Jean Nohain, dit « Jaboune », de son vrai nom Jean Marie Pierre Étienne Legrand, né le à Paris et mort le à Paris Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance , avec mention marginale du décès (consulté le )., est un animateur et parolier français qui fait partie des pionniers de la télévision française.
Biographie Famille Fils de l'écrivain et librettiste Franc-Nohain et de Marie-Madeleine Dauphin, Jean Nohain est le frère de l'acteur Claude Dauphin. Son parrain est Alfred Jarry.
Il reprend le nom de plume de son père, Franc-Nohain, inspiré d'une rivière donziaise. Le , il épouse sa cousine Jeanne Delaunay (1899-1979)Almanach de la télévision de Télé 7 Jours, année 1963 : "Jean Nohain, le merveilleux Monsieur Jaboune" ; le couple aura quatre enfants, Marie-Françoise, professeur de latin et de grec, Dominique, acteur, Denis, musicien et Daniel, ingénieur, et quinze petits-enfants. Son fils Dominique Nohain a fait une apparition dans quelques-uns de ses spectacles, mais s'est orienté ensuite vers une carrière d'auteur dramatique. Il est le grand-père d'Isabelle Nohain (1947-2025), petite-fille par sa mère de Raimu, et de l'écrivaine Raphaëlle GiordanoVirginie Bloch-Lainé, « Raphaëlle Giordano : C’est (pas) que du bonheur » sur Libération, .
Enfance, formation et débuts Il est né rue des Martyrs, mais ses parents déménagent lorsqu'il a trois ans pour habiter au cinquième étage d'un immeuble du faubourg Saint-Honoré ; ils y reçoivent notamment Colette, Maurice Barrès et Maurice Ravel. Il fait ses études au lycée Condorcet. En 1918, âgé de , avec l'autorisation de son père il s'engage dans l'armée et est affecté dans un régiment d'artillerie à cheval et au centre d'instruction de Saint-Julien-du-Sault (Yonne). Lors de son instruction, un caporal-chef demanda au peloton : La réponse, , devint un sketch célèbre repris par Fernand Raynaud. Il est engagé dans les ballons captifs et envoyé à Zamask combattre à cheval les UkrainiensTélé 7 Jours , 14 juillet 1973, page 79, court portrait de Jean Nohain, à l'occasion de son passage à l'émission Témoins de Pierre Bellemare, réalisée par Grégory Franck, le jeudi 19 juillet 1973 à partir de 21 h 25 sur la deuxième chaîne..
Après la Première Guerre mondiale, il est avocat et devient en 1922 secrétaire de la conférence du stage en compagnie d'un autre jeune avocat, Gaston Monnerville. Puis il devient, grâce à son père qui y est secrétaire général, journaliste à l'Écho de Paris, où il s'occupe de la page pour les enfants. Il prend alors le surnom de Jaboune que lui a donné son jeune frèreHebdomadaire Semaine de France , semaine du 13 au 19 septembre 1952, page 25 : et "Almanach de la Télévision de Télé 7 Jours, année 1963 : "Jean Nohain, le merveilleux Monsieur Jaboune. À 8 ans, il est tout en rondeur : on le surnomme Jean Boule qui deviendra Jaboule, puis Jaboune". Devant le succès de sa page, il a l'idée de créer un journal pour la jeunesse, Benjamin, dont le premier numéro sort en et qui trouvera rapidement jeunes lecteurs.
Carrière En 1923, Jean Nohain entre à la radio pour y animer une émission de jeuxTélé 7 jours , 14 juillet 1973, page 74., notamment pour la jeunesse, sous ce même pseudonyme de « Jaboune ». Il a l'idée de créer le jeu radiophonique intitulé Avec quoi faisons-nous ce bruit ? où les auditeurs doivent reconnaître un bruit (porte qui claque, timbre de bicyclette, etc.). Il raconte qu'il fut renvoyé de Radiola, à la suite de la plainte d'une centaine d'auditeurs, pour avoir voulu faire deviner le bruit de versement du contenu d'une carafe dans une cuvette, ceux-ci croyant reconnaître une mictionTémoignage de Jean Nohain dans Télé 7 jours , 14 juillet 1973, page 75, propos recueillis par Paulette Durieux..
Il est aussi parolier, notamment de Mireille. En 1934, sur des textes de Jean Nohain, Francis Poulenc compose les mélodies des Quatre chansons pour enfants. En 1935, il rédige Puisque vous partez en voyage, sur une musique de Mireille, la chanson est interprétée en duo par celle-ci et Jean Sablon. Un disque réunit les "36 chansons de Jean Nohain", avec notamment Partons en vacances, Demain je dors jusqu'à midi et Et ouf! On respire..
