvelle synagogue afin de pouvoir officier suivant leur rite spécifique. En 1965, la communauté a complètement changé du point de vue de son importance : il y a à Toulouse, un rabbin et trois ministres de culte, un shohet (abatteur rituel), trois mohelim (circonciseurs), la hevra kaddisha pour les derniers devoirs et huit professeurs d'hébreu. Le rabbin Rozen est en grande partie responsable de cette transformation.
À la fin des années 1960, le nombre de lieux de culte se multiplie pour répondre aux différents rites : rite portugais à la synagogue Palaprat, rite ashkénase à la Yéchouroun rue Jules-Chalande et à la maison communautaire, rite turc à l'oratoire Gerson, rite constantinois à la VNS et rue du PechColette Zytnicki: Les Juifs à Toulouse entre 1945 et 1970 – Une communauté toujours recommencée.
En 1967, arrive un nouveau rabbin, Georges Haïk, d'origine séfarade, qui reste à Toulouse jusqu'à son départ pour Paris en 1981, mais qui revient trois ans plus tard, en 1984, avec le titre de grand rabbin de Toulouse et des Pays de la Garonne, poste qu'il occupe jusqu'en 1998 avant de s'installer en Israël.