L'affaire du col Dyatlov est un événement ayant causé la mort de neuf skieurs/randonneurs dans le nord de l'Oural (en URSS, aujourd'hui en Russie), approximativement dans la nuit du au . Cet événement eut lieu sur le versant Est du mont Kholat Syakhl (Холат Сяхыл, nom mansi signifiant « Montagne morte »). Le col de montagne où se déroula l'affaire a depuis été renommé col Dyatlov (), d'après le nom du chef du groupe, Igor Dyatlov (). L'absence de témoins oculaires a donné naissance à beaucoup d'hypothèses concernant le déroulement des événements. L'enquête menée par les autorités soviétiques détermina uniquement qu'une « force irrésistible » inconnue avait causé la mort des randonneurs. L'accès à la région fut interdit pour les skieurs et autres aventuriers pendant trois ans après l'affaire Osadtchouk, Svetlana, “Mysterious Deaths of 9 Skiers Still Unresolved”, St. Petersburg Times, 19 février 2008.. La chronologie des événements dans la nuit du au reste incertaine, faute de survivant Матвеева, Анна, «Перевал Дятлова», Урал N12-2000, Екатеринбург (Matveyeva, Anna, « Le col Dyatlov », Oural 12-2000, Iekaterinbourg). Гущин, Анатолий, « Цена гостайны — девять жизней », Свердловск, изд-во «Уральский рабочий», 1990 (Gouchtchine, Anatoly, « Le prix des secrets d'État est neuf vies », Sverdlovsk, Izdatelstvo « Uralskyi Rabochyi », 1990..

Les enquêteurs ont déterminé que les randonneurs avaient déchiré leur tente de l'intérieur et étaient sortis pieds nus ou en chaussettes dans la neige. Leurs corps, retrouvés dans un rayon de de l'emplacement de leur tente, ne présentaient pas de signes de lutte, mais deux victimes présentaient des crânes fracturés, deux des côtes cassées, et il manquait les yeux d'une des victimes, la langue et les yeux d'une autre. Quatre victimes retrouvées tardivement ont fait l'objet d'une expertise physico-technique qui a révélé que les habits de deux d'entre elles présentaient des niveaux élevés de radiation dus, selon l'expert de l'époque, à de la ou à la sur leur lieu de travail..

Le , le Parquet général de Russie annonce la réouverture de l'enquête avec l'étude de trois hypothèses, toutes liées à des phénomènes météorologiques, sur les 75 existantes, précisant que la thèse du crime meurtrier reste peu probable en raison de l'absence totale de preuve et que celle d'une avalanche ou d'un ouragan est privilégiée. Une nouvelle inspection du lieu de l'incident a été réalisée en , ainsi qu'un nouvel examen des blessures des victimes afin de déterminer leur origine. Selon les résultats communiqués le , la cause de la mort des neuf randonneurs est une avalanche combinée à une mauvaise visibilité. Une enquête publiée le par des chercheurs de l'EPFL et de l'ETH Zurich démontre qu'une petite avalanche a pu survenir et provoquer les blessures constatées.

Randonneurs Le groupe, mené par Igor Dyatlov, se compose de huit hommes et deux femmes, la plupart étudiants ou diplômés de l'Institut polytechnique de l'Oural (aujourd'hui l'Université fédérale de l'Oural) : Igor Alekseïevitch Dyatlov (Игорь Алексеевич Дятлов), né le ; Zinaïda Alekseïevna Kolmogorova (Зинаида Алексеевна Колмогорова), née le ; Lioudmila Aleksandrovna Doubinina (Людмила Александровна Дубинина), née le ; Aleksandar Sergueïevitch Kolevatov (Александр Сергеевич Колеватов), né le ; Roustem Vladimirovitch Slobodine (Рустем Владимирович Слободин), né le ; Gueorgui « Iouri » Alekseïevitch Krivonichtchenko (Георгий «Юрий» Алексеевич Кривонищенко), né le ; Iouri Nikolaïevitch Dorochenko (Юрий Николаевич Дорошенко), né le ; Nikolaï Vladimirovitch Thibeaux-Brignolles (Николай Владимирович Тибо-Бриньоль), né le ; Semen « Alexandre » Alekseïevitch Zolotariov (Семен «Александр» Алексеевич Золотарёв), né le . Le plus âgé du groupe, il est chevalier de l'ordre de l'Étoile rouge et professeur de sport ; Iouri Efimovitch Ioudine (Юрий Ефимович Юдин), né le . Tombé malade au début de l'expédition, il ne suit pas le reste du groupe et sera donc le seul survivant de l'affaire..

