Hervé († vers 568), est un saint bretonDénommé aussi en breton Houarneau, Hoarvian, Hoarnec, Houarné, Huaruoé, Houarniaule, Houarniault, Hyvarnion, Mahouarn, ou en français « M'Hervé ».. Ce saint catholique et orthodoxe de l'époque de l'émigration bretonne en Armorique apparaît dans la vita Hervei, récit tardif du qui est un des nombreux exemples de la littérature hagiographique bretonne dans laquelle l'écart entre historiographie et hagiographie est difficilement perceptible.

Saint guérisseur, il est fêté le dans des églises et chapelles, essentiellement en Basse-Bretagne, où se déroulent ses pardons.

Hagiographie 200px|thumb|left|Retable de Guimiliau avec saint Hervé, son loup et le petit garçon En l'absence de document historique indépendant à la littérature hagiographique, l'existence de saint Hervé est incertaine car elle apparaît dans une vita tardive.

Sa vie est racontée en effet dans la vita Hervei (du ), le manuscrit connu sous le nom de « Légendaire de Tréguier » datant du , dans le manuscrit de l'abbaye Saint-Vincent du Mans daté du , et dans un autre manuscrit de l'abbaye de Saint-Gildas-des-BoisPublié en 1892 par Arthur de La Borderie, et en 1893 par Dom Plaine : Arthur de La Borderie, Saint Hervé, texte latin de la vie la plus ancienne de ce saint publié avec notes et commentaires, Rennes, 1892 (extrait des Mémoires de la Société d'Emulation des Côtes-du-Nord, tome XXIX, 1892, p. 251-305) ; Dom François Plaine, Saint Hervé, sa vie et son culte, Vannes, 1893 (extrait de la Revue Historique de l'Ouest, tome IX, 1893, p. 67-90 ; p. 367-382. La Vita sancti Hervei (vel Hoarvei) a été traduite en français et breton dans l'ouvrage Sant-Hervé. Vie et culte, Tréflévenez, éd. Minihi Levenez, 1990, ).. Son hagiographie a été reprise dans la première moitié du par Albert Le GrandAlbert le Grand, " Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques d'icelle...", réédition 1901, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f270.image.r=Divy.langFR. Sur une mince trame historique, les hagiographes ont brodé quantité d'épisodes qui ont gardé fort peu de rapports avec les faits historiques, construisant la légende du saint sur laquelle les travaux des chercheurs modernes cherchent à discerner le souvenir de traditions païennes (mythologie celtique de Lug et de Math) et des topos littéraires issus d'autres vitae (Vie de saint Eusice).

Fils de Hyvarnion (ou Harvian, Hyvarnon ou Houarnon), barde originaire de l'île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) qui aurait vécu un moment à la cour du roi franc Childebert, et de Riwanon (ou Rivanone ou Rivanon)., Hervé naît vers 520. Sa mère ayant fait vœu de virginité, il est victime de la malédiction maternelle qui le rend aveugle de naissanceBernard Robreau, Hagiographie et Mabinogi. La Vie de saint Eusice, La Sologne et son passé, 33, 2003, p. 23-52. Ses parents auraient vécu au manoir de Lanrioul (dénommé aussi dans les anciens textes Lanrigoul ou Lanrigour) en Plouzévédé. Après la mort de son mari, Rivanone se serait établie sur le territoire de Keran (la trève de Tréflaouénan), où elle aurait élevé son fils encore en bas âgeJ. de La Passardière, "Topologie des paroisses du Léon", Revue de Bretagne de Vendée & d'Anjou, janvier-février 1911, volumes 45 à 46, pages 179-180, consultable https://books.google.fr/books?id=uJAVAAAAYAAJ&pg=RA1-PA179&lpg=RA1-PA179&dq=Albert+Le+Grand+Kerdanet&source=bl&ots=suCPVjzMV-&sig=0vHoR7CpXTw3sL514Zzc0lc5D5E&hl=fr&sa=X&ei=3x74TsfhPI7J8gOrz9CVDA&sqi=2&ved=0CEYQ6AEwBw#v=onepage&q=Albert%20Le%20Grand%20Kerdanet&f=false.