Bien que non mobilisable car père de quatre enfants, il s'engage en 1939 et combat lors de la Seconde Guerre mondiale. En , il perd son char au combat près d'Abbeville, le blindé ayant sauté sur une mine. Il est décoré de l'ordre de la Francisque, , marque d'estime du régime de Vichy. Pendant l'Occupation, il fait des tournées artistiques dans la zone libre, en compagnie de son frère Claude Dauphin et de Marguerite Moreno. Puis, en , il rejoint les Forces françaises libres à Londres. et combat ensuite au sein de la blindée. Et à la libération de Paris il arrive le premier devant Notre-Dame, sur un char d'assaut baptisé Champs-Elysées. Le il reçoit une balle à la mâchoire ; blessé il quitte son char, ce qui lui sauve la vie car quelques secondes plus tard celui-ci prend feu, touché par un tir de lance-roquettes. Cette blessure lui vaudra une paralysie gauche du visage pour le restant de ses jours ; c'est pourquoi, par la suite, dans les émissions de télévision, il s'est toujours efforcé de présenter « son meilleur profil ». Il est alors souvent accompagné, pour présenter ses émissions, du ventriloque Jacques Courtois avec sa poupée Omer, puis le "canard", comme interlocuteur pour ne donner que « le bon côté » de son visage.
Alors qu'il est en convalescence à l'hôpital du Val de Grâce pour soigner sa blessure à la mâchoire, il prépare une nouvelle émission pour la radio : Comme le temps passe, à laquelle succéderont Que personne ne sorte puis avec le producteur Emile Audiffred Reine d'un jour où une Française prise au hasard vit comme une reine le temps d'une journée, en échange de ses impressions ; cette émission connaît un très grand succès.
En 1950, il est engagé par Wladimir Porché pour la télévision. Même s’il a scénarisé dès 1937 dans le film La Fessée une expérience de télédiffusion cocasse, les débuts sont difficiles :
Après une pause de deux mois, il a l'idée de créer 36 chandelles36 chandelles, André Leclerc, Jean Nohain, Paris, Gallimard 1959 ., émission de variétés télévisée considérée comme de grande qualité, diffusée sur la RTF du au . Cette émission a permis au grand public de découvrir Fernand Raynaud qui en est alors un invité quasi permanent, le ventriloque Jacques Courtois , le magicien Michel de la Vega, ou encore Robert Hirsch et le géant belge Fernand Bachelard.
right|vignette|redresse|Au tout début des années 1960, il anime de nombreuses émissions de télévision destinées à la jeunesse avec Gabrielle Sainderichin, parmi lesquelles il reçoit, par exemple, le jeune Frédéric Mitterrand. À la fin des années 1950, il anime des émissions pour les enfants sur Radio-Luxembourg, puis à la télévision dans les années 1950, 1960 et 1970 en collaboration avec Gabrielle Sainderichin, le ventriloque Jacques Courtois et son canard Omer, Gilbert Richard et Jacqueline Duforest, ..
Il propose à la télévision des concepts de programmes jusqu'en 1972, ayant de nombreuses idées originales. Par exemple : aller porter un bonhomme de neige en Nouvelle-Calédonie (Le Grand Voyage de Bonhomme de Neige, à Nouméa-ORTF , Noël 1968, réalisateur André Leclerc). Dès 1960, il invente aussi la première émission de reportages pour enfants à l'ORTF, Quand j'avais dix ans. Celle-ci met en scène des reporters de dix ans qui abordent des sujets intéressant l'enfance tels qu’un entretien avec Annie Fratellini, mais vu sous l'angle et avec les questions d'un enfant de dix ans. Diffusée le jeudi qui est le jour de congé de tous les écoliers et sur l'unique chaîne de télévision de France, l'émission Quand j'avais dix ans connaît un très grand succès.