Les événements Un groupe de randonneurs expérimentés se forme pour voyager à travers le nord de l'Oural, dans l'oblast de Sverdlovsk. Le but de l'expédition est d'atteindre Otorten, une montagne située à dix kilomètres au nord du lieu du drame. Cette route, à cette période de l'année, est estimée être « catégorie III », la plus difficile. Tous les membres du groupe étaient expérimentés en matière de longues expéditions de ski de fond et de ski alpin.

Le , ils arrivent en train à Ivdel, une ville située au centre de l'oblast de Sverdlovsk. Ils prennent un camion jusqu'à Vijaï, le dernier village du nord de l'oblast. Ils commencent à marcher en direction d'Otorten le . Le jour suivant, l'un des membres du groupe, Iouri Ioudine, doit renoncer à continuer l'expédition pour cause de maladie. Le groupe compte donc désormais neuf personnes.

Les journaux et appareils photo trouvés sur leur dernier camp permettent de retracer leur itinéraire dans les jours précédant le drame. Le , le groupe atteint une région de hautes terres et commence à se préparer pour la montée. Ils déposent des vivres excédentaires et des équipements dans une vallée boisée pour le voyage de retour. Le lendemain, le , les randonneurs commencent à traverser le col. Ils pensent probablement camper la nuit suivante de l'autre côté, mais en raison des conditions météorologiques qui se détériorent, du blizzard et de la faible visibilité, ils s'égarent et dévient vers l'ouest, en direction du Kholat Syakhl. Se rendant compte de leur erreur, ils décident de s'arrêter et de camper sur le flanc de la montagne.

Le soir du , ils sont donc à 10 kilomètres d'Otorten et y installent leur campement pour une dernière journée d'avance. Il s'agit d'une décision étrange : le groupe est à un kilomètre seulement d'une forêt qui permettrait un meilleur abri. Les enquêteurs supposeront plus tard que Dyatlov ne voulait pas perdre cette courte distance, ou qu'il veut s'entraîner à camper en pente pour l'exercice.

Ils s'étaient mis d'accord pour que Dyatlov fasse envoyer un télégramme à leur club sportif dès leur retour à Vijaï, au plus tard le . Malgré l'absence de message à cette date, il n'y eut aucune réaction parce qu'un retard de quelques jours était courant pour ce type d'expédition. Ce n'est qu'après que les familles des randonneurs réclament que le président de l'Institut Polytechnique organise une équipe de secours (d'étudiants et de professeurs) le . L'armée et la police les rejoindront plus tard, et des avions et hélicoptères seront utilisés dans l'opération.

Le , l'équipe de secours trouve le camp abandonné sur le mont Kholat Syakhl. La tente est gravement endommagée, elle a été découpée à partir de l'intérieur. Les chaussures et le matériel des aventuriers sont toujours au camp : il semblerait qu'ils soient partis du camp pieds nus ou en chaussettes, probablement en urgence. Ils suivent des empreintes de pas qui mènent à un bois proche de l'autre côté du col, à au nord-est, mais après , les traces sont couvertes par la neige. À la lisière de ce bois, sous un grand pin, l'équipe de secours trouve les restes d'un feu de camp et les deux premiers corps : ceux de Krivonichtchenko et Dorochenko, déchaussés et portant uniquement leurs sous-vêtements. Il semblerait qu'ils aient essayé de grimper le pin. Entre l'arbre et le camp abandonné, ils trouvent deux autres corps : ceux de Dyatlov et Kolmogorova. Selon la position de leurs corps, il semblerait qu'ils tentaient de regagner le camp au moment de leur mort. Ils sont trouvés séparément à et du pin, respectivement.

Le , le corps de Slobodine est retrouvé à l'endroit même où se trouvaient Dyatlov et Kolmogorova, entre le camp abandonné et au dessus du pin. Il aurait comme eux, tenté de retourner au camp.