Hervé aurait d'abord suivi les leçons de son oncle saint Urfold à Bourg-Blanc où ce dernier aurait installé un oratoire. Il revient à Lanhouarneau pour accompagner sa mère mourante dans son oratoire, à l'emplacement actuel de l'église paroissiale. Il aurait fondé dans ce village un ermitage mais, rejoint par des disciples, il quitte Lanhourneau et retourne à Bourg-Blanc vivre en ermite. Il se rend ensuite à Saint-Pol-de-Léon où l'évêque, saint Houardon, lui aurait conféré les ordres mineurs. Il devient confesseur tout en refusant par humilité le titre d'abbé. Il refuse aussi de devenir prêtre, car il s'estime indigne de célébrer l'Eucharistie. Il accepte seulement d’être ordonné exorciste. Après une étape à Innoco (en fait probablement Iniau, c'est-à-dire PlouigneauUn lieu-dit Kerhervé existe dans cette commune à 4 km au nord du bourg.), il passe par PlougonvenUn autre lieu-dit Kerhervé existe à 2 km au sud de ce bourg., puis par les Monts d'Arrée pour parvenir en Cornouaille, où il aurait collecté des fondsArthur de La Borderie, Saint Hervé. Vie latine ancienne et inédite publiée avec notes et commentaire historique, dans Mémoires de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord, t. 29 (1891), p. 295-296.. Revenu en Pays de Léon, il aurait délivré un comte, dénommé Hélénus, d'un "diable" qui avait pris place dans sa domesticité, puis il assiste à l'assemblée des évêques bretons réunis sur le Méné Bré en Pédernec où est prise la décision d'excommunier le comte Conomor, assassin de sa femme Sainte Triphine (d'où la chapelle Saint-Hervé qui se trouve au sommet du Menez Bré). Les compositions hagiographiques qui déplacent ainsi le saint d'une localité à l'autre afin de relier des légendes topographiques à des hagiotoponymes et microtoponymes locaux, témoignent de la volonté des commanditaires des hagiographies, de marquage ou d'appropriation d'un lieu, mais aussi d'attribution ou de légitimation de ce lieu où le saint n'est pas forcément passé. Par exemple un "ermitage de saint Hervé" est encore visible à Lanrivoaré.. thumb|190px|Saint Hervé et son loup (groupe statuaire, Musée du loup, Le Cloître-Saint-Thégonnec). Finalement, le saint revient vivre à Lanhouarneau où, selon une tradition hagiographique, il meurt le entouré de ses disciples Hardian, Gozhuran, de sa nièce (ou tante) Sainte Christine., etc. Saint Pol aurait assisté à ses funérailles et une partie de ses reliques est conservée à Lanhourneau où il est inhuméJ. de La Passardière, "Topologie des paroisses du Léon", Revue de Bretagne de Vendée & d'Anjou, janvier-février 1911, volumes 45 à 46, page 182, consultable https://books.google.fr/books?id=uJAVAAAAYAAJ&pg=RA1-PA179&lpg=RA1-PA179&dq=Albert+Le+Grand+Kerdanet&source=bl&ots=suCPVjzMV-&sig=0vHoR7CpXTw3sL514Zzc0lc5D5E&hl=fr&sa=X&ei=3x74TsfhPI7J8gOrz9CVDA&sqi=2&ved=0CEYQ6AEwBw#v=onepage&q=Albert%20Le%20Grand%20Kerdanet&f=false.

En 878, face aux raids vikings en France, en Bretagne et dans de nombreuses régions d'Europe, sa dépouille est mise à l’abri dans la chapelle du château de Brest puis transférée à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes. Son culte se diffuse assez rapidement comme l'attestent les multiples translations de reliques qui accompagnent les déplacements de ses restes : sa tête, peut-être don du duc Geoffroy, se trouve à Rennes, dans la cathédrale, où en 1743, elle est placée dans la châsse contenant les reliques de saint Goulven ; . Comme pour beaucoup de saints, ses reliques disparaissent à la Révolution. Oublié pendant des années, le crâne qui lui est attribué est retrouvé à la fin du dans une arrière-sacristie de l’église Saint-Sauveur de Rennes, et son retour solennel à Lanhouarneau est fêté en 1998.