Jean Nohain est aussi l'auteur de livres pour enfants, comme Friquet pilote de ligne ou les séries des Frimousset, des Grassouillet et de La Famille Amulette, toutes illustrées par Joseph Pinchon, l'auteur de Bécassine. Il est également l'auteur des Aventures de Totorix, dessinées par Poléon et publiées en 1952, dont il disait qu'Astérix était le filsJean Diwo, Si vous avez manqué le début, Albin Michel, 1976, pp. 109-110 : "Le fondateur des variétés en profite pour rappeler, à juste titre, qu'il a été copié toute sa vie et qu'Astérix lui-même n'est que le fils de Totorix, un petit Gaulois dont il avait publié les aventures, avec druides à l'appui, cueillette de gui, maisons sur pilotis et légions romaines, quinze ans auparavantPhilippe Durant. Dictionnaire insolite d'Astérix. Nouveau Monde Éditions, 2022 , p. 19-20..
Sur scène, Jean Nohain se caractérise par une bonhomie et un regard malicieux ponctués de quelques expressions qui lui étaient typiques (par exemple « bien de chez nous », « c'est merveilleux », etc.) Caricaturé sans méchanceté par des humoristes de l'époque, son esprit de perpétuel naïf émerveillé devant les progrès de la civilisation est en phase avec l'optimisme général des années 1950 et 1960, et apprécié pour cette raison.
Dans les années 1970, refusant de prendre sa retraite, il parcourt la France en y animant des galas où se produisent Mathé Altéry, la chanteuse Marie-Claire Tambour et le comique Amédée. Il affiche alors, malgré son âge, une santé de fer, un dynamisme et une bonne humeur inchangés, déclarant en 1978 :
Il écrit aussi des articles pour le magazine Notre tempsTélé 7 jours , semaine du au 7 juillet 1978, page 101, article d'Éric de Goutel : « Qu'est-ce qui fait courir Jean Nohain ? »..
Mort vignette|Tombe de Jean Nohain au cimetière du Père-Lachaise (division 89). Il meurt le , neuf mois avant Georges Brassens, l'un des grands chanteurs et artistes qu'il a admirés, et dont il a aidé la carrière en l'invitant souvent à son émission 36 chandelles dans les années 1950, au temps où il n'y avait qu'une seule chaîne de télévision.
Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 89).
Décorations Comme son père, Jean Nohain accéda au grade de .
Œuvres Nos amies les bêtes, André Kertész, Jean Nohain, Paris, Librairie Plon, 1936 Friquet, pilote de ligne (sous le pseudonyme Jaboune) co-écrit avec Henri Kubnick, Plon, 1937 Friquet sur sa locomotive, (sous le pseudonyme Jaboune) co-écrit avec Henri Kubnick, Plon, 1938 Le Bal des pompiers, Jean Nohain, Paris, Édition du livre français, 1946 Plume au vent comédie musicale en 6 tableaux, Jean Nohain, Paris, Paris-Théâtre, 1948 "J'ai 50 ans", Julliard, 1952 La Famille Fanfare, albums Jaboune, texte de Jean Nohain, images de Poléon, Calmann-Lévy éditeur, 1952. Les aventures de Totorix, albums Jaboune, texte de Jean Nohain, images de Poléon, Calmann-Lévy éditeur, 1952. Jean Donguès, Gosses de Paris (préface de Jean Nohain), Jeheber, Paris, 1956 Histoire du rire à travers le monde, Jean Nohain, Paris, Hachette, 1965 La Traversée du , Jean Nohain, Paris, Hachette, 1966 Le Pétomane, 1857-1945, sa vie, son œuvre, Jean Nohain, François Caradec, Paris, J.J. Pauvert, 1967 Frégoli, 1867-1936, sa vie et ses secrets, Jean Nohain, François Caradec, Paris, la Jeune Parque, 1968 Gaffes et Gaffeurs : bévues, bourdes, cuirs, impairs, maladresses, pataquès, pieds dans le plat, quiproquos, Jean Nohain, Paris, P. Horay 1972 Suite de Gaffes : bévues, bourdes, cuirs, impairs, maladresses, pataquès, pieds dans le plat, quiproquos, Jean Nohain, Paris, P. Horay 1973 Bien de chez nous ! : mot à mot de A à Z, Jean Nohain, Paris, Éditions de Provence, 1976 Les Châteaux de sable, Jean Nohain, Arlette Albane, Paris, P. Horay, 1977 La Main chaude, Jean Nohain, Paris, Julliard, 1980 Demain je dors, Jean Nohain et Mireille
Théâtre Auteur Mars 1938 : Cavalier seul de Jean Nohain et Maurice Diamant-Berger, Théâtre du Gymnase 1946 : Le Bal des pompiers, mise en scène Pierre-Louis, Théâtre Verlaine, Théâtre des Célestins Paméla, opérette de Jean Nohain et Claude Pingault