Les recherches des quatre corps restants, ceux de Doubinina, Kolevatov, Thibeaux-Brignolles et Zolotariov, prennent plus de deux mois supplémentaires. Ils sont finalement découverts le sous quatre mètres de neige, dans un ravin de la vallée d'un ruisseau, plus à l'intérieur du bois. Les corps sont mieux vêtus que les autres, et ils portent des vêtements des autres randonneurs dont les corps ont été retrouvés les premiers. Un des pieds de Doubinina était enveloppé dans un morceau de laine provenant du pantalon de Krivonichtchenko (retrouvé auprès du pin), tandis que Zolotariov portait le manteau en fausse fourrure et le chapeau de Doubinina. Les quatre victimes sont mortes de façon très violente et les corps sont en mauvais état : Doubinina a dix côtes brisées, sa langue et ses yeux ont disparu, Semion Zolotariov a cinq côtes cassées et ses yeux sont absents de leurs orbites, Nikolaï Thibeaux-Brignolles a le crâne fracturé.

Enquête de 1959 Déroulement de l'enquête Une première enquête commence immédiatement après la découverte des cinq premiers corps. Un examen médical ne trouve pas de blessures pouvant causer la mort ; la conclusion est donc qu'ils sont tous morts d'hypothermie. Slobodine présente une petite fêlure sur le crâne qui n'est probablement pas une blessure mortelle. Krivonichtchenko a des brûlures à la jambe et une morsure à la main qu'il s'est faite lui-même (la peau ainsi arrachée lui est restée dans la bouche). Dyatlov a des écorchures autour des chevilles et une entaille à la paume..

L'examen des quatre corps trouvés en mai change la donne. Trois présentent des blessures mortelles : Thibeaux-Brignolles présente de multiples fractures sur le côté de son crâne, Doubinina et Zolotariov ont des côtes brisées et ont tous deux subi une hémorragie interne, de plus leurs globes oculaires sont manquants. Quant à Kolevatov, il avait le nez cassé et le cou déformé, mais il est mort d'hypothermie, comme les cinq premiers randonneurs. Les corps ne présentent pas de blessures externes correspondant aux fractures relevées, comme s'ils avaient été soumis à une très haute pression. Le corps de Doubinina est celui présentant le plus de traumatismes externes : la langue était manquante, de même que ses yeux, une partie de ses lèvres, du tissu facial et un fragment de son crâne. Cela peut s'expliquer par le fait que son corps aurait été trouvé face contre terre dans un petit courant d'eau passant sous la neige ; ces blessures seraient alors dues à la putréfaction en milieu humide. Le , chargé des autopsies, affirme que les traumatismes sont trop graves pour être causés par des humains, comparant la gravité des blessures avec les résultats d'un accident de voiture et le passage d'une onde de choc..

Les vêtements de certaines victimes émettent de fortes radiations.

Conclusions de l'enquête L'enquête conclut rapidement qu'il n'y a pas de trace d'agression par une autre personne, et considère l'affaire classée.

Au moment des faits, la température était très basse (environ ) et une tempête sévissait, mais les morts ne sont que partiellement habillés. Certains ne portent qu'une chaussure et d'autres pas de chaussures du tout ; certains portent seulement des chaussettes. D'autres portent des morceaux de vêtements qui paraissent avoir été découpés dans les habits de ceux qui étaient déjà morts. Toutefois, en Suède, des chercheurs ont montré que des décès par hypothermie sont parfois associés à des épisodes de « déshabillage paradoxal » ncbi.nlm.nih.gov, qui a typiquement lieu pendant une hypothermie moyenne à sévère, quand la personne devient désorientée, agressive et que l'afflux sanguin aux extrémités et à la surface du corps amène l'individu, déjà confus, à croire qu'il a chaud. Ce comportement est avancé pour expliquer le fait que les victimes ont été retrouvées dévêtues...

Les journalistes parlant des parties de l'enquête qui ont été rendues publiques révèlent que : six des membres du groupe sont morts d'hypothermie et trois de blessures mortelles ; il n'y a aucune raison de penser qu'il y avait d'autres personnes présentes sur le Kholat Syakhl ou dans les environs ; la tente a été déchirée depuis l'intérieur ;