Saint patron et attributs Ermite aveugle et musicien, il aurait œuvré pour l'éducation des enfants et l'accueil des pauvres sur le Menez Bré. La légende raconte que le chien avec lequel Hervé se guidait fut mangé par un loup ; le saint contraignit alors le loup à le remplacer ; c'est pourquoi à Trédaniel Saint Hervé est représenté tenant un loup en laisse, et est invoqué surtout par les peuples voisins des forêts pour protéger leurs troupeaux, et en reçoit de la laine par reconnaissance. Une autre légende rapporte qu'un jour Hervé perdit une dent en éternuant et la ficha dans une fente de rocher. Une grande clarté en jaillit et frappa un jeune garçon qui faillit en mourir. Une autre tradition locale rapporte qu'un loup dévora l'âne de son mentor avec lequel Hervé labourait, mais il s'agenouilla pour prier et sur son injonction le loup vint s'atteler lui-même à la charrette. Aussi est-il souvent représenté en compagnie d'un loup apprivoisé. Sa réputation gagne toute la Bretagne.

Saint Hervé est le patron des bardes bretons. Il est invoqué pour les maladies des yeux, la guérison des peurs, des angoisses et de la dépression nerveuse, pour repousser les démons et protégerComme l'illustre cet extrait de cantique : « ô Saint Hervé, saint béni du mal et de la maladie protège-nous et nos chevaux. » les chevauxGloadou Millour, Les Saints vétérinaires, Revue Skol Vreizh, oct. 1990, consultable http://www.1000questions.net/fr/Qui-sont/veterinaires.html. En Bretagne, saint Hervé a aussi la réputation de faire cesser les coassements des grenouilles. Cette réputation vient d'un épisode de sa vie relaté dans la vita herveiCet épisode est vraisemblablement un conte qui se retrouve dans l'hagiographie tel qu'il apparaît dans les coutumes ou dans le folklore puisqu'il se retrouve chez des écrivains antiques (Antigone de Caryste raconte la même chose d'Hercule ou Claude Élien de Persée) et dans les vitae d'une vingtaine de saints : saint Ouen, saint Rieul, saint Antoine de Padoue, saint Jacques de la Marche, saint Bennon de Meissen, sainte Seignorine et sainte Ulphe. Cf.. : accueilli chez le prince Wigon, un des "chevaliers" (« milites) de l'hôte s'avisa de demander au thaumaturge s'il avait assez d'autorité pour imposer silence aux grenouilles du lac qui chaque nuit d'été avaient l'habitude de coasser. Le saint exécuta le miracle demandé..

Saint Hervé est-il aussi saint Mahouarn ? Le nom "Mahouarn" provient probablement d'une déformation du nom brittonique Marc'h-Tiern ou machtiern « grand chef », du nom de Marc'h-Houarn ("chef au cheval de fer", c'est-à-dire cheval caparaçonné de bardes d'acier), sanctifié sous le nom de saint Mahouarn, qui est d'ailleurs le saint patron de la paroisseBernard Tanguy, Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère, éditions Chasse-Marée ArMen, Tours, 1990..

Saint Mahouarn est vénéré uniquement sur le pourtour du Porzay où des chapelles, fontaines et croix lui sont dédiées : une chapelle Loc-Mahouarn a existé au lieu-dit désormais dénommé Loc'h en Cast, en ruine dès le début du , mais la fontaine située à proximité faisait encore l'objet de processions de dévotion vers 1950 ; une chapelle (en ruine vers 1900) et une fontaine Saint-Mahouarn existaient à Landanet au Juch (également disparues) ; une chapelle (disparue dès le ), une fontaine et un calvaire Saint-Mahouarn se trouvaient aussi à Lesvren en Plonévez-Porzay ; enfin et surtout l'église paroissiale, ainsi qu'une fontaine, portent le nom de Saint-Mahouarn à Plomodiern. Mais, saint breton trop obscur ou local, la plupart des lieux de vénération ont été renommés par l'église catholique, dédiés désormais à saint Magloire ou à saint Hervé. Mahouarn fut aussi un prénom porté dans le Porzay jusqu'au milieu du Yves Queffélec, Saint-Mahouarn, revue "Le Lien du Centre généalogique du Finistère", n°153, mars 2020..

Christianisation de motifs mythologiques anciens